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[GRAND REPORTAGE] Invalides de guerre - Les misérables de l'Armée: Temoignages et photos

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"On nous tue, on ne nous déshonore pas". Les militaires sénégalais ont toujours fait leur de cette devise plus que guerrière. Dans les théâtres d'opérations, les Jambaars ont versé sueur et sang pour que vive le Sénégal. D'aucuns y ont laissé leurs jambes, leurs bras, leur santé ou leur vie. Ils ne sont plus dans l'armée parce que l'on ne veut plus d'eux pour ce qu'ils sont devenus : des invalides. Jetés comme des vieilles paires de chaussettes, ils sont abandonnés à eux-mêmes, sinon avec une « misérable » pension d'invalidité : entre 20 et 60 000 Fcfa qui ne leur permet pas de vivre, de relever encore la tête, de regarder leur dignité tout court.



[GRAND REPORTAGE] Invalides de guerre - Les misérables de l'Armée: Temoignages et photos
Aujourd'hui, ils se sentent oubliés et trahis par cette patrie qu'ils ont tant défendue, un pays pour lequel ils ont payé un lourd tribut. Blessés, ils ont pensé qu'ils avaient droit à ce qu'on pouvait appeler la prime de sang. Ils n'ont eu droit jusque-là qu'au mépris des autorités. L'Etat n'a rien fait pour les protéger contre les railleries de la société. Certains ont été abandonnés par leur famille, d'autres sur leur lit d'hôpital ont été lâchés par leurs femmes. Les invalides, blessés de guerre et dans l'armée, souffrent en silence et ont besoin d'exutoire pour clamer leur amertume. Un arbitraire qui n'a que trop duré. Ils incarnent l'innocence bafouée par l'amnésie d'un peuple plus redevable aux amuseurs publics, récompensés selon le bon pouvoir du prince, tout le contraire des héros d'hier, invalides aujourd'hui, qui traînent comme des loques humaines. Des blésés de la guerre et de la vie qui parlent et interpellent les consciences. Sur 693, répartis sur l'ensemble du territoire national, ils sont, ici, huit invalides. Chacun raconte son histoire. Des récits poignants de sénégalais qui vivent dans leur chaire une très grande injustice. Un à un, ils déroulent la pellicule noire de leur accident. Le film d'horreur à faire pleurer et à méditer dans les chaumières.

[GRAND REPORTAGE] Invalides de guerre - Les misérables de l'Armée: Temoignages et photos
Babacar N'gom, 43 ans, amputé de la jambe "C'est après l'Armée que j'ai commencé à souffrir, à baisser la tête."

Aux Parcelles Assainies, Babacar Ngom vit chez son grand-père. Sa situation d'invalide, il la vit mal car, il tient l'armée pour responsable de ce qui lui est arrivé en négligeant sa blessure jusqu'à ce que sa jambe pourrisse et soit amputée. Il raconte son odyssée, quand il a été oublié dans la forêt casamançaise, négligée à l'hôpital de Ziguinchor, avant son transfert à l'hôpital Principal de Dakar. Dans son récit, il ne peut s'empêcher de pleurer, meurtri qu'il est par le drame social qu'il vit depuis lors.
Histoire bouleversante !


« Je m'appel Babacar N'gom, je suis née le 3 Mars 1963, à St Louis. J'ai été engagé dans l'armée en 1986-1987. Après ma formation de base à Bango, on m'a affecté dans l'armée de la confédération Gambie-Sénégal. En 1988, je suis parti en Casamance, où j'ai été blessé. Ce jour-là je me rappelle, le 9 décembre 1990, c'était un autre élément inexpérimenté qui devait partir, alors qu'il n'était pas mûr. J'ai proposé d'aller à sa place, ce gosse ne connaissait pas encore les pièges de cette forêt casamançaise. Et on m'a autorisé à le remplacer. Je ne devais donc pas participer à cette sortie, dans la zone de Niadjour. Au bout de 200 mètres, on a entendu des coups de feu derrière nous et notre chef nous a prévenus qu'il fallait s'attendre à une attaque. Cinq minutes plus tard, des rebelles, une centaine, nous ont fait face. Ils étaient très nombreux et nous n'étions que 13 militaires sénégalais. Notre chef nous a dit de mettre tout en rafales. Cinq minutes après, les balles ont commencé à siffler, de 19 heures à minuit, les tirs venaient de partout. J'ai été touché à la jambe droite par un tir Kalachnikov et l'on a vite appelé les renforts. Nous étions à bout, mais quelques éléments ont pu battre en retraite pour prévenir la compagnie.

C'est à la suite de ça que j'ai été évacué à l'hôpital Silence de Ziguinchor. Quand le médecin m'a vu, il a donné l'ordre pour qu'on m'évacue à Dakar. Mais les gens m'ont oublié dans ma salle d'hospitalisation 12 jours durant. Ma jambe commençait à pourrir du genou à la cheville, du pus en sortait. C'est un sapeur pompier qui est tombé sur moi par hasard, il m'a demandé si j'avais de la famille en Casamance, je lui ai répondu que mon grand frère Moussa Ngom était sapeur-pompier. Quand lui et son colonel sont venus à l'hôpital, ils ont été peinés de me voir dans l'état où j'étais. La jambe était complètement détruite. C'est en ce moment-là que l'on a envoyé un message à mon père qui était adjudant à Kaolack pour qu'il vienne me prendre en Casamance. Et même pour venir à Dakar, on avait des problèmes, parce que l'avion militaire était parti en Guinée¬Conakry, et mon père leur a dit de rappliquer car il ne faudrait pas que son fils meure comme ça sans assistance. L'avion est revenu pour assurer mon transfert à l'hôpital Principal. Ils ont essayé de tout faire pour sauver la jambe, mais le pus commençait à s'infiltrer dans les veines. Ils l'ont finalement amputée. C'était le 5 janvier 1990. J'avais terriblement mal quand j'ai été amputé, mais j'ai eu encore plus mal quand le Général de l'armée, Mansour Seck, est venu nous voir et nous a demandé si nous étions mariés. Cela nous a fait mal et c'était le début de notre souffrance dans l'armée. Par la suite, on a été libéré et depuis lors, chaque jour a son lot de malheurs. J'ai une pension, mais elle ne représente rien par rapport à ce qu'on a vécu et tous les risques pris pour défendre notre pays. J'ai 80 000 Fcfa, quand on paie son loyer, on n'a plus rien.

A la suite de cette hospitalisation, j'ai eu des problèmes d'ordre psychique, je suis resté six ans durant lesquels je ne sortais pas, je ne parlais à personne. En ce temps là, j'habitais à la Gueule Tapée puisque j'ai fait 28 ans dans ce quartier. C'est d'ailleurs mon grand-père, qui a senti que je commençais à péter les plombs, et qui m'a emmené chez lui, aux Parcelles-Assainies. Je ne me sens pas à l'aise, ici, mais que faire? J'y suis, parce que je n'ai pas le choix. Dans les conditions où je suis, je ne peux pas avoir une femme qui acceptera de vivre avec moi. Je voulais marier une fille, mais ses parents ont pensé que je ne pourrais pas m'occuper d'elle physiquement et financièrement. J'ai été abattu par cette lecture des choses car les gens ont un regard différent sur moi. Il faut être un homme, un vrai pour pouvoir supporter toutes ces petites choses au quotidien. Actuellement,je préfère être éternellement célibataire que de m'engager dans une liaison avec une femme qui me traitera en amputé et non comme un homme.C'est grave. Je n'ai jamais connu autant de souffrances dans ma vie. Je me suis toujours battu pour relever la tête, c'est après l'armée que j'ai commencé à souffrir, à baisser la tête.

Il y a des choses qu'il faut affronter pour savoir. Pour toutes ces souffrances que je vis, je tiens la
hiérarchie militaire pour l'unique responsable, parce que j'ai pris contact avec tous les Généraux qui se sont succédé après le Général Mansour Seck, mais tous m'ont rejeté. J'ai une deuxième maladie qui serait liée à des nerfs bouchés, que j'ai contractée à la suite de mes blessures et je dois subir une opération chirurgicale.

J'étais un grand Monsieur, il faut demander à la génération 80. J'ai été libéré de force de l'armée.
Ils ont attendu que mon père parte en mission au Liberia pour me libérer. J'ai échappé à la mort de près, car il ne me restait que vingt-quatre heures pour vivre. Si ce n'était pas mon père, je ne serais plus de ce monde. Je ne comprends pas que je puisse défendre ma patrie et que je sois sacrifié comme ça. Je répète que j'ai été sacrifié par l'armée sénégalaise, car ils m'ont laissé délibérément moisir dans une salle d'hôpital sans me transférer à Dakar. Peut-être étais-je gênant dans l'armée, car d'aucuns me faisaient des remarques du genre c'est parce que ton père est militaire que tu te permets n'importe quoi. C'est vous dire. Cela fait mal au cœur pour nous qui avons défendu notre patrie, nous qui nous retrouvons avec des miettes à la fin du mois d'entendre que le Président Wade a donné des millions à des lutteurs-animateurs (Ndlr: le lutteur Yaou Dial).

Les images de l'embuscade défilent à tout moment dans ma tête et là, je perds complètement la boule. Quand je vois du sang, ou par exemple deux personnes se battre ou quand j'entends des pétards exploser, je deviens comme fou. Je sens que je n'arrive pas à me départir des scènes de guerre. Le handicap m'a changé, je suis seul. Les gens pensent que je suis quelqu'un de rigide, alors que c'est une attitude méfiante. Des fois, les gens ne me comprennent pas pour une simple discussion, je craque. Mais si j'avais un petit fonds pour monter un petit projet, je n'aurai plus besoin de l'argent de l'armée. J'ai tout fait dans ma vie, j'ai fait l'hôtellerie, j'ai fait huit ans d'infirmerie. Je traîne avec des diplômes et des expériences, mais personne n'a besoin de moi. Je n'ai pas été récompensé à juste prix par la nation. On a toujours caché aux Sénégalais ce qui se passe réellement dans l'armée, en Casamance pareil. Je garde de très mauvais souvenirs de l'armée et une grande déception. Je suis désolé de le dire.

C'est après l'Armée que j'ai tout perdu, on m'a volé toutes mes affaires, mon mobilier. Tout ce que j'avais réalisé là-bas, je l'ai perdu. Il ne me reste plus qu'un lit. Certains amis à moi me donnent envie de continuer la vie, ils me sont toujours fidèles. Mais, celle que je voulais épouser, on a fait neuf ans ensemble, il y a des choses quand je les explique c'est difficile (des larmes coulent, il s'essuie le visage, respire fort avant de reprendre). C'est difficile ce que nous vivons, comment peut-on vivre ces genres de situation? qu'on proteste pour exiger des conditions de vie décentes, on nous balance des grenades lacrymogènes. Nous sommes des esclaves du gouvernement, c'est en fait la loi du plus fort. Dans ce pays, il ya l'esclavage masqué et les gens ne reconnaissent pas ça. On ne le voit pas, on le vit tous les jours. Ma famille avait perdu tout espoir de me voir. Je m'occupe de tout pour moi, je me prépare à manger, je fais tout par moi-même dans ma petite tente sur ce balcon. Le regard ne ment pas, c'est un regard de pitié, si ça ne dépendait que des gens que je croise, ils allaient me remettre ma pitance tous les matins, comme on fait avec les mendiants. C'est cette image qu'on renvoie aujourd'hui, c'est terrible. C'est cruel. Je fus un grand danseur, je faisais des ballets, je faisais toutes les danses, mais c'est l'armée qui a tout gâché. Je tiens le coup par la grâce d'un conseil que m'avait donné mon homonyme, il me disait: « Chaque fois que c'est difficile, que tu es dans le pétrin, fait tout pour garder la foi. » C'est ce qui me permet encore de tenir, mai...»

[GRAND REPORTAGE] Invalides de guerre - Les misérables de l'Armée: Temoignages et photos
Youssouf Mané, 49 ans, paralysé complet "Je fais tout dans ma chambre, mais ma femme est exemplaire."

Dans une petite pièce sombre qui fait office de chambre à coucher, Youssouf ancien militaire, est allongé sur son lit. Prévenu par nos salutations, il ne peut pas se lever. Il avait reçu deux balles au cou dans une embuscade en Casamance. Pour qu'il nous parle, c'est sa femme qui le soulève tendrement pour le faire asseoir sur le lit. Youssouf Mané marié et père de trois enfants parle de son invalidité. De sa vie de tous les jours cloué dans son lit.

« Je m'appelle Youssouf Mané. Je suis né le 12 juin 1958 à Badiari, dans le département de Sédhiou. Je me suis engagé dans l'Armée en 1980, j'ai fait 16 ans de service dans des camps militaires différents: Saint-Louis, Podor, Ourossogui. Ensuite, j'ai rejoint le premier bataillon d'infanterie au camp Leclerc. J'ai été aussi à Kaolack avant d'aller au Liberia en campagne, sous les couleurs de l'Ecomog de 91-92. Quand je suis revenu en 1993, deux mois à peine après mon arrivée, nous avons été embarqués pour la Casamance. C'est là que je me suis blessé.

C'était le 18 avril 1993, nous étions partis dans un village dénommé Effock dans le département d'Oussouye pour une intervention. C'est de là que je suis tombé dans une embuscade. En fait, j'étais le mécanicien et chauffeur de la compagnie quand les troupes étaient sur le terrain à Effock. C'est moi qui étais chargé d'apporter le ravitaillement. Après quelques kilomètres, je suis tombé sur des rebelles qui ont tiré sur moi deux balles au cou. Je suis tombé et suis resté deux heures sans secours. Quand on m'a retrouvé sur place, les gens avaient d'énormes difficultés pour m'évacuer à l'hôpital à cause du manque de moyens de l'Armée. C'est ce qui a fait que la blessure s'était compliquée.

C'est des heures après que j'ai été évacué à «l'hôpital Silence» de Ziguinchor. Une fois arrivé, les médecins m'ont fait savoir qu'une évacuation sur Dakar s'imposait car ils ne pouvaient pas extraire les balles. Malgré tour, j'ai été retenu à Ziguinchor car il fallait attendre l'avion pour m'évacuer avec les trois soldats tués au cours de cette opération.

A l'hôpital Principal de Dakar, j'ai subi une opération, le médecin a enlevé les balles et me les a montrées. Deux jours durant, j'ai été dans le coma. Après l'opération, j'ai fait neuf longs mois à l'hôpital, car les deux balles ont touché mes nerfs principaux. Je croyais que j'étais mort. J'ai frôlé la mort de près. Le médecin a dû réaliser des prouesses pour que je survive. Quand j'ai senti que mes nerfs ne réagissaient plus, alors que j'étais jeune, j'avais déjà ma femme et trois enfants, cela m'avait fait mal. Je pensais que je n'allais plus me lever de ce lit d'hôpital. Je pensais aussi que j'avais perdu l'usage de ma langue. Mes proches étaient choqués, ma femme pleurait tout le temps, même ceux qui venaient me voir à l'hôpital ne pouvaient s'empêcher de pleurer. Quand je voyais les gens pleurer, j'étais vraiment ébranlé, je n'arrivais pas à dormir la nuit. Je ne pouvais saluer personne, je ne pouvais faire aucun geste, j'étais là couché inerte, sans réaction. Ma femme faisait tout pour moi. Je suis complètement paralysé. C'est ma femme qui me fait manger, c'est elle qui me soulève du lit, elle me fait boire. C'est dans cette chambre que je fais mes besoins que je fais ma toilette et c'est ma femme qui fait tout pour moi. C'est très difficile. Si je ne croyais pas en Dieu, j’allais faire une chose très répréhensible. Je suis dépassé par ma situation. Des fois, il m'arrive de rester seul et de pleurer comme un enfant.

Quand j'ai subi l'embuscade, j'étais âgé d'une trentaine d'années. Mais jusqu'à présent les souvenirs de cette attaque ne me quittent pas. Il m'arrive de faire des cauchemars, de crier comme si je vivais encore la scène. J'ai du mal à oublier ces images. Quand ils ont tiré sur moi, les rebelles pensaient que j'étais mort, ils ont pris la fuite. Quand j'ai quitté l'hôpital Principal, j'ai été à l'Iho (Institut hospitalier de Ouakam). Comme j'avais des brûlures sur le dos, liées aux balles, je m'allongeais constamment. J'ai fait là-bas deux semaines avant de terminer ma convalescence et de faire ma rééducation avant ma sortie. Quelques semaines après, je suis passé à la commission de réforme en 1995. Je bénéficie désormais d'une pension d'invalidité qui ne me suffit pas car je fais face difficilement à mes besoins. Là où vous m'avez trouvé, je suis en location. J’ai pris deux chambres (l'une à 20 000 Fcfa, l'autre où vivent mes enfants à 10 000 FcfA) sans compter la nourriture, les factures d'eau et d'électricité. Je dois faire face à mes soins. Alors je perçois 80 000 Fcfa de pension. C'est avec cet argent que je parviens à assurer la scolarité de mes enfants. Quand je me déplace pour aller à l'hôpital pour des soins, je suis obligé de payer un taxi aller et retour. Ma femme m'assiste beaucoup, elle ne s'occupe d'ailleurs que de moi, elle faisait de la couture, mais elle a tout laissé tomber pour s'occuper de moi. Elle ne peut pas travailler, moi non plus. Jour et nuit, elle me soutient. Mes parents sont décédés. J'ai des frères qui ne travaillent pas, je partage avec eux le peu que j'ai. Car, c'est moi seul qui avais la chance de travailler au sein de la famille. Il y a beaucoup de gens de ma famille avec qui je partage cette maigre pension. C'est difficile, mais il faut faire avec. Ces gens croient en moi jusqu'à présent, je ne dois pas les décevoir. Je n'ai pas ce droit.


Mes enfants vivent mal la situation de leur père, car le plus âgé a 19 ans aujourd'hui. Il a été jusqu'en classe de Cm2, mais par manque de moyens, il a été finalement obligé de laisser tomber les études. Les deux autres par contre s'accrochent: l'un fait la 5ème, l'autre la 4ème. Mes enfants auraient souhaité que leur père soit comme les autres pères, qu'il s'accompagne avec eux, qu'il fasse des promenades avec eux, qu'il leur fasse connaître la vie tout court. Ils m'ont toujours connu allongé, c'est la seule image qu'ils ont de leur père. Quand j'étais bien physiquement, ils n'avaient pas encore l'âge de connaître beaucoup de choses dans la vie. J'aurais souhaité être tout le temps avec eux, jouer avec eux, cela me manque beaucoup.

Je me suis marié avec leur mère depuis 1986. C'est une femme exemplaire, elle n'a rien changé dans sa manière de se comporter. Elle s'occupe de tout pour moi. Que Dieu soit satisfait de ses actes! Je ne peux pas la remercier, alors je prie pour elle.

Tout ce que je souhaite, c'est qu'on puisse nous assurer une vie décente. Ce n'est pas amusant de parler de ses difficultés à quelqu'un. C'est vrai, c'est le destin qui a voulu qu'on soit dans cet état. Mais, il faut que l'Etat nous soutienne. Car, maintenant nous dépendons de cette maigre pension qui nous est allouée pour vivre. (Il commence à transpirer). Quand j'ai quelque chose qui me fait mal, je n'ai plus de parent pour dire ma peine, alors je me tourne vers l'Etat pour qu'il nous aide à sortir de cette situation difficile. Si aujourd'hui, nous avions une maison à nous, nous aurions à faire face à moins de dépenses. Si j'avais la possibilité de travailler, le problème ne se poserait pas. Mais, je suis cloué au lit à cause de mon handicap. J'ai des difficultés pour me déplacer et, des fois, j'envoie ma femme pour faire des démarches mais on lui dit que ma présence est obligatoire. Les gens ne nous font aucune facilité. Et il arrive que je n'ai aucun sou pour me déplacer, alors là je prends crédit chez des gens du quartier. Même pour me soigner c'est moi qui me déplace, il n' y a aucun médecin qui vienne jusqu'ici pour me soigner. Des fois, il m'arrive de sortir de la chambre et de rester devant la devanture de la maison, mais ce sont des gens que j'aidais hier qui viennent me donner des pièces et des billets. Cela me pèse beaucoup. Au moins, l'Etat doit nous aider à garder notre dignité, j'ai juré de ne pas tendre la main, cela je ne le ferai jamais. Je préfère mourir dans cet état que de tendre la main, jamais au plus grand jamais je ne le ferais.

Les invalides doivent être récompensés à leur juste prix car nous avons défendu l'intégrité territoriale de ce pays, nous avons toujours défendu le Sénégal. Comme les footballeurs et basketteurs dans leur discipline, nous devons être récompensés au même prix que ces gens qui défendent leur pays. Je suis âgé maintenant. J'ai vu beaucoup de choses dans ce pays, des basketteuses ont reçu chacune une maison et des chèques après avoir défendu le Sénégal. Au même moment, des militaires qui ont été blessés dans les zones de combat ne peuvent rien avoir. Ceux qui doivent être récompensés à juste prix dans ce pays ne le sont pas. Des fois, je vois à la télévision des musiciens, des footballeurs, décorés au palais alors que des gens qui ont donné toute leur vie à l'Armée nationale ne peut pas avoir droit à cette décoration. Quelque part, c'est la faute à la hiérarchie militaire si nous ne sommes pas considérés. C'est elle qui doit d'abord défendre nos intérêts auprès des autorités. Je pense qu'ils cachent nos réalités à l'Etat. J'ai fait une année de campagne au Liberia en 1992, sous les forces de l'Ecomog. Je n'ai rien reçu, les gens nous disaient que les pays de l'Afrique de l'Ouest n'ont pas de moyens. Maintenant, en temps de campagne, des militaires deviennent facilement millionnaires.

J'ai aujourd'hui un enfant qui est en âge de faire l'Armée, mais s'il écoute mes conseils, il ne s'engagera jamais dans le service militaire. Dans ce quartier, les gens me respectent beaucoup, avant que je ne me blesse, ils savaient que je travaillais dans l'Armée. Les gens ont une grande considération envers moi et j'aurais souhaité que l'Etat en fasse autant. Seize ans de vie dans l'Armée, ce n'est pas deux jours. Je demande aux autorités de penser à nous, seul l'Etat peut nous aider car il y a trop de blessés invalides (ils sont au nombre de 693), ils ne doivent pas être oubliés.»


[GRAND REPORTAGE] Invalides de guerre - Les misérables de l'Armée: Temoignages et photos
Ahmadou Bopp, 46 ans, jambe amputée au quart supérieur du genou « Rien dans cette vie ne peut plus m'ébranler car je suis déjà mort »

Dans sa vaste cour au quartier Malika, où des palissades protégent sa maison prise en location et dont les murs tiennent difficilement, Ahmadou Bopp semble vidé par la vie. Il survit et ne le cache pas. Il n'a aucun soutien sinon, celui de ses quatre enfants à bas âge de sa femme qui lui donnent le courage de se battre encore. Sinon, il aurait mis fin à ses jours, car il est souvent pris de tendances suicidaires.

« Je m'appelle Ahmadou Bopp, Je suis né le 24 août 1961. Je me suis engagé dans l'Armée en 1982, j'ai fait quatorze ans de service avant de prendre ma liberté de mon propre chef. J'ai résilié le contrat. Seulement, j'ai eu ma blessure dans l'Armée, avant la fin de mon contrat. J'ai perdu ma jambe gauche,j'ai une double fracture de ma jambe droite et de multiples fractures au niveau de ma cuisse, j'ai eu des blessures à mon épaule qui est soutenue par deux vis.

J'ai eu plusieurs affectations au cours de mon service militaire. J'ai d'abord été affecté au bataillon du train comme chauffeur en 1982, ensuite j'ai participé à l'opération Fodé Kaba 2 en Gambie en 1983. En 1987, j'ai été affecté au Bataillon des parachutistes. De là-bas, j'ai été déplacé à Thiès à l'Ecole nationale d'application où j'ai passé 5 ans. Ensuite, j'ai été à Saint-Louis, mais je n'ai pas duré dans la capitale du nord. Après, j'ai été remis à la disposition du 5ème Bataillon où j'ai eu cet accident.

C'était dans une zone appelée Niaguiss. Ce jour-là, il y a eu une attaque des rebelles, on s'est affrontés. Comme j'étais chauffeur, j'avais pris mon véhicule pour amener des hommes sur la zone de combat. J'étais dans un véhicule 4x4 Chevrolet de l'Armée, les «1008» comme on les appelle. En cours de route, notre véhicule a sauté sur une mine. J'ai été amené d'urgence à l'hôpital de Ziguinchor et je me suis réveillé à l'hôpital Principal, je n'avais rien compris du tout. Le surlendemain, je me suis réveillé avec une jambe amputée au quart supérieur du genou. Au moment de l'accident, j'étais là couché par terre et je regardais des gens inertes, je me rappelle n'avoir pas senti mes jambes. Je n'avais pas perdu du sang ni rien et je me suis réveillé avec une jambe coupée. J'ai suivi des soins au niveau de l'hôpital et trois mois après, j'ai été transféré à l'hôpital militaire de Ouakam (Ex-Iho). Là-bas aussi, c'était très dur. Normalement, nous devrions aller pour des soins en France, mais nous n'avions pas compris cette décision de nous laisser à l'hôpital militaire de Ouakam.

Quand je me suis réveillé avec une jambe amputée, le monde se dérobait sous mes pieds. C'était vraiment douloureux, j'étais complément abattu. Je me suis dit pourquoi c'est tombé sur moi ? Certes, c'est Dieu qui en a décidé ainsi, mais on ne devait pas couper ma jambe sans me demander mon avis. Je l'ai vécu de manière douloureuse, j'ai même pensé parfois mettre fin à mes jours, j'avais des intentions de me suicider parce que la situation me dépassait, c'est difficile à expliquer. (Son visage se renfrogne).

Les membres de ma famille ont vécu mon accident avec beaucoup de peine, j'étais le seul homme qui travaillait. Quand ils ont appris la nouvelle, ils sont venus à mon chevet, ils ont pleuré. Ma mère a été choquée par ce qui venait de se passer, toute ma famille avait compati à ma douleur et ça m'aidait à tenir. Ma femme aussi n'était pas en reste, car j'étais marié avant l'accident. Elle a vécu cette épreuve avec sérénité, mais aussi avec beaucoup de peine.

Mes rapports avec le monde extérieur ont beaucoup changé. J'ai perdu le contact humain. Actuellement, je me recroqueville sur moi-même, je suis pensif, j'ai des moments où le suicide me tente. J'ai écrit à un moment donné au président de la République, au Chef d'état major général des Armées (Cemga) de l'époque, le Général Seck, mais avec le réconfort de ma famille, je me suis ressaisi. Cet accident a détruit ma vie, parce que je rêvais d'être un grand quelqu'un, de sortir de l'Armée avec ma condition physique. Aujourd'hui, c'est désolant de constater que l'Armée nous a abandonnés. Je défendais ma patrie le Sénégal, mais aujourd'hui, je vis avec une somme très dérisoire. Après deux jambes perdues, deux épaules sectionnées de gauche à droite, aujourd'hui on me donne 50 000 Fcfa, et à y regarder de près, d'aucuns diront que c'est beaucoup. Donc forcément ma vie a changé. Depuis que j'ai quitté l'Armée, je vis de ma misérable pension, c'est très dur et j'ai le sentiment d'avoir été abandonné par mes copains, par tout le monde. Là où je suis à Malika, je vis seul malgré la présence de ma femme et de mes enfants. Auparavant, j'habitais à Pikine. J'y suis né et j'y ai grandi, je vivais avec les gens cordialement. Mais depuis cet accident, je me suis esseulé, je ne peux plus regarder les gens comme avant. J'ai perdu ma dignité, une grande partie de ma vie. Je rêvais d'une vie en grand, mais aujourd'hui, j'ai un moral très bas. Je vis avec ma femme, j'ai quatre enfants, j'ai fait onze ans de mariage. Elle me supporte, mais quand on est dans un certain état...

Les trois premières années ont été difficiles, mais par la suite quand je me réveille, quand je regarde mes enfants, l'envie de vivre me revient. C'est peut-être à cause de ce handicap que mes copains se font désirer. Maintenant, il m'est difficile de vaquer à certaines occupations, je me sers de béquilles et des fois quand je marche, le regard des gens me fait peur. C'est un regard de pitié et de compassion et je n'aime pas ça. Je restais deux ans sans fermer l' œil à cause de ces regards qui me fixent dans les rues. En plus, j'avais du mal à vivre mon handicap, car il m'arrivait de me réveiller du lit et tac, je tombais car j'oubliais mon handicap. Ça m'est arrivé des dizaines de fois, on l'appelle des « pieds fantômes », mais vraiment c'est très dur. J'ai été amputé de la jambe gauche au quart supérieur du genou. Ma cuisse a de multiples fracas et j'ai une double fracture au niveau du tibia. Pendant deux ans, on ne s'est pas occupé de moi. Puis on a réussi à m'opérer à trois reprises mais sans succès. J'ai demandé une évacuation sanitaire, mais mes appels sont tombés dans l'oreille de sourds. On a fini par rafistoler avec l'aide de deux vis qui tiennent la jambe pour qu'elle ne cède pas. C'est comme ça que je vis. L'épaule me fait mal car c'est retenu par deux vis. Et quand vous avez ces types de blessures, le froid est votre pire ennemi, je souffre terriblement. Pour un déplacement de 100 mètres, je sue à grosses gouttes. Quand je me déplace au Trésor public de Pikine pour aller prendre ma pension, c'est le chemin de croix. Je vais vivre avec cet état d'infirmité toute ma vie, parce que mon invalidité est de 100 %. Je ne conseillerai jamais à un enfant de faire l'armée, même à ceux qui me sont proches. J'ai dissuadé mon petit frère de faire l'Armée. Nous avons défendu notre intégrité territoriale, nous avons versé notre sang pour la Nation sénégalaise, mais l'on nous récompense avec cette pension misérable de 50 000 Fcfa. Et je suis peut-être le mieux loti car d'autres perçoivent 32 000 Fcfa. Cette maison où j'habite, je l'ai prise en location pour 20 000 Cfa j'ai été abandonné par des membres de ma famille qui croient dur comme fer que l'Armée m'a payé beaucoup d'argent. Rien dans cette vie ne peut m'ébranler car je suis déjà mort. Désormais, je considère tout comme bénéfice. Ce que j'ai vécu et continue de vivre, je ne suis pas sûr qu'un humain puisse vivre cela sans dommages. A chaque fois que je me réveille et que je vois mes enfants, j'ai envie de me battre, je veux travailler, mais personne ne m'offre la possibilité de le faire. Je ne vois personne de la hiérarchie, je me sens abandonné. Jedemande aux jeunes sénegalais de nous soutenir, parce que demain, ils doivent avoir une situation plus reluisante. »


[GRAND REPORTAGE] Invalides de guerre - Les misérables de l'Armée: Temoignages et photos
Landing Diédhiou, 30 ans, paralytique, estomac déplacé "C’est le côté ami qui a tiré sur moi, j'ai reçu des éclats d'obus."

Il était venu à la Clinique Marie Louise Brévié de l'hôpital Principal de Dakar pour des soins. C'est comme ça depuis que des éclats d'obus dans son corps le tourmentent et l'empêchent de vivre normalement. Paralysé, amnésique, Landing Diédhiou un jeune homme de 30 ans qui semble avoir la cinquantaine vit son invalidité comme un supplice. Il fait face, seul, aux difficultés de la vie, « abandonné » par l'Armée.

« Je m’appel Landing Diédhiou, citoyen sénégalais née le 2 Janvier 1976 à Ziguinchor. Je me suis engagé dans l'Armée en 1997, j'ai été ensuite muté au sixième bataillon de la 3ème compagnie de Kolda. En 1998, je suis allé en Guinée-Bissau dans le cadre de l'opération dénommée « Gabou » où j'ai été atteint. Je suis un invalide à 100 %.

En Guinée-Bissau, nous étions venus pour défendre le gouvernement de Nino Vieira. Ce n'est pas beau d'entendre comment mon accident s'est passé. Parce que je dois à la vérité de dire que c'est le côté ami qui a tiré sur moi. C'est-à-dire c'est l'Armée sénégalaise qui a tiré sur moi. En fait, l'Aml (Auto mitrailleuse légère) avait pour mission de détruire un objectif. J'étais parti pour réparer notre téléphone sans fil. A mon retour, les mutins nous avaient localisés. Nous étions alors obligés de changer et de creuser d'autres emplacements en position avancée. Quand je suis revenu, j'ai dépassé nos premiers emplacements de quelques mètres, alors l'Aml qui était garée faisait marche arrière et le ronflement devenait de plus en plus proche de moi. J'ai continué à progresser, mais mon instinct m'a dit de lorgner pour voir ce que l'Aml était en train de faire. L'autre instinct m'a dit, c'est ton côté ami (des Sénégalais), il ne va pas tirer. Donc j'ai continué.

Mais lorsque l'autre instinct pessimiste négatif a repris le dessus, j'ai fini par m'interroger et c'est en ce moment-là que j'ai vu le tireur faire sa tourelle, c'est -à­ -dire tourner le canon. Lorsque je l'ai vu tourner le canon, je lui ai fait signe, lui disant de ne pas tirer, ne serait-ce que pour qu'il me voie et essaie de m'éviter. Je lui ai dit ne tirez pas ! Je suis devant vous. Hélas, ce dernier ne m'a pas entendu, il a baissé son canon, je me suis précipité pour entrer dans nos premiers emplacements, je me suis planqué là-bas et lorsque j'ai entendu la détonation, au même moment, les éclats d'obus m'ont paralysé. Et j'ai reçu ces éclats du thorax jusqu'aux membres inférieurs. J’ai reçu des éclats à quelques centimètres du cœur, deux éclats au niveau de la colonne vertébrale et bon nombre d'éclats au niveau de l'estomac. Ce qui m'a valu une opération pour déplacer l'estomac sur le côté droit, j'ai aussi reçu des éclats au niveau de la hanche gauche, ainsi qu'au genou.

Et de tous ces éclats que je viens de citer, aucun n'est sorti, sauf ceux que les médecins ont enlevés au cours de l'opération. Il me reste encore des éclats d'obus à l'intérieur car là (il met le doigt près du thorax,) il y a comme un reptile qui circule par moments et ça fait très mal. C'est très difficile pour un homme, pour un être humain d'avoir des éclats d'obus dans le corps, souvent je ne dors pas la nuit. Surtout, pour moi qui ai un problème de cœur. Chaque mois, j'ai deux rendez-vous et je dépense 25 000 Fcfa. Je souffre énormément en période de froid.

Au début de l'accident, mes parents étaient très tristes de me voir dans cet état. Quand ma mère et sa coépouse sont venues à l'hôpital me rendre visite, elles ont pleuré toutes les larmes de leur corps. Finalement ma maman ne mangeait plus, elle avait maigri, tout comme moi. Elle avait de la peine, trop de peine même. Maintenant que je me déplace, elle recommence à avoir le moral.

J'avais une copine au moment de l'accident, mais c'est comme si elle avait reçu un coup de massue, elle est décédée par la suite. Avec toute cette souffrance...On souffre beaucoup en silence, raison pour laquelle j'ai vieilli avant l'âge. Quand vous vivez ces situations et que vous ne bénéficiez pas de l'attention des autres, vous devenez fou. J'avais l'habitude de faire des cauchemars où les images noires de l'accident m'empêchaient de dormir, mais maintenant ça a diminué. Il m'arrive de parler seul et dès que quelqu'un arrive, subitement, je me tais. Il y a aussi la paralysie et l'amnésie qui me handicapent beaucoup. Je suis incapable de faire mes gestes d'hier, j'oublie le plus souvent et quand il m'arrive de parler, je n'arrive pas à prononcer correctement certaines syllabes. Parfois, j'ai la langue lourde. Et je me la mords, j'ai fini par ôter la dent. Des fois, d'un seul coup, la langue se retourne sur elle-même et je me mords dangereusement. Alors, je reste dans mon coin, je ne sors pas et souvent je me dis que je suis en prison à domicile. Si j'étais rancunier, j'aurais porté plainte, il y a longtemps.

Au niveau des jambes, tout le temps j'ai des décharges de courant, et ça dégage de la fraîcheur, même en période de chaleur quand je me couche. Je ne suis pas pressé que le froid arrive, ça me fatigue énormément.

Normalement, les invalides devaient bénéficier d'une indemnité de déplacement, ça figure dans le carnet sanitaire, mais nous ne l'avons jamais reçue, ce n'est pas normal! En fait, dans les normes, l'invalide n'a pas à puiser dans sa pension pour effectuer des déplacements tels que aller à un rendez-vous. Ce n'est pas normal! Ce qu'on nous paie n'est même pas en mesure de satisfaire nos besoins. Ce qui fait que nous sommes descendus à travers les rues pour réclamer notre dû, car il faut rendre à César ce qui lui appartient. Nous sommes descendus dans la rue et des frères d'armes nous ont fait face. Non seulement, ils nous ont violentés mais ils sont revenus pour dire qu'ils ont agi en légitime défense. Alors que tout le monde les a vus nous donner des coups de matraque et crosse.

Les gens devaient nous appeler les ambassadeurs de la devise nationale et des lois de l'Armée, au lieu de nous appeler des invalides. Certes nous sommes des invalides, mais réellement nous sommes des ambassadeurs de la devise nationale et des lois de l'Armée. Car, après tout, le militaire ne fait pas la guerre de son propre chef, il est désigné pour accomplir une mission. Ça me réconfortait de voir mes frères à mon chevet ce qui m'a permis d'être plus fort, car les invalides sont souvent négligés. La pension des invalides se différencie de la pension de retraite car nous ne sommes pas épanouis. Je bénéficie de l'affection de mes parents. Parce que j'ai vu de mes propres yeux des frères d'armes qui ont été abandonnés par leurs familles. J'ai vu un de mes classes, c'est mon grand frère et mon petit frère qui le lavaient. Quand il a été blessé, sa mère a été paralysée et ‘c’est très dur.

Quand vous vivez ces situations et que vous ne bénéficiiez pas de l'attention des autres vous, devenez fou. La première fois que j'ai insulté une personne autant que je me souvienne, c'était lors des marches. Je reconnais avoir insulté des policiers mais, de nature, je n'insulte pas. C'est parce que j'ai été dépassé par leur attitude, ils disent qu'ils sont dans leurs droits parce qu'ils ont porté la tenue, mais nous avons aussi porté la tenue hier, on a versé notre sang pour ce peuple, il faut qu'ils nous respectent. Quand on ne respecte pas l'invalide, mais on ne peut pas respecter l'Armée. L'invalide c'est qui? C’est un militaire valide qui a versé son impôt donc son sang et qui en est devenu invalide.

Je ne reconnais pas l'Aml qui avait tiré sur moi. Je n'en connais pas le numéro de matricule. Mais vous savez il y aura toujours des tiraillements, parce que même le rapport qui a été fait de l'accident l'a été de manière ambiguë. Normalement, c'est le commandant d'unité qui était habilité à rédiger le rapport, mais il ne l'a pas fait. C'est un autre capitaine qui l'a fait à sa place. Vraiment je préfère taire les noms, je suis un soldat et l'on me respecte par ma parole. Je n'en veux pas à la hiérarchie, seulement quand je suis énervé, je parle et ça reste là. Parce que si j'étais rancunier, j'aurais porté plainte il y a longtemps. Je n'ai pas une dent contre l'Etat, mais je suis pour qu'on nous paie nos droits, ne serait-ce que nous assurer un meilleur devenir. J'ai vieilli avant l'âge, car à chaque fois je suis là, pensif. Ce n’est pas bon pour un homme, pour un être humain tout court. »

A SUIVRES....

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Vendredi 31 Août 2007





1.Posté par Momar le 31/08/2007 12:01
Merci à ces journalistes qui ont voulu faire ce reportage qui vaut mieux que le fait de parler de Idy ou de pa Wade .
Bravo à leurs femmes qui malgré l'etat de leurs maris n'ont jamais baissé les bras. Pendant que nos ministres gagnent des millions et profitent de tous les priviléges juste parcequ'ils ont su mentir au peuple pour se faire élire, ces personnes, handicapés pour la vie en oeuvrant pour la sécurité de leur vie ne perçoivent que 80000 fcfa, C'est honteux.
Ce pays est gouverné par des gens qui semblent oublier qu'un jour, ils seront entérrés et rendront compte au TOUT PUISSANT.
Permettez moi d'extrapoler un peu...
Je suis étudiant en Markéting et management en France et je ne comprends pas pourquoi au Sénégal, personne ne pense aux handicapés si ce n'est pour leur donné l'aumone. Ne nous cachons pas derriére l'hypocrisie, on donne souvent l'aumone par pure égoîsme car nous le faisons pour conjurer notre sort ou pour réussir ds choses qu'on veut entreprendre.
Pour tous les étudiant sénegalais en France, prenons l'exemple de la France en terme d'embauche des travailleurs handicapés et essayons de l'appliquer à notre pays.
Je profite de l'occasion pour vous dire que je suis entrain de créer une association pour aider les handicapés du Sénegal , le but se resume en une phrase," aul ieu de leur donner du poisson tous les jours, apprenons leur à pêcher" . J'ai pensé à un concept simple qui va allier mes connaissances marketing et mon sens du social. Venez me rejoindre et on sera sûr de pouvoir faire quelques choses de notre vie. Merci à tous et n'hésitez pas à me contacter par mail " dieuf@hotmail.fr". Je compte sur vous pour essayer d'aider certains handicapés et je vous donnerai toutes les information nécessaires.

2.Posté par NDIAWS le 31/08/2007 18:43
je sais quoi dire car j'ai les larmes aux yeux
voila ce qui devait etre les chantiers: rendre à crs hommes leur dignité et non donner un milliard à alioune mbaye nder

3.Posté par badara le 31/08/2007 20:03
je demande au président de la république de penser à ces gens ils ont gradement besoin d'aide et cette aide donnera plus de courage à leurs épouses pour qu'elles ne se découragent pas pitié

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