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EN ATTENDANT 14 HEURES:Ou la quête de la pitance dans l’espace universitaire

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Depuis de longues années, les restaurants du campus universitaire nourrissent les populations environnantes des quartiers de Fass, Fann Hoc, Gueule Tapée, Médina et même celles qui viennent de très loin comme Yarakh et Castors. Chaque jour, des groupes de personnes, tout âge confondu, munis de seaux, pots de tomate, bols... font des queues interminables, guettant tranquillement la fin du service pour s'emparer des "restes" de nourritures des étudiants. Reportage.



Il est exactement 13 h 45 lorsque nous arrivons au restaurant Argentin sis à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Des personnes assises tranquillement sous les arbres attendent la fermeture du restaurant à 14 heures. Invoquant certainement tous les Saints du ciel et psalmodiant différentes formules magiques pour qu'il leur reste de la nourriture. Les conversations vont bon train. On parle de tout et de rien. De temps à autre, un jeune garçon d'une vingtaine d'années lance des blagues pour détendre l'atmosphère qui respire la pitié et la misère humaine dans tous ses états. Le soleil tape fort et les rayons, comme s'ils n'avaient pas compassion de cette masse, déversent leur colère sur la populace lasse et miséreuse. En regardant ces personnes, l'on se croirait dans l’un de ces faubourgs décrits par Emile Zola dans Germinal ou dans l’un de ces camps de réfugiés dans un coin perdu de l'Afrique.
« Je travaille ici depuis presque 10 ans. Les gens quittent même Thiaroye et Yarakh pour venir chercher de la nourriture ici. Lorsque j'étais au restaurant central (ndlr : un autre restaurant de l’Ucad), le patron lui-même exigeait une marmite de plus pour ces gens. C'est très dur. On doit revoir les règles de la solidarité dans ce pays », confie un restaurateur du nom de Sogui Dieng, avec un visage sombre et une voix teintée d'émotion exprimant le spectacle désolant qu'il voit et revoit pendant toutes ces années. 14 heures, les restaurants viennent de fermer leurs portes.
Une demi-heure plus tard, deux personnes roulant des chariots avec de grosses marmites se pointent. Tout de suite, ce sont des bousculades, des heurts, des bagarres pour prendre place dans la queue afin d'être mieux servi. Les deux "serveurs" ont du mal à faire respecter l'ordre. Après quelques minutes de turbulence, l'ordre revient. Tels des prisonniers, ils défilent pour prendre leur ration quotidienne. Après de longues minutes de négociations, un jeune homme, préférant garder l'anonymat, s'ouvre à nous : « je suis maçon de profession et je sais travailler. Mais, ce n'est pas chaque jour que je trouve du boulot dans les chantiers. Je suis resté un mois sans travailler et je suis complètement à plat. C'est pourquoi je viens ici. Je viens avec un seau. Parfois, je trouve de la nourriture, parfois non. C'est très dur et aussi très gênant pour moi.
Les gens te regardent avec mépris ». Une femme handicapée du nom de Sira Sow s'approche, elle aussi, pour se confier, comme pour vider son cœur de la tristesse et de la mélancolie : « aujourd’hui, je n'ai pas de nourriture, mais j'ai du pain. Une fois à la maison, je le mangerai avec de l'eau et du sucre "dama koy poncé". Ça nous servira de déjeuner. Mon mari est décédé et je me suis retrouvée seule avec 7 bouches à nourrir », laisse-t-elle entendre, d'une voix désolante à vous faire verser des larmes. La plupart des étudiants que nous avons rencontrés sont d'accord à l'unanimité qu'au lieu de verser de la nourriture, il est préférable de l'offrir. Certes, la charité n'est pas à la hauteur, du moment que ce sont des restes qu'on distribue à ces populations environnantes.
Pour Jonas E. N’Tab, étudiant en 2ème année à l'Endss, en assistance sociale : « l'Etat doit trouver les moyens d'aider ces populations. Nous avons en exemple des pays européens où l’on distribue aussi des plats aux démunis et aux gens qui vivent dans des conditions difficiles. Il y a une politique à l'égard de ces gens-là. Le Sénégal doit copier ces exemples et ouvrir des centres sociaux pour permettre à ces gens de vivre dans la dignité ». Encore faudrait-il qu'il y ait les moyens de réaliser les rêves de ce jeune Assistant social. Dans un pays où les gens raisonnent et résonnent en termes de milliards, nous conviendrons à juste titre que ce n'est pas l'argent qui fait défaut.

Adolf Eudes NZALE
Source: Le Matin

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Vendredi 29 Juin 2007

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