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Emigration clandestine: L’odyssée de l’ancien vigile

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Blotti dans son blouson bleu, portant aux pieds de simples sandales, Mamadou D. trimbale avec lui un petit sac, le visage noir. A 38 ans, l’histoire de cet homme est comme un conte des mille et une nuit. Son odyssée en direction de l’Espagne à bord d’une pirogue n’a rien d’ordinaire. Ce fut simplement un voyage au bout de l’enfer.



Emigration clandestine: L’odyssée de l’ancien vigile
Mamadou était un vigile. Il a travaillé dans plusieurs services. Et pendant près de deux ans dans une grande école de communication de la place. Du travail de vigile, il ne ressasse que d’amers souvenirs. ‘’Ce n’est pas un métier. Nous pouvions rester jusqu’à trois mois sans être payés.’’ ‘’Le métier de vigile ne nourrit pas du tout son homme. Tous les vigiles en sont conscients’’, ajoute ce père de deux enfants. Mais, il y a trois mois de cela, Mamadou a voulu inverser le cours des choses en s’engageant dans une pirogue clandestine en partance pour l’Espagne.

‘’C’était il y a trois mois de cela. Nous avons pris une pirogue depuis la Gambie. J’ai déboursé 350.000 Cfa pour les frais de voyage. Nous étions 150 personnes à bord d’une pirogue en bon état avec toutes les provisions nécessaires : deux moteurs qui se relayaient, eau, riz, bouteilles de gaz, etc.’’, raconte Mamadou.

C’est à minuit que la pirogue a quitté les côtes gambiennes et pris le large en direction de l’Espagne. ‘’A l’intérieur, les gens étaient assis côte à côte. Quelques-uns seulement peuvent se mettre debout’’, fait-il observer. ‘’Les gens ont la possibilité de manger à l’intérieur, car il y a les provisions sur place. Les gens peuvent fumer. Mais, les capitaines conseillent surtout aux passagers de consommer beaucoup de biscuits pour ne pas aller fréquemment aux toilettes. A la fin, on avait le ventre compact’’, poursuit notre interlocuteur.

Un véritable chemin de croix

Le voyage a semblé s’être déroulé normalement jusqu’au large des côtes marocaines. Mais au bout de 5 jours, il est arrivé un petit accident avec une fissure qui s’est créée sur la pirogue, faisant ainsi remonter de l’eau dans la barque.

‘’Avec la montée de l’eau dans la pirogue, les passagers étaient soumis à une corvée. Il fallait en effet, avec l’aide d’un seau extraire l’eau à tour de rôle. Mais c’était peine de perdue’’, confie Mamadou. A cet instant, ajoute-t-il, ‘’il y en a qui ont commencé à pleurer. Quatre ont commencé à pousser des cris d’hystérie. Nous avons jeté un jeune garçon de 20 ans, mort, à la mer. Plus tard, nous en avons jeté 2 autres, ils étaient fatigués’’. ‘’C’est difficile de se débarrasser de cette manière de son semblable. Ce n’est pas humain. Mais on n’avait pas où les mettre. Trois personnes décédées ont été jetées à l’eau’’, martèle Mamadou, la voix calme. ‘’Devant la furie de l’eau, nous avons même jeté beaucoup de nos provisions à la mer, pour alléger le poids de la pirogue’’, ajoute t-il. Le premier bateau repéré dans la zone ne répondra pas à leurs cris de détresse. C’est un second qui viendra à leur secours en les convoyant aux Iles Canaries. ‘’Il faisait très froid. On nous a remis des couvertures et conduits à la Croix-rouge. Il y en a qui ont été retenus pendant trois jours sur ces lieux’’, poursuit Mamadou. ‘’Des personnes sont venues nous demander de nous identifier comme Sénégalais aux Espagnols. Ils nous laisseront passer. Or il s’agit là d’un piège. S’identifier comme Sénégalais équivaut à signer son acte pour le rapatriement vers le Sénégal. On n’avait pas compris’’, raconte le clandestin.

C’est là qu’un avion est venu les prendre. ‘’On vous amène à Barcelone’’, nous a-t-on dit. ‘’En vérité, elles nous ont trompés. La destination était plutôt Saint-Louis que nous avons reconnue une fois sur place’’, se souvient-il. ‘’C’est vers 15 heures que nous sommes arrivés à l’aéroport de Saint-Louis. La tristesse se lisait sur les visages des gens. Chacun a reçu un sandwich et 10.000 FCFA, de quoi pouvoir rentrer chez lui’’. Le même jour, Mamadou a regagné Dakar vers 21 heures. ‘’C’était triste quand je suis arrivé chez moi. Les gens étaient surpris, car ils savaient que j’étais au moins arrivé aux Canaries’’, dit-il. ‘’Je crois que c’est le destin’’, philosophe-t-il.

L’aventurier de la mer n’a pas tourné le dos à l’Europe. Son projet de voyage est plus que jamais vivant. ‘’Mais pas par la mer’’, précise t-il. ‘’Aujourd’hui, je vais essayer de multiplier les petits boulots et trouver un visa pour partir’’.

Ousmane Ibrahima Dia
Source: APS / Sud Quotidien

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Mardi 19 Juin 2007

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