C’est vers, encore, un média étranger que le président Wade s’est tourné pour tenter de sauver sa peau dans le massacre survenu en septembre dernier en Guinée, sous la houlette du capitaine Dadis Camara. Il l’avait soutenu dès les premières heures de son putsch, en laissant entendre à la face du monde que Dadis n’avait fait que « ramasser un pouvoir qui était dans la rue ». Il sera le premier des chefs d’États à se rendre en Guinée. Il retournera même à Conakry à l’occasion d’un meeting de soutien à la candidature à l’élection présidentiel de son protégé. À l’occasion, il lui avait fait remarquer que le Mali, la Mauritanie, le Bukina Faso, bref bon nombre de pays de l’espace de la Cedeao sont dirigés par des militaires, « qui ont bien manœuvré ». Mieux il lui a rappelé le conseil qu’il avait prodigué au jeune Faure Eyadema : « En Afrique, si on a le pouvoir et l’argent, on ne peut perdre des élections ».
Des mots qui raisonneront dans la tête du jeune capitaine, qui voyait Wade comme un messie. Fasciné et rassuré, Dadis commencera à prendre goût au pouvoir, auquel il tentera de s’accrocher jusqu’au tragique 28 septembre et la tentative d’assassinat dont il fut l’objet le 3 décembre dernier. Pour faire oublier ses déplacements en Guinée et ses connections avec le jeune capitaine, le président Wade a déclaré que l’année dernière, puisque Dadis le « consultait tous les jours », il l’avait « poussé à accepter de partir ».
Mais, maintenant, devant « plus de 180 personnes tuées, une centaine de femmes violées on ne peut laisser agir » a reconnu Wade. Il avait senti « le danger venir ». Rappelant qu’il est « avocat » et qu’en conséquence, il « respecte le principe de la présomption d’innocence, il n’en pense pas moins qu’il « faut poursuivre les coupables ». Autrement, Wade est clair : il lâche Dadis et demande qu’il soit traduit devant la Cour pénale internationale, comme le stipule le rapport de l’Onu sur la Guinée. Une manière pour le président Wade de se mettre à l’abri de tout soupçon, de toute interpellation.
Mais s’il est décidé à faire payer Dadis, auquel il ne parle plus depuis qu’il a été rabroué à son sujet par la Maison blanche, il est à se demander si le capitaine acceptera de tomber seul. Car, depuis le meurtre avorté dont il a été victime et sa perte du pouvoir, Dadis, aidé par Blaise Campaoré et protégé par le tout puissant chef d’État-major burkinabé, snobe Wade.
La Redaction