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ENTRETIEN AVEC L’HISTORIEN MAMADOU DIOUF : “Les marabouts font partie intégrante de notre système politique”

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Réputé pour ses fines analyses sur les sociétés africaines contemporaines et le Sénégal en particulier, l’intellectuel sénégalais, Mamadou Diouf, aujourd’hui, directeur du Centre d’études africaines de l’Ecole des affaires internationales de l’université de Columbia (New-York), nous a accordé un entretien au cours de son bref séjour au Sénégal. L’historien a tour à tour abordé les mutations du Parti démocratique sénégalais (Pds) au pouvoir depuis l’alternance du 19 mars 2000, expliqué les coalitions politiques qui se composent, se décomposent et se recomposent et a jeté aussi un regard critique sur la bataille de succession du président Abdoulaye Wade. Mamadou Diouf a également évoqué l’implication des chefs religieux dans la résolution des conflits politiques.

Quelle analyse faite vous de l’évolution récente du Pds depuis l’alternance de 2000 ?

L’histoire du Pds est fascinante dans la mesure où c’est un parti construit autour d’un homme, Abdoulaye Wade. C’est le parti d’un homme. Abdoulaye Wade symbolise ce parti. Et c’est en cela qu’Abdoulaye Wade a changé la tradition politique de ce pays. C’est un parti qui a mis ensemble des intérêts hétéroclites pour parvenir au pouvoir. Le rôle du Pds était de faire accéder un homme au pouvoir. Parce qu’aussi il a été au service exclusif de ce parti. Mais ce parti, malgré ses querelles internes, n’est pas en déclin, ni en décrépitude. C’est un parti au service d’un homme. Contrairement au Parti socialiste, le Pds n’est pas un parti de militants. Il n’a pas une culture institutionnelle.

Quelles sont les conséquences d’une telle configuration politique ?

Wade est obligé d’aller, une fois au pouvoir, à la recherche de transhumants. Ces derniers avaient pour rôle de faire fonctionner l’appareil d’Etat. Puis, ces transhumants ont commencé à déséquilibrer le système. D’ailleurs, ce qui a permis à Me Wade de renforcer son pouvoir. Il a obtenu des gens qui n’ont d’allégeance qu’à lui. C’est pourquoi le Pds ne peut pas avoir de numéro deux. Et Wade, contrairement au Parti socialiste où les batailles et les courants sont institutionnalisés, est poussé à arbitrer les bagarres au sein de son parti.

Justement, parlant de ces querelles internes au Pds, on a noté une intervention régulière des chefs religieux dans l’apaisement des conflits politiques. Quelle lecture faites-vous de cette situation ?

Les chefs religieux ont toujours joué un rôle dans la vie politique sénégalaise. C’est ainsi que fonctionne notre système politique. Les marabouts font partie intégrante de notre système politique depuis la période coloniale. Et notre système politique a toujours été une combinaison de logiques d’intérêts souvent contradictoires. On se rappelle du rôle déjà joué en 1968 par El Hadji Serigne Fallou Mbaché et beaucoup d’autres marabouts dans l’apaisement des tensions politiques dans notre pays. En fait, le système maraboutique est le double de l’Etat dans la mesure où les marabouts ont également des intérêts dans ce système. Ils ont un pouvoir équivalent à celui des hommes politiques.

Aujourd’hui, le nom Karim Wade, président de l’Anoci et fils du président, est souvent évoqué dans la bataille pour la succession du président Wade. Quels commentaires en faites-vous ?

Je refuse de réduire la vie politique sénégalaise à des querelles de familles. Il faut inscrire l’analyse de cette situation politique dans la longue durée. Tous ceux qui sont alliés à Abdoulaye Wade aux premiers moments de l’alternance ont été convaincus que Wade est un président de transition. Il s’agit de Moustapha Niasse et ses alliés. Et, c’est pourquoi, ils ont travaillé très tôt pour préparer sa succession. Alors que Wade était lui convaincu qu’il a une stratégie de durée. D’ailleurs, c’est pourquoi Wade permet à Idrissa Seck de liquider ses anciens alliés. Ce qui explique aujourd’hui cette cacophonie institutionnelle.

A partir du moment où Abdoulaye Wade élimine les opposants et les cadres politiques les plus dangereux, se retrouve avec les partis satellites et contrôle And-jëf /Pads, il règle ainsi un double problème : le renforcement du Pds et la réduction presque à néant de l’opposition. Sa stratégie avec Idy a consisté à favoriser le retour des personnes qui lui sont hostiles telle que Ousmane Ngom et favorise en même temps l’ascension politique de gens comme Farba Senghor.

C’est cette logique qui permet de comprendre le débat autour de Karim aujourd’hui. Karim est une création des journaux sénégalais. A ce que je sache, Karim n’a pas une position institutionnelle dans le dispositif de l’Etat. En plus, il n’a pas fait jusque-là de discours politique. Maintenant, l’occasion faisant le larron et on a tellement parlé de lui, qu’il est devenu un fait, une créature autour de laquelle se cristallisent toutes les discussions. Ainsi, les journalistes consciemment ou non se sont inscrits sur un ordre marchand en mettant Karim au-devant de la scène médiatique. Cette situation rappelle bien celle d’Abdoulaye Wade lorsqu’il était dans l’opposition. Aujourd’hui, les gens soutiennent Karim parce qu’ils ont des intérêts à sauvegarder et à défendre.

Donc, vous voulez dire que Karim Wade a de fortes chances pour succéder à son père, Abdoulaye Wade, président de la République ?

Je veux dire qu’il y a une pauvreté du débat politique dans le Sénégal d’aujourd’hui. L’idée d’un transfert monarchique du pouvoir a toujours été combattue par les Sénégalais. Il ne s’agit pas d’un débat personnel mais plutôt un débat de type politique. Les Sénégalais ont toujours été sensibles à l’argent et les entrepreneurs politiques ont toujours tiré profit de cette situation. Si Karim arrive à recréer une coalition sur la base des ressources qu’il dispose, c’est de l’ordre du possible. Et là il peut même ne pas avoir besoin du soutien de son père. Seulement la question est de savoir s’il y a des gens qui sont prêts à accepter cette situation.

Source: Le Soleil

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Mercredi 30 Janvier 2008


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