Le mètre carré est passé du simple au double
A Dakar, la valeur du mètre carré est passée du simple au double. Cette situation est causée par son étroitesse. Etendue sur 550 km2 pour une population dépassant aujourd’hui les deux millions d’habitants, la capitale sénégalaise demeure la région qui absorbe plus d’investissements dans le domaine de l’immobilier au Sénégal. Les spéculateurs ne se privent pas de faire de bonnes affaires en vendant les terrains à des prix exorbitants. Dans cette confusion, l’enquête réalisée par senegalcity.com édifie à plus d’un titre sur la spéculation foncière qui est tous les jours au menu dans les différents tribunaux de Dakar. Il arrive souvent qu’un terrain appartenant à autrui soit vendu ou qu’une parcelle soit vendue à deux personnes différentes.
Un accroissement fulgurant :
S’il y a un secteur de l’économie où les prix connaissent un accroissement au Sénégal, c’est bien celui de l’immobilier. Le phénomène est beaucoup plus patent dans la circonscription dakaroise. « Tous ceux qui ont les moyens veulent y construire une maison pour habiter où pour la location », informe Aly Diouf de l’agence immobilière le Kassoumay située aux Parcelles Assainies. La semaine derrière, un célèbre responsable d’une organisation paysanne a été emprisonné pour avoir vendu un terrain appartenant à autrui. Non seulement, il croupira en prison trois mois ferme, mais il est également condamné à payer une amende estimée à 32 millions F Cfa.
Le passage du mètre carré du simple au double :
Si le mètre carré qui s’achetait au Plateau (en plein centre ville) entre 400.000 et 500.000 FCfa avant 2000, coûte aujourd’hui, entre 800.000 et 1. 000.000 FCfa. Il se vend aux Almadies entre 200.000 et 300.000 FCfa, même prix au point E situé à quelques encablures de l’Université Cheikh Anta Diop, à la Liberté 6 et dans le secteur de la Voie de dégagement Nord (Vdn) il est vendu à 300 000 F Cfa. Tant disque les 150 m2 sont vendus dans ces localités entre 20 et 30 millions F Cfa. Les villages traditionnels comme Yoff et Ouakam, les 150 m2 sont vendus entre 16 et 20 millions, informe M. Ndoye qui évolue dans le secteur de vente de terrains. Donc, si par exemple un acquéreur veut payer un terrain de 15 m sur 15 qui mesure en réalité 300 mètres carrés au centre ville, il devrait débourser aujourd’hui entre 240.000.000 et 330.000.000 millions de Fcfa. Aux Parcelles Assainies, le terrain est vendu à 10 millions de F Cfa. La lointaine banlieue (Thiaroye, Pikine, Guédiawaye…) n’est pas épargnée par cette tension des prix. Ces quartiers qui étaient, autrefois, honnis et méprisés par les consommateurs parce que considérés comme excentrés par rapport au centre ville, connaissent aujourd’hui une hausse phénoménale des prix qui déjoue tous les pronostics. Des parcelles qui étaient vendues à moins d’un 1 million 500 mille francs Cfa, il y a quelques années, ont pratiquement atteint des proportions historiques de l’ordre de 7 à 15 millions de Fcfa. Le pire dans le secteur de l’immobilier Sénégalais demeure l’implication de personnes issues du secteur de l’informel sans scrupules qui se prévalent de titre de courtiers. Six fois sur dix, informe El Hadji Sané de l’agence Kassoumay, on peut rencontrer d’énorme problèmes dans l’achat d’un terrain si on ne passe pas par les services d’une agence agrée.
Les bonnes affaires des spéculateurs :
S’il existe un domaine où l’on peut facilement réaliser d’énormes bénéfices, c’est celui de la terre. Et les spéculateurs ne se privent pas de faire de bonnes affaires en vendant les terrains à des prix exorbitants. La technique qu’ils utilisent est simple : il suffit d’acheter des terrains et les laisser en veilleuse pendant quelques années puis les revendre au prix offrant. El Hadji Sané qui évolue travail depuis des années dans cette filière, laisse entendre qu’« il sera difficile de remédier à cette situation pour la bonne et simple raison que ce sont les acheteurs qui nous proposent des prix quand ils sont devant une parcelle qui les intéresse énormément. Nous ne faisons que les écouter et nous cédons le terrain à celui qui paie le plus ». Ce procédé, qui est loin d’arranger les acquéreurs, a fini par devenir la règle qui régente les transactions dans le secteur de l’immobilier. A ce rythme, force est de constater que seront nombreux les Sénégalais qui ne pourront pas payer un terrain à Dakar parce que rien n’est fait par les pouvoirs publics pour que les populations aient des revenus moyens pour disposer d’une parcelle dans la capitale.
Lutte contre la spéculation foncière :
Selon les agents de la direction du cadastre, le seul moyen de lutter contre la spéculation foncière, c’est que l’Etat doit encadrer le marché de l’immobilier pour circonscrire les prix dans des fourchettes raisonnables en prenant des textes qui, sans apporter atteinte aux intérêts des privés, placeraient tout le monde dans un cadre réglementé. Toujours d’après eux, l’autre moyen qui permettrait de venir à bout de la spéculation, c’est, par exemple, la création d’une nouvelle ville avec des infrastructures viables. Ce qui ferait, pensent-ils, que la terre va se vendre à un moindre coût. Cependant, si la spéculation gangrène le marché de l’immobilier, l’autre problème qui prévaut dans ce secteur, ce sont les transactions faites au détriment des acquéreurs parce que la plupart des papiers qu’ils reçoivent des mains des vendeurs n’ont aucune base réglementaire.
Sékou Dianko DIATTA
Source SenegalCity.com