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« LOI ABDOU LATIF GUEYE » : « Le Sénégal deviendra leader dans la lutte contre la drogue »

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Né le 4 mars 1956, Abdou Latif Guèye est le Secrétaire général du Rassemblement pour la démocratie et le socialisme (Rds). Un parti qu’il a créé après une assez longue présence dans les organisations de la Société civile dont "Jamra". Il est le secrétaire exécutif de cette Ong spécialisée dans la lutte contre les fléaux sociaux et la défense des valeurs de l’Islam. Cette expérience a certainement influé sur le choix du président de la République, qui le nomma, au lendemain de l’alternance, à la tête de l’Ong "Afrique aide l’Afrique". Mais cette montée en puissance de l’ancien membre du Rassemblement national et démocratique (Rnd) sera interrompue par des démêlées judiciaires. Celles-ci, qui l’ont conduit pendant 14 mois en prison, malgré son refus de cautionner les accusations qui pesaient sur sa personne. En 2004, la justice sénégalaise tranche en sa faveur. Et il reprend ses activités politiques au sein de la mouvance présidentielle. Il soutient ainsi la candidature de Me Wade au scrutin du 25 février dernier. Investi sur la liste nationale de la Coalition Sopi, M. Guèye entre au Parlement et se voit confier le poste de vice-président de l’Institution. « Une Assemblée nationale de rupture ». Tel semble être le leitmotiv de cette 11e législature. Les représentants du peuple, qui constituent la nouvelle Assemblée, après le message qu’a bien voulu leur délivrer le chef de l’Etat, par le biais de son Premier ministre, à l’ouverture de leur première session, paraissent s’être passé le mot. En s’appropriant les suggestions du président de la République, les députés sont déterminés à relever les défis, pour « un contrôle accru de l’action gouvernementale », ou à prendre « des initiatives hardies », contribuant à améliorer le bien-être des populations. Le député Abdou Latif Guèye, vice-président de l’Assemblée nationale, n’aura pas été en reste. C’est en pleine campagne électorale qu’il avait donné le la, en allant compatir à la situation préoccupante des enfants handicapés du Centre d’orthopédie Talibou Dabo. Une fois élu, son action devait trouver un écho favorable auprès de l’Hémicycle, qui se décida à renflouer la trésorerie de cette structure de prise en charge d’enfants défavorisés par la nature. Mais ce qui aura, jusque-là, constitué le point nodal de son action parlementaire reste sa proposition de loi portant renforcement des sanctions pénales contre le délit de trafic de drogue. Le secrétaire exécutif de l’Ong Jamra, dans cet entretien exclusif qu’il a accordé au quotidien « le Soleil », va plus loin sur le sens de son initiative.

M. le président, la première proposition de loi de cette onzième législature porte sur la drogue. En votre qualité de point focal de la commission Culture et Communication de l’Assemblée nationale, quel symbole revêt cet événement pour vous ?

Permettez-moi d’abord de préciser que cette proposition de loi, même si elle résulte de mon initiative, même si la tradition parlementaire veut qu’elle porte mon nom, n’en est pas moins une initiative collégiale, une proposition de l’Assemblée nationale, dans toutes ses composantes. Voila pour la dimension politique. Au plan personnel, c’est évident que j’éprouve une satisfaction morale profonde. La lutte contre la drogue, vous le savez, a toujours été le combat de ma vie ! Il y a plus de vingt-cinq ans que, très jeune, je n’avais de cesse, avec mes amis, de réclamer le renforcement du dispositif pénal contre les trafiquants de drogue. Aujourd’hui que, par la grâce incommensurable de Dieu, je me retrouve à une position où je peux contribuer à légiférer, je considère que c’est un devoir de poursuivre mon combat de toujours dans l’Hémicycle. C’est donc un événement qui honore notre Parlement. Car une proposition de loi, quelle qu’elle soit, contribue toujours à prouver la vitalité de l’institution parlementaire. Je précise toutefois que ce texte est à l’état de proposition. Il doit passer en commission technique. Et la dernière mouture sera adoptée en séance plénière, avant la fin du mois de novembre, Incha Allah.

Une lecture de cette initiative autorise-t-elle à croire à l’élévation du combat contre la drogue au rang de sur-priorité ?

La drogue n’est pas seulement un problème de santé publique. Il s’agit aussi d’un problème économique, social, d’un problème de développement, pour tout dire. Il est donc évident qu’une telle problématique ne pouvait que représenter une sur-priorité, parmi d’autres urgences prises en charge par les hautes autorités du pays. Il est heureux que ce soit le pouvoir législatif qui ait pris l’initiative de suggérer le nouveau cadre juridique adéquat pour accompagner les efforts louables de l’Exécutif. Les forces de sécurité, Police, Douane, Gendarmerie déployaient déjà des efforts surhumains pour combattre le trafic de drogue. Au regard de tous les drames, toutes les souffrances indicibles que génère l’usage et le trafic de drogue, qui ont détruit tant de familles, ruiné le devenir de la couche la plus névralgique de la société, il était urgent d’apporter une réponse dissuasive, forte. Vous me permettrez de saisir cette occasion pour rendre hommage à tous ceux qui ont permis l’élaboration du premier code des drogues. Je pense à notre aîné, le doyen Mamadou Fofana, un éminent juriste qui aura permis à notre pays d’accomplir des pas importants dans la législation contre la drogue. Sans oublier tous ceux qui, dans la Police, la Gendarmerie, la Douane auront consentis des efforts surhumains pour face aux trafiquants. La prise en charge de cette proposition de loi, dès l’entame de la session parlementaire, révèle une certaine célérité.

Comment s’est déroulé le processus ?

C’est vrai, il y a eu réelle diligence. Une célérité effective durant tout le processus. Quand je pense que j’ai déposé cette proposition de loi en juillet dernier seulement ! Conformément aux dispositions du règlement intérieur de notre Assemblée, le texte a d’abord été examiné en réunion de bureau. Cette instance, la plus haute de l’institution parlementaire, a validé cette proposition, avant de la transmettre au président de la République. Le texte est revenu à l’Assemblée nationale avec une appréciation favorable (écrite) du chef de l’Etat. Enfin, la proposition de loi est transmise à la commission en charge de ces questions, notamment la commission des Lois. Cette étape a coïncidé avec la programmation de la session budgétaire, dont les délais légaux s’imposent à nous tous. Heureusement, nous avons une administration parlementaire rigoureuse, qui a pu tenir compte du calendrier chargé des travaux des commissions techniques, tout en prenant en considération l’urgence et l’importance qui s’attachent à l’examen de cette proposition de loi. Et c’est tout à l’honneur de notre Parlement que nous soyons parvenus au résultat que vous évoquez.

Qu’est-ce qui changera avec cette loi ?

Tout. Soulignons d’abord que l’adoption du code des drogues, dans sa formule initiale, était déjà une avancée significative. Savez-vous qu’il existe des pays qui ne disposent pas, à l’instar de notre pays, d’un « office » ou de tout autre service chargé de lutter contre la drogue, encore moins d’un code, pour ne pas dire d’un arsenal juridique spécifique de lutte contre la drogue ? Une loi doit toujours s’adapter au temps. Le trafic de drogue, c’est comme l’informatique. Tout y évolue très vite. Les techniques de camouflage, de blanchiment, de fabrication, de transport, etc. La mise en place et les connexions des réseaux transnationaux de trafic de drogue a aussi radicalement changé, depuis la mise en vigueur de l’actuel code. Je rappelle aussi que la justification fondamentale de ma proposition de loi repose sur deux recommandations des Nations unies. J’ai eu l’honneur, en 1987, de participer à la Conférence mondiale de Vienne sur l’usage et le trafic illicite des drogues. A ce premier forum, regroupant toute la communauté internationale autour du problème des drogues, l’Onu avait formulé, entre autres initiatives, deux recommandations importantes : l’harmonisation des législations contre la drogue, notamment celles des pays partageant les mêmes frontières, la même région ou le même espace économique ; et la criminalisation du délit de trafic de drogue. Comme vous le savez, à ce jour, le maximum des peines prévues au Sénégal se situent entre 5 et 10 ans. Notre législation apparaît donc relativement faible par rapport aux sanctions pénales prévues dans les pays limitrophes comme la Côte d’Ivoire, la Gambie ou le Nigeria. Dans la plupart de ces pays, les peines peuvent aller jusqu’à 50 ans. Au Nigeria, c’est tout bonnement la peine capitale qui est infligée aux gros trafiquants de drogue, que l’on assimile là-bas à des criminels.

Le quantum de la peine est fixé à 50 ans de prison. Est-ce que ce n’est pas très sévère par rapport à d’autres crimes et délits dont la peine est fixée à 10 ans environ ?

Je précise d’abord que cet accroissement des peines que nous proposons ne cible pas les jeunes drogués et les petits trafiquants, interpellés avec deux ou trois petits joints de « lopitos ». Nous les avons toujours considéré, à « Jamra », comme des victimes qui méritent d’être suivis, soignés, arrachés des griffes des réseaux mafieux qui les ont entrainés dans la dépendance toxicomaniaque. Et vous me donnez-là l’occasion de préciser que notre proposition de loi ne vise nullement à réprimer ces jeunes drogués. Notre objectif principal est de faire en sorte que notre pays réponde positivement à la recommandation permanente de l’Onudc, l’organisme onusien spécialisé dans la mise en œuvre de politiques pour la réduction de l’offre et de la demande de stupéfiants. La réduction de l’offre passant d’abord par une lutte acharnée contre le trafic international et la mise en place d’un cadre juridique répressif pour dissuader les lobbies criminels qui tentent vaille que vaille de faire de notre pays une plaque tournante du trafic. Je constate, avec vous, qu’avec la volonté politique clairement affirmée des plus hautes autorités du pays, il est permis d’espérer que notre pays ne sera jamais une plaque tournante de la drogue. Lorsque le principe aura été retenu d’infliger des peines allant jusqu’à 50 ans, il est évident que notre pays aura accompli un pas de géant dans la dissuasion, car c’est là l’objectif principal : décourager les trafiquants de ne plus porter leur choix sur notre pays, pour se livrer à leur commerce maléfique. La répression est certes une solution ultime dans ce domaine, mais n’oublions pas cependant que des trafiquants ont à leur actif de véritables meurtres. Quand un dealer fait sombrer dans la démence, après une overdose de drogue dure, un adolescent, plein d’avenir, à la fleur de l’âge, n’est-ce pas un crime ? Et puis combien sont-ils ces pauvres jeunes gens qui remplissent les centres psychiatriques, les hôpitaux, les prisons et les cimetières du fait de la drogue ?

Ces derniers temps, il y a eu trois grosses prises, dont la dernière, au large de nos côtes, s’élève à six tonnes de cocaïne. Notre capitale, Dakar, est-elle en passe de devenir une plaque tournante du trafic de drogue ?

Non, je ne crois pas. La détermination des autorités est sans équivoque. Le ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur, Me Ousmane Ngom, est un homme d’action et ses services sont compétents et efficaces. Le ministre d’Etat, ministre de la Justice, Cheikh Tidiane Sy, ne ménage aussi aucun effort pour préserver la sève de notre pays qu’est la jeunesse. Il s’y ajoute qu’à un niveau supra, l’engagement du Président Wade est connu de tous. Non, nos autorités n’accepteront jamais que le Sénégal devienne une plaque tournante du trafic de drogue. Un lieu de transit, une voie de passage idéale pour le trafic international, sans aucun doute ! Et la raison principale se trouve dans la position géostratégique de notre pays. Cette tendance à vouloir réserver à notre pays une place de choix dans le maillage du trafic international s’est affirmée depuis les années 80. Mais elle a connu une ascension fulgurante depuis que la traque des trafiquants s’est intensifiée dans beaucoup de pays américains, européens, asiatiques et même africains. La loi que nous proposons devrait confirmer cette tendance à éloigner de notre pays les gros trafiquants.


PROPOS RECUEILLIS HABIB DEMBA FALL ET IBRAHIMA MBOD
Source: Le Soleil

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Mardi 6 Novembre 2007

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