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ENTRETIEN AVEC…Massamba Koky Diop nouveau Grand Serigne de Dakar : «Nous n’hésiterons pas à dénoncer nos rapports avec le pouvoir, s’ils ne sont pas corrects.»

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La Collectivité lébou vient de procéder à l’élection du nouveau Grand Serigne de Dakar. Massamba Koky Diop, petit-fils du premier Grand Serigne, Dial Diop, a été élu par le Collège des «Ndiambours» à la majorité des 36 voix (18 voix pour le nouvel élu, 17 contre son challenger Abdoulaye Makhtar Diop et une abstention). Dans cet entretien, il revient sur son projet de réunification de la famille Diop et ses ambitions pour la Collectivité lébou.



Vous venez d’être élu nouveau Grand Serigne de Dakar, succédant ainsi à El Hadj Ibrahima Diop, décédé récemment. Pouvez-vous vous présenter aux Sénégalais ?

Je m’appelle Massamba Koky Diop, fils de Demba Fall Diop. Mon père m’a donné le nom de son père Massamba Koky Diop dit Massamba Mbella. Ce dernier est le fils de Massamba Diop Diagne. Donc, il y a deux Massamba Koky : Massamba Koky Ndella Sow et Massamba Koky de Diop Diagne. Ce dernier est le fils de Dialy Ngoné Mbengue. Donc, vous voyez que je ne suis pas éloigné de la lignée de Dial Diop. Car, c’est Dialy Ngoné Mbengue, qui est le père de Massamba Diop Diagne, qui est le père de Massamba Ndella, qui est à son tour le père de Demba Fall, mon père. Mon père est le troisième petit-fils de Dial Diop. Je pense, donc, on ne peut alors être plus légitime que cela.

Pourtant, il semble que vous n’aviez jamais voulu vous présenter pour être Grand Serigne de Dakar. Pourquoi ?

Tous ceux avec qui j’ai cheminé dans le passé, qu’il soit des parents ou des proches peuvent témoigner que le titre de «Grand Serigne de Dakar» ne m’a jamais intéressé. Je ne l’ai jamais voulu à plus forte raison que d’en faire une obsession. Vous voyez, tous ces gens assis à mes côtés, (il les désigne du doigt et montre les enfants des dignitaires lébous et anciens Grands Serigne), il y a le fils de Gorgui Libasse, Ibrahima Diop Momar Maréme. Pourtant, je suis plus âgé que Ibrahima Diop (Ndlr : l’ancien Grand Serigne décédé récemment) et je l’ai soutenu. Si le titre m’intéressait, je n’allais pas m’investir à fond pour le soutenir. C’est le même cas avec Mame Youssou. Ma nomination est plutôt une question de circonstance. Car, je ne me suis pas présenté de mon propre chef (il le répète). Ce sont mes enfants et ceux de Mame Youssou, Libasse Diop et Momar Maréme qui se sont mobilisés pour me dire Grand-père, cette fois-ci, c’est ton tour. Momar Maréme Diop, Mame Yousou, Libasse Diop, sont tous mes grands frères. Ibrahima Momar Maréme est un petit-fils et ce sont leurs enfants qui, malgré ma résistance, m’ont poussés à me porter candidat.

Mais, dans le passé, je n’ai jamais voulu prétendre à ce poste-là. C’est Dieu qui l’a voulu ainsi. C’est quelque chose qui devait arriver de cette manière et j’en rends grâce à Allah. Mais, on a procédé à un vote pour départager les candidats. Ne pensez-vous pas qu’on pouvait ne pas en arriver là ?

On n’a jamais connu le vote, aussi bien du temps des anciens que jusqu’à une période récente. C’est maintenant qu’il existe. Au temps, les Dignitaires s’enfermaient dans une chambre pour élire le Grand Serigne. Ce dernier, pour être élu, devait appartenir, impérativement, à la lignée de Dialy Ngoné Mbengue, sans aucune contestation. Il devait être aussi quelqu’un de bien, un homme sincère, un sage, imbu de hautes vertus morales et reconnu comme ayant la compétence de diriger Dakar. C’est comme ça qu’on procédait et non recourir à un système de vote, ça on ne l’a jamais connu. Une telle méthode est anormale. Je pense qu’on peut s’entendre entre nous pour éviter de passer par le vote. Mais, recourir à un vote, peut entraîner de graves conséquences.

Donc, vous auriez aimé que l’on revienne à l’élection traditionnelle.

Oui, comme Dieu m’a permis d’être «Grand Serigne de Dakar», je vais œuvrer à ce que cette pratique cesse définitivement. Je vais veiller à ce que, prochainement, les gens discutent jusqu’à trouver un consensus pour choisir leur candidat. Avec nos éternelles querelles de la famille Diop, nous ne cessons d’indisposer les dakarois. Il est temps que ça cesse, il faut mettre fin à ça. Se quereller avec tout le monde, des disputes à n’en pas finir, c’est uniquement dans la famille Ndiobèn que ça existe encore. Il faut que ça cesse ! Je souhaite que la lignée de Dialy Ngoné Mbengue arrive à pouvoir discuter et s’entendre, c’est ce qui est bien et à saluer. Je veillerai à ce que cela soit possible. J’invite à ce que nous travaillons pour éviter le système du vote. Il va disparaître à jamais dans la famille Ndiobèn, Inch Allah.

Dans quel endroit s’est déroulé le vote ?

C’est dans la mosquée de Santhiaba qu’il s’est déroulé. Mais, je dois préciser que je n’étais pas présent, bien que je pouvais le faire. Car, je suis chef de «Pinth» du quartier Diécko. Rien que ce titre me permettait d’être présent et d’assister au vote. Tous les chefs de «Pinth» sont accompagnés de leurs «Ndiambours» pour assister au vote. Rien ne m’interdisait de le faire. Mais, je ne l’ai pas fait. Il y a un pourquoi. Jusqu’au moment où je vous parle, je ne sais pas le nombre de voix que j’ai et comment le vote s’est déroulé. On m’a juste informé que j’ai été élu, et je n’ai pas cherché à comprendre.

Vous avez invoqué, tout à l’heure, une raison. Quelle est cette raison ?

Il y a une raison, mais je ne le dirai pas. Je devrais y aller avec un de mes «Ndiambours» ici présent : Doudou Diagne et tant d’autres. Mais, je n’ai pas jugé nécessaire d’y aller. Il y a une raison, mais je ne le dirai pas.

Comment comptez-vous vous y prendre pour vous pencher sur les problèmes de la Collectivité lébou ?

Je suivrais les pas de mes prédécesseurs. Ils ont toujours œuvré pour l’unité de la Collectivité lébou. Mais, comme charité bien ordonnée commence par soi-même, je commencerai par ma famille Ndiobèn. Je dois souligner que de Dakar à Rufisque, en passant pas Thiayane, tous ceux qui répondent au nom de Diop doivent m’appeler Papa, même si tu es plus âgé que moi. C’est Dieu qui l’a voulu ainsi et eux l’ont accepté aussi. Car, tous les trois candidats de Yeumbeul se sont désistés à ma faveur. Mbaye Gode Diop dit Ablaye Diop, qui est à la tête de la délégation de Yeumbeul, a montré qu’ils peuvent prendre de la hauteur et ont le sens de la famille. Ils se sont mobilisés autour de ma candidature et, Inch Allah, je leur devrai ça, je ne les décevrai pas. Je suis conscient de la bonne action qu’ils ont faite et je les en remercie. Les autres candidats, j’ai cheminé avec leurs pères, je les ai soutenus jusqu’à ce qu’ils aient pris le poste de Grand Serigne de Dakar. Donc, si aujourd’hui, ils osent me défier, vraiment je ne m’y attendais pas. Ils ont fait ce qu’ils ont fait, j’en remercie le Bon Dieu. Qu’Il nous aide à réussir l’une unité de la famille Ndiobèn, dans la Collectivité lébou et dans le pays.

Les lébou sont confrontés à de nombreux problèmes comme le foncier, par exemple. Que comptez-vous faire pour y remédier ?

Les problèmes sont nombreux, c’est vrai. Mais, il a toujours existé des problèmes à Dakar et au Sénégal. Mais, je ne pourrai pas tout vous dire. Car, il y a la Collectivité lébou qui est là, avec à sa tête des Dignitaires qui sont soit mes oncles soit des grands frères à moi. On se connaît et se respecte. Donc, je ne pourrais pas me prononcer, tant que je ne les aurais pas rencontrés, ce sont mes aînés. Il faut que nous nous asseyions autour dune table pour discuter des problèmes dans leur globalité.

Quels seront vos rapports avec le pouvoir actuel ?

Ils doivent être là pour tout le monde. Quand les Français étaient là, ils ont collaboré avec les lébou. Les traités qu’ils signaient, ils le faisaient par l’intermédiaire de Ablaye Diop. Ce sont des protocoles que nous avons signés avec eux, au nom des intérêts de Dakar.

Vous savez que si tout marche à Dakar, c’est tout le pays qui y gagne et si rien ne marche à Dakar, c’est le Sénégal qui en pâtit alors. Cette collaboration qui a toujours existé entre les colonialistes et les lébou n’a pas changé grand-chose. Parce que tous les pouvoirs, qui se sont succédés, ont toujours collaboré avec la Collectivité lébou. C’est le cas de Senghor, Abou Diouf et tout récemment le Président Abdoulaye Wade.

Il y a des relations qu’ils entretiennent avec les lébou. Si les relations sont correctes, nous le dirons. Au cas contraire, nous n’hésiterons pas à les dénoncer. Nous avons toujours vécu dans la dignité et le respect avec tous les pouvoirs qui se sont succédés, ici.

Votre dernier mot ?

J’adresse mes sincères remerciements à vous les journalistes qui ne cessent d’œuvrer pour les populations. Vous êtes là pour nous, à notre service, pour nous informer sur ce qui se passe dans le pays. Que Dieu vous assiste dans votre métier, car vous ne sortez que des informations qui visent à éduquer, sensibiliser la communauté. Donc, je formule des vœux pieux pour vous.


Yathé Nara Ndoye
Source: Le Quotidien

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Vendredi 10 Août 2007


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