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Haïdar El Ali : « Où sont passés les 8 milliards 250 millions que le Girmac a reçus de la Banque mondiale ? »

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Haïdar El Ali : « Où sont passés les 8 milliards 250 millions que le Girmac a reçus de la Banque mondiale ? »
En 2007, le journal Le Monde le désigne comme faisant partie des « 100 acteurs pour sauver la planète ». Une reconnaissance pour Haïdar El Ali qui se bat depuis près de trois décennies pour la préservation de l’environnement. En 2004, premier grand succès avec la création de l’aire Marine protégée du Banbung avec l’appui de son association, l’Océanium, et financée à hauteur de 900 000 euros par le Fonds français pour l’environnement mondial. Mais au mois de février dernier, le programme étatique de Gestion intégrée des ressources marines et côtières (Girmac) installe 5 pancartes dans l’aire marine. L’écologiste décide alors de porter plainte contre le Girmac et dénonce dans le même temps « un vol organisé avec la complicité du représentant de la Banque mondiale. » Dans cet entretien, Haïdar El Ali revient en détails sur cette affaire et évoque son combat pour la protection de l’environnement.



« La Sentinelle » : D’où vous vient cette passion pour l’Océan et la protection de l’environnement ?

Haïdar El Ali : Très jeune déjà, j’étais un homme curieux qui aimait découvrir la nature. Une sorte d’explorateur qui allait souvent hors des limites de la ville, hors des limites de la famille. Je me rappelle qu’à 16 ans déjà, je voulais faire le tour du Sénégal avec mon vélo. Mes parents me cherchaient partout. J’avais perdu les notions de temps, les notions d’espace. La mer, je l’ai découvert très tôt. J’ai tout de suite été attiré par sa grandeur. De n’importe quel point de la côte, un promeneur qui porte son regard sur la mer éprouve un sentiment de puissance. Les gens croient que la mer est éternelle alors que c’est un organisme qui vit, un organisme qui peut être blessé et en mourir. Aujourd’hui, les scientifiques sont unanimes pour dire que si l’on continue comme ça, dans quarante ans, il n’y aura plus un seul organisme vivant dans la mer tellement elle subit la pression de l’homme. J’ai eu le bonheur de connaître ces espaces d’océan, ces espaces sous marins où l’homme n’avait jamais mis les pieds. Est né en moi ce besoin de protection de cet univers marin. Mais aussi, petit à petit, je suis sorti de l’eau parce que pour parler aux gens, il fallait aller sur terre. Je suis sorti de la mer et j’ai commencé à être ce défenseur de l’environnement parce qu’il est unique, la planète est unique. Nous vivons tous sur cette planète qu’il nous faut protéger.

« La Sentinelle » : Fin 2007, vous avez pris la présidence de la Fédération des Partis Verts et Ecologiques de l’Afrique de l’Ouest. Quelles ont été vos motivations, est-ce la volonté de faire tomber les frontières pour la protection de l’environnement ?

H.E.A : En partie. En fait, c’est plus parce que chacun est de son côté. Nous, ici au Sénégal, le parti vert de Guinée Bissau, au Niger, en Côte d’Ivoire, au Togo… Partout on entendait parler ces partis écologistes. Nous nous connaissions grâce à Internet et nous avions le souci de monter une Fédération qui aurait pour préoccupation de fédérer nos actions. J’ai fait un premier voyage au Mali. J’ai rencontré le Parti écologiste malien. Il est dirigé par une grande dame professeur à l’université, Fatou Binetou Diallo. Nous avons échangé et tout de suite est né l’idée d’une Fédération Ouest Africaine des partis écologistes. Très honnêtement, je n’avais aucune ambition pour ce poste. Il y a juste que je représentais le profil qui pouvait fédérer les gens autour de la cause de l’écologie. J’ai accepté cette mission pour continuer à œuvrer dans la sous région à installer l’idéal écologique politique dans les paysages de nos pays. Parce que l’écologie aujourd’hui est un passage obligé. On ne peut plus se permettre de dire que c’est une cause pour les bourgeois, une cause pour les ventres pleins. Non. Si aujourd’hui on souffre, c’est bien parce qu’on a pas su gérer notre écologie. Si aujourd’hui on ne pêche plus, c’est bien parce qu’on a pas su gérer l’écologie de notre mer. Si aujourd’hui, il n’y a plus de forêts, c’est bien parce qu’on a pas su gérer l’écologie de nos forêts. C’est pour cela que nous disons que nous vivons dans une planète qui est belle, qui ne nous appartient pas. Elle appartient à nos enfants. Nous l’avons héritée de nos parents et il nous faut la transmettre dans le meilleur état de conversation possible sans jamais oublier que dans la planète, il y a des gens qui surexploitent les ressources naturelles. Des pays qui produisent énormément de richesses, qui gardent leurs richesses, et qui nous font partager la pollution.

« La Sentinelle » : Justement, on constate que les actions internationales en faveur de l’environnement ont des difficultés à se mettre en place tandis que le réchauffement de la planète et le changement climatique sont de plus en plus visibles ; pensez-vous que nous pouvons encore être optimistes ?

H.E.A : La planète va très mal, c’est sûr. Mais je pense qu’il faut rester optimistes dans la mesure où l’homme et son intelligence vont œuvrer à trouver une solution. Vous savez, les gens qui capitalisent, qui transforment nos richesses naturelles en stock-options qui dorment dans les banques suisses, sont conscients qu’ils vivent sur une planète qui est menacée. Aujourd’hui, eux mêmes développent des systèmes d’économie durable. Eux-mêmes essaient de trouver des solutions. Donc c’est une sortie de crise déjà. Bien sûr, ce n’est pas pour demain mais le succès de l’écologie est aussi la mort de l’écologie. Avant, les partis écologistes parlaient des problèmes d’économie durable, parlaient des problèmes de ressources, parlaient des problèmes de la planète. Mais aujourd’hui, tous les partis en parlent. Aussi bien les libéraux que les socialistes, que les communistes… Le message est tellement bien passé que tout le monde parle d’écologie. Mais en réalité il nous faut rester nous (les écologistes, ndlr) les sentinelles qui tirent la sonnette d’alarme à chaque fois que la planète est menacée et proposer des solutions alternatives. Je pense que c’est des générations futures, c’est des jeunes dans les cités, que viendra la vraie solution. Elle partira d’une déconstruction de la société actuelle. Parce que la société actuelle nous a montré les limites à proposer des solutions à la planète. Elle ne parle que de croissance, elle ne parle que de développement, de réduction du chômage… Alors que nous accumulons des richesses. Nous accumulons des milliards et des milliards qui dorment. Des bouts de papier qui dorment dans les banques. Pour quoi faire ? Pourquoi transformer nos poissons en stock-options ? Pourquoi transformer nos forêts en stock-options ? Pourquoi transformer nos ressources naturelles en dollars ? Mais gardons les dans des banques naturelles ! Gardons les dans cette planète terre.

« La Sentinelle » : Nous savons que depuis 2001, l’Océanium aide à la mise en place par les pêcheurs d’aires marines protégées (Amp). Il en existe 5 aujourd’hui. Quelle est l’importance de ces aires marines pour les populations ?

H.E. A : Je tiens à préciser qu’il n’y a qu’une aire marine qui existe physiquement. Une aire marine que vous pouvez palper, toucher, sentir, aller voir, mesurer. Une aire marine qui a un état de référence zéro mesuré par les scientifiques, jusqu’à l’état de référence année cinq mesuré par les scientifiques. Cela est important à préciser parce qu’il y a beaucoup d’aires marine qui existent dans les décrets, dans les papiers, dans les cartables qu’on fait circuler dans des séminaires, mais qui n’existent pas physiquement. L’aire marine du Banbung est un succès total. L’objectif était de repeupler une partie de l’Océan. N’importe qui peut pêcher n’importe quoi, n’importe quand, n’importe où dans notre pays. Nous nous sommes dits : ce n’est pas possible, il nous faut des espaces où les poissons peuvent évoluer tranquillement, se reproduire et que les petits grandissent et sortent pour être péchés. Nous ne créons pas des aires marines pour la beauté de la nature. C’est pour l’économie durable des pêcheries. Seuls les scientifiques peuvent se rendre dans le cœur de l’aire marine où toute forme de prélèvement est interdite. L’Institut de recherche pour le développement et le Centre de recherche océanographique Dakar-Thiaroye suivent l’aire marine de Banbung et sont unanimes pour dire que les résultats scientifiques sont formidables. Donc une Aire marine protégée, on peut dire aujourd’hui que c’est un outil de développement durable des pêcheries. Ensuite, à côté de l’aire marine et de la protection des ressources halieutiques, il y a le développement de l’écotourisme ; une forme de tourisme qui va vers les populations, un tourisme de découverte de nos cultures, de nos valeurs traditionnelles, de nos ressources naturelles. On ne peut pas parler de développement du tourisme où même d’installation du tourisme dans un environnement sale et dégradé. Tout cela fait que l’aire Marine du Banbung est aujourd’hui un succès qui est reconnu mondialement.

« La Sentinelle » : En dépit de cela, vous avez annoncé récemment vouloir porter plainte contre le programme de Gestion intégrée des ressources marines et côtières (Girmac). Vous reprochez à ses responsables d’avoir installé des pancartes dans le Banbung, laissant croire que ce sont eux qui ont créé l’Aire Marine. Pouvez vous revenir sur cette affaire ?

H.E.A : Cela nous ramène un peu à l’image de ce qui se passe dans notre pays. Toutes les dérives totalitaires et toutes les malversations. Le Girmac est en fait en programme qui appartient à la fois au Ministère de l’Environnement et au Ministère de la Pêche. C’est un programme financé par la Banque mondiale à hauteur de plusieurs millions de dollars. Une partie sous forme de prêt, l’autre sous forme de don. Le Girmac est allé dans le Banbung, à trois jours de son audit par la Banque mondiale, et a installé des panneaux où il est clairement stipulé : « Aire Marine protégée, réserve communautaire, décret présidentiel, réalisation Girmac. » Bien sûr, j’ai dénoncé cela. J’ai promis au public que j’allais porter plainte. Je suis allé là bas avec des huissiers qui ont fait un constat. Récemment, ils m’ont rendu leur rapport. J’ai souligné une erreur que j’aimerais qu’ils rectifient. Ils ont photographié un panneau que nous avions mis nous-mêmes. J’attends qu’ils rectifient cette erreur après quoi je vais déposer ce constat d’huissier auprès du Procureur de la République pour porter plainte.

« La Sentinelle » : Donc vous leur reprochez de faire comme s’ils avaient initié le projet alors que c’est en réalité l’Océanium qui en est à l’origine ?

H.E.A : Tout à fait ! C’est l’Océanium et seulement l’Océanium. Nous avons approché les populations. Nous avons une méthode qui n’est pas compliquée. Nous faisons les choses de manière participative. Nous trouvons des solutions applicables avec les populations de manière participative. Des solutions applicables par eux et reproductibles par d’autres.

« La Sentinelle » : Dans votre lettre « J’accuse », publiée sur Internet, vous faites aussi état d’un vol, d’un détournement de fonds, de la part du Girmac, organisé avec la complicité de la Banque mondiale. De quoi s’agit-il exactement ?

H.E.A : Le Girmac n’a pas détourné l’argent de l’Océanium. Le Girmac a détourné l’argent du Sénégal à travers un financement de la Banque mondiale. La Banque mondiale a financé un programme étatique. L’Etat a créé une entité qui s’appelle le programme Girmac. Le Girmac devait, de manière participative, aller vers les opérateurs professionnels et travailler avec eux. Ça n’a pas été fait. Donc, comme ils n’avaient aucun résultat à montrer, ils sont allés en montrer un qui n’était pas le leur. (L’aire marine de Banbung, ndlr) Cela est abject. C’est à dénoncer. Nous allons maintenant laisser les avocats faire leur travail. Ce que nous recherchons, c’est juste que l’argent qui est financé par les bailleurs de fonds pour notre environnement aille à notre environnement. Il faut savoir que le Sénégal est le deuxième pays le plus aidé au monde. Mais où passe cet argent ? C’est pour cela qu’il faut continuer à dénoncer les malversations, les déviations, les corruptions.

« La Sentinelle » : Le Coordonnateur National du Programme Girmac à réagi à vos propos en déclarant, je cite : « Il ne s’agit que d’un activisme politique qui n’a rien à voir avec un quelconque engagement écologique ou une volonté d’aider les populations. »…

H.E.A : Vous savez, moi j’ai lu le communiqué de la Banque mondiale. J’ai reçu ici le représentant de la Banque mondiale qui s’est excusé. J’ai accepté ses excuses. Il a fait circuler un communiqué dans lequel il reconnaît que le Girmac a fait une erreur. Maintenant on verra bien à qui justice rendra compte. Ce que dit Monsieur Girmac… Je pense que le problème n’est pas là. Où sont passés les 8 milliards, 250 millions qu’ils ont reçus de la Banque mondiale ? Où sont les aires marines qu’ils devaient créer. Où sont passés les financements qu’ils doivent donner aux organisations professionnelles des pêcheries ? Où sont leurs programmes de restauration de la ressource halieutique. Ce sont toutes ces questions auxquelles ils doivent répondre. Ils disent que je suis un activiste. C’est bien ! Mais moi au moins j’ai fait le Banbung. Eux, qu’est ce qu’ils ont fait ? Ils doivent nous rendre compte de l’argent qu’ils ont reçu.

On ne peut pas finir cet entretien sans aborder le Front Siggil Sénégal (coalition de partis d’opposition sénégalais, ndlr). Pourquoi avoir intégré cette structure ?

H.E.A : J’ai un objectif depuis 2000. Nous avons vu que pour construire l’idéal de l’écologie dans notre pays, il nous fallait faire de la politique. Nous avons commencé à installer cet idéal dans les départements, dans les communautés rurales… Nous ne sommes pas présents partout dans le paysage politique sénégalais mais nous oeuvrons à cela. Nous avons vu aussi que lors des élections présidentielles, il y a eu des malversations électorales. Nous avons dénoncé cela et nous n’avons pas voulu participer à cette mascarade qu’ont été les élections législatives. Nous avons préféré rejoindre le camp du refus. A l’époque des législatives, il n’y avait pas de mystère. Soit on était dans le camp du Président et on recevait une part du gâteau pour faire semblant de participer, ou alors on se battait pour l’installation d’une démocratie dans notre pays. Nous oeuvrons activement à la construction des assises nationales où il y a toute la société civile, où il y a les syndicats, où il y a le patronat et certains partis parlementaires, même si personnellement, je ne reconnais pas les gens qui sont députés aujourd’hui.

« La Sentinelle » : Pensez vous qu’il faille aller vers un dialogue avec le Président Wade ?

H.E.A : Pas du tout. (Il insiste) J’y suis totalement opposé. Je dis que le Président Wade doit venir dialoguer avec les assises nationales. C’est lui qui doit venir. C’est là qu’il trouvera les problèmes des enseignants, des agriculteurs, des étudiants, des pêcheurs… Le problème du pays. Le problème du dialogue politique. C’est là qu’il le trouvera. Celui qui négocie en dehors des assises se noiera dans tout ce que le Président peut dire et son contraire parce qu’il nous a habitué à cela. A dire des choses et répéter le contraire.

Photo : Haïdar El Ali, Président de la Fédération des Partis Verts et Ecologiques de l’Afrique de l’Ouest, Directeur de l’Océanium




Propos recueillis par Amadou

Source: African Global News

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Vendredi 18 Avril 2008


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