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Election Présidentielle de 2000: Comment « Le Soleil » a caché ses « rayons » aux candidats de l’opposition

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« La Démocratie en Débats : L’élection présidentielle de l’an 2000 dans la presse quotidienne Sénégalaise » est le premier ouvrage du journaliste de formation et enseignant au Cesti, Ibrahima Sarr. Le récit de l’élection présidentielle de 2000 n’a été qu’un prétexte pour mettre à nu ce qu’il appelle la « scénarisation du politique et du débat public », l’imaginaire du pouvoir que la culture sénégalaise a produit, avec ses modes d’institutionnalisation dans les structures politiques et les codes sociaux, ses modes de légitimation ». La sémiologie du débat démocratique et de la communication politique a permis à l’auteur de montrer la différence de traitement de la campagne et de l’élection présidentielle de 2000 par le quotidien Le Soleil qui a fait la part belle au Président sortant, Abdou Diouf au détriment des autres candidats, et la presse privée, notamment Sud Quotidien, Le Matin, Walfadjri, Info 7. L’ouvrage fait 320 pages et est publié aux éditions l’Harmattan.



Election Présidentielle de 2000: Comment « Le Soleil » a caché ses « rayons » aux candidats de l’opposition
« La démocratie en débats : l’élection présidentielle de l’an 2000 dans la presse quotidienne sénégalaisee ». Ce livre du confrère Ibrahima Sarr, enseignant au Cesti, raconte l’histoire d’un scrutin qui marque la première alternance politique post-indépendance de notre pays. Une belle histoire que l’auteur s’est proposé de nous décliner en trois récits comme le précise la préface de l’ouvrage portant la griffe du Pr Frédéric Lambert : « celui de la communication politique et ses stratégies parfois contestables. Celui de la représentation de ces élections dans les médias francophones sénégalais avec leurs textes et leurs images, qui témoignent de la variété des discours d’information. Celui enfin plus large d’une science politique qui interroge la notion de démocratie quand on la considère non pas comme un simple processus électoral, mais comme une culture partagée par une société ».

Ainsi, grâce à la sémiotique, Ibrahima Sarr a montré que la presse quotidienne, au-delà de l’événement, a été productrice d’un récit qui a exhumé des croyances, des mythes et des normes propres à la société sénégalaise. Et l’un des enseignementts qu’il a pu tirer de la relation de l’élection présidentielle de l’an 2000 est que « l’information ne sert pas uniquement à formater les perceptions du public, à le manipuler. Elle peut servir de véhicule à des mythes, à des croyances et à des rituels propres à une société, à une culture ». Pour appuyer son propos, il convoque Claude Jamet et Anne-Marie Jannet qui affirment dans leur ouvrage : Les stratégies de l’information ; « faire partie d’une société, ce n’est pas posséder une carte d’identité, c’est prendre conscience de cette appartenance à travers des pratiques du groupe que les médias racontent et construisent en même temps ».

Le rôle de l’information dans la communication politique

En effet, en partant des travaux de recherche en communication politique, l’auteur a émis l’hypothèse que dans un contexte de crise de la participation institutionnelle (le vote) et de la participation spontanée (le militantisme) ainsi que le rejet de systèmes formatés comme le Ndigël, les facteurs à court terme, comme l’information ou l’actualité, doivent être pris en compte. C’est ainsi, en s’adossant sur les travaux de Jacques Gerstlé, qu’il a pu analyser la prédominance des effets persuasifs de l’information dans le discours du quotidien Le Soleil. Pour lui, ce journal s’est illustré lors de la campagne électorale de 2000, par sa « vision sélective de l’agenda électoral ». Il a, selon l’auteur, « non seulement accordé une large place à la campagne du président sortant (Abdou Diouf), mais aussi il a ouvert ses colones à la clientèle politique de Diouf et aux leaders d’opinion qui lui sont favorables. Par ses titres, son discours et ses illustrations, bref par sa mise en scène de l’information, Le Soleil a pris position en faveur du candidat Abdou Diouf dans la bataille sur l’enjeu lié au changement, a minimisé le débat sur la transparence du scrutin, a défendu le bilan économique du Président sortant pour faire accréditer l’idée d’un retour de la croissance ».

….Des statistiques à l’appui

Ce ne sont pas des propos en l’air. Ibrahima Sarr a fait un travail fouillé, avec des statistiques à l’appui, pour en arriver à cette conclusion. Par exemple, dans la couverture du premier tour de la présidentielle, Le Soleil, selon l’auteur, a consacré 151 des 191 articles recensés aux « présidentiables ». C’est le Président Diouf qui se taille la part du lion avec 96 articles, soit une moyenne de 5 « papiers » par édition. De même, il a eu droit à 74 photos, 15 « unes », 5 commentaires et éditoriaux de soutien, sans compter la publication de profession de foi et deux de ses discours. Après Diouf, viennent, loin derrière et dans l’ordre, Abdoulaye Wade (22 articles et 8 photos) Moustapha Niasse (17 articles et 12 photos) et Djibo Kâ (16 articles et 7 photos). Leur moyenne est moins d’un article par édition. Abdoulaye Wade a été deux fois à la « Une » du Soleil, même score pour Moustapha Niasse, contre une fois pour Djibo Kä.

Diouf, la part du lion, la portion congrue aux autres…

Les « petits candidats » n’ont eu droit qu’à 29 articles se répartissant comme suit : 11 pour Cheikh Abdoulaye Dièye, 11 pour Mademba Sock, et 7 pour Serigne Ousseynou Fall. Quant à Iba Der Thiam, Le Soleil ne lui a consacré que 11 articles et 9 photos.

La couverture du second tour qui a opposé Diouf et Wade, a confirmé, toujours l’auteur, les tendances déjà observées au premier tour. Diouf a bénéficié de 38 articles, 31 photos dont 11 à la « Une », de 6 éditoriaux et commentaires favorables et de 19 contributions de soutien émananant d’anonymes lecteurs et de leaders d’opinion. En outre, la profession de foi rédigée dans l’entre-deux tout de la présidentielle a été publiée tout comme le texte intégral de sa rencontre avec la presse nationale. Son adversaire Abdoulaye Wade n’a récolté que 14 articles, 2 éditoriaux défavorables, 14 photos.

L’inventaire de ce corpus a amené Ibrahima Sarr à faire les observations suivantes : « Le Soleil, dans sa couverture de la présidentielle 2000, a fait la part belle à Abdou Diouf en lui consacrant, au total, 134 articles sur les 203. Cela représente plus de 65% de la couverture de la campagne par ce journal ». La conclusion de l’auteur est que « Le Soleil, par un discours apologétique, hagiographique, n’a pas participé à la construction d’un espace de démocratie et de débats véritables ».

La presse privée n’a fait que son travail

Quant à la presse privée - Ibrahima Sarr, après avoir indiqué que la non maîtrise des flux de ses informations a été fatale au candidat Diouf - estime qu’elle n’a fait que son travail, avec la liberté de ton qui lui sied. Les informations non directement liées aux enjeux du scrutin qu’elle a fournies (révélation de la hausse en catimini du salaire des députés ; divulgation des honoraires de Jacques Séga, son conseiller en communication..) ont pu être utilisées par l’opposition comme des ressources stratégiques. Les « Unes » des quotidiens Le Matin, de L’Info 7, de Sud Quotidien ou de Wal fadjri témoignent de la vivacité du débat démocratique. Le journal Le Matin se distingue, selon l’auteur, par un discours authentique pouvant exemplifier la mise en scène de la démocratie à la « une » des quotidiens dakarois. Il s’est illustré par sa neutralité à travers ses titres, le ton frise parfois une froideur et un prosaïsme, comme le montrent certaines manchettes. Cette liberté de ton chez Sud Quotidien frise parfois l’irrévérence. C’est d’abord un ton incisif, une grammaire de l’anticonformisme. Authenticité, mythographie, et portraits officiels des candidats se sont souvent alternés à la « Une » de Sud Quotidien. Quant à Wal Fadjri ou « la presse des sans voix », il se caractérise par sa démarche intimiste, d’énonciation pédagogique et son caractère authentique de ses illustrations. L’Info 7 lui, se distingue par son ton sensationnel et humoristique.

Les candidats à l’épreuve de l’information

En effet, l’anatomie de la « Une » des quotidiens Sénégalais a permis à Ibrahima Sarr, d’une part, de dire le discours de chaque titre en présence et, d’autre part, de montrer comment chacun a construit la scène du débat démocratique. Les candidats à l’élection présidentielle de l’époque, Me Wade, Abdou Diouf, Moustapha Niasse, Djibo Ka, Iba Der Thiam, pour ne citer que ceux-là, ont subi les épreuves de l’information. Ce livre montre qu’il n’y a pas d’information « désincarnée » et que la neutralité n’existe pas. Le choix des mots pour décrire un candidat et son programme, le choix de la mise en page participent à la mise en scène d’un texte complexe Ainsi, les caricatures, photographies, citations, extraites de leurs contextes, pour parler comme le Pr Frédéric Lambert, s’invitent dans le débat électoral.

L’affiche de Diouf passée à la loupe

L’auteur a procédé à une vraie anatomie des images de la communication politique, notamment l’affiche électorale du Président Diouf « Ensemble, changeons le Sénégal ». Sur celle-ci, nous voyons Abdou Diouf, assis tenant une fillette ses genoux, avec un garçon debout à ses côtés. Pour lui la présence des deux enfants obéit à des raisons d’ordre purement symbolique. « Les enfants scrutent l’avenir avec espoir et confiance. Diouf nous regarde – en tant que lecteurs et électeurs – et ce face-à-face fabrique un deuxième « nous comme pour dire : nous (Diouf et les lecteurs-électeurs) allons construire ce Sénégal du changement pour eux (les enfants qui portent notre espoir et notre futur ». Et l’auteur de faire remarquer : « Cette image de sage patriarche d’Abdou Diouf, fabriquée dans les officines de marketing ou de communication politique, est à des années-lumière de la personnalité du Président sortant. ». Ibrahima Sarr s’est aussi intéressé à une autre photographie : celle du nouveau Président, Me Abdoulaye qui a rendu visite à Serigne Saliou Mbacké. On y voit Wade, assis à même le sol, adoptant la posture du njebelu discutant avec le saint homme bien calé sur son fauteuil. Ibrahima Sarr disséquant cette image souligne : « mais si l’on se fie à la posture des deux hommes, on constate que c’est le marabout qui détient l’autorité ».

Le mythe de l’unité, après la victoire de Wade

Dans ce livre, on a pu constater comment la presse a véhiculé, après la victoire de Me Wade reconnue par le Président sortant avant même la proclamation officielle, le mythe de l’unité, comme cette poignée de main, à la « Une » de Sud Quotidien entre les deux hommes. Ceci montre la place de la photographie de presse dans les mises en scènes théâtralisées des premières pages des quotidiens. Ibrahima Sarr a remonté le temps pour nous montrer comment la peinture sous verre sénégalaise a véhiculé des mythographies. Et même le mouvement « Set Setal » n’a pas échappé à l’œil du sémiologue qu’il nous présente comme élan de réappropriation de l’espace urbain dans les années 90. Ce mouvement, aux yeux de l’auteur, exprime une certaine révolte des jeunes contre le pouvoir politique.

Longs développements s sur la communication politique au Sénégal

« La démocratie en débats : l’élection présidentielle de l’an 2000 dans la presse quotidienne sénégalaise » a fait de longs développements sur la communication politique au Sénégal et l’approche sémiotique de la « une » des quotidiens sénégalais montre le rôle important de la presse dans cette campagne électorale. Notre pays n’échappe pas à la théâtralisation de l’espace politique. L’auteur l’a montré en nous exposant le style Wade fait de « show » et de « larmes », de même qu’en mettant à nu ce qu’il appelle « l’image brouillée de Diouf.

L’ouvrage fait 320 pages avec plus de cent références bibliographiques.
Source: Le Soleil

Article Lu 1754 fois

Vendredi 12 Octobre 2007





1.Posté par SAFSAFAL le 13/10/2007 02:02
EN 2000 MON CHER AMI.TOUTES LES RADIOS ETAIENT CONTRE DIOUF ET POUR QU'IL Y EST CETTE BALANCE,LE SOLEIL ETAIT OBLIGÉ D'Y JOUER SON RÔLE.
CE QUI N'EST PAS LE CAS EN 2007.
VOULEZ-VOUS EN PARLER?
ÇA SENT LA PROSTITUTION INTELLECTUELLE.
QUEL PAYS?
QUELS HOMMES?

2.Posté par xxx le 13/10/2007 10:38
SAFSAFAL tu connais rien du tout. Ce travail c'etait un sujet de these de doctorat. Avant de critiquer il faudra lire le livre. En plus de cela Ibrahima SARR est mieux placé que toi en ce qui concerne le soleil. Il tavaillé au sevice internationale avant de le quitter. Le soleil n'a jamais cessé de jouer son rôle c'est à dire d'être à coter du pouvoir en place depuis Senghor jusqu'à maintenant. En plus de cela il ne doit rien à ni à Diuf, ni a Wade. Il a travaillé à Sud et Walf. Le millieu journalistique connait bien son intégrité.
wa salam.


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