En effet, il semblerait que l'image que présente une ville surtout celles africaines est très déterminante pour le développement de secteurs porteurs de croissance comme le tourisme. Mais au-delà de cette orientation simplement extravertie, il est question de penser un développement qui puisse prendre en compte les différentes dimensions sociales et économiques de manière à construire un mieux être équitable entre couches sociales diverses.
Loin de moi l'idée d'un Welfare State utopique dans un pays aux ressources limitées. Mais les exigences de la civilisation urbaine ne sont pas compatibles avec certaines pratiques incontrôlées telles que la mendicité. Soit !
Mais alors chercher à circonscrire le phénomène dans un espace physique bien délimité (les lieux de culte) ne peut à la limite être considérée que comme une mesure transitoire; il se pose réellement la lancinante question de la définition et de l'adaptation d'une politique sociale intégratrice au bénéfice des groupes vulnérables en général et particulièrement des personnes victimes de handicap.
Dakar ambitionne de devenir un hub urbain et comme tel, voit chaque jour de nouveaux habitants s'agréger dans son espace urbain y compris des mendiants venant même de la sous région.
Ce phénomène d'urbanisation est irréversible et a ses exigences, faites de sauvegarde de l'espace public urbain et de préservation de l'image d'une métropole en construction. Cette urbanisation est présentée comme un enjeu de civilisation du fait notamment des nombreuses situations d'incompatibilité entre choix individuel de vie et choix collectifs.
Nous savons tous comment les logiques individuelles peuvent prendre le dessus sur le projet de vie collectif, ce qui donne ce que nous voyons tous les jours à savoir des occupations anarchiques de l'espace public, l'érection d'équipements commerciaux et autres garages sans autorisation. C'est la question de la nécessaire réconciliation de ces contradictions qui est posée à la capitale du Sénégal dans toute sa plénitude.
Mais notre propos est d'attirer l'attention des autorités sur une frange de ces usagers de l'espace public urbain malgré leur bon vouloir: il s'agit des personnes handicapées.
Nous avons entendu des interventions sur la mesure d'interdiction de la mendicité et nous avons crû comprendre que des clarifications sont nécessaires pour que l'opinion soit édifiée sur la situation particulière de ce groupe vulnérable.
Notre propos est de contribuer à l'accélération de la réflexion en cours dans ce qui apparaît en pointillé comme l'émergence d'une politique sociale structurante et promotionnelle.
Au sortir du vote de la loi d'orientation sociale en faveur des personnes handicapées, ce qui est une révolution dans le champ social, il y a encore des pas à faire pour parachever cette volonté politique exprimée par le chef de l'Etat et permettre ainsi aux personnes victimes de handicap, de se soustraire de cette catégorie singulière d'usagers de la rue.
Le peu d'expérience que j'ai avec les personnes handicapées me permet de dire qu’elles veulent autre chose que mendier, des expériences existent d’hommes et de femmes qui ont troqué la sébile pour un comptoir.
Et cette vision là mérité l’attention de tous les acteurs politique comme de la société civile afin de conduire de manière énergique les réformes qui s’imposent pour réconcilier les exigences d’une cité avec son espace urbain restauré et répondant aux standards internationaux en matière de ville et la prise en charge d'une catégorie sociale défavorisée.
Que faire ?
- Certainement continuer le processus normatif enclenché depuis le vote de la loi d'orientation sociale et élargir l'information aux différents acteurs concernés (les différentes organisations de personnes handicapées),
- Appliquer les dispositions contenues dans la loi par la mise en œuvre du pouvoir réglementaire du Président de la République notamment par la prise des décrets d'application de cette loi,
- Discriminer favorablement pour les mendiants handicapés en leur réservant par exemple un quota des magasins de référence et à installer aussi à l'intérieur du pays pour ceux qui, nombreux, viennent de l'intérieur du pays.
- Ouvrir davantage d'opportunités d'emplois valorisants comme dans le transport public où la forme de handicap n'exclut pas certaines fonctions comme celle de receveur,
- Reprendre et mieux structurer le Programme National de Réadaptation à base Communautaire qui est un programme phare axé sur la stratégie des revenus,
- Assurer aussi la formation professionnelle et en gestion d'entreprise pour la plupart d'entre les personnes handicapées en mesure de porter des projets d'entreprise.
Je demeure convaincu que des actions d'éclat ne garantissent pas une viabilité des politiques publiques en faveur des personnes handicapées, il est temps de porter la problématique du handicap au cœur des préoccupations publiques afin de soustraire ce groupe vulnérable des dangers connus et peu connus.
Cela est une exigence de progrès pour les hommes, une exigence du «bon vivre», nécessaire à tout développement humain. Et nous rejoignons pour cela l'un des plus grands macro économistes du monde Jeffrey Sachs pour qui, le soubassement de l'émergence économique demeure une politique sociale.
Source Kotch