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François Durpaire : « Obama est en tête dans les Etats-clés qui font l’élection »

Professeur agrégé d'histoire, François Durpaire est l’auteur d'une thèse sur le rôle des Etats-Unis dans la colonisation de l'Afrique noire francophone. En France, il est l’un des principaux spécialistes de la politique américaine. Il a coécrit « l’Amérique de Barack Obama » et a signé la préface de « L’Amérique de Mitt Romney ». A quelques heures du résultat de l’élection présidentielle américaine, il revient sur le bilan d’Obama, ses relations avec l’Afrique et pronostique sa réélection.



François Durpaire : « Obama est en tête dans les Etats-clés qui font l’élection »
Quel est votre sentiment sur la campagne américaine qui vient de se terminer ?

C’est une campagne qui s’est déroulée par défaut. On peut la résumer ainsi : Obama a peiné à défendre son bilan. Romney a peiné à incarner le changement. D’un coté, Obama a commencé sa campagne en disant qu’il jugeait lui même que son bilan n’était pas très satisfaisant. Evidemment, on n’est loin de l’Obamania d’il y a 4 ans. Du côté républicain, Romney a eu du mal à incarner le changement avec une série d’erreurs, mais le premier débat l’a remis spectaculairement en jeu.
Maintenant, à quelques heures de connaître le résultat final de cette élection présidentielle américaine, les choses se présentent ainsi : Romney est au coude à coude avec Obama au niveau des sondages nationaux. Mais au niveau du collège électoral, Obama a quand même de l’avance. On peut penser qu’on s’achemine vers une réélection probable du président américain.

Comment jugez-vous le bilan d’Obama ?

Dans les réalisations d’Obama, on peut noter le plan d’assurance santé publique pour les pauvres et les classes moyennes autrement appelé Obama Care. C’était une promesse de sa campagne de 2008 qu’il a réussi à tenir en dépit du Congrès. Il a fait également passer son plan de relance économique. Aujourd’hui, on voit sur le plan économique que la reprise commence à être effective. Les prévisions sont de 2 % pour la croissance et puis, on n’est à 170.000 emplois créés d’après les chiffres du chômage qui sont tombés vendredi (2 novembre, ndlr). C’est ce qui permet de penser que les Etats-Unis sont sur une bonne voie. Maintenant, je ne sais pas si son bilan parle pour lui ou pas, c’est aux Américains de juger. Je note simplement que le site Politifax a estimé que sur ces 500 promesses de campagnes, il en a tenu 37 %. Un chiffre qui semble dérisoire, mais aux Etats-Unis, c’est quand même pas mal. C’est un pays où gouverner est toujours très compliqué du fait de la séparation des pouvoirs. Contrairement à beaucoup, le président est très loin d’avoir tous les pouvoirs. On oublie trop souvent que le Congrès a énormément de pouvoirs. Depuis deux ans, Barack Obama est en divided government car il n’a pas la majorité à la Chambre des représentants. Compte tenu de ce contexte, le président Obama n’a eu que deux ans au cours desquels il avait les coudés franches. De loin, on peut dire que ce n’est pas un bilan trop négatif, mais on verra ce qu’en diront les Américains.

En cas de réélection, qu’est-ce qui doit être amélioré dans la politique de Barack Obama envers l’Afrique ?

La politique américaine en Afrique n’est pas très ostensible. On ne peut pas dire que sous le mandat de Barack Obama les relations américano-africaines aient littéralement changés. En revanche, contrairement à ces prédécesseurs, il a privilégié des acteurs différents. Lors des anniversaires de l’indépendance, il a invité des gens de la société civile en lieu et place des chefs d’Etat. Ce qui contrastait avec les commémorations françaises. Certes, il n’a fait qu’une visite en Afrique noire, notamment au Ghana. S’il doit y avoir un second mandat, il faudrait nécessairement une politique vers l’Afrique beaucoup plus ambitieuse. Au Ghana, il avait annoncé que c’est aux Africains de faire progresser le continent. Barack Obama connaît bien l’Afrique pour y être allé plusieurs fois à la recherche de ses racines. Ses déclarations au Ghana sont une manière de dire aux Africains que ce n’est pas aux ex-puissances coloniales ou à la Chine de décider à la place des pays d’Afrique.
Mais, il faut dire que Obama n’est pas le président d’un pays africain mais bien celui des Etats-Unis, avec beaucoup de choses à faire : la dette publique à réduire, les emplois à créer, l’économie à reconstruire. Ce n’est pas parce qu’il est originaire d’Afrique que nécessairement sa politique doit changer en faveur de l’Afrique. En revanche, qu’un afro américain soit le chef de la première puissance mondiale change les choses en terme de perception. On ne peut pas dire que cela n’a servi à rien. Il y a 4 ans, au lendemain de son élection, j’avais attiré l’attention sur ce fait. C’est un évènement qu’il fallait prendre au niveau de la symbolique et passer à autre chose par la suite. C’était un moment majeur pour des peuples, comme disait Césaire, « dont la culture a été niée ». Son élection était forte à ce niveau là, mais il ne fallait pas s’attendre à des choses de manière particulière. Un Black Agenda en faveur des Noirs américains ou des Africains car l’exercice du pouvoir attire toujours la critique. Pour continuer à être sur un certain piédestal, il est préférable de ne pas exercer le pouvoir. La pièce de théâtre Antigone en est une illustration parfaite. Créon, c’est celui qui avait le pouvoir, donc la logique de responsabilité, et Antigone celle de résistance. En général, on aime tous Antigone et il n’y a personne pour défendre Créon. Dans le cadre de l’Afrique, prenons l’exemple de Lumumba, il est resté sur son piédestal car n’ayant jamais vraiment exercé le pouvoir. En revanche, Kwamé NKrumah ou Sékou Touré, qui étaient proche de Lumumba au niveau des idées, mais ont exercé le pouvoir, n’ont pas échappé aux critiques. C’est pareil à des degrés divers pour Thomas Sankara. Barack Obama, avec ou sans second mandat, va moins rester dans les mémoires que Martin Luther King.

Faisons de la politique fiction. En cas de perte de l’élection, quel serait le destin de Barack Obama ?

A quelques heures du vote, on ne va pas se mentir, Obama est en tête dans les Etats-clés, ce qui fait qu’il a beaucoup de chance de se succéder à lui même. J’essaie d’être prudent dans mes pronostics, mais là on va estimer qu’il y a quand même plus de chance d’avoir un Obama président demain matin qu’un Mitt Romney. Mais après tout, en politique, rien n’est impossible. S’il devait être battu, je pense qu’il continuerait d’être présent en politique. Il était sénateur de l’Illinois avant d’être président. Ainsi, il peut continuer sa carrière politique ou bien se lancer dans l’humanitaire, à l’instar de Bill Clinton. Et dans ce cas de figure, en sachant qu’il n’a pas fait tout ce qu’il voulait en faveur de l’Afrique, il peut s’engager dans un grand projet pour le continent de ses origines. Barack Obama en a parlé à plusieurs reprises, de même que Michelle Obama, son épouse.

SOLEIL Moussa Diop correspondant particulier à Paris

Mardi 6 Novembre 2012



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