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Femme et mariage tardif au Sénégal

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La réduction impitoyable du marché matrimonial féminin est de plus en plus évidente au Sénégal. Elle entraîne, du même coup, l’effritement des critères modernes de mariabilité. Elle se traduit par la naissance d’une catégorie de femmes se situant dans la tranche d’âge ‘25- 45’ ou plus n’ayant jamais contracté une seule fois dans leur vie un mariage. L’explication la plus plausible de cette situation viendrait de la volonté farouche des parents qui dissociaient systématiquement les études et le foyer. En effet, il y a quelques décennies, certains parents s’accrochaient obstinément à donner à leurs filles ‘une bonne et sérieuse éducation’ en surveillant strictement leurs études : bien apprendre les leçons, bien travailler en classe, avoir un bon rang lors des compositions, pas de sorties nocturnes, pas de visites à la maison, etc. Ceci pendant tout le cycle scolaire et universitaire avec déclinaison de toute demande en mariage d’où qu’elle vienne ; et l’ambition dominante est de terminer ses études supérieures et le mariage viendra après.



Femme et mariage tardif au Sénégal
Voilà un défi scolaire que toute jeune fille éduquée dans ces conditions devrait relever, c’est-à-dire refuser d’allier l’utile à l’agréable. L’abandon de l’un ou l’autre cas par les jeunes filles est forcément la solution idéalisée par les parents. La question qui se pose aujourd’hui est la suivante. Faut-il se marier et stopper ses études ou poursuivre ses études sans se marier ou tout simplement se marier et poursuivre ses études ? En tout état de cause, chacune de ces trois situations présente des dégâts importants chez la jeune fille. Quelque chose est certain : la vie d’une femme ne se réduit pas à l’obtention d’un diplôme aussi élevé soit-il et l’occupation d’un poste de travail important. Combien de femmes, aujourd’hui, sont des ‘célibataires endurcies’ après avoir rempli leur contrat estudiantin et professionnel ? Par exemple une femme peut être ‘fondé de pouvoir dans une banque ’, posséder une jolie maison, une voiture de luxe, etc., mais il lui manque quelque chose d’important : ‘l’âme sœur’,pour avoir des enfants et fonder une famille ; et son pire ennemi est son âge qui ne cesse inexorablement d’avancer si rapidement qu’elle est obligée d’utiliser des produits cosmétiques pour ne pas vieillir. Elles auront l’occasion d’accuser leurs parents parce que, durant la période des études, un ‘monsieur mariable’ lui avait fait un clin d’œil, mais chassé par la famille qui ne privilégiait que les études.

L’une des explications de son âge avancé est le maintien durable dans le système d’enseignement et de formation aggravé par des grèves répétées, des fêtes interminables, des années blanches, des aléas éducatifs, etc. Ajoutée à cela une durée relative de recherche d’emploi pouvant attendre cinq ans ou plus. C’est seulement à partir de ce moment que ses parents et elles pensent au mariage. Et tout le monde s’y met, surtout la pauvre mère et toute sa lignée familiale (la sœur du père – badiañ). Ce qu’on oublie aujourd’hui surtout chez les parents, c’est qu’il n’y a plus d’automaticité entre une réussite universitaire, professionnelle et la fondation d’un foyer. Cette réussite ne suffit plus pour accroître ses chances de se marier.

Cette catégorie de femmes qui ont tout réussi dans leur vie, sauf se marier, participent elles-mêmes au renforcement de leur statut de ‘célibataires endurcies’ : parce que, par ailleurs, elles font trop de sélection sur les hommes candidats au mariage. Elles font aussi peur à certains hommes parce qu’elles sont trop masculines dans leurs fonctions professionnelles (dames de fer).

Cette situation persistante les amène à porter leur nom de famille comme nom d’un mari imaginaire. A un certain âge, mieux vaut qu’on vous appelle ‘Madame Ndiaye’ que ‘Mademoiselle Ndiaye’. Tout ceci parce que la société a ses exigences à un certain âge, car mieux vaut un mauvais mari qu’un bon amant.

N’est-il pas temps de réfléchir sur comment éduquer les jeunes filles scolarisées. Ne faut-il pas essayer autant que faire se peut d’allier études et foyer, surtout que les jeunes générations savent ce qu’elles veulent. Entre terminer ses études et dépasser la quarantaine d’années sans se marier ; et se marier et s’arranger avec son mari pour poursuivre ses études dans un monde où les deux conjoints participent à la gestion économique du ménage, il faut choisir. On constate pour cette catégorie de femmes, aujourd’hui dans le milieu urbain, le remplacement du mari inexistant par un partenaire. C’est comme si on diffère à une autre période de sa vie ce que les parents considéraient comme tabou hier. Et on gère ce partenaire ou ‘petit ami’ en cachette, quelque fois loin du regard de la société et de ses parents, ce qui explique qu’on vit souvent en dehors de la maison familiale.

Le désir immense de remplir ce contrat social qu’est le mariage et l’envie d’avoir des enfants pour assurer sa postérité et se prolonger à travers un autre être humain créent tout le temps une angoisse qui les habite. En plus, si une femme a un enfant à 40 ans, elle aura 60 ans quand son fils aura 20 ans, ce n’est certainement pas le vœu de toutes les épouses.

Les jeunes filles actuelles et leurs parents doivent beaucoup réfléchir pour ne pas faire partie de cette catégorie naissances de ‘driankés’ qui commencent à prendre de l’importance dans les grandes villes du Sénégal surtout à Dakar.

Issakha DIOUF Docteur en Sociologie

Source: Walfadjri

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Lundi 2 Juin 2008


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