Carlou D, élu milleur artiste sénégalais de l'année 2009, Vous vous y attendiez ?
Oui bien sûr, puisque je faisais partie des nominés. Mais, quand même, c'est un plaisir, une satisfaction, franchement, surtout pour mes fans qui n'ont pas cessé de booster, d'envoyer des Sms et ce n'était pas évident puisque que le Sms était, je crois, à 250 F Cfa, de prier pendant très longtemps. C'était vraiment fort et être l'heureux élu, c'est un plaisir et le plaisir est partagé avec tous mes fans.
Que croyez-vous avoir de plus que les autres nominés ?
Très franchement, ce que j'ai plus que les autres ? Je ne sais pas. Mais je crois qu'ils testent 50% pour les Sms et 50% revenait aux jurés. Et donc, d'après les jures, j'était devant à 50% et aussi à 50% sur les Sms. La différence, c'est juste que je peux être, que je devais l'être, (ndlr : meilleur artiste sénégalais) pour la première édition voilà. Maintenant ce qui est la différence avec les autres nominés, ce qui a amené tout cela, franchement, je n'arrive pas à l'expliquer. C'est le bon Dieu qui l'a décidé.
Meilleur artiste sénégalais suppose des responsabilités, vous devenez un porte-voix, un symbole, comment allez-vous gérer tout cela ?
C'est un cadeau empoisonné. Et quand je dis que c'est un cadeau empoisonné, j'ai bien pesé mes mots. Ils ne sont pas tous pour. Il y en a qui sont contre la décision du jury; mais voilà, cela a toujours été comme cela. Cela va me booster davantage à m'améliorer, à redoubler d'efforts. Et c'est cela la vie, je suis prêt à l'affronter et je sais que je peux l'affronter.
Vous avez dédié votre trophée à votre mère et à votre petite famille. Pouvez-vous nous parlez d'elles ?
Ma mère, elle est décédée. Je le lui ai dédié parce que je l'adore. Mon père est vivant, mais il est très loin de moi, nous nous parlons très peu, rarement. Mais j'ai ma petite famille ici avec moi et tout le monde sait ce que c'est. Je suis marié depuis 2007.
Est-ce que vous avez reçu des félicitations des autres artistes ?
Pour dire vrai, pas encore. Mais ce n'est pas grave s'ils ne m'appellent pas, je sais qu'ils ne sont pas tous contents de cela, je le prends comme cela. Ce sont des artistes qui ont été nominés, qui ont reçu des trophées. Mais cela ne fait que 48 heures que je suis élu, mais mes fans ne cessent de m'appeler.
Durant les 72 heures du mouvement Hip-hop, vous n'aviez pas été invité parce que les rappeurs pensent que vous n'êtes pas des leurs. Qu'en pensez-vous ?
Je ne vois pas ce que cela peut apporter ou faire à tout le monde. Le rap, c'est juste un style musical, l'un des derniers d'ailleurs, c'est le fait de chanter dans un rythme martelé avec des paroles articulées, harcelées. C'est un choix, je ne vois pas pourquoi m'arrêter sur le rap, si je peux rapper et chanter et faire ce que j'ai envie de faire, ce que j'ai dans le coeur en tant que musicien. Ils ne m'ont pas invité, je ne sais pas pourquoi. Pour moi, ce sont des choses banales, on fait de la musique, on n'est pas des méchants. La musique, c'est le coeur, un artiste doit être positif, penser positif, voir positif.
Même s’ils trouvent que maintenant, Carlou ne fait plus de rap, ils devaient m'inviter pour ce que j'ai fait et ce que j'ai eu à faire dans le mouvement hip-liop. Que cela soit un concert hip-hop, mbalax ou salsa, à chaque fois que l'on se retrouve, je fais ma prestation de façon très positive. Et eux-mêmes, à chaque fois, ils constatent que Carlou a toujours son public. Parmi nous, il n'y a pas de distinction, c'est toujours un seul et unique public, le public sénégalais.
Quel est concrètement votre genre musical aujourd'hui ?
Je confirme que je fais du Muzikr, c'est un mélange de musique et de «zikr», chants religieux. Absolument. Faire la même chose, pour moi, c'est être limité. Nous avons un public à éduquer, à conscientiser. Nous sommes des prophètes, je dirais même. Aussi, un artiste doit être complet. Perdre beaucoup de temps pour essayer de remarquer ce que fait l'autre, ce qu'il est capable de faire ou pas, c'est banal et ce n'est pas artistique. Nous avons tellement de choses à faire qu'il faut se préoccuper de sa mission.
Est-ce que Carlou D est un chanteur engagé ?
Oui très engagé. Pour moi être engagé, ce n'est pas que parler de la politique. Il y a tellement de choses à dire. La politique, la vie sociale sont dans la spiritualité. Tout est spirituel, comme l’a si bien dit Obama, c'est la spiritualité qui dirige le monde. C'est intéressant de penser spirituel, de réagir spirituel, de le rester, c'est tout ce que j'ai envie de dire aux Sénégalais.
Que pensez-vous de la politique au Sénégal, du Monument de la renaissance ?
Je n'aime pas parler de politique, sérieusement, parce que j'ai mes raisons que je garde pour moi et Laye Wade est avant tout un talibé de Serigne Touba et je ne veux pas trop m'aventurer dans ce domaine que je ne maitrise même pas. Je ne suis pas politique. Quand on parle politique, je suis carrément nul parce que cela ne m'intéresse pas.
Mais, donnez-nous votre idée sur le Monument de la renaissance qui a suscité beaucoup de polémiques.
Je crois que le monument ne concerne pas la religion, nous sommes dans un pays laïc et donc je n'ai rien à en dire. Je ne vais pas m'attarder sur le monument mais seulement, que cela soit pour telle ou telle autre chose, ce n'est pas la question vraiment.
Votre dernier mot ?
Aux Sénégalais, je dis : le fait de nous manger entre nous, fait de nous des cannibales. Ce n'est pas une bonne chose, faut se souhaiter la paix autant que l'on peut. Je dis aussi que le meilleur artiste 2009 ne fait pas de moi le meilleur artiste réellement, Il y a des choix et des coups. Le public est différent. C'est parti ainsi, il faut le prendre ainsi, c'est la vie. L'année 2010 sera peut-être pour quelqu'un d'autre, je le souhaite. L'essentiel, c'est de rester positif, de bosser pour son pays, rester spirituel pour sa religion et garder sa famille dignement, ce sont les trois points essentiels de tout «Baay Fall».
Propos recueillis par Oumou DRAME
Source Le Populaire