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LIAISON DAKAR-CASAMANCE : Les nouveaux bus dictent leur loi aux « Ndiaga Ndiaye »

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Jusqu’à la veille de la rentrée des classes, les propriétaires des cars « Ndiaga-Ndiaye » avaient le monopole du transport des passagers sur l’axe Dakar-Casamance. Mais depuis octobre dernier, le monopole a changé de camp. Les bus ont supplanté les cars « Ndiaga-Ndiaye » sur un terrain que ces derniers ont toujours contrôlé. Pertes d’emplois, baisses des recettes, etc. Relégués au second plan, les cars « Ndiaga-Ndiaye » sont comme qui dirait, contraints à l’abandon. Reportage



LIAISON DAKAR-CASAMANCE : Les nouveaux bus dictent leur loi aux « Ndiaga Ndiaye »
Le garage Casamance du Foyer des jeunes de Grand-Yoff, près de la Poste, est dans l’effervescence. Les garagistes se démènent. Ils accueillent des passagers qui débarquent des taxis. Les jeunes apprentis et des rabatteurs donnent la fausse impression de vouloir partir à temps. « Il faut faire monter les bagages », crie un apprenti. Les clients embarquent pour vérifier leur place avant de descendre du bus. Un seul « Ndiaga-Ndiaye » était visible sur les lieux. Les jours de ces cars sur la route de la Casamance sont bien comptés. « Les bus ont donné un coup d’arrêt au monopole des cars « Ndiaga-Ndiaye ». C’est très rare maintenant de les voir prendre le départ ici ; les clients ont jeté leur dévolu sur les bus qui sont dans le circuit depuis le début de la rentrée des classes », confie Birame Ndiaye, rabatteur au garage Foyer.

Adossés aux voitures, les clients font le pied de grue. Certains en profitent pour griller des cigarettes, tandis que d’autres s’engouffrent dans les gargotes qui pullulent aux alentours pour prendre des repas de résistance. L’ambiance est détendue. L’état psychologique des passagers est révélateur du confort du voyage.

Comme à Foyer Grand Yoff, le Garage d’Omar Sané, situé en amont de la Poste, grouille également de monde. Un bus d’une soixantaine de place, peint en blanc, avec des bandeaux rouges, mesurant plus de deux mètre de hauteur et plusieurs mètres de long, attend de faire le plein de passagers. Des rideaux propres sont visibles à travers les vitres. Les fauteuils sont moelleux. Une musique bien filtrée échappe des baffles.

Le propriétaire empoche 350.000 francs Cfa par voyage

Plusieurs clients se sont confortablement installés dans ce long courrier à destination de Cap-Skiring. « Depuis l’arrivée des bus, j’ai décidé ne de plus prendre les cars « Ndiaga-Ndiaye » pour me rendre en Casamance. Nous avons moins de problème avec les bus, les clients ne s’entassent pas comme dans les autres moyens de transport », confie Mamadou Baldé. Pour Alpha Cissé, originaire de la région de Sédhiou, il n’y a pas de différence entre les prix des bagages des bus et des « Ndiaga-Ndiaye », il suffit de bien négocier. A son avis, les bus sont plus confortables et le client très à l’aise.

Un jeune du nom de Cheikh Diallo dévoile la grille des tarifs. « Le prix des bagages varie de 500 à 5000 FCFA suivant la quantité et le poids. Les tarifs sont fixés à 8000 FCFA pour le trajet Dakar - Diembéring et à 6000 FCFA pour Dakar-Ziguinchor », dit-il. Il arrive des jours où les bus quittent la gare-routière sans faire le plein. Un manque à gagner pour les transporteurs. « Lorsqu’un bus est programmé, il est obligé de partir même avec deux clients. C’est le règlement. Il faut satisfaire la clientèle », indique Karim Sall. Les autres clients voyageant pour la première fois et ne maîtrisant pas encore les prix des bagages, engagent des négociations. « Je prends ce bus pour la première fois, mais les prix proposés sont abordables », estime une cliente sous l’anonymat.

A l’arrière du bus, 4 apprentis s’attèlent à faire monter les bagages. Ils travaillent à la chaîne. Les marchandages ralentissent l’opération. « Je ne peux pas payer 3000 francs pour ces bagages », lance sur un ton ferme, un client. Les apprentis se dirigent vers un autre client pour ne pas perdre du temps. Les chauffeurs sont dans une course contre la montre. Il faut quitter tôt pour ne pas traverser tard le bac de Farafégny en Gambie. L’arrivée des bus n’a rien changé sur les horaires. Les heures ne sont pas respectées. Même si, sur le tableau, le départ est fixé pour 21 heures au plus tard. Aussi bien à la gare routière « Sydia Sané » ou Simbandy, ce sont les bus qui y sont également visibles. Ils ont ravi la vedette aux « Ndiaga-Ndiaye ». « Nous sommes à l’ère des bus ; nous pouvons faire deux semaines sans qu’un car ne prenne le départ ici », nous confie un apprenti.

Chute des recettes, perte d’emplois...

La quasi-généralisation des bus dans le transport est révélatrice de la rentabilité du secteur. « Nous faisons un versement de 350.000 FCFA par voyage », révèle le chauffeur de l’horaire Dakar Cap-Skiring, Mamadou Sall. Les bus ont plongé au chômage plusieurs transporteurs. Le jeune Mamadou Diop trouvé à la gare-routière attend dans le désespoir un jour d’afflux massif des clients pour pouvoir retrouver les routes de la Casamance qu’il avait tant fréquentées. « Nous ne travaillons plus, nous vivons des conditions très difficiles. Désormais nous sommes contraints de nous limiter sur le transport interurbain entre Rufisque et Fann. Nos recettes ont véritablement baissé », confesse un ancien apprenti de « Ndiaga-Ndiaye ». Il aide les apprentis des bus à faire embarquer les bagages pour avoir une petite rémunération.

Les cars « Ndiaga-Ndiaye » ne font plus courir les passagers en partance pour la région naturelle de la Casamance. Ce qui a contraint au chômage un bon nombre de chauffeurs de « Ndiaga-Ndiaye ». Ces derniers ne font plus la pluie et le beau temps dans les gares-routières. Ils broient le noir depuis l’arrivée des bus. C’est la dure loi d’un secteur en pleine mutation. Trouvé au garage-foyer, Moussa Diop revient de la Casamance. Et il ne sait pas quand il y retournera. « Les grands perdants dans le transport Dakar-Casamance ce sont les chauffeurs des cars « Ndiaga-Ndiaye ». Nous sommes presque à l’arrêt. Plusieurs chauffeurs ont abandonné les cars et cherchent à être embaucher par les propriétaires de bus », confie t-il. La concurrence des bus a poussé beaucoup de transporteurs à vendre leur « Ndiaga-Ndiaye » pour acquérir un bus. C’est la ruée vers les bus aussi bien pour les clients que pour les transporteurs. « Les bus sont à la mode dans le transport, notamment sur l’axe Dakar-Casamance. Il y a des liaisons pour toutes les destinations. Plusieurs transporteurs ont vendu leurs cars pour acheter des bus qui deviennent de plus en plus nombreux », soutien Moussa Diop.

La chute des recettes est à l’origine de la démission de bon nombre de chauffeurs de « Ndiaga-Ndiaye » qui passent des semaines sans travailler. « Nous sommes des pères de famille et nous ne pouvons pas rester des jours sans travailler, sinon nous aurons des problèmes pour payer nos loyers et entretenir nos familles. Aujourd’hui, certains de mes amis ont investi dans les bus », raconte un vieux chauffeur de car « Ndiaga Ndiaye » qui ne veut pas trahir son ancien patron.

L’introduction des bus a révolutionné le transport sur l’axe Dakar-Casamance. Un bus plein rapporte à son propriétaire au minimum 350.000 FCFA par voyage. Le secteur est porteur. Mais les salaires des chauffeurs restent toujours dérisoires, malgré l’augmentation conséquente des versements. « Nous n’avons pas de salaire. Nous sommes payés entre 50.000 et 60.000 FCFA. Cette somme est très en deçà de nos besoins. Il y a un grand travail à faire pour réglementer le transport. Les transporteurs sont exploités », proteste Mamadou Sall.

Idrissa Sané et Eugène Kaly
Source Le Soleil

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Mardi 16 Février 2010




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