Qui est Mayé Ndepp ?
Je suis une Sénégalaise: Une Sérère de père et de mère. Je suis Sérère Sine-Sine, du village de Fayil plus exactement. Mais j'habite dans le quartier Ndiaye-Ndiaye Makka de Fatick depuis plusieurs années maintenant. Mon vrai nom est Clémence Ngom. Je suis chrétienne et j'ai commencé à chanter dans les mbapatt et les arènes de lutte depuis très longtemps. Je crois qu'à l'époque, je devais avoir moins de 30 ans. Je ne sais pas trop parce que je n'ai pas été à l'école.
Pourquoi vous avez choisi de chanter dans l'arène ?
C'est un héritage de mon père et de ma mère qui faisaient la même chose dans les villages environnants. Ensuite, c'est parce que j'aime beaucoup chanter. C'est un plaisir. Et puis, je chante pour tous les Sénégalais, pour que, dès qu'ils m'entendent chanter, ils ressentent de la joie au plus profond d'eux. Je veux qu'ils aient tous du baume au coeur. Car je dis toujours qu'il ne faut pas chanter pour ceux qui te donnent de l'argent, mais pour ceux qui t'aiment pour ce que tu fais. Ces chants font également plaisir aux lutteurs et je fais aussi cela pour tous les lutteurs. Je ne supporte personne. Je fais juste bien mon travail. Car une cantatrice de l'arène ne doit pas avoir de parti-pris.
Quel message délivrez-vous dans vos chansons qui sont en sérère ?
Je demande simplement aux lutteurs d'avoir du «jom», de la dignité. Je leur dis de se battre comme des hommes, tout en respectant leurs adversaires. Je leur dis d'être corrects et respectueux. Car si la lutte est un sport, elle est également un jeu. Il ne faut donc pas que les lutteurs soient belliqueux.
Chanter dans les arènes est votre seule d'activité ?
Oui malheureusement ! Je ne fais que ça. Parfois, il m'arrive aussi de chanter lors des mariages dans les villages.
Que vous rapporte ces chants dans les arènes ? Combien gagnez-vous et est-ce que vous avez un contrat ?
Je n'ai pas de contrat. Je ne pourrais pas non plus vous dire combien je gagne. Parce qu'il y a beaucoup de promoteurs et ils ne paient pas les mêmes cachets. Je ne voudrais donc pas que certains d'entre eux m'en veuillent et disent que je suis ingrate ou que je les sous-estime au profit d'autres. Seulement, il faut bien reconnaître que tout ce que je gagne avec mon équipe, parce qu'on est quand même assez nombreux maintenant, ça reste dans le transport. Le trajet en aller-retour entre Fatick où nous habitons et Dakar ou les autres lieux où l'on se produit nous coûte énormément. De plus, il y a la restauration à prendre en charge. Parce qu'il faut savoir que nous nous prenons intégralement en charge pour nos déplacements. Et si c'est à Dakar, nous devons aussi passer la nuit pour ne rentrer que le lendemain sur Fatick. Et pour cela, nous avons pris une chambre en location que nous payons. C'est donc très difficile car avec toutes ces charges, nous ne ramenons pratiquement rien chez nous.
Vous êtes très connue par les Sénégalais dans la lutte. Comment vivez-vous cette célébrité ?
Je n'ai pas la grosse tête. Parce que si, comme vous dites, je suis connue aujourd'hui, c'est grâce à des personnes comme Manga 2 qui a été le premier à m'emmener à Dakar, il y a plus de dix ans. J'étais dans les «mbapatt» au terrain Gal-Gui et je tenais à l'en remercier. Il y a aussi mon équipe avec qui je chante tout le temps. Et quand je vais à Dakar, alors qu'il y a d'autres combats ou des mbapatt, c'est elle que je dépêche. Elle me représente dignement et je ne saurais les payer.
Vous esquissez dans l'arène des pas de danse qui nécessitent une bonne condition physique. Avez-vous pratiqué la lutte ?
Non. Jamais je n'ai pratiqué la lutte. Je n'ai même jamais joué avec ça. J'ai juste une condition naturelle c'est tout. Macha'Allah !
Qu'est-ce qui vous le plus marqué dans l'arène?
Le fait qu'au début, les gens n'aimaient pas trop la lutte et lorsqu'on chantait dans les arènes, cela passait même inaperçu alors que maintenant, tout le monde connaît et aime ce côté de notre tradition. C’est simplement fabuleux.
Votre plus grand regret ?
Mon plus grand regret, c'est certainement de ne savoir que chanter. Car je ne sais pas faire autre chose. Je n'ai pas d'autre métier. C'est pour ça que j'ai les difficultés que j'ai énumérées tout à l'heure. Aussi, je demande à tout le monde de nous aider pour nous faciliter les choses.
Etes-vous mariée ?
Oui, bien sûr. J'ai trois co-épouses, je suis la quatrième femme de M. Guèye à Fatick. Et Dieu merci, tout se passe très bien.
Avez-vous des enfants ?
J'en ai eu dix. Mais Dieu m'a pris les deux. Il m'en reste huit maintenant : cinq filles et trois garçons. D'ailleurs, parfois je viens dans l'arène avec deux de mes filles, à tour de rôle. Il y en a même une qui me ressemble comme deux gouttes d'eau. Je les ai initiées parce que j'aimerais bien qu'elles soient aussi célèbres, sinon plus que moi à l'avenir. Ma fille aînée est mariée et vit dans un village avec sa famille. Elle doit avoir... (elle hésite). Je ne connais pas son âge, je suis analphabète. Mais tout ce que je peux dire, c'est qu'elle est née depuis longtemps. Macha'Allah !
Propos recueillis par Oumou Sidya DRAME
Source Le Populaire