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GUEDIAWAYE: La cité de tous les déséquilibres

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Le département de Guédiawaye est l’une des cités de la région de Dakar qui attirent le plus les politiciens en quête de suffrages. Une ville à l’enjeu électoral important face aux prochains scrutins. Surpeuplé et en déficit d’infrastructures pour résorber le chômage, Guédiawaye comme les 34 départements du Sénégal, peine à devenir une ville moderne. Pis, elle concentre en son sein, le résumé de toutes les difficultés qu’on peut recenser dans une ville d’Afrique. Pauvre, la majorité de ces habitants, pour survivre quittent quotidiennement cette localité pour rejoindre le centre-ville.



GUEDIAWAYE: La cité de tous les déséquilibres
Avec une population de 258.370 habitants, selon les résultats du recensement de 2002 (résultats souvent contestés par des démographes), Guédiawaye créé en 1967, avec la vocation de recaser les déguerpis des quartiers situés auparavant à quelques encablures du centre ville de Dakar , occupe une superficie de 12.900 hectares pour 20.029 habitants au km2. Cette surpopulation fait de Guédiawaye le département qui a la plus forte densité du Sénégal sur une superficie assez réduite. Cette ville sans fin comprend plus de 150 quartiers aux noms plus exotiques les uns que les autres :Taïba, Gueule-Tapé, Sahm, Aïnoumane, Fith Mit. On y trouve un peu de tout en matière d’urbanisation.

Les habitants sont arrivés sur les lieux par vagues successives, forcés par les pouvoirs publics. Une zone où l’occupation remonte vers les années 60. Longeant le littoral et l’océan atlantique, la ville de Guédiawaye a une particularité. Il y a trois types d’habitations.

En matière d’habitat, on y observe un peu de tout. Dans le secteur de l’auto construction, il y a ceux qui ont bâti leurs maisons avec leurs propres moyens. Ensuite, les habitations à caractère irrégulier et encore ceux qui vivent dans des zones d’inondations et des Niayes. Le troisième type d’habitation, est constitué de cités ou zones viabilisées commencées au début des années 80. Le mouvement a été poursuivi jusqu’au milieu des années 1990 voire 2000. Ces habitations sont généralement situées sur le long du littoral. Ce sont les Cités Douane, Nations- Unies, Atépa, Hamo 3,4,5,6, Enseignants, Shs, Adama Diop, Sofraco, Biagui, Rodone etc. L’agglomération a connu une croissance très rapide qui a fait que Guédiawaye l’une des plus grandes communes de la région de Dakar érigée en entité urbaine par le décret du 8 octobre 1990 en commune. En 1996, elle a été érigée en ville et subdivisée en cinq communes d’arrondissement, notamment Golf Sud, Sahm Notaire, Wakhinane, Nimzatt, Ndiarème Limamoulaye et Médina Gounass. Chaque commune d’arrondissement est dirigée par un maire d’arrondissement. Et la ville de Guédiawaye par un maire.

Une administration fortement féminisée

L’autre particularité du département de Guédiawaye est que sur le plan administratif, 70% des postes de responsabilités sont détenus par des femmes. De préfecture, au Cdeps en passant par le département des sports, de l’élevage et du développement communautaire, tous sont dirigés par des dames d’expérience.

Tout comme le service des impôts et domaines, le département du commerce, le secteur de l’appui au développement local, la justice avec aussi Mme le procureur au tribunal départemental. Même le commissariat était auparavant dirigé par une femme.

Par ailleurs, dans ce département, on y trouve encore une spécificité par rapport aux autres départements du Sénégal. La préfecture de Guédiawaye abrite dans ses mêmes locaux la préfecture de Pikine. Ce qui l’explique, selon M. Aidara, agent administratif, la préfecture de Pikine a été construite en 1974 au moment où Guédiawaye était dans le département de Pikine. En 2002, au moment où Guédiawaye a été érigée en département, les locaux de la préfecture de Pikine se trouvent en territoire de Guédiawaye. Les deux préfets de Pikine et de Guédiawaye, tout comme les personnels cohabitent en étroite collaboration à cause de la proximité de leur domaine de compétences.

Scrutin 2007

Sur le plan électoral, les cinq communes qui constituent le département de Guédiawaye ont été réparties sur 251 bureaux de vote avec 39 lieux de vote. Répartis ainsi : Golf Sud 73 bureaux de vote avec 14 lieux de vote, Sahm Notaire : 54 bureaux de vote avec 10 lieux de votes, Wakhinane 63 bureaux de vote avec 8 lieux de vote, Ndiarème 32 bureaux de votes avec 4 lieux de votes et Gounass 29 bureaux de votes avec 3 lieux de votes. Les 251 bureaux ont permis pour l’élection présidentielle de mobiliser 753 membres de bureaux de votes (présidents, assesseurs, sécurité. A l’élection présidentielle, 184.418 électeurs étaient inscrits dont 133.329 votants, 1148 bulletins nuls. Les suffrages valablement exprimés 131.977. Abdoulaye Wade est sorti en tête avec 80.428 voix. Il est suivi du candidat Idrissa Seck avec 23.476 voix, Ousmane Tanor Dieng 15.554 voix, Moustapha Niasse 4839 voix, Abdoulaye Bathily 1977 voix. Landing Savané 1.349, Robert Sagna 1088, Cheikh Bamba Dièye 889, Talla Sylla 729 voix, Me Mame Adama Guèye 543, Alioune « Petit » Mbaye 420, Mamadou Lamine Diallo 400, Modou Dia 104 et Doudou Ndoye 208.

La fracture sociale joue sur l’équilibre des familles

A Guédiawaye, comme dans tous les coins du Sénégal la pauvreté a atteint le seuil de l’intolérance. La plupart des jeunes ne savent plus à quel saint se vouer ni où donner de la tête face aux difficultés quotidiennes de la vie sous le régime d’un chômage chronique.

Selon un enseignant résident à Guédiawaye, le taux de déperdition scolaire est resté très relevé. Une situation que l’enseignant déplore en constant que la plupart des jeunes vivent avec des parents démunis. Certains parents rencontrés sont retraités du secteur informel et sans pension. Ainsi, on rencontre dans une famille une seule personne qui travaille et le reste sont des gorgoorlus. A Guédiawaye, plus on est pauvre, plus on s’appauvrit, commente ce même éducateur. Tout un système d’appauvrissement existe de sorte que les populations n’ont aucune chance de sortir de la misère, commente cet autre habitant. Face à cette situation délétère, si l’on faisait le classement des zones qui ont payé cher dans l’émigration clandestine, Guédiawaye serait en première place. La ville a enregistré un fort taux de décès dû à l’émigration clandestine, soutient la même source. Autres préoccupations des populations, c’est l’environnement qui se dégrade de plus en plus. Sans assainissement conséquent, ni égouts, les populations versent les eaux usées et vident les fosses septiques à même la rue.

UN SYSTEME EDUCATIF MORIBOND Des classes de 5 élèves par table

La situation scolaire n’est pas en reste. Il y a une forte population scolaire qui dépasse les capacités d’accueil des écoles publiques. Une situation alarmante qui a nécessité le choix de Guédiawaye comme premier site d’expérimentation des classes à double flux.

Ce phénomène qui persiste toujours explique le foisonnement des établissements privés. Un professeur de lycée revient sur les promesses de la candidate malheureuse à l’élection présidentielle française, Ségolène Royal qui, dans son programme de campagne soutenait que si elle était élue en France, elle allait réduire de 25 à 17 l’effectif des élèves par salle de classe. Alors que chez nous, le nombre de 100 élèves est dépassé par classe ici à Guédiawaye, selon cet éducateur qui va même plus loin en révélant que les élèves sont obligés de tourner le dos au tableau pour suivre les cours. Selon lui, un table-banc prend jusqu’à cinq ou six élèves. Ce qui est loin des normes pédagogiques.

La mauvaise gestion urbaine tue la ville et la vie

A Guédiawaye, les routes sont rarement balayées. En dépit du tracé de routes qui a été nettement amélioré surtout dans les zones comme Golf Sud, Ndiarème Limamoulaye grâce au programme de la banlieue du Chef de l’Etat, les populations déplorent l’ensablement permanent des routes.

Ce qui fera dire à un jeune excédé, que les routes ne sont nettoyées que lorsqu’il y a une visite des autorités, notamment le président de la République. Pour un employé de la commune, cette tâche incombe aux communes d’arrondissement, mais elles sont plus pauvres que la ville. Ces entités créées par le parti socialiste à une certaine époque, ne peuvent pas faire face aux exigences que demandent aujourd’hui leur évolution et leur fonctionnement. Ce sont des communes mortes à qui des compétences ont été transférées sans affectation de moyens. Et de souligner que dans cette décentralisation, les gens ont mis la charrue avant les bœufs. Un homme explique d’ailleurs, que c’est de manière saisonnière qu’il y a une opération de balayage des rues appuyé par le Pam qui paie en nature ceux qui sont recrutés dans les opérations en leur donnant du riz, de l’huile, du mil, du sorgho et autres denrées.

Une ville sans hôpital

Sur le plan sanitaire, le département de Guédiawaye n’a que le district Baudouin comme structure sanitaire et des postes de santé qui manquent de plus en plus du personnel qualifié et d’équipements. La ville ne dispose pas encore d’hôpital.

Les populations malades se rabattent sur les centres hospitaliers de Dakar notamment à Fann, le Dantec, Abass Ndao et Principal. Avec toutes les difficultés du transport et de longues distances qui séparent le département de Guédiawaye à ses structures sanitaires sont entres autres les véritables problèmes que rencontrent les malades qui parcourent des kilomètres pour recevoir des soins de qualité. Au seul district de Baudouin avec un déficit criard en spécialistes, les malades interrogés ont dénoncé la qualité des soins, l’hospitalisation qui laisse à désirer et le plateau technique vétuste.

ANCIEN SITE DU GOLF CLUB DE CAMBERENE

Un centre de service à la place d’une nouvelle cité

Pour un employé de la mairie de ville, des projets d’aménagement sont là, mais nous sommes confrontés à des problèmes d’espace. Nous avons l’impression d’être dans une ville dortoir, précise cet employé de la mairie. Face à un projet de plus de 2000 logements à réaliser dans l’ancien site du Golf Club de Cambérène, un géographe-urbaniste indique qu’il est totalement contre ce type de projet. Il soutient que s’il était à la place des décideurs, il en aurait fait un espace de services. Ce Golf Club qui fait 45 hectares aurait pu attirer des sociétés d’informatique, des sociétés d’assurances ou des services qui aurait dû créer beaucoup d’emplois. Ce qui aurait généré une plus value à la ville de Guédiawaye ,au point de vue recette s, selon ce démographe-urbaniste.

Et d’alerter que ce projet va surtout densifier la population avec tous les besoins que cela devrait induire sur le plan des infrastructures, l’assainissement alors que la ville peine à satisfaire la demande qui était là. Ce projet à son avis n’est pas pertinent. A défaut de le laisser comme il était avec son poumon vert, son parcours de golf et ses arbres, il fallait en faire une zone de services au milieu. Avec 1,7 milliard de budget annuel, la Commune de Guédiawaye est une ville modeste par le niveau de ses infrastructures urbaines. Face à l’énormité des besoins auxquels, elle fait face la ville se meurt sans même avoir amorcé son décollage.

La ville de Guédiawaye ne vit depuis sa création que de taxes collectées au niveau des marchés. A côté, la grande bourgade pikinoise qui a une zone industrielle avec beaucoup de marchés et des bases à taxer est un peu plus nantie. Tout cela explique les difficultés majeures dans la conduite des zones locales et un avenir d’année en année plus difficile pour les populations de la cité. Et cela, en dépit des promesses faites par les politiciens véreux qui semblent vivre de la fatigue et de l’usure économique et sociale des banlieusards, plutôt qu’ils ne font vivre la ville par les richesses ainsi créées.

Source: Sud quotidien

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Mercredi 30 Mai 2007


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