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Le Sénégal peut-il devenir un pays émergent en 2015 ?

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Le but de toute nation est d’accéder au stade du développement intégral et de permettre à chacun de ses citoyens de vivre la vie qui a de la valeur à ses yeux, pour reprendre les mots du prix Nobel Amartya Sen. Le développement implique quelque chose de plus que la croissance économique définie généralement comme l’évolution du Produit intérieur brut (Pib) d’une année sur l’autre. Il pourrait se traduire comme la croissance plus la transformation (Gérald M. Meier, 1995) et se manifeste notamment par l’amélioration des performances des facteurs de production, par la densification et la modernisation du réseau d’infrastructures, par le développement des institutions et par le changement des attitudes et des valeurs, et par ‘un mouvement haussier de l’ensemble du système social’ (Gunnar Myrdal : le drame asiatique (1968)). Partant de ce postulat, les économistes séparent traditionnellement les nations du monde en deux groupes : celui des pays développés et celui des pays en développement (ou du tiers-monde). Parfois, un sous-groupe des pays moins avancés est identifié au sein du second groupe, visant les pays les plus pauvres parmi les pauvres et caractérisés par un revenu par tête faible.
1. Ce que l’émergence veut dire

Récemment, les termes de pays émergent et de marché émergent ont également fait leur apparition dans la littérature, désignant les pays les plus dynamiques parmi les pays en voie de développement et les mieux intégrés dans l’économie désormais mondialisée, sans qu’une définition exacte soit élaborée à cet effet, encore moins des éléments de mesure discriminants.

Selon le dictionnaire Le Robert, ‘émerger’ se dit d’un phénomène ‘qui s’impose à l’attention par sa valeur’. Subséquemment, on peut considérer qu’un pays, anciennement pauvre, émerge lorsqu’il suscite l’intérêt et se démarque de la masse des nations sous-développées et situées en marge des échanges mondiaux de biens, de services et d’idées. Mais, à partir de quel moment, dans son cheminement vers le progrès économique, peut-on considérer qu’un pays est réellement devenu émergent ? Cette question est d’autant plus pertinente qu’aujourd’hui, plusieurs pays, sur tous les continents, prétendent avoir atteint ou être sur le point d’atteindre le stade de l’émergence. Le Sénégal qui fixe le cap de l’émergence en 2015 en fait partie. Et il est d’autant plus difficile d’apprécier cette proclamation qu’il n’existe à ce jour aucune définition consensuelle de la notion d’émergence. La même problématique se posait avec le concept de ‘décollage’ de Walt W. Rostow (1960).

Le concept d’émergence économique n’est apparu qu’au début des années 1990 dans le contexte de la dérégulation des marchés financiers conduite aux Etats-Unis et en Europe, concomitamment avec les innovations technologiques et institutionnelles. Ces mutations ont favorisé la création de nouveaux instruments financiers et, surtout, l’accélération de l’internationalisation des placements de capitaux. La découverte majeure était que les pays à marché émergent offraient à ces capitaux de nouvelles possibilités de placement à haut rendement [en théorie et en pratique, le retour sur investissement est plus élevé dans les pays moins développés] et à risque raisonnable. Aussi, de nombreux pays, sur tous les continents, parce qu’ils ont créé des marchés boursiers et ont procédé à des réformes structurelles majeures, au cours des dernières années, se donnent-ils aujourd’hui le titre d’économie à marché émergent. Ils sont confortés dans cette position par la Société financière internationale (Sfi) qui désigne comme marché émergent tout pays qui a un marché financier en transition, augmentant continuellement en taille, en activité et en degré de sophistication. En vérité, tous les pays à faibles revenus ou à revenus intermédiaires, dont la capitalisation boursière demeure relativement modeste comparée aux marchés financiers des pays développés, peuvent s’attribuer le titre de marché émergent.

Toutefois, certains de ces pays (en Asie particulièrement, mais aussi en Amérique latine, en Europe centrale et même en Afrique), par suite d’énormes efforts, ont réussi à ‘émerger’ du lot et à attirer l’attention des investisseurs (nationaux et étrangers). Les économistes furent également émerveillés par les résultats atteints par ces pays en termes de croissance économique et de performances à l’exportation. Le vocable de miracle asiatique a ainsi été utilisé, au début des années 90, pour à la fois reconnaître les pas géants réalisés par les ‘dragons’ (Singapour, Hong Kong, Taïwan, Corée du Sud) et les ‘tigres’ asiatiques (Malaisie, Thaïlande, Indonésie, Philippines). En prenant comme base les performances de ces nouveaux pays industrialisés, il est devenu possible de classifier assez finement les pays du tiers monde, en distinguant clairement le groupe des pays en développement dynamiques qu’on pourra qualifier de pays ‘émergents’, celui des pays moins avancés où se retrouvent les pays les plus pauvres qui se recrutent surtout en Afrique subsaharienne, et enfin les pays en développement classiques qui ne sont dans aucun des deux groupes extrêmes ci-dessus mentionnés.

Ainsi, pourraient être considérés comme pays émergents, non pas tous ceux qui restent dans les limites des seuils définis par la Sfi, mais ‘les pays en développement qui constituent des pôles d’attraction des investissements (nationaux et étrangers), qui diversifient et accélèrent, durablement et harmonieusement, leur croissance économique et qui s’intègrent avec succès dans l’économie mondiale grâce à leurs capacités d’exportation’. Dans la littérature économique, c’est cette définition que nous proposons et qui est fondée sur les faits, qui est implicitement utilisée, et seuls les pays qui répondent à cette définition font l’objet d’étude lorsque l’on parle des économies à marchés émergents.

2. Les pré-requis de l’émergence

Atteindre le stade de l’émergence économique ne provient pas du hasard ou de la chance. Un pays peut certes initier et enregistrer des pics de croissance économique, durant une certaine période, mais comme l’a montré Haussmann-Pritchett-Rodrik (2004), la croissance économique ne peut être soutenable et mener vers le développement que si le pays en question poursuit les bonnes politiques économiques et possède des institutions de qualité. Pour émerger et donner à la croissance un caractère soutenable, un pays pauvre doit donc mettre en place des politiques volontaristes pour convaincre les investisseurs de venir et de demeurer chez lui, et chercher à s’insérer avec succès dans l’économie mondiale. Les réformes attachées à cette exigence constituent les pré-requis de l’émergence.

Dans l’idéal, le pays doit chercher à atteindre un niveau de compétitivité et d’attractivité le plus élevé possible, en mettant en place un environnement de classe internationale. Plusieurs des éléments mentionnés à cet effet (la stabilité politique, les procédures administratives, la transparence des procès et le respect de la règle de droit, la libéralisation et le désengagement de l’Etat, l’absence de corruption, etc.) ont été listés dans ce que l’on a convenu d’appeler ‘Consensus de Washington’ (version initiale puis révisée) qui a longtemps guidé et qui continue encore de guider fortement le dialogue entre les institutions de Bretton Woods et les autorités des pays pauvres. Mais comme le note Rodrick (2004 a, 2004 b), le pays pauvre qui satisfait l’ensemble des prescriptions du Consensus de Washington devient de facto un pays développé. Ainsi, plutôt que de chercher à tout corriger à la fois, un pays doit identifier, à travers un diagnostic stratégique, les obstacles les plus sérieux qui freinent sa compétitivité internationale et engager les réformes prioritaires ayant le plus d’impact sur la croissance.

Par exemple, pour l’Inde, en 1980, la principale contrainte résidait dans ce que l’Etat était perçu comme un acteur hostile au secteur privé ; pour la Chine, en 1978, la contrainte était l’absence d’incitations orientées vers le marché. Une fois la dynamique de croissance enclenchée, les réformes pourront être accélérées et leurs coûts distribués sur la durée. Les axes prioritaires de réformes ayant été identifiés, le pays doit veiller à engager des blocs de réformes cohérents et complémentaires (de Macedo et Martins (2006)).

3. L’émergence est multidimensionnelle

Emergence économique et émergence sociale

L’homme devant être au début et à la fin du développement, pour paraphraser Léopold S. Senghor, le concept d’émergence ne peut être uniquement appréhendé sous l’angle économique. Les citoyens d’un pays qui émerge doivent sentir dans leur vie quotidienne que leur bien-être s’améliore et que des opportunités nouvelles d’éducation, de santé, d’emplois et de revenus se présentent pour eux. L’émergence doit ainsi être également sociale. Inversement, l’émergence économique ne peut être durable que si certains pré-requis sont satisfaits dans le domaine social. Il est désormais universellement admis que la qualité du capital humain (une population éduquée, bien nourrie et en bonne santé) est un des facteurs les plus déterminants de la croissance économique, surtout dans le nouvel environnement de la mondialisation où le savoir et le savoir-faire jouent un rôle central dans la hausse de la productivité des économies.

Emergence et qualité des institutions

Pourquoi certains pays réussissent et d’autres échouent ? Pourquoi la Malaisie a réussi à émerger et non la Guinée pourtant riche en ressources naturelles ? Parce qu’elle impacte sur la nature même des normes et valeurs sociales en vigueur, le fonctionnement des organisations publiques, du cadre réglementaire, des procédures et des politiques publiques, la qualité du leadership politique pourrait constituer la cause endogène profonde des performances économiques et sociales des pays pauvres, plus que les facteurs exogènes tels que l’effet du voisinage ou l’histoire coloniale.

4. L’importance du stade de l’émergence pour un pays pauvre

L’émergence marque un réel point tournant, faisant passer un pays pauvre d’un équilibre de faible croissance à un meilleur équilibre de croissance forte et durable. Bien cerné, le concept d’émergence viendrait ainsi apporter une grande contribution à la théorie du développement. Car, jusqu’ici le seul but fixé aux nations pauvres est de chercher à converger avec les pays riches. Or, la convergence est un chantier de longue portée (des dizaines voire des centaines d’années), comme en atteste l’histoire économique contemporaine. Et, ne retenir comme cible que cet horizon lointain conduirait à inclure, pour longtemps, dans le même ensemble de pays en développement des nations aux trajectoires et aux perspectives fort divergentes. Aujourd’hui, Singapour continue ainsi d’être classé, par la Cnuced, avec la Sierra Leone (qui est particulièrement pauvre), dans la catégorie des pays en développement, alors même qu’il n’a presque plus rien à envier aux pays les plus avancés d’Europe et d’Amérique. Une classification nette des nations en développement, identifiant des strates plus fines de pays, s’avère donc indispensable, afin de tenir réellement compte de la réalité. Un tel exercice répond à des exigences d’équité et de rigueur statistique. Il possède une autre vertu :

celle de sanctionner positivement les progrès accomplis par les pays les plus performants et de leur permettre de célébrer des victoires intermédiaires (‘Quick wins’) stimulantes pour continuer à mobiliser les énergies, poursuivre dans la voie tracée, engager d’autres réformes structurantes et institutionnaliser les bonnes pratiques. Une telle étape est hautement importante dans le processus de transformation que constitue le chantier du développement.

5. Le Sénégal et l’émergence

Partant de la définition retenue, il est possible d’estimer l’émergence économique des pays, en construisant un indice synthétique de l’émergence économique (Iseme) combinant trois indices : un indice de Pib réel (permettant d’approcher la richesse des nations), un indice de l’investissement, un indice des exportations.

Le calcul effectué par mes soins, sur un échantillon de 46 pays africains (dont le Sénégal), américains, asiatiques et européens, donne les résultats ci-après en 2003 :

- six sont des pays post-émergents. Ils se situent presque tous en Asie de l’Est et du Sud-Est. Ces pays possèdent des caractéristiques en faisant de Nouveaux Pays Industrialisés qui bénéficient de systèmes de production technologiques se rapprochant de ceux en vigueur dans les pays développés.

- treize sont des pays émergents. Cinq pays africains (Tunisie, Maurice, Botswana, Cap Vert et Maroc) arrivent à atteindre le stade de l’émergence ; la Tunisie et Maurice étant bien placés pour figurer dans les cinq prochaines années dans la catégorie des pays post-émergents.

- treize sont des pays pré-émergents et doivent encore faire des efforts dans un ou plusieurs domaines pour franchir le seuil de l’émergence.

- quatorze sont des pays anté-émergents qui cumulent des handicaps à tous les niveaux, qui les rendent peu attractifs pour les investissements (en dehors du Nigeria qui possède toutefois l’inconvénient de n’attirer des investissements que dans le pétrole et d’avoir des exportations très concentrées et peu manufacturées) et qui les maintiennent dans un équilibre de croissance faible et peu diversifiée.

Le Sénégal, avec un score de 37 %, n’atteint pas le stade de l’émergence (une note de 50 % est requise à cet effet). Pour devenir émergent en 2015, le Sénégal doit avoir effectué un bond de 13 points dans son score relatif à l’Iseme. Ce qui suppose entre autres : une croissance régulière du Pib (entre 2007 et 2015) proche de 10 % par an, une arrivée massive d’investissements sur son sol et une reprise forte des exportations manufacturières. Ce qui n’est pas impossible mais difficile.

Moubarack LO Auteur du livre : ‘Le Sénégal émergent, agenda pour le futur’, mars 2003, Editions Wal Fadjri Email : lo.emergence@sentoo.sn Notes bibliographiques

de Macedo J. B. et Martins J. O. (2006) : ‘Growth, Reform Indicators and Policy Complementarities’, NBER Working Paper, n° 12544, September 2006 Haussmann R., Pritchett L. et Rodrik D. (2005) : ‘Growth accelerations’, August 2005, Harvard University

Maddison A. (2003 ) : ‘The World Economy:Historical statistics’, 2003, OCDE Meier, Gérald M. (1995) : ‘Leading Issues in Economic Development, 6th Edition’, Page 7, Oxford University Press, New York, 1995 Myrdal G. (1968) : ‘Le drame asiatique’ (1968), New York

Rodrick D. (2004 a) : ‘Rethinking growth policies in the developing world’, Lucas d’Agliano Lecture in development economics, oct. 2004, Torino Rodrick D. (2004 b) : ‘Growth strategies’, August 2004, Harvard University Walt W. Rostow (1960) : ‘Les étapes du développement économique’, 1960, Seuil, Paris.

Source: Walfadjri

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Lundi 1 Octobre 2007





1.Posté par khadija le 01/10/2007 16:12
J'aurais adore que cela puisse se realiser mais en tout cas ce ne sera pas avec ce leadership-ci...
this is just totally sad and unbelievable. Sorry to all hopefuls.

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