Référence multimedia du sénégal
.
Google

GUINEE BISSAU: Des Révolutionnaires aux Narcos

Article Lu 12013 fois

Ils sont encore combien d’anciens combattants dans les 1.500.000 âmes qui peuplent la Guinée-Bissau, recensés récemment par 2000 de leurs compatriotes mobilisés en l’occasion sur financement de l’ONU et du Brésil ? 20.000, 15.000, moins de 5000 ? Jusqu’à la mutinerie de juin 1998 de feu le Général qui ne savait ni lire, ni écrire, mais dont la bravoure au combat ne faisait aucun doute, Ansoumané Mané, ils étaient, ces « libérateurs » au nombre qui variait tant, au cœur de toutes les crises institutionnelles cycliques auxquelles, la Guinée Bissau s’était habituée depuis son accession à la souveraineté internationale en 1974.



GUINEE BISSAU: Des Révolutionnaires aux Narcos
Question récurrente, qui ne trouvait solution ou était plutôt cultivée comme au laboratoire par une classe politique qui apprenait avec les vents d’Est et le discours de la Baule à être différente et à s’affranchir du Parti africain pour l’indépendance des Iles du Cap-Vert et de la Guinée-Bissau (Paigc), parti rédempteur et dominant jusqu’à l’ouverture démocratique de 1991.

Une classe politique qui peinait jusque-là à asseoir de véritables programmes de ruptures, suffisamment mobilisateurs de populations qui n’en pouvaient plus d’être parmi les plus pauvres de la planète.

Une classe politique prisonnière de l’armée, véritable maîtresse du pays et engluée dans le passé… d’anciens combattants qui se contentaient la plupart du temps de leurs faits de guerre et de boire l’alcool de Cajou du matin au soir, au lieu d’aller cultiver les terres qui étaient ainsi en jachère, le comble dans un pays qui avait pourtant dans tout le Cils, obtenu l’autosuffisance alimentaire bien avant tout le monde. Ce n’est pas là, la seule contradiction dans ce petit pays baigné par les eaux de l’Océan Atlantique et du fleuve Casamance, aux îles paradisiaques, les îles Bijagos.

N’empêche, la question des anciens combattants était l’épicentre de toutes les crises institutionnelles bissau-guinéennes jusqu’à la mutinerie et prise du pouvoir de 1998-99 de feu le général Mané. Ces émancipateurs de la Guinée Bissau qui réclamaient et réclament certainement jusqu’ici d’être honorés par un peuple et un Etat reconnaissants et leur part du gâteau sans mettre la main à la patte sont devenus cependant, moins le problème en Guinée-Bissau depuis les élections démocratiques de 2000 qui les ont relégués au second plan des préoccupations sociales, économiques et politiques du pays.

Même s’ils ont aidé grandement à rendre instables les institutions fragilisées déjà par la pauvreté ambiante et l’étroitesse du territoire national, ils n’étaient plus l’épouvantail que pouvait brandir l’armée, les partis politiques. Encore moins un alibi pour justifier le rackette des populations, les coups de feu, les tentatives récurrentes de coup de force et d’Etat. Un danger pire s’était substitué à leur nuisance. A la violence révolutionnaire, s’était commutée la violence « délinquante ». Les révolutionnaires étaient évincés au profit des Narcos.

Nino Viera qu’une bonne partie de ses compatriotes avait soupçonné d’appartenir au clan des narcotrafiquants,-le général Mané nous a dit, répondant à nos questions à Bislanka, son quartier général, près de l’aéroport qu’il contrôlait avec sa junte en ce début du mois de janvier 1999 à quelques mois de sa véritable prise du pouvoir, que « Nino trafiquait de tout : de la drogue, des femmes, des licences de pêches… », la liste n’est point exhaustive,-bien qu’il s’en défendait est mort hier, lundi 2 mars 2009.

Victime de l’énième mutinerie dans son pays, lui qui était revenu en 2005 au pouvoir par le biais des urnes après y avoir été éjecté par une mutinerie en 1999. Il avait pris le pouvoir, il est vrai, en 1981 en débarquant des soutes des chars de Yaye Faye Camara avec à ses côtés un certain Ansoumane Mané pour chasser l’autre frère, Luis Cabral, rentré depuis à Praia, sa terre d’origine.

Nino est mort violemment comme il a vécu. La plupart du temps, dans le sang et dans la terreur. On disait à Bissau qu’il avait « tapé tout le monde ». Quelques heures avant lui, c’était au tour de l’autre général analphabète, Tagmé Na Waié, chef d’état-major général des forces armées bissau-guinéennes qui passait de vie à trépas en succombant à ses blessures à la suite de l’explosion d’une bombe au quartier général à Amura. En guise de représailles, ses partisans tirent et tuent le président Viéra.

Une violence meurtrière mais dont les germes sont à chercher certainement dans la situation délétère que vit le pays, notamment depuis l’envahissement du territoire par les narcotrafiquants. C’est ainsi que plusieurs observateurs et certains partis politiques en lice aux élections législatives du 16 novembre 2008, n’avaient pas manqué de faire part de leurs craintes de voir les députés issus du scrutin, devenir les otages des narcotrafiquants. Plus d’une tonne et demie de cocaïne à destination de l’Europe y avait été en effet saisie en trois ans… L’argent sale coule à flots à Bissau et achète tout.

La Guinée-Bissau, confrontée à la pauvreté au plan social et économique, voit les fondements de son Etat et de sa nation sapés par la cocaïne qui fait du pays l’épicentre du trafic en provenance de l’Amérique latine sans disposer de moyens pour faire face, seule. En vérité aucun pays de la sous-région aujourd’hui minée, n’est capable de faire face seul. Veulent-ils pour autant s’unir contre le fléau ? Rien de moins sur.

Toujours est-il que les niveaux de complicité dans l’expansion du trafic en Guinée Bissau sont tels que l’Organisation des Nations Unies et la communauté internationale, s’en sont publiquement inquiétées. Bissau qui était encore dans l’incertitude hier, pour ses lendemains précarisés davantage, revenait à la vie, elle. Malgré l’assassinat du président José Bernardino Vieira, l’ordre constitutionnel y était respecté.

La transition devrait être assurée par le président de l’Assemblée nationale ont confié des responsables de l’armée qui ne veulent certainement pas être mis aux bancs des accusés de la communauté africaine et internationale, ce qui signifierait l’arrêt de tous les programmes qui mettent le pays sous perfusion.

Face donc aux condamnations de la communauté internationale, l’armée a assuré qu’il ne s’est pas agi d’un coup d’Etat. Certainement de simples balles perdues. Quant à elle, elle « respecterait l’ordre constitutionnel et la démocratie » et resterait dans ses casernes.

Entre temps elle aura perdu son chef et tué son chef suprême. La question ethnique présente et même pesante en Guinée Bissau a certainement aidé à exacerber les contradictions.

La majorité Balante exigeant souvent d’être pris en compte plus que les autres. Ce que les autres, Pépel, Manjack, Diolas, Mandingue, Peulhs et Bijagos n’entendent pas de cette oreille.

Cependant, ce qui se passe en Guinée Bissau, devrait amener les dirigeants de la sous-région à être plus regardant quant à la gouvernance dans leurs pays respectifs. Véritable brasier, l’Afrique de l’Ouest est aujourd’hui confronté non seulement à une crise de « pouvoir » qui se généralise, mais également à une instabilité politique et institutionnelle de plus en plus chronique, fruit des manquements criards qui s’observent dans les processus de dévolution du pouvoir ou dans la gestion de celui-ci.

Les louvoiements avec la démocratie, les libertés que l’on s’y octroie avec les deniers publics, les mauvaises politiques ont fini d’exacerber des populations jusqu’ici silencieuses, un tantinet fataliste.

La prise d’otage de toute la sous région par une race de prédateurs doublés par les narcotrafiquants qui ont maintenant presque pignon sur rue dans toutes les capitales, n’arrangeant pas les choses. Le fils de feu Conté n’est-il pas impliqué en Guinée ?

La presse mauritanienne n’a-t-elle pas fait cas, elle aussi de quelques cas de trafics de drogue dure à Nouakchott où des fils de hauts dignitaires étaient concernés ?

Qu’en est-il de l’importante prise du colonel Modou Fall de l’année dernière, ici chez nous au Sénégal ?

A Bissau en tous les cas, la violence révolutionnaire a cédé le pas à la violence de la drogue. Les libérateurs de courber l’échine face aux envahisseurs armée de la poudre blanche et des pilules qui tuent.

Madior FALL
Source SudQuotidien

Article Lu 12013 fois

Mardi 3 Mars 2009





1.Posté par goor le 03/03/2009 07:02
Je ne savais pas que le fleuve casamance baignait la Guinee Bisseau. En tout cas sur cette carte je ne sais pas quel fleuve casamance baigne la guinee.Thieye nos Journaleux. L'article est quand meme interessant franchement.

Nouveau commentaire :
Twitter


Dans la même rubrique :
< >

Dimanche 11 Décembre 2016 - 00:40 Syrie: assaut surprise de l'EI à Palmyre

Actualités | Politique | Economie | Fait Divers | Société | People | Sport | Coin des femmes | Culture | International | Vidéo News | Buzz du monde | Bande dessinée | Un café avec | Dinama Nekh | Buur Guewel | Double vie | Ndiaye Dollar | Wiri Wiri | Le reve de Akis | Rirou tribunal | Revue de presse | Blagues





Copyright © 2007 - 2016 Xibar multimedia Tous droits réservés

DIRECTEUR DE PUBLICATION: Abdoulaye Sogue - Contact: Protect e-mail with only css

Xibar Multimedia - 2901 41st Ave, Long Island City, NY 11101, United State