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Les dernières confidences de Mansour Bouna Ndiaye (Entretien)

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Dans certains cercles, on l’appelle encore le Bourba Djoloff. Mansour Bouna Ndiaye est en effet, à l’heure actuelle, l’aîné des fils de Bouna Ndiaye, le dernier Bourba Djoloff. Une ascendance royale, mais aussi un itinéraire politique tumultueux entamé depuis les années 50, qui lui a permis d’accéder aux fonctions de Député, puis de Maire de Louga. Il a vu défiler dans son domicile familial de Louga, des hommes politiques de premier plan comme Ngalandou Diouf, Lamine Guèye, Léopold Sédar Senghor etc. « Le Prince qui croyait à la démocratie », titre de son dernier ouvrage, est le témoignage privilégié de quelqu’un qui a vécu de l’intérieur des pages importantes de l’histoire politique du Sénégal. A ce titre, il nous retrace le film des événements du 17 décembre 62, « aux origines économiques » ayant abouti à l’emprisonnement de l’ancien Président du Conseil et de ses compagnons pendant une douzaine d’années. Il évoque, entre autres, le rôle déterminant, mais surtout partisan de la France, les commissions occultes versées par ses sociétés installées au Sénégal aux députés promoteurs de la motion de censure ayant abouti à la chute de Mamadou Dia. L’ex-Président du Conseil municipal de Louga, s’explique aussi sur ses supposés richesses, sa prodigalité légendaire, voire ses frasques de Prince.



Les dernières confidences de Mansour Bouna Ndiaye (Entretien)
La Sentinelle : Vous avez un glorieux héritage, qui vous a permis de vous lancer dans le champ politique et professionnel. Pouvez-vous revenir sur votre itinéraire ?

Mansour Bouna Ndiaye : Ce qui m’a lancé dans le champ politique, ce n’est pas mon héritage royal. Au lycée, j’avais comme Surveillant Général M. Albert Abdoulaye Ndiaye, un militant du Rassemblement démocratique africain (Rda), de l’extrême gauche affiliée au parti communiste français dans les années 1947/1948. Ceci m’a permis de connaître sur le terrain politique les hommes qui combattaient alors le colonialisme. Mais, ce qui m’a d’abord motivé à entrer en politique, c’est que notre maison à Louga, celle de ma mère Yacine Gaye Massar et de mon grand-père Momar Gaye Massar, était le siège des partisans de Ngalandou Diouf, Député du Sénégal au Palais Bourbon. Enfant, j’ai connu Ngalandou Diouf alors que j’avais entre six et sept ans. Cette famille a vécu dans le Dioufisme comme on disait à l’époque, jusqu’à la mort de Ngalandou. Et en 1945, j’ai découvert un géant de l’histoire du Sénégal, Lamine Guèye, qui avait l’habitude de passer chez nous quand il descendait à Louga. Je me rappelle qu’il est venu à Louga chez nous, présenter à mon père un certain Léopold Sédar Senghor, c’était en octobre 1945. J’ai vu ce dernier à coté de Bouna Alboury. C’est là qu’est partie mon admiration pour Senghor. Si bien que quand il a créé son parti, j’ai milité à ses côtés en organisant notamment le premier Congrès du Mouvement des jeunes du Bloc démocratique sénégalais (Mj/Bds).

La Sentinelle : Et vous reprenez vos activités politiques ?

Déjà en 1955, Senghor m’a demandé de financer le Congrès constitutif du Bloc démocratique sénégalais, le Mj/Bds, était dirigé à l’époque par le Dr en pharmacie Diouf. Il y avait aussi Mbaye Jaques Diop, Moustapha Dramé, ex-Chef de Cabinet de Valdiodio Ndiaye, Babacar Ndir etc. A mon retour, j’ai repris mes activités comme Secrétaire général des jeunes de Dakar-Plateau, puis à Kaolack où j’étais en poste. J’ai été tour à tour patron des jeunes de la Commune, du Département, puis de la Région du Sine-Saloum. J’ai intégré par la suite, le Bureau politique du Bds et j’ai assisté et participé activement aux événements de 1962.

La Sentinelle : Justement, revenons sur ces évènements du 17 décembre qui ont consacré le divorce du couple Senghor/Dia.

Vingt août, éclatement de la Fédération du Mali. Senghor et Mamadou Dia ont convenu de célébrer les fêtes de l’indépendance du Sénégal le 04 avril.

Parce que c’est à cette date que le Président Dia a signé avec Michel Debré, Premier Ministre du Général De Gaulle, le transfert de compétences. Les gens ont proposé le 20 juin, mais Senghor a dit que « le 20 juin, il fait chaud ! Et moi je vais en vacances en Normandie ». C’est ainsi que le 04 avril a été finalement retenu. C’est à cette date que Mamadou Dia, pour le Sénégal, et Modibo Keïta pour le Mali, ont signé les actes respectifs de transfert de souveraineté pour les deux Etats. Les enseignants du Sénégal ne le savent pas où n’y insistent pas assez, et ça me touche énormément. C’est bien le Président Mamadou Dia qui est le père de l’indépendance du Sénégal. Et c’est bon à savoir pour l’Histoire. S’agissant maintenant des évènements du 17 décembre, ils ont eu une origine économique. Jusqu’en 1960, le Sénégal avait comme principale culture, l’arachide, dont la production atteignait le million de tonnes par an. Des sociétés françaises comme Maurel et Prom, Cfao, Nosoco, Lacoste…, principalement des huileries bordelaises, ont prospéré à partir de la traite de l’arachide. Or, en 1962, la mise en place de la Banque sénégalaise pour le développement (Bsd), ancêtre de la Bnds, la création de l’Oca (Office de commercialisation de l’arachide), les coopératives ont distribué aux paysans à la demande de Mamadou Dia, des ristournes de l’ordre de 400 millions de francs (…).

De plus, le Président du Conseil dotait en même temps les coopératives d’une fonction de consommation permettant aux paysans de s’approvisionner à des prix compétitifs et de se débarrasser de l’usure que leur imposaient leurs fournisseurs. C’est ce qui a fait peur aux sociétés françaises qui ne voulaient pas perdre leurs privilèges. C’est ainsi que regroupées au sein de la Chambre de commerce d’agriculture et d’industrie de Dakar, ces sociétés françaises ont débloqué 100 millions de francs qui ont été distribués aux signataires de la motion de censure qui a consacré la chute du Gouvernement Mamadou Dia

La Sentinelle : Pouvez-vous nous retracer le film de ces événements ?

Le 14 décembre, Il y a eu une réunion du Bureau politique du Bps où j’étais membre et nous nous sommes retrouvés devant une situation extraordinaire. Suivez bien le processus. A la fin de la rencontre, Senghor déclara : « Camarades, ça ne va pas dans le pays » ! Nous, on ne savait pas que ça n’allait pas dans le pays. Et le Président de poursuivre : « nous allons nous réunir les samedi 15 et dimanche 16 décembre pour voir ce qui ne va pas dans le pays ». La veille, vendredi 14, on se réveille avec une motion de censure déposée à l’Assemblée nationale. Le jour-j, Valdiodio Ndiaye, avant même que Senghor ne termine de lire le libellé de l’ordre du jour, le coupa net : « Mais Senghor, ce n’est pas sérieux ! Avant de voir ce qui ne va pas dans le parti, une motion de censure a été déposée contre le Gouvernement de ce pays. Il faut qu’on en parle » ! A cette interpellation, Senghor répondit calment en disant : « avant de venir ici, j’ai consulté mon Conseiller juridique et constitutionnel, M. Aurillac (devenu Ministre français de la Coopération dans le Gouvernement Chirac ndlr), qui m’a dit que sur le plan de la Constitution, la motion est recevable, mais pour moi, ceux qui ont déposé la motion ont tort ». « S’ils ont tort, il faut tout de suite les sanctionner », coupa Valdiodio. Sur ces entrefaits, sur fond d’insultes et d’invectives Mamadou Dia s’est levé avec ses dossiers en s’écriant : « j’ai tout compris ». Ibrahima Sarr, héros de la grève des cheminots de 1947, proposa la convocation du Conseil national du parti, le lundi. Senghor proposa le vendredi suivant, jugeant le lundi trop proche pour pouvoir y associer les militants de l’intérieur du pays. C’est dans ce climat trouble que Senghor conclut la rencontre en disant : « Entendu camarades, réunion du Groupe parlementaire élargi aux députés ».

Tout ceci était une manière de retarder les choses et cacher la procédure pour pouvoir voter la motion de censure et débarquer M. Dia le lundi. C’est ainsi que le lundi matin, les deux Chefs se sont retrouvés à l’Assemblée. Ibrahima Sarr, sortit de la conférence des Présidents, l’air triste et, annonça à Mamadou Dia, « la décision prise de voter la motion de censure à 15 heures ». C’est alors que le Président du Conseil apostropha violemment Senghor : « Vous avez entendu. Ils ont décidé de voter la motion de censure à 15 heures, alors qu’il a été décidé la réunion du groupe parlementaire. Je ne leur permettrai pas de se réunir avant la tenue du Conseil national de vendredi ». Dia s’engouffre dans sa voiture pour rejoindre son bureau du Building, suivi de Senghor qui retournait au Palais. Leurs deux voitures ont même failli se télescoper. C’est en ce moment que la crise a éclaté.

Quelques temps après, le Chef d’Etat Major de l’Armée s’est présenté au bureau du Président Dia, flanqué de deux officiers dont l’un était Jean-Alfred Diallo, pour s’enquérir de la situation. « Que l’Armée se tienne à l’écart », trancha le Chef du Gouvernement.

C’est en ce moment que la France est entrée dans la danse. Par l’intermédiaire de son Représentant qui ne portait pas encore le titre d’Ambassadeur, mais celui de Haut Résident de la France au Sénégal. C’était le gaulliste Héttier de Bois Lambert. Ce dernier symbolise le ralliement d’un officier français à la cause de Senghor. Dans l’imbroglio, ils ont proclamé le Colonel Jean-Alfred Diallo, Chef d’Etat Major Général des Armées à la place du Général Fall.

La Sentinelle : A vous écouter, on peut en déduire que c’est Senghor qui a plutôt fait un coup d’Etat en faisant recours à l’Armée contre Mamadou Dia ?

Vous avez bien fait de poser cette question. Quand j’étais avec le Président Dia dans son bureau, il y avait les parachutistes commandés par le Colonel Preira, qui entouraient le Palais de la République. Voyant cela, Dia s’écria : « Qu’est-ce que c’est que ces parachutistes qui entourent le Palais ? Senghor perd la tête, je suis Chef du Gouvernement, Ministre de la Défense. Nous sommes dans un régime parlementaire, pas présidentiel ! Senghor n’a pas le droit de réquisitionner l’Armée ». Et Mamadou Dia a réquisitionné l’Armée pour protéger Senghor. Celui qui fait un coup d’Etat ne réquisitionne pas les militaires pour protéger quelqu’un. Malgré tout, le Général Diallo, avec une majorité d’officiers formés par la France, est passé de l’autre côté et a arrêté Mamadou Dia et ses camarades pour être emprisonnés pendant 12 ans à Kédougou. Pendant 12 ans, Mamadou Dia, Ibrahima Sarr, Joseph Mbaye, Alioune Tall, Valdiodio Ndiaye, ne se sont, ni vus, ni parlés, malgré leur proximité. Pendant 12 ans, ils ne pouvaient voir leurs épouses ou leur mère qu’une fois par mois à travers un parloir situé à l’entrée du camp, en présence d’un gendarme. Voilà le régime que Senghor a imposé à ces hommes qui ont fait l’indépendance du Sénégal.

La Sentinelle : Quels ont été les conséquences politiques et sociales des événements de 1962 ? Les événements de 62, ont fait naître dans le parti, le larbinisme. Senghor s’est retrouvé avec des larbins comme me l’a rappelé un jour feu Alioune Badara Mbengue. Ces derniers n’ont pas été à la tâche avec lui dans les années 48, 50, 51, 52, à l’instar de ceux qui ont créé le parti et amené le pays à l’indépendance. Et Senghor s’est retrouvé entouré de ces gens peu recommandables qui l’ont séparé de Mamadou Dia. Les personnalités historiques qui pouvaient l’aider étaient en prison. Plus de Ibrahima Sarr, héros de la grève des cheminots de 1947, plus de Valdiodio Ndiaye, qui a fait face au Général De Gaulle en 1958. Senghor s’en est rendu compte par la suite. Ainsi, après la crise de mai 68, il a été obligé de restructurer son parti, en y impliquant des hommes nouveaux comme les Administrateurs civils pour en faire des responsables régionaux. C’est dans cette optique, qu’en 1969, je me suis retrouvé avec une tache difficile, celle de céder la base de Louga à Abdou Diouf, qu’on ne connaissait pas (…). C’est dans la même logique qu’il faut situer l’arrivée au premier plan des Babacar Bâ, Adrien Senghor, Christian Valantin et Jean Collin. Ces anciens Gouverneurs ont aidé Senghor à reprendre le développement du pays, opérer des restructurations économiques. Malheureusement, ils se sont retrouvés face aux conditionnalités des institutions de Brettons Woods. Cette politique d’austérité a apporté plus de 2000 milliards dont a bénéficié Me Wade qui essaie tant bien que mal de mettre en place des infrastructures.

La Sentinelle : Vous avez été Député, Maire, quel regard portez-vous sur les hommes, la gouvernance, d’hier et d’aujourd’hui, la gestion du pays depuis l’avènement de l’alternance en 2000 ?

Nous n’avons plus les mêmes hommes, la qualité s’est un peu perdue en route. Abdoulaye Wade se retrouve avec des hommes qu’il ne peut pas abandonner. Ils se sont battus dans l’opposition avec lui, mais la plupart d’entre eux n’ont ni expérience politique ni économique. C’est le cas à Louga où les instructions du Président Wade n’ont pas été appliquées par Idrissa Seck et Modou Diagne Fada. Résultat, à la Mairie comme au Conseil régional, les choses laissent à désirer. Ces gens ne veulent pas voir des transhumants. Moi, je ne suis pas transhumant, je ne suis pas membre du Pds. J’ai créé un mouvement de soutien et j’ai pu renverser la tendance ici à Louga en faveur de Wade, comme j’avais, en deux mois, remis ce fief à Abdou Diouf en 1969. Me Wade est généreux. Il a de grandes idées, mais il n’a pas les hommes pour les appliquer. Voilà le problème.

La Sentinelle : Vous dites que Wade ne peut se séparer de ces gens que vous jugez incompétents alors qu’il a quand même les responsabilités d’un Chef d’Etat.

Certes ! Mais je vous renvoie à De Gaulle qui disait : « Les choses étant ce qu’elles sont et le monde étant ce qu’il est ».

La Sentinelle : Vous connaissez bien l’agriculture pour avoir été inspecteur de la coopération. Me Wade vient de lancer la Grande offensive agricole pour la nutrition et l’abondance (Goana). Quel regard portez-vous sur ce projet ?

Pour la Goana, tout dépend de la pluviométrie. Les idées les plus généreuses pour l’agriculture au Sénégal dépendent de l’eau. Or, si on met le fleuve Sénégal et le fleuve Casamance de côté, tout le Sénégal attend la pluie. De plus, l’arachide est ruinée parce qu’il n’y a plus de bonnes semences. En outre, tout se passe comme s’il y avait des gens tapis dans l’ombre pour liquider la filière arachidière. Or, voilà une plante où tout est utile ; la graine, la paille, la coque (…). Les cultures vivrières sur lesquelles reposent la Goana ne peuvent être abondantes que si nous suivons l’hydrographie du Sénégal. Senghor et Diouf se sont battus pour avoir des barrages, mais ces derniers sont sous-exploités. Il est possible d’arriver à des récoltes très importantes avec une Goana allant sur 7 ans minimum et 10 ans maximum pour arriver à une récolte annuelle comprise entre 500 à 700 mille tonnes. Cette année, c’est peut-être trop tard, mais il nous faut dès l’année prochaine, essayer d’emblaver au moins 250 mille ha de riz avec des rendements de 4 à 5 tonnes par ha.

La Sentinelle : Qu’est-ce qui vous lie à Abdoulaye Wade ?

Nos relations datent de plus de 30 ans. Il a milité à l’Ups à Kébémer. Lors de renouvellements dans sa ville natale, il a gagné contre M. Fall. On lui a refusé sa victoire à cause de l’influence des caciques de l’Ups.

Me Wade est venu ici au portail de ma maison, me présenter les bons résultats. Si à l’époque Senghor avait reconnu sa victoire à Kébémer, Abdoulaye Wade n’aurait peut être pas créé un parti d’opposition (…)

La Sentinelle : Et avec Abdou Diouf ?

Abdou Diouf est mon cousin germain. Mon premier garçon qui a aujourd’hui 53 ans, porte son nom. Il faisait le bac à ce moment-là. C’est dire que je n’attendais rien de lui. Nous avons créé ensemble le « Club des bonnes volontés », puis l’Amicale scolaire de Louga, qui existe toujours, que j’ai eu à diriger. D’ailleurs, quand je suis parti en France en 1956, c’est Abdou Diouf qui m’a remplacé à la tête de l’Amicale. Mais comme Diouf n’était ni vigilant, ni actif, il a été débarqué par Cheikh Bâ qui est, tenez-vous bien, toujours Président de cette association qui se réunit régulièrement chaque mois à Dakar. Elle compte 24 membres survivants.

La Sentinelle : Vous êtes réputé être très riche, certains disent que Mansour Bouna Ndiaye est un « Samba Linguère », prêt à distribuer à tout va, y compris, les fonds de sociétés que vous aviez eues en charge, ce qui vous a valu quelques déboires avec Senghor et même Diouf. Que répondez-vous ?

En vérité, Senghor n’a jamais voulu lâcher Moustapha Cissé, que nous avons détrôné de la tête du parti au profit de Diouf. En sa qualité de membre-fondateur du Bds, il a trouvé grâce et protection auprès de Senghor. C’est ainsi que par la suite, alors que je gagnais avec des majorités qui avoisinent les 80% devant Daby Diagne, Senghor n’a jamais voulu accepter ma majorité. En 1978, année au cours de laquelle je fus élu député, j’ai refusé de faire campagne électorale, par solidarité avec mes partisans qui n’ont pas accepté qu’on nous prive injustement de notre victoire. On m’a même brandi des « raisons d’Etat » pour justifier cela…Senghor est allé jusqu’à m’informer deux ans auparavant, dans ses appartements privés, qu’il allait céder le pouvoir le 31 décembre 1980, à mon cousin Diouf (…)

A propos de ce que les gens appellent « ma richesse », je peux vous dire que je suis sans logement (il le répète en wolof). Je n’ai pas de maison et j’ai 75 ans. J’ai toujours partagé avec les autres. J’habite ici à Louga la maison de ma mère alors qu’à Dakar je suis en location. Abdou Diouf m’a fait vendre ma maison pour un projet dans lequel j’ai dépensé 30 millions. J’ai vendu ma maison à la Sicap Bourguiba et quand le projet a avancé, il a été torpillé au niveau de la Présidence de la République. J’ai perdu ma maison et mes millions et maintenant, je me retrouve locataire, alors qu’à 21 ans, j’étais déjà millionnaire. Effectivement, j’ai toujours partagé avec les autres. On ne peut pas en dire autant pour mes adversaires politiques de l’époque qui ont assumé des responsabilités dans la Commune de Louga. Ce qui les intéressait, ce n’était pas seulement être Maire. C’était aussi les grands travaux dans lesquels ils pouvaient trouver avec les entrepreneurs des surfacturations pour ensuite construire des villas.

La Sentinelle : Et qu’est-ce que vous avez fait de tous les millions que vous avez amassés ?

Mais ces millions n’existent pas. Qu’est-ce qui s’est passé ? J’ai importé des tomates. Quand elles sont arrivées, je devais y gagner des millions. Voilà ce qui s’est passé. J’étais en campagne électorale ici à Louga. M. Sow, le Directeur de la banque m’a adressé une lettre en me disant que les ventes étaient lentes. Il les a reprises pour les donner à des commerçants. Les invendus qui ont pourri dans les magasins des commerçants, m’ont été imputés pour m’esquinter économiquement. J’ai refusé de payer. Ils m’ont attaqué au tribunal. J’ai gagné en appel, mais en cassation, le jugement leur a été favorable parce que là, il y a eu la main du Gouvernement ; il fallait me liquider. Je me suis retrouvé avec une ardoise de 70 millions à payer à l’Usb. C’est quasiment le même modus operandi avec des costumes de ville que j’avais importés. Je n’ai pu les récupérer à cause d’un blocage de la Bnds. Je me suis battu comme un beau diable sans succès, pour me retrouver, au lieu des 100 millions que je devais gagner dans l’opération, avec une note de 36 millions à payer à la Bnds. Et au bout de 10 ans, avec les intérêts 500 millions à payer. Je fais l’impasse sur le « projet Hilton » où mes partenaires et moi avons perdu quelques 600 millions, là où l’Etat ne m’a remboursé que 24 millions. Voilà ce qu’on appelle l’argent que j’ai gaspillé. Moi je n’ai rien dans les banques. Tout cela est le fruit de mon indocilité politique.

La Sentinelle : Mansour Bouna Ndiaye, vous êtes aussi écrivain. Vous venez de publier un nouvel ouvrage intitulé « Le Prince qui croyait à la démocratie », parlez-nous un peu de ce livre.

J’ai publié un premier ouvrage qui s’appelle Panorama de l’histoire politique du Sénégal où les mémoires d’un enfant du siècle » qui a été mal diffusé parce que, comme l’a dit un jour Jean Collin, « votre livre relate les événements de 1962, tels qu’ils se sont passés ». Ils n’ont pas voulu le publier comme il faut. J’ai repris le livre. C’est l’histoire du Sénégal, la version exacte de la chute du Gouvernement Mamadou Dia, mais aussi, comme tu l’as rappelé, on dit qu’ « il est millionnaire, il dilapide tout ce qu’on lui confie », j’ai voulu répondre pour dire ce qui s’est réellement passé. J’y évoque aussi ma jeunesse à Louga, les Chefs d’Etat que j’ai rencontrés etc. C’est tout cela que j’ai repris sous le titre : « Le Prince qui croyait à la démocratie ». Parce qu’ils disent que « Domou bour la » (c’est un fils de roi ». J’ai crû à la démocratie, ils m’ont esquinté dans le cadre de la démocratie.

La Sentinelle : Le Prince qui croyait à la démocratie », vous utilisez l‘imparfait, est-ce-à dire que vous êtes déçu par la démocratie ?

Tous ceux qui ont suivi mon itinéraire ici à Louga le savent. La démocratie n’est pas encore effective. Mes victoires n’ont pas été reconnues avec des dizaines de commissaires. Les Sabara et Awa Dia Thiam entre autres, ont dit que le parti (Ps), leur a demandé carrément de ne pas sortir les résultats de Louga (…)

La Sentinelle : Mais vous n’avez pas encore quitté complètement la scène politique, en vous engageant avec l’Alternance aux côtés du Président Wade. Quel est le quotidien de Mansour Bouna Ndiaye, à 75 ans révolus ?

Comme vous l’avez vu, j’écris mes mémoires et je m’occupe de ma famille. Sur un autre registre, j’appuie le Président Wade mais sans me battre dans les structures de son parti. Parce que le Pds est un parti difficile où les gens ne peuvent pas se réunir à Louga sans se bagarrer. Ils n’ont d’objectifs ni économiques ni politiques. Moi, je ne peux pas militer avec des gens qui n’ont ni analyses, ni perspectives de développement. Je préfère les laisser se quereller et faire mes suggestions sur le développement du pays à Me Abdoulaye Wade.

Photo : Mansour Bouna Ndiaye, ancien Député-Maire de Louga, membre du bureau politique de l’Ups en 1962

Propos recueillis par Cheikh Lamane DIOP

Source: African Global News

Article Lu 13973 fois

Vendredi 8 Août 2008





1.Posté par Just me le 08/08/2008 11:42
bouna alboury!!!!!!!!!!!! ndiaye aly!!!!

2.Posté par cheikh le 08/08/2008 12:55
yalla nako yalla yerem te yekhe gnou kou bakh lawone diko diale wa louga yepe nak

3.Posté par leuz le 08/08/2008 15:08
kou bakh way,diko dial wakeureum yep,diko dialit khalifa methiour ndiaye cousin wam ,kharitam deuk point E de la part de ce ben grand depuis Amsterdam.

4.Posté par fammi mbodji le 08/08/2008 15:15
yalla nako yalla yerem te yekhe gnou kou bakh lawone diko diale wa louga yepe nak ndion wa ndiage ba mbodji diolènkoy diale

5.Posté par Militant le 08/08/2008 17:26
Dieu est avec les patients: Tous ceux qui ont trahi le President Mamadou Dia ont peri, et aujourd'hui il assiste au retour de la verite.
Qu'Allah te preserve parmi nous longtemps encore Grand Maodo et te reserve le FIrdaous A'Ala

6.Posté par loup le 08/08/2008 21:32
SENGHOOOOOR yay imbécile

7.Posté par MARIE le 09/08/2008 05:35
Que la terre lui soit legere .mes Condoleances a ts ses enfants et a ses neveux et nieces

8.Posté par cheikh le 19/08/2008 19:18
mes condoleances a toute sa famille, a sa fille ma chere amie fatsy ndiaye tiens bon ma grande

9.Posté par Abdoul NDOYE le 05/04/2009 21:45

Merci pour ces confidences. Paix à son âme ....

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