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FARBAGATE - Les juges vont-ils redorer leur blason ? (Nouvel Horizon)

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Après avoir raté le coche à plusieurs reprises, c'est le moment ou jamais pour les juges, avec cette affaire Farba Senghor, de donner des gages de croire en leur indépendance et en leur impartialité. Sauront-ils saisir cette énième occasion ?



FARBAGATE - Les juges vont-ils redorer leur blason ? (Nouvel Horizon)
Wade ne s'en est jamais caché. Pas ques­tion, sous son magistère, de juges ayant véritablement les coudées franches, libres de dire le droit et échappant au contrôle de l'Exécutif. De son titre de chef de la Magistrature suprême consacré par la Constitution, il a manifestement une lecture étriquée : c'est lui et lui seul le chef. Il ne saurait donc y avoir à ses yeux d'autre pou­voir que le sien, ni législatif, encore moins judiciaire. Cette vision qu'il a de ses rap­ports avec les juges, Wade n'avait pas d'ail­leurs hésité à en donner un avant-goût aus­sitôt élu le 19 mars 2000. Son premier acte de président fraîchement élu ayant été de se signaler par une entorse à une vieille tradi­tion républicaine. En effet, pour les besoins de sa prestation de serment, il n'avait pas daigné se rendre au siège du Conseil consti­tutionnel. Nanti de son pouvoir de président de la République, il avait fait déménager cette auguste institution au stade Léopold Sedar Senghor. Si bien que ce n'était pas en définitive le président nouvellement élu qui est allé prêter serment devant les juges constitutionnels, mais ce sont plutôt ces derniers qui sont venus recueillir son ser­ment à l'endroit où il le voulait. Wade a-t-il voulu marquer d'emblée son ascendant sur les juges? Ou s'agissait-il, tout au moins, d'une première bravade? Histoire de tâter le pouls et de voir jusqu'à quel point il pou­vait en imposer aux juges*.


Les législatives anticipées d'avril 2001 seront d'ailleurs une nouvelle occasion pour Wade d'éprouver un peu plus les nerfs des cinq sages du Conseil Constitutionnel. Saisis d'une requête de l'opposition protes­tant contre l'usage par la coalition prési­dentielle de l'effigie du chef de l'État et de l'acronyme WAD (pour Wacco ak Alternance ak Démocratie), les cinq juges tranchent sans état d'âme. Estimant que l'implication du chef de l'État à ces élec­tions législatives était « une source d'ini­quité pas du tout élégante pour l'institution présidentielle et, sûrement, très dangereuse pour les institutions ». Suffisant pour héris­ser les cheveux de l'incollable Wade qui, dans sa lettre N° 0333 du 28 mars 2001 adressée au Conseil constitutionnel, déversa toute sa bile sur les cinq sages. Il ne s'arrêta pas là et obtint le départ de la pré­sidence du Conseil constitutionnel de Youssoupha Ndiaye. Quitte à donner en échange à ce magistrat qu'il n'a pourtant jamais piffé le département du Sport avec rang de ministre d'État, avant de le dégom­mer finalement à la première occasion.

Plusieurs occasions manquées

Toujours est-il que cette volonté de Wade d'apprivoiser la justice ne s'est jamais démentie depuis qu'il est au sommet de l'État. Avec comme manifestation son immixtion un peu trop flagrante sur le déroulement, voire le traitement, de plu­sieurs dossiers pendant devant la justice.

Il en était ainsi des fameux incidents de la Bourse du Travail de la Confédération nationale des travailleurs du Sénégal (Cnts), jadis affiliée au Parti socialiste. Une fois l'alternance survenue, une dissidence suscitée et provoquée par Cheikh Diop, proche du Pds, conduira à la naissance de la Cnts/Forces du changement des flancs de la Cnts originelle. Fort de sa proximité avec le régime libéral issu des élections de 2000, le responsable de la Cnts/Fc conteste à ses anciens camarades la propriété du siège sis à l'avenue Lamine Guèye et envoie ses par­tisans le prendre d'assaut. Il s'ensuivra un incendie du siège de la centrale syndicale avec, comme conséquences, des dégâts matériels énormes et une perte en vie humaine. Considéré comme l'instigateur de ces violents incidents et envoyé aux Assises, Cheikh Diop bénéficie non seule­ment d'une administration extrêmement diligente de la justice, mais ne sera condamné qu'à une peine taillée sur mesure pour correspondre exactement à la durée de sa détention préventive, c'est-à-dire huit mois. Un privilège que le premier responsa­ble de la Cnts/Fc a dû sûrement à son mili­tantisme actif au sein du parti présidentiel. Les juges ne seront pas non plus à leur avantage dans le traitement d'autres dos­siers où l'implication de l'Exécutif leur a empêché de dire le droit. De toutes ces affaires, c'est celle relative à l'agression contre le leader du Jëf Jël Talla Sylla qui aura connu le déroulement le plus surpre­nant. Aussitôt après la tentative d'assassinat qui l'a visé dans la nuit du 5 au 6 octobre 2003, tous les regards s'étaient automati­quement braqués sur l'entourage de Wade. Car, à la question du mobile de cet attentat, on ne trouvait franchement comme réponse que les chansons virulentes produites dans la cassette « Ab/aye Abal Gnou », écrites et interprétées par le leader du Jëf Jël. Mieux, l'enquête menée de main de maître par la gendarmerie n'avait laissé subsister le moindre doute: le commanditaire du guet­apens de Ouakam ne pouvait se cacher que sous les lambris du palais. L'enquête de gendarmerie bouclée le 3 novembre 2003, c'est-à-dire à peine un mois après l'agres­sion, est aussitôt transmise au parquet. Une manière adroite pour les gendarmes qui avaient fait leur part du boulot de mettre le Procureur général devant ses responsabili­tés. Mais celui-ci étant sous l'autorité du ministre de la Justice, il revenait donc d'une certaine manière au pouvoir libéral de donner la suite qui sied à l'agression contre Talla Sylla. Hélas, il n'en sera rien. Pis, aucun des cinq proches du président Wade entendus par la gendarmerie ne pas­sera une seule nuit en prison, malgré un faisceau d'indices compromettants contre l'entourage présidentiel. C'est dire à quel point la justice a été coupable d'inaction dans cette affaire-ci.

Auparavant, elle avait été pourtant implaca­ble contre feu Abdou Latif Guèye dans l'af­faire dite des antirétroviraux simplement parce que le Président, devançant l'action en justice, avait déjà condamné le défunt Ambassadeur itinérant de « L'Afrique Aide L'Afrique ». « Latif m'a déçu », avait-il déclaré publiquement. Ce qui a d'emblée biaisé l'instruction de cette autre affaire ter­minée en queue de poisson, faute d'une bonne administration de la justice et sans influence de la politique.

Quant au dossier des chantiers de Thiès impliquant l'ancien Premier ministre, Idrissa Seck, il se révélera être l'affaire la plus politisée de ces dernières années. Voulant régler son compte à son ancien sherpa, Wade ne s'est pas gêné d'utiliser l'appareil judiciaire comme d'un instru­ment pour parvenir à ses fins. Non sans faire beaucoup -de victimes collatérales parmi lesquelles des collaborateurs ou proches de l'ancien Premier ministre et surtout l'entrepreneur et patron de Jean Lefevbre Sénégal, Bara Tall. Tout ça pour sauver les apparences et donner l'impression, bien fausse, d'une bonne administration de ce dossier éminemment politique. D'ailleurs, tantôt c'est Wade qui appuie sur l'accéléra­teur et la machine judiciaire s'emballe, tan­tôt c'est encore lui qui freine des quatre fers et la machine s'estompe. Il en sera d'ail­leurs ainsi jusqu'à la conclusion de ce fameux protocole de Rebeuss, négocié nui­tamment par l'avocat de l'Etat Me Ousmane Sèye et la notaire Me Nafissatou Diop, représentant les intérêts de l'ancien chef du gouvernement. Bref, dans cette affaire-ci, toute la procédure, depuis l'inter­rogatoire de l'ancien maire de Thiès par la Dic, jusqu'à son emprisonnement et celui de son compagnon d'infortune Bara Tall, en passant par leur audition par la Commission d'instruction de la Haute Cour de justice et la mise en accusation d'Idrissa Seck par une majorité tronquée des députés, toute cette procédure donc n'était que du trompe-l'œil. Les juges en charge de cette affaire n'ayant agi, en vérité, que sous la dictée du chef de l'Exécutif. Toutes ces affaires n'auront donc eu comme consé­quence que de ternir l'image de juges pla­cés sous la coupe réglée du chef de la Magistrature suprême.

Affaire Farba Senghor, une occasion à saisir absolument

En sera-t-il autrement avec cette affaire Farba Senghor? Rien n'est moins sûr. On aura remarqué en effet que même absent du pays pour cause de vacances sur les bords du Lac Leman, en Suisse, c'est encore Wade qui aura tenu la baguette dans ce dos­sier. Sans doute n'y aurait-il pas eu d'af­faire Farba Senghor s'il n'avait pas limogé le 28 août dernier son ministre de l'Artisanat et des Transports aériens, puis signé le décret le mettant à la disposition du juge, avant de proclamer haut et fort, sur le perron de l'Elysée où il était reçu en audience ce mercredi, que le chargé de la propagande du Pds sera traduit devant la Haute Cour de justice.

Mais que Wade ait cru devoir envoyer son chargé de la propa­gande devant la Haute Cour de jus­tice, alors que les actes qui lui valent ses déboires relèvent du délit de droit commun, est bien suspect. Pourquoi cherche-t-il à extraire Farba Senghor des juridictions ordinaires si ce n'est pour lui aménager une porte de sor­tie.

Toujours est-il que, pour une fois, il aura au moins lâché les bribes aux juges ? Mais ces derniers sauront-ils saisir cette occasion pour s'affranchir, enfin, de la tutelle de l'Exécutif ? Appliqueront-ils la loi dans toute sa vigueur contre ce proche du chef de l'Etat mouillé jusqu'au cou dans le saccage des sièges des quotidiens « L'As» et « 24 Heures Chronos» ? La balle est en tout cas désormais dans le camp des juges. De la célérité qu'ils mettront dans le traitement de cette affaire, dépendra l'image qu'ils enverront définitivement à l'opinion. Que le Directeur de publication de « 24 Heures Chrono» n'ait pas daigné se constituer par­tie civile après le saccage du siège de son journal en dit long sur le discrédit de l'appareil judiciaire aux yeux de bien de justi­ciables. Le juge Aliou Niane qui aura sym­bolisé le refus de l'assujettissement devant le pouvoir exécutif durant tout le temps qu'il était resté à la tête de l'Union des magistrats du Sénégal (UMS), vient de pas­ser le relais à son collègue Abdoulaye Bâ. Non sans insister sur la nécessité de pour­suivre sans relâche le combat pour l'indé­pendance des juges. Craindrait-il que ses collègues ne marquent le pas? Ou croit-il plutôt que l'Exécutif n'est pas encore prêt à lâcher du lest? L'un dans l'autre, l'indé­pendance des juges doit être l'objet d'une quête permanente que ni les libéralités accordées par Wade en termes d'indemnités de judicature (de 300 à 900 mille francs), ni les avantages en nature ne devraient occul­ter. N'est-ce pas qu'il en va de la confiance des justiciables sénégalais en leur justice.

Source: Nouvel Horizon


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Mercredi 17 Septembre 2008





1.Posté par abou le 17/09/2008 07:53
j ai pitie des lutteurs on les a sacrifier c est dommage pour 15 milles franc c est vraiment dommage alors que farba n est meme pas inquiete mais peut etre ca joueras sur la conscience des autres que la dic ne tolere plus ces genres d actes meme si le commanditaire est wade c est fini mais je me demande bien a quoi attendent les militaires pour prendre le pouvoire il est temps

2.Posté par seuh le 17/09/2008 08:43
Farba est dans de serieux problemes. Ceci doit eveille notre Roi Wade

3.Posté par emti le 17/09/2008 11:47
Bel article, bien documenté et très pertinent
Bravo

4.Posté par touly le 17/09/2008 12:15
du professionnel dis avec Nouvel Horizon, ns sommes des lecteurs et ns savons lire entre les lignes, bon vent à ces talentueux journalistes, FARBA et ses conférences de presse c'est fini non, YALLA MOYE KARIM , IL rend muet tout d'un coup et son acolyte de ASSANE BA ''MOR NDADJE'' qu'est il devenu?

5.Posté par presse - perdue le 17/09/2008 14:26
C’est curieux de voir certains groupes de presse chercher à influencer sur la décision du juge dans cette affaire dans laquelle l’ex – ministre du transport aérien serait impliquée. A entendre certains journaliste parler on serait tenté de croire que Farba a été déjà jugé et condamné. Ceci va à l’encontre du principe juridique fondamental dit principe de la présomption d’innocence. A force de cultiver un sentiment de haine envers cet ex- ministre ces journalistes tombent dans les nacelles de la subjectivité et de l’erreur. L’affaire étant pendante au niveau de la justice alors quoi de plus sage que laisser les experts en la matière s’acquitter de leur tâche.

6.Posté par Kirina le 18/09/2008 01:00
Le problème qui se pose qu senegal est très simple; je vois simplement pas la raison pour la quelle il existe un ministere de la justice. les membre du gouvernement relevent de l'executif. or si, par souci de stabilité, il y a interdépendance entre l'executif et le législatif, il en est tou à fait autrement dans les relations entre l'executif et le judiciaire. la justice doit etre completement indépendante mais aussi completement séparée de l'éxecutif.
c'est absurde que le procureur de la république doive proceder du ministre de la Juistice.


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