En effet, le brillant professeur d’histoire, dont la discipline a gravé les mots avec lesquels il chargeait l’opposant Abdoulaye Wade, a bien raison de dire que l’alternance «a changé la physionomie » du Sénégal dans le domaine de « l’activité politique ». Car, si sous le président Abdou Diouf on ne parlait que « d’entrisme », que le professeur Iba Der Thiam a inauguré, en renonçant à la lutte syndicale pour un poste de ministre dans le gouvernement socialiste, avec le président Wade la « transhumance » est à la mode.
Théorisée et enclenchée par le directeur de cabinet du président Wade de l’époque, Idrissa Seck, elle a profité au parti au pouvoir. C’est elle qui a permis à bien d’anciens socialistes de retrouver les privilèges perdus. C’est le cas du Pr Iba Der Thiam. Il a quitte son domicile de la Sicap, qui était toujours ouvert, du temps où il était « le député du peuple », pour s’emmurer dans une somptueuse résidence aux Almadies. Mais, « la transhumance » à laquelle bien des socialistes ont été contraint, pour ne pas être embastillé, est en train de retomber sur les pieds des libéraux, qu’elle a servi : elle a révolté tous les citoyens sincères et dignes du pays.
La transhumance affecte, également et désormais, le parti au pouvoir : en dépit des moyens, acquis grâce au pouvoir, du président Wade, des militants l’ont quitté pour rallier le parti de Macky Sall, né de ses flancs, celui de Tanor Dieng, qu’il avait vaincu, de Moustapha Niasse, qui l’avait soutenu avant d’être trahi, etc.
En dix ans, l’alternance a changé le Sénégal sur le plan « économique », parce qu’elle a commencé par écraser et sucer tous les entrepreneurs qui avaient réussi avant son avènement. Elle a fait la promotion des siens, qui étaient au chômage et de grands anonymes.
L’alternance a accéléré la pauvreté, faute de pouvoir créé des emplois. Elle a érigé la corruption et les surfacturations, comme méthodes d’enrichissement. L’économie est si affectée sous l’alternance que les pénuries des denrées de première nécessité et la cherté de la vie sont devenues la règle.
Le professeur Iba Der Thiam a raison de souligner, encore, que la physionomie du Sénégal a changé sous l’alternance dans le domaine « social ». Effectivement elle a travesti nos mœurs, intensifié la mendicité, la violence et la prostitution. Mais, elle a également avivé les foyers de tension dans les entreprises et établissement d’enseignement, etc. Elle a porté des coups de poignard dans le dos de la laïcité. Car le président Wade s’est attaqué aux Chrétiens et Tijanes et dit haut son appartenance confrérique.
L’alternance a changé le Sénégal sur le plan culturel, parce que les recrutements et les promotions ne se font plus sur la base du mérite, mais du népotisme. Le président qui la pilote a préféré ériger une statue d’un coup de 14 milliards de francs Cfa et d’un budget de promotion de 18 milliards de nos francs, pour ne consacrer à la vie culturelle que six petits milliards.
Le Pr Iba Der ne voudrait pas se souvenir que c’est sous le régime qu’il chante que deux mille Sénégalais ont coulé au fond de l’océan, parce que le président avait préféré réfectionné son avion à 35 milliards de nos francs au détriment de l’hélice du bateau le Djola, qui ne coûtait que moins de 500 millions de francs Cfa . En Occident, toutes les conséquences d’un tel génocide allaient être tirées.
C’est ce tableau du Sénégal qui a poussé bon nombre d’observateurs à se demander si l’alternance, que chante le professeur Iba Der Thiam, devenu le « député du président Wade », va survivre plus de douze ans. En tout cas, depuis dix ans qu’elle est là, ses acteurs agissent comme dans une jungle : les plus forts se nourrissent des plus faibles.
La Redaction