Les talibés de la communauté layène sont venus de plusieurs localités du Sénégal pour commémorer le séjour du fondateur de la communauté à Gorée où il a été interné à partir du 14 septembre 1887. Après la lecture du Coran, les fidèles quittent la place du gouverneur. La procession est ponctuée par des chants religieux retraçant la vie de l’homme. Ils se dirigent vers la maison où Seydina Limamou Laye était mis en résidence surveillée en 1887. Ils sont sur les traces du fondateur de la communauté. Plusieurs fidèles sont massés sur la rue Boufflers près de l’église de la ville. L’intonation s’amplifie devant cette maison entourée par des murs rocheux. L’édifice aux fenêtres surmontées par des demi-cercles, résiste encore au temps. « C’est ici que fut interné le Madhi. Il a vécu à l’île pendant 3 mois. Les colons lui ont fait subir toutes sortes de souffrance. Aujourd’hui, nous devons lui rendre hommage », rappelle un fidèle. Avant sa mise en résidence surveillée, le guide avait émerveillé les habitants de Gorée et intrigué les colons. « Lorsque les Blancs l’enfermaient dans sa cellule, Seydina Limamou Laye sortait. Parfois, les colons le retrouvent dehors. Ces tentatives de le maintenir dans la cellule étaient vaines, c’est en ce moment qu’on décida de le mettre en résidence surveillée », raconte le porte-parole de la communauté layène, Mamadou Lamine Laye. Les voix autorisées jettent la lumière sur l’histoire. Les fidèles écoutent religieusement. « L’ambition des Blancs en amenant Seydina Limamou ici, était de le déporter. Certains de ses compagnons étaient abattus. Mais Seydina les avait assurés en disant que s’ils cessaient de voir le mât du bateau, ils n’ont qu’à admettre qu’il n’est plus un homme de Dieu », explique le porte-parole de la communauté. Des injonctions fusent dans la foule. On psalmodie les extraits du saint Coran. La ferveur religieuse s’empare de l’île que le bateau des colons ne dépassera jamais. « Seydina Limamou Laye disait souvent 3 ans, 3 mois et 3 jours. Les personnes ne comprenaient pas. Les colons avaient envahi Yoff 3 ans après son Appel parce que leur autorité était menacée par l’influence du Madhi. Les 3 mois correspondent à son séjour à Gorée et 3 jours à son exil à Ngadiaga », a laissé entendre le président de Nurul Mahdhi, Momar Sarr.
La victoire de la puissance divine
Le séjour du guide religieux est plein d’enseignements. « Le séjour de Seydina Limamou Laye est le point de départ de l’essor de la communauté lébou, de la communauté musulmane. Il a fait ce séjour pour libérer l’homme noir. L’échec de sa déportation est la victoire de la puissance divine sur le pouvoir des colons blancs », confesse Momar Sarr. Après un tour à la maison où il était mis en résidence surveillée, les fidèles redescendent la ruelle avant de remonter une pente rocailleuse.
Les chants emplissent les ruelles. Les touristes émerveillés ne pouvaient que suivre le mouvement de cette foule. Au bas de cette pente abrupte, se trouve la mosquée. C’est ici, et face à la mer, que Seydina Limamou Laye se recueillait. L’actuelle équipe municipale de Gorée avait souhaité donner une nouvelle dimension à la célébration du séjour du Madhi dans l’île. « Nous avons voulu donner une nouvelle envergure à la commémoration du séjour de Seydina Limamou Laye à Gorée. Parce que c’est un devoir de mémoire. Il a démontré qu’avec la foi, on peut résister à toutes les influences et à la puissance des colons blancs. C’est un pan de notre histoire qui mérite d’être vulgarisé », soutient le maire de Gorée, Augustin Senghor. Le fils du khalife, Mamadou Lamine Laye, a demandé aux autorités d’inscrire cette commémoration dans leur agenda culturel.
Idrissa Sané
Source Le Soleil