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Exposés à de nombreux risques et sous-payés : Le mal-vivre des ouvriers du bâtiment

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Malgré la dureté de leur travail et les nombreux risques qu’ils encourent chaque jour sur les chantiers de construction, les ouvriers du bâtiment sont, en plus, malléables et corvéables à merci. Pourtant, c’est eux qui construisent les belles villas que l’on se plaît à contempler dans Dakar, au prix de leur vie et avec des salaires de misère.



Exposés à de nombreux risques et sous-payés : Le mal-vivre des ouvriers du bâtiment
En ce matin d’août, le soleil est au zénith. La canicule règne. Sous le chaud soleil, l’on surprend, dans les environs de Sacré Cœur Mermoz, au milieu des villas cossues déjà habitées ou en phase de finition, trois hommes dont l’âge est compris entre 25 et 40 ans. Mais, au premier regard, ils ont l’air d’en avoir plus. Ils dégoulinent de sueur, leurs habits sont couverts de ciment.
Ils portent chacun un couvre-chef, non pas pour faire chic, mais pour se couvrir contre les rayons ardents du soleil estival. Ils tiennent chacun une pelle et s’activent devant un tas de sable mélangé à du ciment et de l’eau. D’un geste mécanique, ils remplissent le cube de forme rectangulaire que deux d’entre eux déposent 10 mètres plus loin, à côté des dizaines de briques déjà fabriquées et qui attendent de sécher sous le chaud soleil. Modou, Babacar et Omar, ce sont leurs prénoms. Ils sont venus respectivement de Touba et de Darou Mouhty, où ‘les hivernages ne sont plus ce qu’ils étaient’, pour se livrer à ce travail de fabrique de briques.

Ils sont des milliers de jeunes gens, à l’instar de Modou, Babacar et Omar, à avoir abandonné leur village et laissé derrière eux champs, femmes et enfants, pour gagner leur pain à la sueur de leur front dans les métiers du bâtiment. Mais à les entendre parler de ce qu’ils gagnent par brique, on a comme l’impression que ‘le bâtiment ne nourrit pas son homme’. La brique est payée entre 25 et 30 francs contre 35 francs pour la brique creuse. En une journée de travail, il leur arrive de faire au maximum 800 briques. Mais, le problème est que ce travail de fabrique de briques est tributaire de beaucoup de contingences, au point que les journées de chômage peuvent être nombreuses dans le mois, voire l’année.

A quelques encablures de là, nous tombons sur un autre chantier. A notre arrivée, les ouvriers, une dizaine environ, s’activent pour finir le coffrage d’un bâtiment, un R+1, en vue du coulage. La poussière vole dans tous les sens. Les marteaux-piqueurs retentissent fort dans le bâtiment en construction. Deux ouvriers d’une vingtaine d’années au bas du bâtiment se prêtent à nos questions. ‘Les maçons sont à la merci des entrepreneurs’, lance d’emblée Robert Bendja, un jeune maçon venu de la région de Tambacounda. Et d’égrener les difficultés auxquelles ces ouvriers du bâtiment sont confrontés au quotidien sur les chantiers de construction. ‘C’est très dur, le travail de maçonnerie. Nous faisons des journées très longues, malheureusement les heures supplémentaires ne nous sont pas payées’, se plaint-il. Selon ce jeune qui a arrêté les études en classe de troisième secondaire pour venir en aide à sa famille pauvre, après la maladie de son père , ‘il arrive que l’on travaille pour des gens qui refusent de nous payer après. Des tiers pour qui j’ai travaillé me doivent par exemple près de 45 000 francs’.

Pour Pape Fall, diplômé d’informatique et qui, faute d’avoir trouvé un boulot ailleurs, gagne sa vie comme maçon en attendant des lendemains meilleurs, ‘les salaires des maçons sont dérisoires’ tant pour les ouvriers que pour les manœuvres. Un ouvrier qualifié dans le bâtiment gagne 3 000 francs par journée tandis que le manœuvre gagne 1 800 francs. Et c’est avec cette somme qu’ils paient la restauration et le transport. C’est pourquoi, ce n’est pas étonnant que dans les chantiers, comme nous l’ont confirmé nos interlocuteurs, les maçons se gavent de ‘pain et des cacahuètes’. ‘La surcharge de travail nous exténue également. Il nous arrive de travailler de 8 h à 19 h. Et quand vous tombez malade, vous êtes un homme mort, personne s’occupe de vous. Et c’est à vous de payer vos médicaments’, dénonce Pape Fall. ‘Le propriétaire et l’entrepreneur ne nous accordent pas le respect qui sied. Chacun vient avec ses ordres. Et comme on n’a pas envie de se faire virer, on se résigne. On a peur de rester sans rien faire’, fulmine de son côté Robert.

Nos interlocuteurs s’accordent également sur le fait que la sécurité des ouvriers du bâtiment laisse à désirer. Nous avons trouvé Robert et Pape Fall avec des sandales comme chaussures, sans gants ni casque, alors que le danger est permanent sur leur chantier. ‘Pour nous autres journaliers, la sécurité ne compte pas’, avouent-ils. Pourtant, les accidents mortels sont monnaie courante dans ce secteur de la construction. Il y a seulement moins de deux semaines, la presse faisait état de la mort d’un jeune maçon de 18 ans qui est tombé du deuxième étage à la Médina. Pour prévenir les accidents, Pape Fall et Robert Bendja proposent l’équipement des ouvriers du bâtiment en casques, gants et chaussures à l’image de ce qui s’est fait dans la promotion du gilet de sauvetage pour les pêcheurs.

A ce sujet, un ingénieur en génie civil, formé à l’école polytechnique de Montréal et qui a requis l’anonymat, estime que le problème de sécurité dans la construction vient du fait que ‘dans ce secteur il y a des professionnels et des non professionnels’. ‘La majeure partie des entrepreneurs et des tâcherons n’a pas fait les bancs. Et comme dit l’adage, l’ignorance est le fléau de l’humanité’, dit-il. Ajoutant encore qu’il se pose un problème de ‘législation’. ‘On a des problèmes de statut. Le problème, ce ne sont pas les ouvriers, mais ce sont les chefs. Si les chefs sont bien formés et les ouvriers bien encadrés, il n’y a pas de danger’, croit savoir l’ingénieur polytechnicien qui emploie 250 personnes dans son entreprise. Il trouve ainsi ‘anormal’ que des coulages de bâtiment qui se fassent par groupe de manœuvres. ‘Ce n’est pas bon. On laisse faire dans ce pays des coulages de 2 à 3 hauteurs par des pelles, or d’un point de vue scientifique, la réaction chimique est terminée après 4 heures de temps. Le ciment n’a pas une bonne résistance. Cela, ce sont les non professionnels qui le font pour des raisons de coût. Mais pour quelqu’un de logique, cela n’est pas une solution. Pour un travail bien fait, il faut une bétonnière et une grue’, conseille notre interlocuteur.

Mamadou SARR
Source: Walfadji

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Mercredi 8 Août 2007

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