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MENACE SUR LA SANTE PUBLIQUE : Les spécialistes de l’avortement entre Keur Serigne bi et Sandaga

Le marché de l’avortement est en pleine expansion dans un pays où l’interruption volontaire de grossesse (Ivg) est illégale. La loi est claire à ce propos à la lumière de l’article 305 du Code pénal : «Sera punie d’un emprisonnement de six mois à deux ans et d’une amende de 20 000 à 100 000 francs, la femme qui se sera procurée l’avortement à elle-même ou aura tenté de se le procurer, ou qui aura consenti à faire usage des moyens à elle indiqués ou administrés à cet effet».



MENACE SUR LA SANTE PUBLIQUE : Les spécialistes de l’avortement entre Keur Serigne bi et Sandaga
Devant cet effet contraignant de la loi, la pratique de l’Ivg bascule dans la clandestinité. Pire encore, ce ne sont pas seulement dans quelques obscurs recoins de certaines structures de santé ou dans des endroits lugubres de certains quartiers que l’avortement se pratique en toute illégalité, mais cela déborde même dans la rue, à portée de main. A «Keur Serigne-bi», Sandaga et environs, on «avorte» également. Seulement, ce n’est pas en «opérant» dans l’intérieur des muqueuses des dames, mais bien par des médicaments et pas n’importe lesquels. Les nouveaux «médecins avorteurs ambulants» sont des vendeurs de médicaments dans la rue, «experts» en conseil médical et qui n’hésitent pas à faire avorter par des médicaments prévus pour d’autres types de maladies. Ce revirement dangereux dans la pratique de l’avortement clandestin est la résultante d’un débridement des moeurs au Sénégal. Et les statistiques qui sont là parlent d’ellesmêmes. En effet, selon l’Enquête démographique et de santé (Eds-IV), 69% des garçons et 56% des filles âgées de 15 à 19 ans ont des rapports sexuels à hauts risques non protégés. Il s’y ajoute que l'âge moyen pour la première grossesse est à 19 ans. Pis, une fille sur cinq est enceinte avant l'âge de 19 ans. Ces chiffres montrent la complexité de la situation de nombreuses jeunes filles victimes de grossesses non désirées et qui, pour mille raisons, ont recours à ces «effaceurs» de grossesse. Et pour taire un drame, d’autres drames surviennent souvent avec les risques sur la santé ou de décès liés à l’avalement de ces médicaments détournés de leurs indications normales.

Quand de jeunes vendeurs de «Keur Serigne-bi» conseillent pour avorter

Il est 18 heures et 21 minutes sur l’avenue Blaise Diagne, en revenant de Sandaga pour aller vers «Keur Serigne Bi» (la maison du marabout en wolof), on est surpris par le monde fou qui traîne dans cette partie de cette célèbre artère de Dakar. En cette fin de journée de jeudi où le soleil est encore chaud, ça grouille de monde avec un incessant va-et-vient des vendeurs et usagers. A quelques mètres de la célèbre maison de vente illicite de médicaments, «Keur Serigne-bi», la pharmacie à ciel ouvert la plus connue du Sénégal, les passants se font interpeller. Un homme jeune, la trentaine révolue, habillé d’un jeans, assortis d’un tee-shirt orange, et chaussant des baskets blancs, nous hèle : «Vous voulez un médicament ?». Après avoir répondu par l’affirmative, nous lui lançons : «Oui ! nous cherchons un médicament, dont l’emballage est argenté avec les comprimés qui ont un trait au milieu». Comme s’il connaissait plutôt bien le produit décrit, le vendeur nous demande de le suivre dans la bâtisse qui trône à l’intérieur de l’espace. La porte franchie, nous constatons la présence de quelques hommes assis sur des bancs, d’autres debout discutent, non sans jeter des regards méfiants aux visiteurs. Notre guide nous amène à l’écart dans une courette, avec une porte en fer, juste à côté d’un salon de coiffure. Il commence à nous poser tout un tas de questions, sur le nom du médicament, le contenu, l’utilisation. Notre ignorance du produit en question le met un peu à l’aise et il commence à nous en parler. «Le médicament que vous décrivez s’appelle
Cytotec et c’est pour déclencher une grossesse, avorter disons, mais sa vente est interdite ici par la police. Donc, il faut que l’on s’assure que vous venez bien pour acheter et non pour enquêter ou quelque chose du genre», prévient le vendeur. Poursuivant, il indique, sur le nombre de comprimés qu’il faut pour «avorter», que cela dépend de l’état de la grossesse. Mais en moyenne, renseigne le jeune vendeur, «c’est entre quatre, cinq ou six comprimés que l’on utilise». Puis, il nous apostrophe : «C’est pour vous ? Vous en êtes à combien de mois ?». «Juste quelques semaines, à peine un moi et demi», avons-nous répondu. Après discussion et marchandage, nous nous sommes accordés sur l’achat de quatre comprimés au prix de 40 000 francs Cfa, une fortune pour nous qui n’avions prévu que 10 000 francs. Essayant de le convaincre, nous lui avons demandé de nous donner deux comprimés et le lendemain, nous allions lui apporter le reste de l’argent. Après réflexion et hésitation, il accepta après nous avoir demandé de l’attendre. Une attente interminable. Au bout d’un long moment, notre vendeur revient avec la «marchandise», bien enveloppée, loin des regards inquisiteurs. Il nous remet le «colis» le plus discrètement possible.
Ensuite, il nous dit de ne pas traîner dans les parages, avant de nous donner rendez-vous pour le lendemain. Au moment de prendre congé, il s’approche et nous demande, au cas où on ne saurait pas comment l’utiliser, de le rejoindre chez lui afin qu’il nous aide à «évacuer la chose» du ventre. Il nous explique qu’il faut mettre un comprimé ou deux par voie vaginale et en prendre autant par voie orale. «Ce n’est pas douloureux. Et 3 heures après, si vous avez le col de l’utérus proche et 5 heures lorsque c’est plus profond, vous allez avorter. Et je peux vous assurer que c’est mieux que les avortements classiques avec des objets, au risque de vous blesser», rassure notre «spécialiste de l’avortement»
assez spécial, puisque ce n’est rien de plus qu’un vendeur de médicaments illicites de surcroît, à «Keur Serigne-bi». Il faut dire que, selon des témoignages anonymes, énormément de filles à Dakar utilisent ce procédé, plus souple et plus simple pour elles.

MARIAMA SARR «J’ai failli mourir, je ne pense pas que je recommencerai un jour»

Pour cette femme âgée de 35 ans, l’utilisation de Cytotec ne lui est pas inconnue. Elle est presque fréquente, puisqu’elle avoue l’avoir utilisé plusieurs fois déjà. «Je connais très bien ce médicament, je l’achète à Keur Serigne-bi. Après mon premier divorce, j’avais des copains avec qui j’entretenais des relations sexuelles. Malheureusement, j’ai contracté des grossesses et j’ai dû utiliser le Cytotec pour m’en débarrasser», explique Mariama Sarr (nom d’emprunt). Mais le dernier usage du Cytotec, qui remonte à quelque temps, a failli être fatal à Mariama. «J’ai été divorcée une seconde fois et j’ai actuellement deux enfants, mais j’ai continué à voir mon ex-mari en cachette, à l’insu de nos familles respectives et le pire arriva, je suis tombée enceinte. Ma belle famille, surtout ma belle-mère me déteste, c’est pour cela que j’ai décidé d’avorter. J’ai acheté 4 comprimés de Cytotec comme d’habitude. J’ai bu les deux et les deux autres je les ai utilisés par voie vaginale. Mais à chaque fois, cela ressortait presque aussitôt, sauf que ce n’était pas le cas pour cette fois», confie la dame. Et c’était la panique pour elle, ne pouvant en parler à personne et n’osant pas aller à l’hôpital, elle raconte : «Le sang n’a pas été évacué, je suis restée trois jours malade, avec de la fièvre, des vertiges, des lourdeurs dans les jambes, c’était atroce, j’ai failli mourir. Finalement mes règles sont venues, j’ai eu très peur et je ne pense pas que je le recommencerai un jour».

SAMBA DIOP, MEDINA «Avorter est un moyen de soutirer de l’argent aux hommes. Heureusement que Cytotec est là»

Ce médicament, ce ne sont pas seulement les femmes qui le connaissent, les hommes aussi l’achètent. Samba Diop (nom d’emprunt également) fait partie de ceux-là et fait savoir que c’est un moyen comme un autre pour ne pas avoir de problème avec sa femme, mais aussi ne pas se faire «arnaquer» par les filles. «Avorter est un moyen qu’utilise les filles pour soutirer de l’argent aux hommes et parfois leur tendre un piège, disant qu’elles sont enceintes alors qu’elles ne le sont pas parfois, surtout si c’est un homme marié. La première fois que cela m’est arrivé, je venais presque de me marier et je ne voulais pas que cela s’ébruite et la fille m’a demandé de lui donner 150 000, puis 100 000 francs Cfa pour se faire avorter. Ce que j’ai fait sans broncher, parce que je ne connaissais pas l’existence de ce médicament», narre cet homme de près de 40 ans. Il confie que c’est par la suite qu’une de ses amies lui a parlé du Cytotec. Et depuis, dit-il, c’est ce qu’il achète. «Ça coûte peut-être 10 à 20 000, mais comparé au 250 000 que réclamaient les filles, ce n’est rien. Une fois d’ailleurs, une fille a voulu m’avoir en me demandant beaucoup d’argent pour avorter. Sachant à quoi m’en tenir désormais, je suis parti me procurer le médicament que je lui ai donné. Elle était obligée de le prendre, mais je sais qu’au fond, elle voulait juste bouffer mon argent. Heureusement que Cytotec est là», rigole-t-il.
D’après Samba, son amie qui lui avait donné le médicament à un autre copain pharmacien qui vend ce genre de choses aux gens qui veulent avorter. «C’est un réseau de pharmaciens qui gère le marché», révèle-t-il du reste en confiant que par l’entremise de la même amie, il connaît aussi un autre médicament pour avorter du nom de CR.

POP Oumou Sidya DRAME

Mardi 4 Décembre 2012



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