Référence multimedia du sénégal
.
Google

MANIF’ ANTI-APE DES AFRICAINS A BRUXELLES : LE REFUS DE LA PHAGOCYTOSE ECONOMIQUE

Article Lu 1525 fois


MANIF’ ANTI-APE DES AFRICAINS A BRUXELLES : LE REFUS DE LA PHAGOCYTOSE ECONOMIQUE
« Si on fait de son voisin un mendiant, on s’appauvrit soi-même ». Cette règle de sagesse, l’Europe ne semble pas l’avoir intégrée dans ses rapports avec l’Afrique. Sinon, comment comprendre les accords de partenariat économique (Ape) qu’elle propose à notre continent et qui, présentés comme stimulateurs pour le développement de l’Afrique, cachent en fait un hameçon économique à haut pouvoir étouffant pour nos économies encore fragiles. C’est cette prise de conscience sous l’impulsion du président Wade qui explique le vaste mouvement de résistance parti du Sénégal pour gagner l’Afrique et qui s’est fait entendre vendredi dernier à Bruxelles, avec la manifestation de milliers d’Africains devant le siège de l’Union européenne, pour exprimer leur rejet de ces accords de phagocytose économique (Ape).

A la fin du système colonial en 1960, avec les indépendances africaines, l’Europe (Cee) a noué à travers les accords de Yaoundé I de 1963, avec 18 pays africains, des relations préférentielles qui permettent un accès libre au marché communautaire pour près de 90% des produits de ces derniers. En 1969, intervient Yaoundé II qui s’étend au Kenya , à la Tanzanie, à l’Ouganda et qui prévoit une augmentation du Fonds européen de développement. En 1973, l’adhésion du Royaume-Uni à l’Europe fera entrer les pays anglophones dans les accords de Yaoundé, puis les Caraïbes et le Pacifique intègrent le groupe Acp.

En 1975, est signé l’accord de Lomé entre l’Ue et les Acp, avec des préférences discriminatoires et non réciproques en matière de commerce en faveur des Acp et dérogatoires des règles du Gatt. L’Europe ouvre son marché sans droits de douane pour la majorité des produits tout en acceptant d’en payer pour ses exportations vers le marché Acp. Précisons que cet accord de Lomé a été renouvelé en 1980, 1985, 1990 et 2000.

La libéralisation du commerce mondial sous la direction de son nouveau « gendarme », l’Omc, allait imposer à cette relation Ue-Acp, la fin de toute préférence commerciale au plus tard à la date du 31 décembre 2007.

Sans négocier comme cela se devait avec son partenaire du Sud, confrontée à l’émergence de nouveaux acteurs mondiaux (Chine, Inde, Brésil...) dont les succès grandissants menacent ses positions en Afrique, l’Europe cherche à s’adapter en « proposant » les APE. Ceux-ci devraient conduire à lever tous les obstacles tarifaires par un accord de libre-échange entre l’Ue et les Acp, dans un délai de 15 ans, pour soi-disant favoriser par le commerce, le développement des « clients-partenaires » du Sud. Mais, même avec la levée des barrières tarifaires, les Acp ne verraient pas leurs produits entrer librement en Europe à causes des obstacles non tarifaires telles que les normes de qualité, de quantité, de compétitivité, sanitaires ou vétérinaires.

Avant d’avoir atteint leur niveau actuel de développement, tous les pays avancés ont érigé des barrières tarifaires pour défendre les secteurs stratégiques de leur économie. Et cela se poursuit aujourd’hui de manière déguisée. Pourquoi alors demander à l’Afrique ce qu’on s’est refusé de faire pour asseoir sa propre position ?

Le libre-échangisme, c’est connu, ne peut fonctionner réellement que si les partenaires économiques ont des forces comparables. Ce qui est loin d’être le cas entre l’Afrique et l’Europe. Selon un document de l’Agence française de développement (Afd), les pays Acp sont 31 fois moins riches que l’Ue et dépendent fortement d’elle pour leurs exportations (29%) et leurs importations (24%). Sachant que les droits de douane constituent au moins 25% des revenus des gouvernements africains, les pertes immédiates dues à un accord de libre-échange sont estimées à 2,9 milliards de dollars (1450 milliards de FCFA environ) pour l’Afrique et la dégradation de sa balance commerciale atteindrait 1,8 milliard de dollars (900 milliards de FCFA environ).

Une Afrique 31 fois moins riche que l’Europe

Accepter un tel scénario, c’est aller au devant de graves crises économiques et sociales. Concernant le Sénégal, sur la base des 436 milliards de recettes douanières engrangées en 2007, l’application des Ape entraînerait 75 milliards de FCFA de pertes pour le Trésor public dès leur application, selon le directeur général des Douanes, et atteindront 115 milliards en 2015. Et comme le reconnaît l’étude de l’Afd, « des ajustements importants sont nécessaires entre l’Afrique subsaharienne et l’Ue compte tenu de l’asymétrie initiale ». Même si les Ape prévoient de protéger 20% du marché des Acp grâce à ce que l’on appelle les « produits sensibles » et des compensations sur 15 ans pour couvrir les pertes de recettes douanières, les effets négatifs attendus pèsent plus lourdement sur la balance. Selon l’Afd, même si au final, le consommateur africain pourrait accéder à des produits moins chers et plus variés, comme les entreprises à des intrants bon marché, « les impacts négatifs ne se résumeraient pas seulement aux pertes fiscales dues à l’abaissement tarifaire, des détournements de flux commerciaux encourageant une désindustrialisation pourraient également alourdir les pertes ».

Une étude réalisée sous la direction du Pr d’économie Moustapha Kassé ne dit pas autre chose. Une application des Ape dans leur forme actuelle entraînerait « une destruction des systèmes productifs locaux agricoles et industriels, une baisse drastique des recettes publiques et une aggravation de la situation sociale ». Ainsi, les pays africains risquent de perdre de leurs capacités à réguler leurs investissements et à fournir des services publics au bénéfice de tous. Qui plus est, en tentant de briser l’homogénéité des Acp par des accords bilatéraux, l’Ue menace « les processus fragiles d’intégration régionale (exemple la Cedeao ou l’Uemoa) en cassant l’unité et la cohésion des communautés régionales d’intégration ». Comme le dit un délégué sud-africain, avec les Ape, l’Afrique risque de ressembler à poulet qu’on pourra démembrer comme on veut.

« Le partenariat, oui, mais à condition qu’il soit juste et équilibré » selon le mot du Pr Iba Der Thiam. Parmi les contre-propositions faites par l’Afrique à l’Europe, se trouvent en bonne place les accords de partenariat pour le développement du président Wade. Plus concrets et plus stimulants pour nos économies, ils permettraient à l’Europe de délocaliser certaines de ses industries en Afrique, ce qui freinerait la pauvreté et par ricochet, la vague des pirogues. Mais, on a l’impression que l’Europe a une logique différente de celle de ses dirigeants pris individuellement et cette logique est celle des multinationales industrielles et bancaires.

Il y a maintenant un nouvel acteur qui est entré en jeu et selon le Pr. Malick Ndiaye, ce sont « les peuples qui ont besoin de liberté vis-à-vis de l’extérieur pour pouvoir être les artisans de leur destin ». Et cela, personne ne doit l’oublier.

Source: Le Soleil

Article Lu 1525 fois

Lundi 14 Janvier 2008

Actualités | Politique | Economie | Fait Divers | Société | People | Sport | Coin des femmes | Culture | International | Vidéo News | Buzz du monde | Bande dessinée | Un café avec | Dinama Nekh | Buur Guewel | Double vie | Ndiaye Dollar | Wiri Wiri | Le reve de Akis | Rirou tribunal | Revue de presse | Blagues





Copyright © 2007 - 2016 Xibar multimedia Tous droits réservés

DIRECTEUR DE PUBLICATION: Abdoulaye Sogue - Contact: Protect e-mail with only css

Xibar Multimedia - 2901 41st Ave, Long Island City, NY 11101, United State