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LA REPUBLIQUE DES MORT-VIVANTS Rebeuss dans toute sa laideur

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Affabulé de plusieurs surnoms, "Ndoungoussine" ne laisse pas indifférent. Bagne, lazaret, taule, etc. La Maison d'Arrêt de Rebeuss nourrit énormément de fantasmes. Cet hôtel zéro étoile est le dépotoir de la"racaille" de la société sénégalaise. Cette société qui se bande les yeux et se bouche les oreilles pour ne point "voir" et "entendre" les complaintes et gémissements qui hantent les 100m? De cet ancien haras. Cet univers pas du tout comme les autres, foule à maints égards, les droits de l'homme les plus élémentaires. Avec sans doute, notre silencieuse complicité. Survol d'un royaume bien particulier, de morts-vivants dans un pays qui se plaît à vouloir exporter sa démocratie.



LA REPUBLIQUE DES MORT-VIVANTS Rebeuss dans toute sa laideur
LES CONDITIONS DE DÉTENTION

Après la garde-à-vue dans la chambre de sûreté de la police, le délinquant est envoyé au Tribunal. A Dakar, plus. Particulièrement dans un trou de quelques mètres. Communément appelée "la cave", ce trou est un vrai scandale. Il abrite quotidien­nement au moins une centaine de personnes attendant soit le procureur ou d'être achemi­nées en audience. Ou le convoi pour la prison centrale. Ce lieu, doté d'un Split fonctionnant par intermittence, présage de ce qui va arri­ver. Les prévenus y suent à grande eau. Emmenés en ce lieu dégradant aux environs de 8 heures, certains n'obtiendront les fameux bonbons roses (mandats de dépôts) qu'aux alentours de 17 heures. D'autres, après leur jugement, y attendent le prochain convoi en direction du quartier qui a donné son nom à la prison centrale de Dakar. Direction Rebeuss, dans un bus de l'Administration Pénitentiaire où les taulards sont assis dans des rangées de six personnes. Bienvenue chez Diadji Ndiaye, le Régisseur. A l'entrée, un portique est mis de côté "en souvenir" du passage de 7 mois en ces lieux de l'ancien Pm, Idrissa Seck. A queue leu leu, les arrivants sont dirigés derrière les murs du terrain de foot. Alignés dos au mur, ils déshabillent. Nus comme des vers, leurs habits sont fouillés. Ceux qui possèdent de l'argent le signalent. II est strictement interdit d'avoir par devers soi plus de 500f. Tout sur­plus sera amené à la Comptabilité, ou dépo­sé à la boutique de la prison. Ensuite, selon les chefs d'inculpation, l'âge, les détenus sont dirigés vers leurs cellules respectives.

Cent mètres carrés comptent 51 cellules divisées en secteurs. Appelées chambres de la mort, les 9, 10, 3 et 4 sont les plus célèbres. Arrivé dans sa cellule, l'arrivant sera confié au Chef de chambre qui lui dictera les règles de vie de sa nouvelle communauté. Si le détenu à la malchance de se retrouver dans les "dambolos", la nuit, il sera "paqueté comme les négriers faisaient avec les escla­ves en des temps farouches. Surnombre obli­ge, les chevilles des uns servant de taies d'o­reillers aux autres. En effet, dans ces cellules ­là, les prisonniers sont au minimum 150 sous une chaleur suffocante. Les plafonniers, acti­vés depuis le poste de police le sont suivant les humeurs des gardes de service. Dans ces chambres infernales, une odeur pestilentielle règne en maître, odeur qui envahit Cent mèt­res carrés, odeur qui finit par devenir norma­le, car étant diluée au peu d'air qui peut ent­rer dans les cales de ce bateau qui sent la déchéance, la mort. Du temps où le vieux journaliste Boubacar Diop y avait séjourné, les conditions de détention étaient pires : "le lendemain soir de ma venue en prison, un détenu mourrait d'inanition à la chambre 9 où 400 adultes se tassaient comme des ani­maux de bétail, nourris deux fois par jour par une baignoire de riz infect dont on leur don­nait des miettes. La cellule 9 devenait à mes yeux un mouroir où des sénégalais de ma race connaissait toutes les affres de la dou­leur qui bestialise, la douleur qui tue". Même si aujourd'hui la surcharge n'atteint pas ses proportions, Rebeuss étouffe. La bouffe est toujours infecte. Au petit déjeuner, une miche de pain est donnée en guise de chari­té. 9 personnes doivent se la partager en plus du filet de quinquéliba ou de lait. Et quel lait ! A midi, c'est le "diaguan" : du riz repous­sant coloré à la tomate orné d'un triste "yaboye" dans un sceau tristounet de 5 litres, pour 25 personnes. C'est le must. Sinon, c'est du "thiébou kétiakh". Les soirs, c'est de la semoule. Point barre. De temps en temps, du sombi dont le lait demeure invisible ou du "dakhine kéthiakh". L’éternel dambé y est aussi de rigueur, mais la cuisson laisse à dési­rer.

Pour améliorer leur ordinaire, une boutique est à la disposition des détenus. Boutique qui manque de tout un jour sur deux. II y est en principe vendu (de la pâte d’arachide que les détenus mélangent à la fameuse semoule pour se soulager, du sucre, en morceaux unique­ment, au détail, du sucre en poudre, des lames (même si les objets tranchants sont interdits), des rasoirs, des cigarettes, des cure-dents, du café en sachets du lait, de l’eau minéral, de la boisson, de la poudre détergente, du thé, du Foster Clarks, des bonbons à la menthe, des œufs crus ou bouillis, du charbon de bois. Des sachets de glace sont aussi vendus sur abonnement. Le ser­vice est assuré par des détenus de confiance. » Ils assurent aussi le rôle de brancardiers, ceux qui acheminent les bols de repas dans les chambres, ils servent à la cuisine, à l'entretien de la cour de la prison, à la distribution des permis de visite les mardis et vendredis. Sous l'oeil vigilant des gar­des bien entendu. C'est d'ailleurs, régulièrement des bols sont détournés, des colis destinés aux détenus disparaissent. N'est-on pas à la Mecque de la pègre ?

Afin d'améliorer leur quotidien, des parties de foot et de lutte sont organisées dans l'enceinte de la citadelle du silence. Un lutteur comme Bathie Séras a fait ses armes à Rebeuss. D'autres rêvent de suivre ses traces à leur sortie. C'est ainsi que de véritables forçats de l'entraînement y sont rencontrés. Des forçats devenus des montagnes de muscle.

Par contre, d'autres, du fait de leur longue déten­tion ne peuvent plus dominer leur pulsion sexuelle. Les histoires de sexe y font foison. Des cas de viols dénoncés... Parfois, c'est le silence. C'est le cas pour certains trafics, particulière­ment chez les marchands de l'herbe qui tue. Parfois, certains sont pris. D'autres, plus témé­raires, s'essayent à jouer au monte-en-l'air. Les évasions spectaculaires de la bande à Ino sont encore fraîches dans les mémoires. Un tubercu­leux, durant le mois d'août passé, a pris la pou­dre d'escampette. Ce qui a fait que tous les pen­sionnaires du Pavillon Spécial ont été retournés à Rebeuss en guise de représailles.

Les conditions de détention sont tellement péni­bles que certains « visiteurs de prison » rendent visite aux détenus. C’est vraiment le cas de le dire. Et les prisonniers se plaignent de ces furti­ves visites sans qu'ils exposent leurs problèmes. Jamais les abattoirs oui les cales ne leur sont ouverts. Ces lieux ou sont parqués la majorité des détenus. C’est ainsi que répondant à un membre de la Croix Rouge internationale qui s'inquiétait de savoir comment les gardes étaient avertis en cas de malaise d'un détenu, une auto­rité pénitentiaire a avoué que les matons sur les toits étaient à l'écoute. En réalité, en cas de pro­blème ou de maladie, le chef de chambre doit prendre une pierre et cogner sur la porte en fer longuement, avant que l'on ne voit un garde se pointer. Barthélemy Dias en avait témoigné lors d'une émission dans une radio de la place. D'ailleurs, un détenu y a déjà laissé sa peau, juste avant sa libération. Rebeuss peut prendre parfois les allures d'un mouroir en silence. Le plus court chemin pour rejoindre le territoire des ombres, c'est de tomber malade. L'infirmerie manque de tout. "Mal de tête, paracétamol. Mal de pied, paracétamol". Si le détenu souffrant peut acheter son ordonnance après consultation, utiliser ses remèdes, demeure un casse-tête. Si par chance, il est envoyé au Pavillon sans moyen, il risque d'y finir ses jours. Combien sont morts l'année dernière dans ces silencieux murs de l'Hôpital Dantec ?

A dire vrai, dans un pays qui se vante d'être un chantre de la démocratie, Rebeuss est une honte pour un pays un tout petit peu respectueux des droits de l'homme. Police, parquet, prison, ces trois P font des dégâts dans la jeunesse sénéga­laise. En principe, est pensionnaire du monde carcéral, celui qui a commis un délit ou un crime. La réclusion devant permettre au délin­quant de s'amender.

L'ÉCOLE DU CRIME

Le Code de procédure pénale spécifie la déten­tion provisoire et la détention en exécution d'une peine privative de liberté. Mais la prison est devenue aujourd'hui, force est de le constater, un facteur aggravant. "Ala athio" est le cri de guer­re de cette jeunesse mal famée, jeunesse qui se distingue de la société sénégalaise grâce aux col­liers en caoutchouc qui ornent leurs chevilles, colliers baptisés sous le doux nom de "chaînes de l'esclavage". Ala athiou", pour dire que la société les a vomis, ils continueront dans le mau­vais chemin qui mène inéluctablement à Rebeuss. C'est ainsi que les multirécidivistes s'y comptent à la pelle. Et pourtant, ils étaient cen­sés ne plus y mettre les pieds. La promiscuité des lieux y est pour quelque chose. Dans notre pays plus qu'ailleurs, la population carcérale est mar­ginalisée. Les relations entre gardes et détenus sont pres que militaires. Voire de maîtres à escla­ves.

Surtout, la séparation selon les catégories péna­les n'est pas encore à l'ordre du jour dans ce haut lieu de la délinquance. Certains y apprennent à fumer leur premier joint, d'autres glissent sur le chemin de l'homosexualité, d'autres encore apprennent les rudiments du banditisme sous le guide éclairé des caïds. La Prison centrale n'o­béît à aucune règle qui respecte les droits primai­res de l'homme. Même les animaux y souffrent, tellement les conditions y sont inhumaines. Conscient de cela, le ministre de la Justice de l'é­poque, Cheikh Tidiane Sy avait annoncé qu'une maison d'arrêt serait construite à Sébikhotane. En attendant, les morts-vivants de Rebeuss réclament plus d'égards, de meilleures condi­tions de détention. Les gardiens de prison sont logés à la même enseigne. Eux qui sont chargés de protéger la société contre la pègre et la racaille de la société. A leurs salaires de misère, il faut ajouter le manque cruel de moyens et de forma­tion.

Source: PIC Hebdo

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Jeudi 17 Avril 2008





1.Posté par ngagne le 17/04/2008 12:26
inhumain sans perspectives et dire que cette jeunesse même les a elu. une honte-

2.Posté par Ndiaye le 17/04/2008 15:02
TRES trés bel article .Vraiment j ai eu du plaisir à le lire.

3.Posté par diouf normal le 17/04/2008 15:02
il faudrais que cela cesse c triste de voir ca

4.Posté par ndfa le 17/04/2008 20:04
j'ai beaucoup aimé votre article et j'espère que le gouvernement prendra des mesure parceque cé des humains qui sont au font de ces cellules.le présent sai ce qui se passe laba car ayant séjournée presque toute sa vie dans ce monde cruelle .la démocratie n'existe pa au sénégal .dommage


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