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L’écrivain et critique d’art : Amadou Guèye Ngom nous a quittés

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Au moment où nous finissions, dans une insoutenable douleur, de confier à Dieu notre ami et poète Lucien Lemoine, l’écrivain et critique d’art renommé, Amadou Guèye Ngom, nous quittait. Il était « mon » grand frère, mon préféré. Comme on dit chez nous, il a veillé sur moi, tout petit à Kaolack, quand je revenais de mes cours du quartier Léona, chez Monsieur Chopin, à qui mon père avait choisi de confier son rejeton allergique à l’école française. Puis, plus tard, à Dakar, dans la ville cruelle, Amadou était mon protecteur. Devenu bien grand, il n’a pourtant cessé de veiller sur moi. Rien de ce que je fais ou écris ne lui était étranger. Il était exigeant avec moi. Il m’avait poussé, sinon enfermé dans une rigueur d’écriture et de réflexion qui, aujourd’hui encore, m’habite et me sert de limite à conquérir. Nous l’aimions tous. Nous le respections plus encore pour ce qu’il était, pour ce qu’il représentait comme rare îlot d’honneur, de refus, d’érudition. Amadou était fascinant. Il parlait de tout avec une connaissance, une finesse, une classe, une hauteur qui laissent pantois. Très tard dans l’âge, il avait fait le pari de lire le Coran dans le texte. Il y avait réussi. Un autre pari l’avait habité : écrire et lire le japonais. Il y avait réussi. Aucun siècle ne lui était inconnu. Il était « effrayant » dans sa maîtrise de tous les espaces et de toutes les disciplines de l’esprit. Depuis le Royaume des Francs au cinquième siècle en passant par l’Egypte, les Aborigènes, les Mongols jusqu’à l’Amérique d’Obama, rien ne lui était inconnu. Il possédait tout de ce qui rend un homme apte à parler de ce qu’il sait, connaît, aime, surtout quand il s’agit de culture. Il tirait son droit d’être désagréable s’il le fallait, de ce qu’il était solidement informé, averti, cultivé, sans compromission avec les ignorants. Amadou Guèye Ngom était un intellectuel et non un diplômé. Pour un intellectuel, le « moi » est haïssable ! Il n’aimait pas les discours de pastèque avec 95% d’eau. Dans son tableau de chasse, il n’y avait que des lions. Amadou mérite de la patrie. La révolte devenait légitime pour lui dès lors que l’on violait la loi.



L’écrivain et critique d’art : Amadou Guèye Ngom nous a quittés
Son dernier cours magistral sur « La musique sénégalaise d’hier à aujourd’hui » s’était tenu dans la Maison de la Culture Douta Seck, à Dakar, le mercredi 13 janvier 2010, lors de ses vacances au Sénégal. Il fallait l’écouter parler de cette époque où « la musique n’était pas danse », jusqu’à l’arrivée du mbalakh, du rap. Il fallait l’écouter « auditer » nos musiciens : Youssou Ndour, au sommet de son art, mais avec de mauvais textes, Baaba Maal au registre complet, mais desservi par la langue toucouleur occultée par le wolof, Ismaël Lô et tous les autres musiciens du dimanche qui ne déméritent pas, mais qui ne resteront pas dans l’histoire, tranchait Amadou. Toute l’Ecole des Beaux Arts était présente. Joe Ouakam, Cheikh Tidiane Gadio, son petit frère bien-aimé, étaient présents.

Amadou n’avait pas choisi le camp de l’argent et de l’abaissement, mais celui de l’esprit, de la dignité avec ce verbe incandescent et aiguisé dont lui seul avait le secret et qui servait toujours le plus grand nombre. Il avait remis en usage le bon français. Il maîtrisait nos langues nationales à nul autre pareil. Il me le soulignait jusqu’à l’obsession : « Lamine, tu dois toujours et à tout moment penser au peuple, au plus grand nombre. Relis-toi, va à l’essentiel, évite les verbes « être » et « avoir », méfie-toi des longueurs, sois concis, coupe-les à la hache quand tu parles de nos hommes politiques, tu es trop courtois, trop civilisé avec ces carnivores qui n’ont aucune pitié pour le peuple ». Voilà, c’était cela Amadou Guèye Ngom. Bien sûr, j’écoutais, mais j’obéissais peu car j’avais mon tempérament. Nous avions encore tellement besoin de lui ! Son dernier manuscrit sur la musique sénégalaise sera publié chez son éditeur, les Editions Feu de Brousse. Il y travaillait encore avec moi. Avec Cheikh Thiam, le Directeur général du quotidien « Le Soleil », et Habib Demba Fall, poète et journaliste, nous nous étions retrouvés autour de projets de partenariat autour des 50 ans de célébration de notre indépendance. Amadou avait fait des propositions vite approuvées que nous devrions mettre en œuvre. En sortant de là, vers 13h, il m’avait poussé vers la salle des archives. Nous y resterons plus de quatre heures d’horloge, fascinés par les numéros d’époque « d’Arts et Lettres » ainsi que l’actualité quotidienne des années 1970, 1980 autour de Senghor, d’Abdou Diouf, de Kéba Mbaye mon juge d’émeraude. Tout était ordre, discipline, respect, grandeur, savoir et culture.

Comme tout vrai intellectuel, Amadou était quelque part un conquérant de l’impossible. Il savait être rude et sec, mais ce fut un homme plein d’humanité. Il était un guerrier qui savait être à la fois farouche et fragile. Il n’était pas fatal. Il savait se révéler touchant, émouvant, même s’il me reprochait mon trop d’émotion. Le Sénégal et l’Afrique ont perdu l’un de leur meilleur critique d’art. La prochaine Biennale de l’Art africain contemporain, en mai à Dakar, devrait lui rendre hommage. Avec Iba Ndiaye Diadji, nous perdons un Grand Monsieur, un grave et lucide penseur de notre temps. La savane aura bien besoin, maintenant, d’être reboisée avec des talents comme Sidy Seck qui nous installent dans l’espoir. Joe Ouakam doit plus écrire. Viyé Diba, El Hadji Sy doivent davantage, au-delà des peintres consacrés, se révéler au public comme de clairvoyants critiques d’art qui savent si bien allier pratique et théorie. Souleymane Keïta également. Alioune Badiane, Sylvain Sankhalé, brillants mais « confidentiels », doivent aussi être plus visibles sur la scène nationale pour que la peinture sénégalaise se raffermisse et non qu’elle s’étiole et se « poubélise ». Mes pensées vont aussi au doyen Papa Ibra Tall qui avait reçu longuement à Thiès Amadou pour un projet sur le grand maître qui veille encore, si jalousement, comme lui seul sait le faire, sur les Manufactures des Arts décoratifs. Merci Amadou pour tout ce que tu nous as donné sans jamais rien demander.

Par Amadou Lamine SALL Poète - Lauréat des Grands Prix de l’Académie
Source Le Soleil

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Jeudi 21 Janvier 2010





1.Posté par kara le 21/01/2010 07:21
Encore la preuve de l'ignorance de la jeunesse ! Je lisais ses textes sur seneweb, mais je ne connaissais pas l'homme. Je suis triste et découragé maintenant que je sais qui est cet homme.

Malheureusement au Sénégal on ne peut plus dire du bien d'un homme de son vivant sans se rabaisser au rang de lèche-botte ( c'est l'une des conséquences de la corruption des moeurs) tant l'argent produit les qualités.

Je savais qu'on devait se parler ou du moins qu'il avait des choses à nous enseigner, mais le temps nous a été fatal.

Oui, il y 'a des patriarches encore au Sénégal qui ont choisi de ne pas vendre leurs enfants, de ne pas se travestir pour quelques poignées de papier.

Quand je regarde l'état actuel des choses et le futur qui s'en vient, je me dis que Mak mate na bayi tchim rew ; sou ko maté !

Dieu l'accueille en son paradis.

2.Posté par Maty le 21/01/2010 11:10
J'aimais lire ses chroniques. Et j'adorais cette phrase qu'il avait et que j'utilisais dès que je pouvais; "Et Dieu reconnaitra les siens"!
Kara a raison, nous ignorons tout de ces genres de personnes. Et c'est dommage.
Yalna ka yalla yeureum té yékhéniou. Jégalko, jéguelniou. bakhéko aljana té mou baakhéniou degg ak top lou rafet.

3.Posté par Ourma GUEYE ITALIE le 21/01/2010 11:16
[Pere Ngom que le bon Dieu t'accueille au paradis, mes condoléances a toute la famille Ngom a Hamo 4 de la part de Ourma GUEYE, depuis l'Italie
GERANT CYBER CAFE BAYAL

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