Assiste-t-on à la fin du politique, comme le pensent certains observateurs, qui, pour étayer leur argumentaire, brandissent la popularité grandissante des «mouvements citoyens» auprès de l’opinion publique ? Vu le foisonnement de ces entités, on serait tenté de répondre par l’affirmative. Depuis plus d’un an en effet, ils sont nombreux les Sénégalais qui ont décidé d’investir l’espace public si cher à Jurgen Habermas pour contester l’ordre établi des partis politiques, refuser le conformisme des syndicats, ou simplement s’exprimer autrement. Des religieux comme Mansour Sy Djamil aux opérateurs économiques comme Bara Tall en passant par les universitaires comme Amsatou Sow Sidibé ou les artistes comme Youssou Ndour, ils ont un seul leitmotiv : «alléger les souffrances du peuple». Pourtant, cette mission de défense des couches défavorisées et des exclus de la ripaille de l’alternance était jusqu’ici dévolue aux hommes politiques et aux syndicalistes. Mais ces derniers, vautrés dans des contradictions internes et minés par des querelles de clochers, semblent être à court d’arguments pour mobiliser les masses et défendre les intérêts des travailleurs. Conséquence, c’est comme qui dirait les partis politiques, du pouvoir comme de l’opposition et les syndicats, toutes obédiences confondues, sont au crépuscule de leur puissance.
La jurisprudence Amadou Toumani Touré et Yayi Boni
À l’ère de la mondialisation, le village planétaire dont parlait Marshal MacLuhan est devenue plus qu’une réalité. Et nul doute que les exemples venus du Mali (Amadou Toumani Touré), du Bénin (Yayi Boni) et d’ailleurs ont fini par convaincre les non-politiques au Sénégal qu’ils peuvent accéder au pouvoir sans passer par le couloir restreint des partis politiques. Dans un contexte caractérisé par la fin du messie politique issu des conférences nationales des années 90 et du désenchantement des coups d’Etat militaires qui ont suivi ce printemps, l’heure est plus que jamais au réalisme. Un minimum d’organisation et de cohérence, sous-tendu par un discours clair et un programme sans démagogie aucune, peut permettre à ces mouvements de percer. L’explosion médiatique et son corollaire, la fin du monopole détenu par la presse d’Etat, se chargeront du reste, en leur permettant de faire passer leurs messages. Reste à savoir si Cheikh Tidiane Gadio et ses compagnons «citoyens» sauront saisir cette opportunité pour convaincre les Sénégalais d’ici 2012.
SERIGNE SALIOU SAMB
Source L'Observateur