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MÉDIAS et CÉLÉBRITÉS : La difficile cohabitation

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Entre célébrités (politiciens, stars et personnes engagées) et journalistes, il y a une dépendance réciproque. Les premiers ne peuvent pas vivre sans les autres sous peine de rester dans l'anonymat total. Tandis que les seconds ne s'empêcheront jamais de parler des célébrités pour satisfaire les lecteurs. Contrairement au citoyen lambda, le politicien, le footballeur vedette, le chanteur, constituent un sujet pour les médias. Et quand l'option pour une ligne éditoriale axée sur le "people" et les raisons commerciales s'y met, il y a de fortes chances que les célébrités voient leurs faits et gestes, qui tombent dans la sphère privée, meubler les unes des journaux. Ce qui pose le problème du respect de la vie privée brandi par les premiers et le droit d'informer qui est sacré pour les journalistes. Mais jusqu'à quel niveau ? La loi veille.



MÉDIAS et CÉLÉBRITÉS : La difficile cohabitation
Faut-il ou non parler de la vie privée d'une célébrité dans un journal, pour la simple raison qu'elle est célèbre ? La réponse est claire pour Daouda Diarra, rédacteur en chef du journal "Le Populaire" : "quand une célébrité est propulsée au premier plan, tout ce qu'il fait intéresse les gens et sa vie privée attire beaucoup". Exdirecteur de publication du quotidian "Le Messager" et ex-patron de "Il est Midi", Ndiogou Wack Seck a une autre conception du respect de la vie privée : "en ce qui me concerne, ce sont les leaders politiques qui doivent se faire respecter. Quand nous parlons de la vie privée de quelqu'un, c'est parce qu'on a pris la liberté d'invoquer la vie privée des autres". Son combat se situe exclusivement sur le terrain politique. Et Ndiogou, "bouclier du président Wade", ne s'en cache pas. Le revers de la célébrité, c'est faire la une desmédias.Mais, cette exposition, croit Mamadou Biaye, Directeur de publication du journal "Le Quotidien", ne doit pas pousser le journaliste à étaler sur la place publique, la vie privée de quelqu'un, fût-il célèbre et intéressant pour les lecteurs. "Je pense que cela coule de source, on ne peut tout révéler par respect de la vie privée", même si, "au Sénégal, on a vu des journaux dont la ligne éditoriale traite de la vie privée" des gens, pense Mamadou Biaye. Au Quotidien, on se défend de "tomber dans ces travers". De même qu'au Populaire où "l'on tient compte des barrières". "Nous sommes au Sénégal où l'on a un tissu social très subtil. Nous ne pouvons pas déroger à la règle. Il y a quelques scrupules à aller dans l'intimité et à fouiller dans la poubelle. Mais cela dépend de quelle poubelle, il ne faut pas avoir une idée péjorative des poubelles", rétorque Daouda Diarra.

Courroie de transmission

Si on veut tenir compte de ce que la société n'accepte pas, se demande-t-on, comment s'y prendre dans le fragile équilibre entre le devoir d'informer le lecteur et le respect de la vie privée des hommes politiques, qui président ou qui aspirent à présider nos destinées, et les célébrités, que nous sommes obligés de connaître, d'apprécier et d'aimer parfois ? Devons-nous savoir tout sur eux parce qu'ils sont sous les feux des projecteurs ?Mamadou Biaye propose le remède tout en avertissant : "Tout homme politique qui aspire à gérer ce pays, ne serait ce que par respect, doit avoir une bonne conduite. Si on fait de la politique, on doit avoir une éthique. Si c'est un coureur de jupon, quelqu'un accusé de viol et blanchi, ses adversaries politiques l'utilisent et là, jesuis une courroie de transmission.Mais pas de toutes les informations". L’administrateur du groupe « Avenir Communication », Madiambal Diagne, avait reçu un blâme du Conseil pour le Respect de l'Ethique et de la Déontologie (CRED) pour avoir écrit dans son journal que le ministre de l'Economie et des Finances, Abdoulaye Diop, possède un château au Canada. Revenant sur cette affaire, M. Biaye refuse de la situer dans le champ exclusif de la vie privée du ministre. "Ce n'est pas seulement sa vie privée, c'est un ministre qui gère nos sous et qui est allé investir au Canada. Ça nous intéresse de savoir comment un ministre, qui doit appeler les investisseurs à venir investir chez nous, va le faire ailleurs".

Dilemme du journaliste

La frontière entre vie privée et devoir d'informer étant ténue, le journaliste se trouve parfois confronté à une équation. Toute information n'est donc pas bonne à publier, même si elle est fondée. Quand il y a dilemme, au "Populaire", on se réunit pour prendre une décision afin de sauvegarder le domaine privé. "Ça arrive très souvent. S'il s'agit de problème sensible, il arrive que nous en discutions en nous demandant s'il est acceptable d'aller dans le sens de la vie privée. Mais, à mon avis, il ne faut jamais toucher à l'intégrité morale et à la vie intime" des gens, pense Daouda Diarra. L'appréciation du respect de la vie privée et l'exigence d'informer sont inscrites dans le lot quotidian du journaliste. Le seul problème, pense le rédacteur en chef du Populaire, c'est d'avoir le sens du discernement. "Cela résulte des capacités de discernement du journaliste et de son corpus déontologique. Il n'y a nulle part dans le code déontologique où c'est écrit qu'il faut traiter la vie des gens jusqu'à un certain seuil. C'est juste un large consensus", dit-il. La conception du respect de la vie privée est autre pour Ndiogou Wack Seck, combat politique oblige. "Ma limite, c'est en fonction de la limite que le politicien respecte par rapport au président. S'il se donne une limite en évoquant sa vie privée, je m'en donne aussi. S'il frappe au bas de la ceinture, je réagis en allant plus bas pour luimontrer qu'il n'a pas l'apanage de la nuisance", prévient-t-il.

"Nous avons nos tares, nous aussi"

Doit-on revisiter le passé de quelqu'un pour satisfaire un lectorat avide de sensations ? Mamadou Biaye préfère faire preuve de compréhension des errements inhérents à l'humain : "on peut connaître beaucoup de choses sur la personne, mais nous ne les sortons pas. Voir une personnalité dans une boîte de nuit, ce n'est pas notre problème. Nous avons nos tares nous aussi. C'est un être humain qui a ses défauts et qui garde ses secrets. Le passé, c'est le passé. On a tous fait des bêtises dans notre vie", ajoute-t-il. Est-ce là une façon de dédouaner le politician ou l'artiste au passé peu reluisant ? Pour l’ex-patron de "Il est Midi", la "soutoura" (pudeur) n'a de sens que lorsque l'on en fait usage. "Je ne prends jamais la liberté d'écrire ex-nihilo sur la vie privée de quelqu'un. Quand je le fais, c'est parce qu'on a osé briser un tabou en évoquant la vie privée de Wade et de la façon la plus crapuleuse. Je suis capable du meilleur comme du pire", avertit-il. Si Daouda Diarra et Le Populaire refusent de "fouiller dans les poubelles". Si Ndiogou Wack Seck peut rendre coup pour coup, Mamadou Biaye préfère trouver la parade dans la rubrique "Confidences".

C'est un entretien entre journalistes et célébrités pour, comme on dit dans le jargon des enquêteurs, lui tirer les vers du nez. "Nous forçons l'interlocuteur à dévoiler un pan de sa vie privée", explique M. Biaye. Mais, cette option a ses limites puisqu'il y aura toujours des informations que l'interlocuteur du journaliste refusera de divulguer. Ce que reconnaît le dirpub du "Quotidien : "on ne livre jamais tout son jardin, mais on pousse l'invité jusque dans ses derniers retranchements". Cette stratégie permet au moins d'obtenir des confidences. Mamadou Biaye se souvient : "Dansokho a dit que s'il ne tenait qu'à lui, il vivrait en concubinage. Abdoulaye Bathily a révélé que sa femme lui manque beaucoup le soir. S'il le dit, ça rend la personne beaucoup plus humaine. C'est une façon de contourner la difficulté (que constitue la vie privée, ndlr). On ne cherche pas la petite bête. D'habitude, les autres cherchent la petite bête". En obtenant ce genre d'informations, le journaliste est sûr de ne pas recevoir une citation directe pour le délit de diffamation.

Et court la rumeur

C'est souvent la difficulté de recouper une information gardée jalousement, comme un secret, d'aller au-delà de la rumeur qui pose souvent problème au Sénégal. Dans l'histoire du château supposé du ministre Abdoulaye Diop au Canada, "Le Quotidien", confie son dirpub, est parti d'une rumeur. "L'histoire découle d'une rumeur. Nous sommes allés au-delà, sur le terrain, mener une enquête. Nous avons vérifié et sorti des éléments, mais on nous a assigné devant le Cred", se souvient Mamadou Biaye. Pape Daouda Sow du défunt hebdomadaire "Moeurs", pour avoir fait une intrusion dans l'intimité de deux soeurs, s'est retrouvé devant le juge pour diffamation. La supposée vie sexuelle tumultueuse des filles était exposée dans le journal, photos à l'appui. La véracité supposée des informations et l'illustration n'ont pas sauvé le patron de "Moeurs" qui a été condamné pour ce procès qui sonnait le début de ses ennuis judiciaires l'ayant conduit à la prison de Rebeuss et à subir une suspension de son journal. Il ne suffit pas de tout savoir, de tout prouver, mais de discerner vie privée et droit d'informer.

Par Malick CISS
Source Le Soleil


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Lundi 28 Septembre 2009





1.Posté par souca le 28/09/2009 12:35
c'est ca la célébrité

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