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ENTRETIEN… THIERNO GUEYE, ALIAS «MODOU POUSSE-POUSSE» - «Je n’ai jamais été chez un marabout pour faire du mal à quelqu’un»

Thierno Guèye alias «Modou pousse-pousse» est un des patins de la troupe théâtrale «Soleil levant». Dans cette interview qu’il a accordée à L’Observateur, il parle de ses débuts dans le métier, de sa passion du football, de sa femme «française», du maraboutage dans le milieu…



ENTRETIEN… THIERNO GUEYE, ALIAS «MODOU POUSSE-POUSSE» - «Je n’ai jamais été chez un marabout pour faire du mal à quelqu’un»
Pouvez-vous nous dire comment vous est venu le sobriquet de «Modou pousse-pousse» ?

Thierno Guèye est mon nom à l’Etat-civil. Mon homonyme est Mame Thierno Birahim Mbacké «Ndamal Darou». «Modou pousse-pousse», c’est juste un nom d’artiste que je n’ai d’ailleurs pas choisi. Il m’a été donné lors d’un casting. Dieu merci, avec beaucoup de travail, je me suis approprié le rôle et je l’ai réussi. Comme on le dit souvent, un travail doit être fait avec beaucoup de sérieux pour avoir un résultat satisfaisant. Et cela, je m’en suis rendu compte avec le temps. Par exemple, je rencontre parfois des gens dans la rue qui ne me reconnaissent pas, tellement, lorsque je mets mon costume de scène, je deviens carrément le personnage. Et cela aussi, je pense que c’est dû au fait que, comme le disent les lutteurs, «Da gno mbabatt (nous avons beaucoup travaillé dans l’ombre)», et avons rencontré d’énormes difficultés avant d’en arriver là.

Quand est-ce que vous avez commencé à faire du théâtre ?

Avec la troupe «Soleil levant», en 1993. Mais j’ai commencé le théâtre avec l’Association des anciens élèves de Oustaz Mbaye Kane. Il y avait un certain Alpha Mbacké qui était, à ce moment, à «Diamonoy Téy». Et quand il a quitté la troupe dakaroise, il a jugé nécessaire de créer une troupe théâtrale dans le quartier. C’est ainsi qu’il l’a fait avec notre association et c’est dans cette troupe que j’ai fait mes premières armes. Après cela, il s’est trouvé que, dans mon quartier, j’étais avec des amis membres de la troupe «Soleil levant». Nous nous sommes dit, pourquoi ne pas se regrouper et former notre propre troupe théâtrale. C’est là que le nom de la troupe «Soleil Levant» nous est venu. Et depuis que nous avons formé la troupe, nous avons toujours représenté la région de Thiès dans les festivals, mais nous avons cessé d’y aller en 2001. C’était au moment du décès du Président Senghor.

Mais, on ne vous entend jamais parler Français. Avez-vous fait des études en Arabe ?

Oui, mais je ne saurais vous dire exactement le niveau. Je sais lire et écrire en Arabe. D’ailleurs, tous les scénarii que l’on me donne, je les réécris en Arabe pour les maîtriser. Tous les scénarii que j’ai écris aussi, c’est en Arabe que j’ai pu le faire.

Avez-vous déjà écrit un scénario joué par la troupe «Soleil levant» ?

Pas encore ! Mais, j’ai écrit un scénario que j’ai donné à mes jeunes frères. Je suis aussi sur un projet dont j’ai déjà écrit le scénario. Il y aura dans le casting des membres de la troupe «Soleil levant» et d’autres comédiens des autres troupes.

Pourquoi ne pas donner le scénario à «Soleil levant» ? Il paraît qu’il y a beaucoup de soucis dans votre troupe ?

Ça, c’est le problème des Sénégalais. Ils ne sont jamais sûrs de ce qu’ils disent. Si vous leur demandez : «Qu’est-ce qui se passe au Soleil levant ?» Ils répondent, sans ciller : «J’ai entendu qu’il y a beaucoup de problèmes là-bas.» Mais, ils ne vous diront jamais ce qui s’y passe réellement, ils ne sont jamais témoins de ce qu’ils avancent. Au «Soleil levant», nous sommes des amis avant d’être des collaborateurs. Et nous ne nous sommes jamais séparés. Vous savez, tout ce qui se dit sur nous, nous motive davantage, nous pousse à rester plus soudés. Nous nous comprenons et nous n’avons pas de problème majeur. Mais, comme dans une famille, comme dans un mariage etc., il arrive qu’il y ait des soucis. Quand cela arrive, nous discutons en toute sincérité et nous réglons le problème. J’en rends grâce à Dieu. Quand il s’agit de travailler, il faut se donner à fond pour gagner la confiance des fans. Ne pas perdre de temps sur les détails, c’est ce que nous faisons.

Malgré le succès que vous avez dans le théâtre, si c’était à refaire, vous le choisirez comme métier ?

Pour dire vrai, si je pouvais revenir en arrière, je pense que je n’aurais pas fait que du théâtre. Vous savez pourquoi ? Il n’y a que la célébrité qu’on y gagne. Encore qu’il n’est pas facile de vivre la célébrité au Sénégal. Je ne souhaite à personne ce que l’on vit. Parce que si tu n’es pas une personne qui sait se maîtriser, tu passeras ton temps dans des querelles et autres bagarres. Tout le monde n’a pas la même réaction. Les uns vous comprennent, vous encouragent, prient même pour vous, tandis que d’autres vous critiquent. Ils ignorent que le théâtre, c’est une tenue et après la pratique nous avons droit à une vie de famille. Mais au Sénégal, quand on est artiste, on a plus de vie privée, de liberté. Pourtant, les comédies faites par l’artiste peuvent être non seulement source de bonheur, mais peuvent aussi changer une vie. Parce qu’il arrive qu’une personne, en regardant une pièce, se conscientise et change son comportement.



Pouvez-vous nous dire le métier que vous auriez pu exercer, si vous n’étiez pas comédien ?

Savez-vous que j’ai fait de la menuiserie en bois avant de faire du théâtre ? J’y avais beaucoup de connaissances. Vraiment les gens appréciaient beaucoup ce que je produisais. Le patron que j’avais aussi m’aimait beaucoup et me responsabilisait sur beaucoup de commandes. Parce qu’il savait que je maîtrisais mon art.

Regrettez-vous d’avoir abandonner la menuiserie ?

Si c’était à refaire, je n’aurais pas arrêté la menuiserie. Vous savez, la comédie est très prenante, c’est donc très difficile d’allier sa carrière de comédien à un autre métier. Mais peut-être que j’aurais pu le faire. Par contre, pour le football, j’adorais jouer.

Etiez-vous un bon footballeur ?

J’aimerais d’ailleurs, si possible, organiser un match de gala entre la presse et le groupe «Soleil levant». Vous verrez que nous ne sommes pas bons que dans la comédie. Non seulement j’aimais jouer, mais je peux vous dire que j’étais tellement bon que je jouais un peu partout dans le pays lors des navétanes. On me payait même pour que j’aille jouer dans d’autres villes. Je jouais dans 4 à 5 équipes par saison.

A quel poste jouiez-vous ?

J’étais un bon N°6, un milieu défensif. Je jouais avec beaucoup de rigueur. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, dans l’Equipe nationale de football de 2002, mon joueur préféré était Alioune Cissé. Il n’était peut-être pas le meilleur, mais sa rage de vaincre et sa bravoure faisaient toujours la différence.

Donc, vous regrettez d’avoir abandonné tout cela pour le théâtre ?

Je ne regrette rien. Mais, si c’était à refaire, je ne le referais pas. Malgré tout, je rends grâce à Dieu, parce que c’est Lui qui m’a tracé ce destin de comédien. C’est vrai que notre métier ne nourrit pas son homme, mais je rends encore grâce à Dieu, car ce que notre génération y gagne, nos aînés ne l’avaient pas. Ils ont beaucoup donné à l’art et pourtant certains sont décédés dans des conditions pénibles. D’autres, quand ils tombent malades, nous sommes obligés de faire une quête pour les soigner. Nous posons tout le temps le débat, mais notre problème majeur est que nous ne sommes pas unis. Nous avons une association «Arcoss», mais…



…Mais qui ne fait rien de concret, voulez-vous dire ?

Vous savez, notre problème, c’est que nous avons les meilleurs projets, mais nous ne les mettons jamais en œuvre. Le Sénégalais ne fait que parler mais, il ne pose jamais d’actes concrets. C’est valable pour tout le monde. De nos gouvernants au dernier-né des gouvernés. Et puis, notre problème à nous les Sénégalais, c’est que chacun pense à comment s’en sortir et jamais comment nous en sortir. Parfois même, quelqu’un peut tirer son épingle du jeu, en s’associant avec d’autres, mais juste pour ne pas que les autres gagnent quelque chose de son idée, il préfère ne rien faire et tout le monde y perd. C’est le cas dans l’ «Arcoss», nous nous sommes réunis en association, mais sommes loin d’être unis.

Mais pourquoi créé une association si vous n’êtes pas unis ; N’est-ce pas hypocrite ?

J’ai posé le débat plusieurs fois, il faut demander à mes collègues de Thiès. Au sein de l’«Arcoss», je dis toujours aux gens : «Soyons unis, travaillons la main dans la main, pour aller de l’avant», parce que seul le travail paie.

Y a-t-il autant de maraboutage dans milieu du théâtre comme le disent certains comédiens ?

En tout cas, je n’ai jamais été chez un marabout pour faire du mal à quelqu’un, mais le mystique existe. C’est une réalité dans notre société, même le Prophète Mohamed (PSL) y a été victime. Moi, je ne crois qu’en Dieu et à mes parents. Le reste, ce sont des futilités. Je crois sincèrement que personne ne peut me marabouter.

Comment votre épouse vit-elle votre statut de comédien célébré ?

Bien. Mon épouse s’appelle Adama Thiam. Nous nous sommes mariés en 2010. Nous avons un garçon et vraiment tout se passe bien entre nous. Nous nous comprenons bien, vivons notre ménage en toute harmonie. Elle est très bien et ne cherche que mon bonheur. Elle comprend mon métier et le comprend, parce qu’elle évolue dans le milieu du showbiz. Elle est productrice. Elle travail dans la production et connaît les réalités du métier.

Pourquoi personne ne la connaît ?

Parce qu’elle ne vit pas ici. Elle est en France. Elle évolue dans l’industrie musicale. Il y a des musiciens sénégalais avec qui elle collabore et tout. Elle est en France depuis l’âge de 9 ans, donc elle connaît bien le pays et ses règles.

Elle est Française et vous aussi, par ailleurs, non ?

Je suis Sénégalais et fier de l’être, je n’ai pas besoin de la nationalité française. Mon passeport sénégalais me suffit, je voyage avec comme je veux. Je crois en mon pays et je préfère rester Sénégalais.

Donc vous ne vous voyez pas souvent ?

Si, elle vient souvent. En fait, elle passe parfois 2 mois au Sénégal. Elle ne reste jamais longtemps, sans revenir à mes côtés.

MAME SIRA KONATE
source lobservateur

Mardi 3 Septembre 2013



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