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ESCAPADE A NDIADIAKH: Ce hameau est la frontière entre le Sine et le Baol

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Samedi 12 avril courant, 17 h 30, gare routière de Dakar. En partance pour Ndiadiakh via Bambey et Niakhar. Le temps est toujours grincheux. Toujours grisâtre. Avec ces bourrasques de vents bourrées de poussière et de sable. Impérativement, il faut rallier cette vieille saltigué de Ndiadiakh. C'est une bourgade. Un hameau à la lisière des ex­-royaumes du Sine et du Baol. En fait, Ndiadiakh a toujours été leur frontière. Alors, nous som­mes à bord de notre taxi d'infortune. C'est une de ces antiques Peugeot de plus de quatre décennies. Initialement conçue pour quatre per­sonnes bien que break, au Sénégal et un peu partout dans la sous-région, dans ces secteurs du transport en commun entre les mains d'analpha­bètes, ce type de véhicule parcourt présente­ment des centaines de kilomètres avec sept per­sonnes. Comme toujours, s'agissant de la fluidi­té de la circulation dans la région de Dakar, les noeuds à l'entrée de la ville de Pikine, de Thiaroye et de Rufisque, avec leurs éternels carambouillages, continuent à faire enrager plus d'un. Mais, tant bien que mal, tant qu'on est pas surpris par le malheur, on roule. Entre la princi­pale et unique sortie de la région de Dakar, Diamniadio et Sébikhotane, pris par une subite somnolence, nous ne nous étions pas rendus compte que les ténèbres de dame nuit avaient déjà enveloppé l'atmosphère de leur mystérieu­se aura. Alors, dans la brousse plongée dans le noir, nous roulions. Moteur de véhicule lancé entre 120/140 kilomètres à l'heure. II faisait un noir absolu tout autour de notre véhicule perçant l'air. Un noir mât. Mais, d'un noir vrillé inter­mittemment par les phares des véhicules filants. Assez souvent, le conducteur se voit obligé de rétrograder sa vitesse. Pour éviter des bêtes dan­dinantes sur l'asphalte. Une charrette brinque­branlante sans feux de signalisation. Une colon­ne de remorqueurs alourdis par leurs tonnes de charges...



Dans cette brousse noire, les baobabs, les divers arbustes, étaient tels des fichiers figés, fixés, dans le sol. Sébikhotane, Pout, Thiès, bretelle nationale vers Diourbel, Mbacké, nous roulons toujours. A travers les impairs, les mille et un piège de traîtres routes.

Parmi ces innombra­bles inconnus et autres personnalités récemment fauchées, nous avons une pieuse pensée pour Abdoul Latif Guèye. Ah Jo, ainsi, il était dit que tu t'en irais avant moi ?

Bambey, 23 heures 17 minutes. Il nous faut ral­lier Niakhar. Puis Ndiadiakh. Sur une route nationale d'Afrique, quelque soit l'heure, il existe toujours une lueur amie. Débarqué de notre taxi qui continuait sa route vers Diourbel, nous nous essoufflons. Juste le temps de désen­gourdir nos muscles, d'uriner et de mâcher: quelques lampées d'un sandwich rassis. Puis, nous tombons sur le dernier driver du coin. Il nous propose de nous conduire jusqu'au domi­cile de Mère Khane moyennant six mille francs Cfa. Comment refuser à une pareille heure ? Surtout qu'il nous permet d'éviter la périlleuse étape de Niakhar. Avec son relais à bord d'une charrette.

Nous voilà, alors, engagé dans un autre voyage sur les pistes dans la nuit noire. Nuit d'une triste noirceur où seules les étoiles, la lune et la lumiè­re de rares voitures s'aventurant là, sont les repères. D'ailleurs, ici, à plus d'un mille à la ronde, le bois fait place à la savane. Un bois où les pistes sont d'argile sèche. Des pistes telles des sillons. Des pistes abruptes et dangereuses. La moindre erreur de conduite peut se révéler mortelle. Mais, n'est-ce pas qu'il faut bien mou­rir de quelque chose ? Alors, dans le noir de la nuit de ce bois pas du tout comme les autres, notre carrosse filait à une allure désemparante vers Niakhar, pour rallier Ndiadiakh. II nous aura fallu plus d'une heure pour amorcer les lacets et les crabotages les plus cyniques de ces pistes. Mais, enfin, zéro heure passée de plu­sieurs minutes. Nous voilà à Ndiadiakh. Entre les communautés rurales de Niakhar, de Patar et de Ngoye. Dans les nettes limites des régions de Fatick et de Diourbel, vous êtes à Ndiadiakh. Un antique village de 134 ans. Fondé par l'an­cêtre Amath Faye. Ses arrières petits-fils y vivent toujours. Pourtant, malgré sa relative pro­ximité avec la route nationale, ce bourg de 1130 habitants, ne compte ni forage, ni poste de santé, ni électricité. Dès lors, si, elles ne sont libérées par d'intrépides matrones, les femmes enceintes s'en vont encore risquer leur vie à bord des charrettes vers Bambey.

Ndiadiakh ! Ici, de célèbres rois Sereer sont passés. Entre autres, Guéléwar Djata Wagan. Celui-là même qui a disparu à califourchon sur son pur sang le sabre dégainé haut vers le ciel. L'on raconte encore qu'il s'en est allé réclamer à Rôg sa bien-aimée dont il ne s'est jamais remis de la cruelle perte. Salmon Faye, roi, parmi les plus craints du Sine à son temps. Ah ce farouche roi ceddo dont la tombe est surmon­tée d'un pimentier. Alboury Ndiaye. Samba Laobé Fall. Silmakha Diop et ses hordes de braves. Malgré l’heure tardive, sous le fromager géant debout au milieu des premières conces­sions de Ndiadiakh, des notables guettaient notre arrivée. Après les salamalecs d'usage, Chérif Diop, le fils aîné du chef du village est désigné pour nous conduire au domicile de Mère Khane. Ici, encore, au milieu de la conces­sion, des femmes entre deux âges, des morveux causaient gaiement en guettant notre arrivée. «Ah c'est vous le journaliste qui avait téléphoné cet après midi?», m'interroge-t-on. J'acquiesce. Longs salamalecs d'usages avant qu'on ne m’introduit dans la case de la vieille saltigué. Je lui rappelle les motifs de ma visite. Elle me rétorque qu'il faut au préalable offrir un cadeau royal aux gens de la maisonnée. Qu'il faut, aussi, qu’elle s’en ouvre à son époux et chef de famille. Enfin, nous convenons d’en reparler au matin. Je sors pour retrouver une place parmi les gens installés sous un arbre au milieu de la concession. On m'offre un bol de riz blanc au poisson et un bol d'eau. Je n'ai ni faim, ni soif. Mais, là-bas, dans le Sine et le Baol sacrés, l'hospitalité ne se refusant point, je goutte un peu. Je passe plus d'une heure à échanger avec les enfants de mon hôte. A la fin, sentant que j'é­tais épuisé, on intime à Chérif Diop, le fils aîné du chef de village de m'amener dormir dans sa case.

Au réveil, nous avons eu le loisir de constater de visu combien les matins sont féeriques à Ndiadiakh. Les bêtes domestiques ; moutons, chèvres, vaches, chevaux, poules, poussins et coqs picorent et becquettent dans les mêmes bols et calebasses que les humains.


LE GENIE DE NDIADIAKH



Ce qui suit n'est point de l'affabulation. Mais, c'est à inscrire sur un de ces mystérieux phénomènes propres à l'Afrique. Pour dor­mir à Ndiadiakh, il faut souffrir en vision l'image de son génie. On n'en sort toujours pas entier, et encore moins, vivant. Raison pour laquelle, par mesure de précaution, l'on vous exige votre pièce d'i­dentité. Pour au cas ou vous ne vous réveillez pas, pouvoir aviser qui de droit.



UNE FEMME CLAIRE SAIGNÉE À VIF



En bandoulière, une charrue tirée par elle grâce à la rotation d'un coeur ouvert et battant



La case de Chérif Diop est une case aussi ordinaire que toutes les aut­res cases. Toiture de branchage surmontée par de la paille. Cloison en banco. Enduit à la bouse de vache peinte en ocre. Dedans, un lit en bois rustique. C'est couvert par un matelas de paille ensaché par des sacs de jute. Des pointes fixées sur le mur servent de pendentifs. Après un dernier verre de cette eau saumâtre et gluante de Ndiadiakh, étalé à côté de notre hôte, on veut faire dodo. Seulement, malgré l'ex­trême fatigue qui prend n'importe quelle personne ayant rallié ce bourg, le sommeil vient difficile. D'ailleurs, un étranger dort-il vrai­ment lors de sa première nuit à Ndiadiakh ? Parce que, forcément, il faut affronter la vision de l'image du génie tutélaire des lieux. Absolument rien à voir avec un cauchemar, vous dit-on. Un instant, alors que vous croyez vraiment que le sommeil vous prend, c'est tout comme si, une force surnaturelle vous tient éveillé et vous subjugue avec l'inénarrable et horripilante image du génie. C'est une femme de teint clair. Le voile blanc dont elle est vêtue suinte partout du sang. Tout autour d'elle, une foule la lapide vivante. Chacun y va avec son bistouri d'infortune. Pour piquer de ce sang de la curieuse dame de teint clair. Curieux, parce que ce châtiment inexpliqué ne semble nul­lement l'ébranler. Et, encore moins, la faire souffrir. On la voit même qui tente de sourire. Ou alors, de dandiner nonchalamment...

Un instant, on plisse fortement ses yeux. Question de vérifier si on dort. Si on est éveillé. Mais, dans le noir de cette case rustique her­métiquement close, on ne peut se fier à rien. Au contraire, une autre image de la dame va encore défiler. Cette fois-ci, elle a en bandouliè­re une charrue. Mais, la charrue est tirée par un cœur humain ouvert et battant...

Au réveil de cette nuit sans sommeil, notre hôte nous explique que nous avions résisté à l'épreuve de la première nuit à Ndiadiakh.


Source: Pic Hebdo

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Lundi 21 Avril 2008





1.Posté par Mane le 21/04/2008 13:10
HUM!!!!

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