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GRAND « LEUL » OU CEREMONIE D’INITIATION : Une journée avec les jeunes circoncis de Pikine

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Le « leul » ou cérémonie d’initiation des circoncis, fait partie du patrimoine immatériel de la culture sénégalaise. Mais depuis quelques années, cette pratique traditionnelle n’est presque plus respectée dans les zones urbaines.

Seuls les villages de l’intérieur du pays continuent à organiser ce genre de manifestations durant la saison des pluies. A Pikine, dans la banlieue dakaroise, l’Association pour la promotion de l’artisanat et de la culture (Aspact) ne veut pas laisser mourir ce pan de notre culture. Elle a initié un grand « leul » dans les locaux du Complexe Léopold Sédar Senghor. Objecif : inculquer des valeurs aux jeunes garçons.

Au dernier étage du Complexe culturel Léopold Sédar Senghor de Pikine, une grande salle est aménagée. Des dizaines de jeunes garçons, habillés de la tenue immaculée des circoncis, y sont installés. A l’entrée, un homme fait office de gardien. Il filtre les entrées, un bâton à la main. De larges fenêtres aèrent la salle qui fait également office de dortoir avec cette particularité : à la place des lits, des dizaines de nattes sont aménagées pour les initiés. En cette journée du mercredi, le crépuscule commence à dissiper les rayons du soleil. Quelques enfants dorment déjà à poings fermés, d’autres suivent une série à la télé. Un peu en retrait, un petit groupe est assis autour d’un fourneau sur lequel trône une bouilloire remplie de thé en fusion. Drapés dans leur tunique et coiffés de leur bonnet blancs, ces jeunes gens sont des circoncis regroupés dans un grand « leul » qui, jadis, était un moment d’éducation et de formation durant lequel des vertus fondamentales étaient inculquées aux initiés.

Issus de différents groupes socioculturels et religieux, ces soixante quinze jeunes gens sont en pleine séance initiatique, à l’image du célèbre « Bois sacré » des Diolas. Dans de telles circonstances, ils sont exposés aux pouvoirs maléfiques des mauvais esprits. Et pour les protéger, « Selbé riijal », une personne qui a lui-même été initiée, est en permanence sur les lieux. Il veille au bon comportement de chaque circoncis. « Tout comme l’armée ou le daara (école coranique), le « leul » fait partie des passages qui marquent la vie d’un homme. Quiconque ne passe pas par l’une de ces trois étapes n’est pas considéré comme un véritable homme », nous explique Pape Alioune Diop, le « Selbé riijal ». A côté de lui, « Yayou mbaar », celle qui fait office de mère protectrice. La nourriture, la propreté et les soins des circoncis sont les missions qui sont dévolues à cette femme placée sous les ordres du « Ngaaman », le maître suprême du "leul".

Cette pratique fait partie du patrimoine culturel immatériel sénégalais et est généralement organisée durant la saison des pluies. Pour cette année, elle a été ressuscitée à Pikine, dans la banlieue dakaroise. L’initiative est de l’Agence sénégalaise de promotion artisanale, culturelle et touristique (Aspact) en partenariat avec l’Association nationale pour le développement des acteurs culturels locaux. « C’est une réponse à l’agression culturelle dont nous sommes victimes par le biais de la télévision, des médias en général, et qui inculque à nos enfants d’autres comportements liés à la culture occidentale », indique Modou Faye Mbaye, coordonnateur du projet.

Amis pour l’éternité...

De nos jours, les jeunes ignorent la plupart des valeurs comme le « diom » (courage), le « ngor » (dignité) ou le "kersa" (retenue) et se livrent à des actes répréhensibles que dénoncent de plus en plus les populations urbaines. Un fait regrettable dans les villes si l’on sait que dans certains villages comme celui Baïla, en Casamance, le « leul » continue à être pratiqué.

A Pikine, la cérémonie d’initiation des circoncis a été adaptée au contexte moderne. « Autrefois, on l’organisait pour des hommes d’environ 25 ans, mais nous nous avons choisi de jeunes garçons dont la tranche d’âge est comprise en 3 ans et 17 ans. Cela nous permet de perpétuer la tradition avec cette première vague d’initiés. Certains d’entre eux vont, à leur tour, se charger d’inculquer ce qu’ils ont appris à leurs cadets », poursuit Modou Faye Mbaye. Des modules précis de formation sont d’ailleurs enseignés aux jeunes circoncis. Cela va du respect de l’autre à la franchise en toute circonstance. « En plus de la formation à la vie, il y a aussi un aspect de la citoyenneté que l’enfant apprend durant son séjour ici. On peut dire que rien n’est négligé durant la formation », précise Baba Ndiaye, directeur du Complexe Lépold Sédar Senghor de Pikine.

Sur les seize communes de la ville de Pikine, douze ont répondu favorablement au projet soumis par l’Aspact. Les jeunes initiés ne viennent d’ailleurs pas uniquement de cette zone, mais aussi de Grand-Yoff, des Parcelles Assainies et d’autres quartiers de Dakar. Une dizaine de talibés (jeunes pensionnaires des écoles coraniques) prennent également part à l’initiation.

La période du « leul » n’est pas seulement réservée à des enseignements prodigués à longueur de journée. Il y a aussi l’aspect récréatif avec les « kassak » (cérémonies de chants initiatiques) organisés la nuit. C’est l’occasion pour les enfants de restituer leurs connaissances autour d’un grand feu de bois. On y bat le tam-tam, on y chante et on y danse devant un public et des parents aux anges. Les circoncis s’exercent à la chanson et à la danse en compagnie des « selbé » (initiateurs). Cette cérémonie de réjouissances participe à créer une union sacrée entre les initiés car, après avoir passé ensemble ces moments inoubliables de leur vie, les compagnons de « leul » restent amis pour l’éternité grâce au lien de sang noué entre eux. « Même s’ils se perdent de vue pendant des années, ils pourront toujours communiquer, quand ils se rencontreront quelque part, grâce aux signes et au langage ésotérique appris durant le leul », souligne Modou Faye Mbaye.

Les vertus de cette cérémonie d’initiation sont donc inépuisables. Et il est grand temps qu’il soit ressuscité dans toutes les régions du Sénégal afin de mieux armer moralement et psychologiquement les jeunes gens confrontés à un monde de plus en plus complexe où ils risquent à tout moment de perdre leurs repères.

Et l’Aspact compte même faire du « leul » un... produit qui pourrait être présenté à l’étranger dans des salons touristiques.

Les gardiens du temple

On les appelle « Ngaaman », « Khumukh », « Bootaal », « Yayou baar » ou « Selbé riijal ». Ils sont les grands gardiens du temple dans le « leul » et chacun d’entre eux a un rôle et une fonction spécifiques. Le "Ngaaman" est chargé de l’opération des circoncis et peut-être considéré comme leur maître suprême. Quant au « Khumukh », il est en général pétri de connaissances et peut, grâce à des moyens qu’il maîtrise, atténuer la douleur physique des jeunes garçons. Au cours de l’initiation, il s’évertue à prodiguer une force à tous ceux qui sont encore faibles. Le « Bootaal », tout comme la « Yayou Mbaar », sont chargés de la protection des initiés contre les mauvais esprits tandis que le « Selbé riijal », chef suprême des autres « selbés », veille en permanence sur eux.


MAGUETTE NDONG
Source: Le Soleil

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Vendredi 7 Septembre 2007

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