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Enquête de Abdou latif coulibaly: LE SENEGAL RENONCE A 500 MILLARDS DE FCFA: Comment et pourquoi?

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La presse nationale a suffisamment parlé du projet de Plateforme multifonctionnelle du Millénaire visant la construction, à Diamniadio, à 35 km de Dakar, d’une nouvelle ville à dominante industrielle et commerciale, à la confluence des deux principales routes du pays, depuis que la partie américaine qui devait financer cet important projet a annoncé son intention de renoncer à ses engagements financiers. Ce renoncement a surpris et étonné les Sénégalais qui se montrent même stupéfaits d’apprendre que le gouvernement a préféré le financement de privés arables à la place du don d’un milliard de dollars (environ 500 milliards de FCfa), que les autorités américaines étaient disposées à mettre à la disposition du Sénégal. Les spéculations les plus fantaisistes ont cours sur cette affaire. Toutefois, la seule question posée par tous les Sénégalais est celle de savoir : comment peut-on renoncer à un don aussi important pour aller emprunter un moins de la moitié pour réaliser le même projet ? Des éléments de réponse convaincants peuvent être difficilement fournis par les autorités sénégalaises. Il est important de présenter l’ensemble du projet dans ses différentes composantes, telles qu’elles ressortent de l’ensemble des études de faisabilité qui ont été réalisées pour la mise en œuvre de ce projet. On comprendra alors d’autant moins l’attitude des autorités sénégalaises dans cette affaire. Cette enquête menée par notre Grand reporter va au fond des choses et nous explique comment et pourquoi notre pays a renoncé à environ 500 milliards de FCfa, don du gouvernement américain.



Enquête de Abdou latif coulibaly: LE SENEGAL RENONCE A 500 MILLARDS DE FCFA: Comment et pourquoi?
Des éléments de réponse convaincants peuvent être difficilement fournis par les autorités sénégalaises. Il est important de présenter l’ensemble du projet dans ses différentes composantes, telles qu’elles ressortent de l’ensemble des études de faisabilité qui ont été réalisées pour la mise en œuvre de ce projet. On comprendra alors d’autant moins l’attitude des autorités sénégalaises dans cette affaire. Une enquête menée par notre reporter va au fond des choses et nous explique comment et pourquoi notre pays a renoncé à 600 milliards de don du gouvernement américain.

I. Ambitions et grandeurs d’un projet.

Ces ambitions sont réelles et immenses, elles n’en sont pas moins réalistes. « Le but recherché dans le projet d’aménagement de la plateforme de Diamniadio est de mettre à la disposition des investisseurs un foncier aménagé et équipé pour y redéployer leurs activités ou y implanter de nouvelles industries. L’objectif ultime poursuivi dans cette opération est la réduction de la pauvreté par l’augmentation de la croissance économique qui serait la conséquence logique de l’accroissement des investissements industriels et commerciaux réalisés dans cette plateforme ».

C’est ainsi que le projet est présenté dans tous les documents officiels et les études qui ont été conduites pour sa mise en oeuvre. Le projet en question comporte deux composantes principales que sont : la réalisation des infrastructures de base nécessaires au développement d’activités économiques et sociales ; la mise en place d’une facilité de financement destinée à aider les entreprises à s’installer dans la zone. La formulation d’un projet aussi ambitieux et complexe ne peut se faire sans l’adhésion des populations. C’est la raison pour laquelle un processus participatif continu de consultation du public a été mis en place. Il visait à garantir la prise en compte effective des préoccupations de tous les segments de la société et de leur participation effective au développement du projet et ce, en vue d’une appropriation nationale. Dès que le Sénégal a été déclaré éligible, à l’instar du Mali et du Bénin aux financements accordés sous forme de dons par le gouvernement américain à des pays africains dans le cadre de ce qu’ils appellent le Millenium Challenge Corporation (MCC), la partie sénégalaise a eu l’idée de développer ce projet de nouvelle ville autour de Diamniadio, pour recueillir le financement d’un milliard de dollars mis à sa disposition. Après l’acceptation de cette idée par le MCC, les Sénégalais a convaincu le partenaire américain, non sans difficultés, de prendre en charge le financement des études techniques nécessaires pour la réalisation du projet. C’est ainsi qu’une convention a été signée à cet effet entre les gouvernements des Etats-Unis et du Sénégal. Ce qui a permis la réalisation d’études de préfaisabilité qui ont été scindées en 2 volets : des études d’ingénierie confiées au Cabinet Louis Berger Group ; des études foncières et socio-économiques confiées au Cabinet ARD. Le rapport final de ces études est disponible depuis la mi-mai 2007. Les principales conclusions peuvent être résumées ainsi qu’il suit dans les développements à venir.

II. Une nouvelle ville en orbite.

A défaut de se donner une nouvelle capitale comme en rêve le chef de l’Etat, le Sénégal était décidé à créer une nouvelle ville industrielle à la porte de Dakar, pour la désengorger, c’est cet aspect du projet qui est traité dans urbanisme, tel que cela ressort des études de préfaisabilité. Il a été, à cet effet, réalisé un schéma d’urbanisme qui a donné les grandes orientations en matière d’aménagement et d’organisation de la plateforme. Il a confirmé l’option de réaliser la plateforme sur 2 620 ha avec une zone de servitude de 3880 hectares soit 6500 hectares au total.

L’approche retenue dans ce plan d’urbanisme prévoit la création 4 unités fonctionnelles : Une zone logistique de 428 ha destinée aux entreprises oeuvrant dans le secteur des transports et de l’entreposage ainsi que les équipements marchands ; Une zone industrielle de 1 178 ha ; Une zone d’habitat de 725 ha ; Un centre tertiaire de 83 ha. Un schéma du réseau primaire de voirie est proposé. Cette voirie constituera l’armature à partir de laquelle seront développés tous les réseaux divers (électricité, eau, assainissement et télécommunications). Le schéma d’urbanisme approuvé lors du Conseil d’Interministériel tenu le 15 septembre 2006, a servi de base au développement des infrastructures. La nouvelle devrait être dotées d’infrastructures d’une très grande importance.

Cette composante infrastructures regroupe l’ensemble des services offerts sur la plateforme. Elle se décline en plusieurs sous composantes. Le principe d’aménagement retenu consiste en la réalisation d’une voirie primaire dont le rôle serait non seulement de délimiter physiquement la plateforme mais aussi d’assurer les échanges intra plateforme. Cette plateforme fait rêver compte tenu de son cadre, surtout quand on connaît les conditions dans lesquelles s’est réalisé le processus d’urbanisation de nos cités. Jugez-vous, vous-mêmes ! Un boulevard périphérique de 18 km de long avec un gabarit autoroutier de 2 x 2 voies. Il a pour rôle de traiter le trafic de transit en lui assurant d’excellentes conditions de contournement de la plateforme. Il assure aussi la liaison entre la Plateforme et les grands existants (Roue nationale1, Route nationale 2) ou projetés (Autoroute à péage, VDN). Les carrefours prévus sur cet boulevard périphérique sont, évidemment, de type dénivelé (échangeur). Un réseau de 40 km de voiries primaires ayant une emprise de 30 m destiné au trafic des poids lourds desservant les différentes unités industrielles. Les carrefours sur le réseau primaire sont de type giratoire avec priorité à l’anneau. une voie secondaire sur 100 Km permettant la diffusion du trafic aux sites industriels et d’habitats. En raison de la nature des sols de la Plateforme, et aussi pour accroître le ratio de main d’œuvre dans la réalisation des infrastructures, toutes les voies secondaires et tertiaires recevront un revêtement modulaire de type pavé autobloquant en béton. Rien n’a été laissé au hasard dans le schéma directeur d’aménagement dessiné par les études.

Pour l’alimentation de la nouvelle ville en électricité, les études prévoient que la production d’électricité pour satisfaire les besoins en énergie de cette plateforme est du ressort de SENELEC ; le transport de cette énergie sera réalisé grâce à 2 lignes de haute tension (90 KV et 225 KV) traversant la Plateforme. Pour assurer la distribution de cette énergie électrique dans la Plateforme, il est prévu : la construction de postes injecteurs (225/90 KV) ; la réalisation d’une boucle de 90 KV enterrée dans le terre plein central du boulevard périphérique ; la réalisation d’un réseau de desserte le long des voies de circulation. Contrairement aux populations de Dakar, celles qui auraient la chance d’habiter la nouvelle ville n’auraient rien à craindre avec les eaux de pluie. Le drainage des eaux pluviales dans la plateforme serait assurée de façon optimale, par un système doté des outils les plus modernes et les plus fonctionnels qui existent dans le monde. La Plateforme devait, en effet, être l’exutoire de huit bassins versants d’une superficie totale de 126 km2.

Les 2 principaux thalwegs présents dans la Plateforme seront aménagés en drains. De plus, 25 bassins tampons (1 par km2) seront construits sur la Plateforme. Ils ont pour rôle d’écrêter les débits mais aussi de piéger les pollutions accidentelles pendant un temps suffisant pour permettre l’intervention des équipes spécialisées. Les eaux de ruissellement seront stockées dans le lac de Yenne. Une réutilisation de ces eaux à des fins agricoles et même touristiques est envisagée. C’est dire que le système d’assainissement prévu sera également à la hauteur des ambitions affichées. Une collecte de toutes les eaux usées produites sur la plateforme sera effectuée. En application des dispositions du Code de l’Environnement, les effluents industriels seront prétraités sur leur site de production avant d’être déversés dans le réseau d’assainissement. Une station d’épuration des eaux usées sera construite dans la partie Sud de la Plateforme. Il est prévu que les eaux usées traitées soient rejetées en mer à l’aide d’un émissaire comportant une partie terrestre de 3 km de long et une partie marine de 2 km.

Mais une variante visant le stockage et la réutilisation de la totalité des eaux traitées est envisagée. L’alimentation en eau potable sera assurée par un piquage au niveau de la conduite de la SONES, à hauteur de Sébikhotane. Une conduite sous pression amènera l’eau dans un réservoir au sol de 15 000 m3 de capacité. Un réseau de distribution comprenant plus de 200 km de conduites assurera la distribution de l’eau potable aux industriels et aux ménages. Une variante consistant en la construction d’un château d’eau sur l’une des collines de Yenne permettant d’améliorer la distribution de l’eau potable dans toutes les localités environnantes est envisagée. En ce qui es équipements prévus en matière de télécommunications, deux solutions ont été étudiées. Une solution classique consistant en l’installation de centraux téléphoniques raccordés entre eux par un réseau filaire comportant des dérivations jusqu’aux abonnés. La variante considérée comme « moderne » fait appel à un opérateur privé, un call manager qui exploite un réseau IP formé par une bouche locale en fibre optique desservant un réseau de routeurs et de switchs. Les équipements terminaux sont constitués de systèmes informatiques ou de téléphones IP.

III. L’environnement au cœur des préoccupations.

Le développement d’un projet de cette nature a des incidences au plan de l’environnement qu’il faut nécessairement maîtriser avant d démarrer quelque activité qui soit. La partie environnementale des études de préfaisabilité a consisté en une évaluation environnementale stratégique devant aboutir à l’élaboration d’un Plan de Gestion environnementale et sociale. Les impacts potentiels sur l’environnement ont été identifiés et des mesures d’atténuation et d’accompagnement préconisées. L’analyse des impacts approfondis et le bilan environnemental du projet devraient être évalués lors des études de phase 2. Un aspect important de la préservation de l’environnement au niveau de la plateforme concerne la gestion des déchets. En effet, il est prévu une gestion des déchets sur toute la filière à savoir : le tri ; la collecte ; le transport ; la mise en décharge dans un centre d’enfouissement technique ; la stabilisation des déchets industriels spéciaux. Le tri est obligatoire pour les industriels afin de séparer les déchets banals assimilés aux déchets ménagers des déchets industriels spéciaux devant faire l’objet d’une stabilisation avant leur mise en décharge dans un casier de classe 1 et les déchets industriels banals qui sont directement acheminés dans les casiers de classe 2. La collecte des déchets de la plateforme se fera en rapport avec les collectivités locales de la zone du projet.

IV. Les terres, contre le développement de la nation

Le statut foncier des terres sur lesquelles le projet doit être élevé pose naturellement problème. Et c’est la raison pour laquelle la partie américaine a exigé et obtenu, dès l’entame des discussions sur la réalisation du projet une clarification sur ce statut. La réalisation d’une plateforme industrielle à Diamniadio sur une superficie de 2620 hectares compris dans un territoire de 6500 hectares nécessite une étude détaillée des questions foncières et domaniales ainsi que de leurs répercussions aux plans économiques et social. C’est ainsi que pour avoir une situation de la totalité de l’assiette de la plateforme et de son périmètre de sécurité, des prises de vue aériennes de très haute précision ont été effectuées le 26 avril 2007 en utilisant la technologie du LIDAR. Sur la phase des orthophotoplans obtenus, des enquêtes foncières ont été conduites et complétées par une enquête auprès des ménages. Toutes les informations recueillies lors de cette étude qui a servi à formuler un cadre pour l’élaboration et la mise en œuvre d’un plan d’action pour la Réinstallation (PAR) ont été unifiées dans un Système d’Informations Géographique (SIG) spécialement conçu à cet effet. Ainsi, toutes les analyses économiques, sociales et techniques ont été réalisées à partir de cette base de données. Il s’en est suivi non seulement un gain énorme de temps mais aussi et surtout un risque minimisé pour l’évaluation des impenses. Le SIG élaboré, complété lors de la phase 2, servira de base à l’élaboration du cadre de compensation à mettre en place pour l’immatriculation des 2500 hectares au nom de l’Etat.

V-Fraudes et manipulations.

Rappelons que le projet de plateforme multifonctionnelle du millénaire de Diamniadio vise la construction, à 35 km de Dakar, d’une nouvelle ville à dominante industrielle et commerciale, à la croisée des deux principales routes nationales du pays. Il cherche à mettre à la disposition des investisseurs un foncier aménagé et équipé pour y redéployer leurs activités ou y implanter de nouvelles industries. Le projet comporte deux composantes principales que sont : la réalisation des infrastructures de base nécessaires au développement d’activités économiques et sociales dans le périmètre de la plateforme pour un montant d’environ 500 millions de dollars (environ 250 milliards de FCfa) ; la mise en place d’une facilité de financement destinée à aider les entreprises à s’installer dans la zone pour un montant d’environ 100 millions de dollars(50 milliards de FCfa).

Toutefois, au regard du fait que la viabilité du projet est liée à l’existence d’une liaison rapide entre Diamniadio et Dakar, le Mcc était dans les dispositions pour contribuer à hauteur de 200 millions de dollars (environ 100 milliards de FCfa) au financement de l’autoroute à péage. Au total, environ 800 millions, voire un milliard de dollars (600milliards de FCfa) étaient attendus de la partie américaine. Dans le même temps, les Arabes à travers le projet Jafza vont investir un peu de cinq millions de dollars (environ 2 milliards 500 millions de FCfa), non 800 millions de dollars, (environ 400 milliards de FCfa), comme l’a prétendu le nouveau ministre délégué au Budget lors de sa conférence de la presse tenue le vendredi 13 juillet 2007.

En vingt ans et selon les études réalisées pour l’installation de la plateforme multifonctionnelle de Diamniadio, le projet devrait occuper 2500 hectares de terre, contre 398 hectares pour le projet Jafza, selon les études réalisées par Tsg pour le compte des Arabes et dans la même période de temps. Par ailleurs, dans une période de vingt ans, le projet Mca prévoit l’installation sur le site de quelque 1900 entreprises là où les Arabes installent dans la même période un nombre total de 900 sociétés. Ce sont les vrais chiffres tels qu’ils ressortent des études réalisées par les Américains et les Arabes. Il n’y a pas de comparaison possible entre les deux projets, en termes d’emploi à créer, d’argent à investir, de surfaces de terre à occuper et d’impact sur le développement de ce pays.

Tout joue en faveur du projet américain. Qu’est ce qui a alors pu amener le gouvernement du Sénégal à s’arranger pour perdre le financement, américain qui plus est, relève d’une opération de don. On ne le répétera jamais assez : la plateforme devrait générer à terme 100.000 à 200.000 emplois selon les études de préfaisabilité déjà bouclées. Elle devrait par contre être administrée par un privé choisi par appel à la concurrence internationale, ce qui posait problème à certains responsables de l’Etat nichés dans les plus hautes « stations » étatiques et décidés à utiliser les fonds américains dans une opacité totalement en porte-à-faux avec l’esprit et les règles qui déterminent la gestion de fonds publics aux Etats-Unis. C’est ainsi qu’une opération complexe, voire douteuse pilotée par l’Agence nationale pour l’organisation de la conférence islamique (Anoci) et l’Agence pour la promotion de l’investissement et des grands travaux (Apix), le projet de zone économique spéciale est domicilié à l’Anoci)a été initiée parallèlement aux travaux sur la plateforme de Diamniadio, c’est-à-dire depuis début 2005. Le principe est de faire de l’Apix l’autorité de régulation de la plateforme (loi sur l’Apix du 19 févier) et de Jafza l’opérateur privé de gestion de cette même plateforme. Or, l’engagement pris par les deux parties américaine et sénégalaise quand elles ont signé la convention de financement du Mca était clair : la plateforme de Diamniadio doit être gérée par un opérateur privé choisi à la suite d’un appel d’offre international.

Cette disposition qui est pour la partie américaine une condition essentielle pour engager les fonds prévus dans le cadre du Mca a été torpillée par la décision du gouvernement sénégalais de privatiser l’Apix, pour en faire ensuite l’organe de régulation de la Zone économique spéciale intégrée qui choisirait naturellement le consortium arabe Jafza pour gérer la plateforme, contrairement à ses engagements initiaux. Le gouvernement a ainsi fait voter le 19 février 2007, en pleine campagne électorale, une loi sur la zone économique spéciale couvrant une aire de 10 000 ha et délimitée entre autres, par la plateforme de Diamniadio et une loi autorisant la création d’une société anonyme dénommée Apix qui va réguler et faire ce qu’elle veut de la zone qui est susceptible d’être étendue à la plateforme. Il suffit que le chef de l’Etat le veuille. En effet, les articles 4 et 5 de cette fameuse loi portant création de la Zone économique spéciale, montrent qu’il suffit d’un décret présidentiel pour inclure la plateforme de Diamniadio réalisée par les financements américains dans la zone et le tour est joué. Cela était inacceptable pour les Américains. Et voila pourquoi, dans un communiqué, l’Ambassade des Etats Unis à Dakar se devait de préciser que les Sénégalais « doivent rendre compte et respecter les procédures d’appel à concurrence pour la sélection des privés qui doivent opérer la plateforme de Diamniadio ». Parallèlement à la velléité de certains cercles du pouvoir de faire main basse sur les fonds américains, se cache également une grande opération foncière dont on a encore du mal à démêler les tenants et les aboutissants. Ce qui est sûr, c’est que le renvoi déguisé des Américains est lié à une volonté de sauvegarder des intérêts particuliers opérant dans des activités encore mal définies au Sénégal. En fait, les études techniques réalisées par les Américains ont montré qu’il fallait 20 ans pour occuper les 2620 ha prévus pour la plateforme de Diamniadio. Pour la même durée, le projet Jafza prévoit un taux d’occupation des espaces aménagés de l’ordre de 400 hectares pour moins de 100.000 emplois . Pourquoi donc accorder 10 000 ha à Jafza qui n’était intéressée, du moins théoriquement, que par la seule plateforme de Diamniadio. En vérité, selon le schéma des promoteurs qui se cachent derrière Jafza, ce consortium doit à terme céder les 10 000 ha à des opérateurs arabes dont un cheikh saoudien à qui l’on doit céder toutes les terres de Diass.

VI-Une spéculation foncière d’envergure.

Les populations de Diass et celles de toutes les localités environnantes doivent se préparer, si rien ne change dans la volonté du gouvernement, à une longue et rude bataille contre les spéculateurs fonciers décidés à vendre leurs terres aux plus offrants. Des terres plus vastes que le département de Pikine (9.500 hectares), comprises entre Diamniadio et Mbour tomberont, si l’on n’y prend garde, et à l’insu de ces mêmes populations dans l’escarcelle « d’investisseurs étrangers » venus des pays arabes. Déjà, en novembre 2006, un décret du président de la République déclarait d’utilité publique toute la zone. Ce texte réglementaire a été édicté le 23 novembre 2006 (voir fac-similé).

Le Cheikh saoudien, ses amis et leurs soutiens sénégalais jugeront d’ailleurs qu’un décret était trop peu sûr pour conférer de tels privilèges et ils exigèrent une loi. C’est ce qui justifie la loi du 19 février 2007 sur la Zone économique spéciale et qui a le même objet que le décret qui avait été pris. Celle-ci est une loi d’expropriation foncière d’envergure jamais enregistrée dans ce pays. La loi selon la version qui en a été publiée a été adoptée par l’Assemblée nationale en sa séance du 6 février. Cette date d’adoption pose problème. N’oublions pas que la campagne électorale pour l’élection présidentielle a été ouverte le vendredi 02 février, tous les députés étaient en compagne, personne n’a siégé ce jour à l’Assemblée nationale. Selon des sources concordantes, ce texte qui a été pourtant signé par le chef de l’Etat et contresigné par son Premier ministre d’alors, n’a jamais été adopté par l’Assemblée nationale.

Cette version est totalement contestée par des responsables de l’Apix qui nous ont expliqué que la loi a été effectivement votée le 6 février en présence de 16 députés au moment de l’ouverture des débats. Ces mêmes sources précisent que c’est l’actuel Premier ministre Cheikh Adjibou Soumaré qui était assis au banc du gouvernement pour défendre le projet qui a été finalement adopté par dix députés qui ont été les seuls parlementaires présents dans l’hémicycle au moment du vote. Certains responsables de l’Apix expliquent cependant que c’est proprement scandaleux que des textes aussi importants et fondamentaux pour l’économie nationale puissent être présentés au vote des députés en période de campagne électorale. C’est ce formidable mic-mac politico financier et législatif qui justifie le départ des Américains. Et rien d’autre. Ceux-là ont compris que le Sénégal voulait spolier les citoyens qui sont les principaux bénéficiaires de leur don, au profit de groupes privés qui seront les seuls à profiter finalement de cette fameuse loi sur l’Apix et sur la Zone économique spéciale.

Les Américains ne peuvent accepter que la gestion de la plateforme réalisée sur un don de leur gouvernement soit confiée à un privé choisi selon les seuls désirs et volonté du prince et de ses héritiers. Le départ des Américains qui est aujourd’hui presque acquis (une délégation vient de Washington, ce lundi même pour procéder au « closing » (la fermeture) du projet est un formidable gâchis que les autorités sénégalaises tentent maladroitement de minimiser, à travers communiqués de presse mensongers et autres conférences de presse tendant à dissimiler la vérité. La position du gouvernement sénégalais semble irrévocable, concernant sa volonté de renoncer aux énormes avantages du Mcc, au profit de certains princes du golfe qui n’ont pas encore fini de coloniser, en partenariat et en complicité active avec quelques individus nichés à l’Apix, à l’Anoci et dans le gouvernement, de coloniser l‘économie de notre pays. En réalité, la partie américaine a commencé à suspecter le désir des autorités sénégalaises de faire volte face, quand elle a reçu une étude réalisée sur la demande du gouvernement du Sénégal, ayant pour objet la mise en place, sur le même site que celui désigné pour la réalisation de la plateforme de Diamniadio, d’un projet à tout point de vue identique à celui qui a été déjà financé par eux. Ils ont été surpris de noter que les officiels sénégalais se sont largement investis depuis plusieurs années dans ce projet parallèle qui n’en est pas en réalité un, car il s’agit d’une simple substitution de la plateforme multifonctionnelle de Diamniadio, du reste maladroitement maquillée. Le Premier ministre actuel Cheikh Adjibou Soumaré en a été la cheville ouvrière alors qu’il assumait les charges de ministre délégué au Budget. A en croire nos sources, c’est, entre autres, à cause du rôle qu’il a joué dans cette affaire qu’il aurait été promu.

VII-Le projet Jafza une ruse et rien que du toc.

En vérité le projet de Jafza est une simple ruse qui compte ben sur le maintien des financements pour espérer aboutir à ses objectifs. L’étude qui en a été présentée et dont Sud quotidien a obtenu copie, pose pour sa réalisation des conditionnalités que le Sénégal ne pourra jamais satisfaire. Ce qui est surprenant et étonnant, c’est que les infrastructures –elles constituent la base de ces conditionnalités exigées par le projet Jafza- que le Sénégal doit réaliser sur le site de Diamniadio sont les mêmes que celles qui ont été prévues dans la réalisation de la plateforme multifonctionnelle. Pour que les Arabes investissent leur argent à Diamniadio, il faut que les Américains acceptent de cohabiter avec eux sur le site. Déjà l’étude conduite pour le compte du consortium Jafza pose un grave problème aux Américains.

Le hic est que cette étude a été réalisée par le cabinet Tsg. Or, ce cabinet a été sous-contracté par la firme Louis Berger qui a été désignée par le gouvernement américain pour conduire toutes les études sur la plateforme de Diamniadio. Louis Berger a, en effet, sous-traité les études socio-économiques concernant le projet Diamniadio à Tsg. Autrement dit, les promoteurs du projet des Arabes au Sénégal et leurs amis haut placés dans le système ont, au regard de la loi américaine, frauduleusement utilisé le cabinet Tsg qui a été choisi et envoyé au Sénégal pour réaliser pour le compte du gouvernement les études sur la plateforme de Diamniadio. Le Chef de mission du Mca au Sénégal qui a découvert la fraude en avait immédiatement informé sa hiérarchie à Washington. Tous les responsables de Tsg ont été auditionnés aux Etats-Unis. Ils ont eux-mêmes reconnu la fraude et ont accepté de coopérer avec la justice de leur pays.

Pour ce fait, ils risquent même la peine de prison, car on leur reproche d’avoir travaillé contre les intérêts de leur pays à l’étranger : délit passible de lourdes peines de prison. Les responsables de Tsg ont été ainsi amenés à se placer dans une situation de conflits d’intérêts grave et aidé à torpiller toutes les activités déployées depuis 2005 dans le cadre de la réalisation de la plateforme de Diamniadio. Les Américains ont rendu compte aux autorités sénégalaises de leur déception. Ils ont déploré le fait que l’ancien Premier ministre Macky Sall ait accepté de recevoir l’étude commandée à Tsg par les Arabes et leurs amis sénégalais. Cette étude a coûté la somme d’un milliard 500 millions de FCfa au trésor sénégalais. C’est dire que les études qui devaient être menées par les Arabes pour implanter leur projet ont été fournies par le Sénégal. Ce scandale n’est pourtant rien, comparé à l’énormité de la fraude qui se cache derrière l’arrivée de Jafza à Diamniadio.

C’est le 05 mai 2007 que le chef du gouvernement d’alors, Macky Sall a été informé par les Américains que toutes les personnes, en particulier les cadres de Tsg qui ont été impliquées dans cette affaire risquaient la peine de prison pour avoir travaillé contre les intérêts de leur pays à l’étranger. Macky Sall semblait surpris d’apprendre tout cela, lors de cette rencontre du 05 mai 2007 au cours de laquelle se préparait la venue à Dakar pour le 11 juin 2007 du président de Millénium challenge corporation, John Hewko. Il a été également informé ce même jour que la loi sur la zone spéciale et celle autorisant la privatisation de l’APIX ont été votées par l’Assemblée nationale. C’est la représentante de l’Apix, présente à la réunion, qui l’en a informé. Il semblait être surpris, car il laissait entendre que les projets de loi étaient encore dans le circuit et devaient incessamment passer à l’Assemblée nationale. Au moment où il disait cela, il avait lui-même apposé son contreseing sur les textes qui ont été votés par les députés.

Il y eut d’ailleurs un échange de propos assez vif entre lui et la représentante de l’Apix à ce sujet qui prétendait, elle, avoir assisté au vote des deux lois le 6 février 2007. « Je dis que la loi n’est pas votée, il faut convoquer une session spéciale du Parlement pour le faire. » Macky Sall tiendra le même discours Le 11 juin 2007, quelques minutes avant de revoir le vice-président du Mcc. Il répétera que la loi n’a pas été votée et la même représentante de l’Apix de lui répliquer de nouveau que si, la loi a été bel et bien votée parce qu’elle était présente. Pourtant, cette fameuse loi, dont le vote par les députés n’est pas évident pour certaines autorités, alors qu’il l’est pour d’autres, a été promulguée le 19 février 2007. Aujourd’hui encore, Macky Sall semble ne rien comprendre à cette affaire. Ses proches pensent que c’est un dossier qu’il a dû signer à la hâte. On était à six jours de la présidentielle qui a eu lieu, rappelons-le, le 25 février 2007.

Jafza, sans l’appui financier des Américains ne sera jamais réalisé au Sénégal. C’est pour cette raison que certains officiels à la tête desquels le nouveau Premier ministre et son ministre délégué au Budget insistent particulièrement sur le fait que les Américains n’ont pas abandonné la partie et qu’ils seraient même disposés à financer l’autoroute à péage. Faux ! Cette autoroute est une des composantes du financement de la plateforme multifonctionnelle. Tous les engagements pris à cet égard volent en éclats dès lors que la charpente ne tient plus. Or, aujourd’hui, on peut dire, à moins que le Sénégal ne renonce à sa volonté de faire installer Jafza à Diamniadio, ce qui est peu probable, compte tenu des engagements officiels et occultes auxquels nos autorités ont souscrit, que la plateforme de Diamniadio est morte, assassinée par la boulimie d’argent et la cupidité de certains officiels nationaux. Quelle tragédie !

Abdou Latif Coulibaly
Source: Sud Quotidien

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Lundi 16 Juillet 2007

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