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FEMME ET POLYGAMIE – La position idéale?

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«Aawoo», «niarel», «nietel», «nientel». Les positions se suivent, mais ne se ressemblent guère. Puisque derrière toute position se cache tout un symbole, toute une histoire voire toute une vie. Chaque position présente ses avantages et inconvénients. L'entrée dans une union polygamique correspond le plus souvent à une urgence individuelle chez la femme. C'est pour­quoi, nous sommes allés à la rencontre des femmes qui évoluent dans un ménage polygame. Pour savoir si on peut parler de position idéale dans ce type de relation.



FEMME ET POLYGAMIE – La position idéale?
Le terme polygamie est couramment utilisé pour désigner le mariage d'un homme avec plusieurs femmes. Du point de vue religieux, la loi islamique autorise à prendre jusqu'à quatre épouses, mais en restant équitable vis-à-vis d'elles. Être équitable veut dire ici que le mari doit consacrer les mêmes droits à chacu­ne de ses épouses: équité dans le temps passé auprès de chacune d'elle, équité finan­cière, équité dans l'estime et l'amour. Aucune préférence, même légère, ne peut être admise. Tout le monde serait d'accord pour dire qu'u­ne telle condition dépasse la capacité voire la nature humaine; c'est pour cela que l'Islam a limité le nombre d'épouses à quatre. Toutefois, une femme ne peut être forcée à devenir une seconde épouse. Si la première femme n'accepte pas de vivre dans une situa­tion de polygamie, elle a le droit de demander le divorce.


En règle générale, l'homme passe tour à tour une, deux nuits voire plus chez chaque épou­se. Pendant ce segment nuptial, les femmes rivalisent de talent et d'ardeur pour gagner l'estime de leur homme.

Pourquoi acceptent-elles la polygamie?

Pour diverses raisons, les femmes acceptent d'évoluer dans un ménage polygame. Première, deuxième, troisième, quatrième position, peu importe pour certaines femmes car l'entrée dans une union polygamique cor­respond le plus souvent pour chacune d'entre elles à une urgence individuelle. C'est le cas de Aminata F., expert-comptable d'une grande entreprise de la place: « Quand j'ai atteint le seuil critique de la quarantaine, je n'avais plus le choix. J'ai alors accepté d'épouser un homme polygame et, de surcroît, analphabè­te. C'était la surprise générale. Personne n'en revenait dans mon entourage, aujourd'hui je suis une femme comblée car je suis devenue mère », lance t-elle avec une grande fierté. Et l'amour dans tout cela?

Si elles acceptent d'entrer dans une union polygamique, cela découle de leur statut de dépendance dans la société. L'éducation reçue les conduit le plus souvent à survaloriser le statut d'épouse et l'importance d'un mari dans leur vie. C'est le mariage qui donne aux femmes un statut social enviable. Elles crai­gnent la solitude et le regard peu tolérant de la société à l'égard des femmes encore célibatai­res passé un certain âge. En effet, le célibat est encore mal vécu, il est même traumatisant pour beaucoup de femmes. Le mariage demeure donc la seule alternative pour elles, à cause de la religion, des pressions familia­les, sociales et des avantages matériels attri­bués à cette union. Lorsque le célibat se pro­longe, il est vécu avec angoisse, amenant même certaines femmes à ne plus être trop regardantes sur leurs prétentions matrimonia­les. Ainsi, leur leitmotiv devient: « mieux vaut être dans un ménage polygame plutôt que de ne pas être mariées du tout ». Ne pas se marier ou avoir un enfant hors mariage peut consti­tuer un drame dans certaines familles. Nous vivons dans une société où le mariage prime sur toute autre forme d'union, car lui seul per­met à l'individu de former une famille légitime. Au surplus, il permet de légaliser les rapports sexuels dans une société encore ancrée dans ses valeurs traditionnelles.

Cependant, il y a des femmes qui poussent leurs maris dans les bras d'une autre sans même s'en rendre compte. Surtout si elles ne s'entendent pas bien avec les belles-familles. Ou simplement si le couple ne vit pas en bonne entente. Il n'est pas étonnant qu'à l'ar­rivée, le mari prenne une seconde épouse.

D'une manière générale, les hommes aiment les femmes soumises, dociles, qui prennent soin d'eux. Sur tous les plans. Ils ont peur des femmes qui ont trop de caractère.

Destin de femmes : De la contestation à la résignation

A l'heure actuelle, aucune femme n'est à l'abri de la polygamie. Les hommes sont des poly­games potentiels. Et pourtant cette pratique pose d'épineux problèmes au sein du ménage. Elle instaure une rivalité intense entre les fem­mes. Bref, c'est la guerre ouverte où tous les coups sont permis pour discréditer l'autre.

La première épouse ou «awoo buru kërëm », littéralement la reine de la maison, occupe une position peu enviable, selon les femmes que nous avons interrogées. Parce qu'en général, la première vit le grand amour. Raison pour laquelle, elle accepte d'accompagner son homme dans la grande aventure du mariage. C'est ainsi qu'elle va gérer tous les déboires du mariage, surtout si le mari n'a pas suffi­samment de moyens pour entretenir le foyer. Elle va faire une longue traversée du désert avec son mari, s'armant de patience et l'espoir de jours meilleurs en bandoulière. Et dès que le mari prend une autre épouse, elle vit cela très mal, se sent mal récompensée et même trahie après tous les sacrifices consentis. C. Faye, 42 ans, fonctionnaire, incarne ce cas. Elle nous confie, dans un ton empreint d'émo­tions, les raisons qui l'ont poussée à divorcer de son mari. Ils se sont connus sur les bancs de l'université dans les années 80 et ce fut aussitôt le coup de foudre et ils ont convolé en justes noces au moment de préparer la licen­ce. De cette union naîtra, une année plus tard, un beau garçon au niveau du Pavillon des mariés du campus universitaire. Après la maî­trise, ils se sont battus pour trouver leur pre­mier emploi. Plus chanceuse, C.Faye décroche la première un emploi, dans la fonction publique. Son mari va, lui, galérer pendant deux ans avant d'être recruté par un cabinet privé de la place. « On avait beaucoup de pro­jets, car on s'aimait à la folie. C était mon ami, avant d'être mon mari », lâche-t-elle, le sourire en coin. Selon elle, un des projets qui leur tenaient le plus à cœur était de trouver un toit pour leurs cinq enfants et un compte fut ouvert à cet effet à la Banque de l'Habitat du Sénégal (Bhs). « Un beau jour, il a détourné /'argent, le compte étant à son nom, pour prendre une seconde épouse. Alors enceinte de 8 mois, j'ai mis au monde un enfant pré­maturé et failli même y laisser ma vie. J'ai pré­féré demander le divorce et m'effacer pour de bon. Actuellement, mes enfants constituent ma seule raison de vivre puisque je n'ai plus le courage, ni la passion de m'investir dans une autre relation. J'ai perdu ma capacité d'enthousiasme et de confiance. je n'aime­rais jamais autant et je crois que je ne souffri­rais plus jamais autant », lance t-elle, aux bords des larmes.

Dans son livre « Les larmes des hommes », Michel Manceaux écrit: « on constate encore aujourd'hui que les hommes font plus souffrir les femmes que /'inverse. Non pas parce que l'infidélité masculine est plus répandue, mais parce que les femmes demeurent opiniâtre­ment crédules, elles rêvent toujours d'un amour total, corps et âme. Elles veulent toutes le prince charmant, elles sont malheureuses parce qu'elles sont toujours déçues. Il y a un tel déséquilibre entre la femme qui imagine l'amour et l' homme qui vit toutes ses aventu­res. »

Mère Aïda, plus catégorique, pense que la position de « awoo » est une position très ingrate: « les hommes n'ont aucun respect pour leur première épouse. Le mien m'avait complètement abandonné après 30 ans de mariage au profit d'une deuxième femme plus jeune qui doit avoir l'âge de notre fille aînée. Cela a duré 3 ans. Mes enfants m'ont beau­coup soutenue durant ces moments pénibles. J'ai frôlé la dépression. Aujourd' hui, il est revenu au bercail car la jeune fille, après l'a­voir complètement ruiné, a préféré se tirer avec un autre, plus jeune. »

Dans le roman « Une si longue lettre» de Mariama Bâ, Aïssatou divorce lorsque son mari prend une deuxième femme. Ramatoulaye elle, reste, mais précise: « je survivrais ». Ce refrain résonne dans tout le roman et résume la détresse affective et mora­le de Ramatoulaye.

Confrontées aux difficultés du ménage polyga­me, les femmes développent plusieurs straté­gies, allant de la contestation à la résignation. Mais la plupart d'entre elles se réfugient dans le silence, la solitude, et la soumission.

La position idéale dans un ménage polygame?

La deuxième, « niarel, xaritu jëkërëm » (l'amie de son mari) occupe une position assez inté­ressante, puisqu'elle tombe généralement sur un mari bien assis financièrement. Elle est « l'amie» de son mari du fait des difficiles rela­tions désormais que celui-ci entretient avec la première épouse. Le mari qui va prendre une seconde épouse se présente bien souvent comme un être brimé, malheureux, persécuté, ... Et, cette amitié va durer jusqu'à ce qu'une autre fasse irruption. Durant sa lune de miel, la deuxième va multiplier les offensives pour charmer et ferrer son homme fraîchement cueilli, afin de ne pas lui faire regretter son choix. Dans ce jeu de séduction, rien ne sera laissé au hasard. Tout l'arsenal de séduction est mis en branle: les petites tenues coquines « nocci », pour ne pas dire hautement éro­tiques, ceintures de perles aux couleurs cha­toyantes « dialdiali », « bine-bine », etc., les pots d'encens remplis à ras bord de « némali », « dogali » (littéralement « achever ») aux essences particulières, autant d'arguments fort utiles à l'heure fatidique. Sans oublier les petits plats mijotés loin des regards, gracieu­sement servis à la lisière du lit. C'est le « mocc pocc » (littéralement « cuisse moulue ») à l'é­tat pur et chacun y va de son école ou de son expérience, que l'on soit riche ou pauvre.

Banna N., étudiante célibataire, ayant grandi dans une famille polygame, pense que « la polygamie est toujours vécue comme une "tra­hison, surtout pour les premières épouses. Elles sont le plus souvent prises au dépourvu par l'arrivée d'une seconde épouse. Franchement je n'aimerais pas évoluer dans un ménage polygame après tout ce que j'ai vécu. je suis au moins sûre d'une chose, c'est que quand on vit avec un homme, il ne faut jamais baisser la garde ou dormir sur ses lau­riers. Sinon, il risque de tomber entre des mains plus expertes et bonjour les dégâts. »

La « niétel » ou troisième épouse est à la croi­sée des chemins. C'est une position qui vient équilibrer les tiraillements entre les deux pre­mières épouses. Quand le mari prend une troisième épouse, c'est la première qui jubile car la deuxième va connaître ce qu'elle-même a enduré durant sa présence forcée à ses côtés. Tout naturellement, la première épouse va faire de la nouvelle venue une alliée poten­tielle, histoire de donner une belle leçon à la deuxième qui lui a « ravi » son mari. La deuxième va ainsi connaître tour à tour les privilèges et les humiliations de la première épouse. A chacun son tour chez le coiffeur, comme dirait l'autre. Dans « Les oiseaux se cachent pour mourir », Fee, une mère de famille, avance: « Une femme peut-elle oublier? Qu'est-ce qu'une fille? Seulement un rappel de la douleur en durée, une version plus jeune de soi qui répétera toutes les actions que l'on a accomplies, qui versera les mêmes pleurs ».

Mère Anna apporte un éclairage sur les diffé­rentes positions. Selon elle: « la première a une position particulière, elle peut discuter et négocier avec son mari. C'est là, un privilège qui lui revient de droit, elle qui vit depuis long­temps avec son mari, elle est la seule à avoir avec lui un rapport exclusif. Malgré cette rela­tion privilégiée dont elle peut jouir, elle n'a ni sa confidence, ni sa confiance. Dans un maria­ge polygame, toute épouse par définition est dangereuse. Chacune va connaître les privilè­ges et les humiliations de la première épouse sauf la quatrième ». A condition que le mari ne divorce d'avec une de ses épouses pour en prendre une autre.

La « nientel », quatrième femme, ferme la marche. Elle est consciente du fait que son mari ne peut pas, s'il respecte les préceptes de l'Islam, prendre une cinquième épouse, à moins qu'il ne divorce l'une d'entre elles pour en prendre une autre. Logiquement c'est la plus chanceuse, car elle au moins, ne va pas vivre avec angoisse, l'éventualité ou l'arrivée d'une autre femme. N'empêche, elle a un lourd handicap. Elle risque d'avoir des enfants trop jeunes par rapport à leurs autres demi-frères et sœurs. Et si le mari est trop âgé, ses enfants courent le risque de devenir rapidement orphelins et en général, dès que le mari disparaît, elle perd tout. La situation de Diodio, 33 ans, illustre ce cas de figure. Elle témoigne: « quand mon mari est mort, j'ai tout perdu avec lui. La première et la deuxième épouse épaulées par leurs enfants ont tout bonnement acheté les deux maisons que possédait mon mari. Quand nous avons partagé l'argent de l'héritage, je me suis retrouvée avec des miettes d'autant plus que j'ai trois filles et un garçon. Je n'avais aucune source de revenus. Actuellement, c'est mon jeune frère, vivant aux Etats-Unis qui, ayant pitié de moi, m'envoie régulièrement de l'argent pour que j'élève mes enfants ».

Adja Ramatoulaye, sexagénaire, ndar-ndar pure et dure, prototype parfait de la « drianké » sénégalaise tranche net le débat. Pour elle, « c'est l'homme qui occupe la position idéale dans un ménage polygame. Il n 'y a pas de position idéale pour une femme. Je suis bien placée pour le dire. J'ai occupé tour à tour, la deuxième et la première positions avec le divorce de ma coépouse qui a préféré jeter l'éponge dès que je suis arrivée dans la maison familiale. Quand mon mari a pris deux autres épouses plus jeunes que moi en l'espace d'une année après 20 ans de ménage, je n'ai pas pu supporter la situation. J'étais vraiment jalouse. C'est à partir de ce moment que i' ai compris la réaction de ma co-épouse qui a préféré divorcer. Je pensais sincèrement que personne ne pouvait me supplanter dans le cœur de mon mari que je croyais connaître du bout des doigts. J'ai connu toutes sortes d'humiliation ». Dans cette jungle, où tous les coups sont permis, chaque femme a sa nuit de première épouse. La polygamie entraîne les femmes dans toutes sortes de bassesses. Les femmes se livrent à toutes sortes de combat (psychologique, physique, mystique, verbal), rien n'est laissé au hasard pour blesser l'autre. C'est la porte ouverte à tous les excès et dérives pour les beaux yeux de leur mari qui en tire le plus grand profit.
En tout cas, les cygnes nous donnent une grande leçon de fidélité puisqu'ils restent avec un seul conjoint toute leur vie, même après la mort de l'un d'entre eux.

Par Yacine Kane
Source: Thiof

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Samedi 1 Septembre 2007


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