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Dites-nous… Pierre ENCONTRE (Economiste à la Cnuced) : ‘Les Pma ne demandent que l’application des règles édictées par l’Omc’

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Pour que les Pays les moins avancés enregistrent une croissance économique soutenue et une réduction notable de la pauvreté, ils doivent développer leurs capacités productives de façon à ce que la population en âge de travailler soit employée en nombre croissant et de manière de plus en plus productive. Cette question a été examinée dans le Rapport 2006 sur les Pma. Une question sur laquelle l’économiste Pierre Encontre de la Conférence des Nations-Unies sur le commerce et le développement (Cnuced) revient dans l’entretien qu’il nous a accordé.



Dites-nous… Pierre ENCONTRE (Economiste à la Cnuced) : ‘Les Pma ne demandent que l’application des règles édictées par l’Omc’
Wal Fadjri : Quels sont les grands axes du rapport de la Cnuced sur les Pays les moins avancés (Pma) ?
Pierre Encontre : Ce rapport est le seul rapport du système des Nations-Unies qui soit consacré à cette catégorie particulière de pays qu’on appelle les Pays les moins avancés. C’est un signal donné par les Nations-Unies à la communauté internationale sur les problèmes particuliers de ces pays. En désignant et en donnant une vaste publicité à la liste des pays les moins avancés, les Nations-Unies encouragent les partenaires au développement à accorder à ces pays un traitement spécial fort afin d’essayer de diminuer les handicaps dont ces pays souffrent. Alors, ce rapport, qui est naturellement, chaque année, basé sur un thème spécifique, a toujours plus ou moins soutenu la même idée. Une idée clé qui se résume en quelques mots : le meilleur moyen de réduire la pauvreté dans les Pma est de développer les capacités productives afin de créer des emplois rémunérateurs pour réduire la pauvreté dans les villages, les familles, les communautés et dans toutes les cellules de la société. Il y a donc cet impératif de développement des capacités productives. Et le rapport de cette année 2007 est centré sur un des facteurs importants, de notre point de vue, de cette équation du développement, c’est-à-dire le facteur savoir. Autrement dit, la possibilité d’injecter, parmi les facteurs de production, la matière grise, c’est-à-dire non seulement l’éducation, une composante essentielle du développement, mais aussi à tous les stades de la préparation des hommes, des entreprises, faire en sorte que la valeur ajoutée soit la plus élevée possible. Pour ce qui concerne les matières premières par exemple, faire de sorte que le processus de transformation puisse être atteint au plus haut degré possible afin de mieux spécialiser l’économie. Ceci pour qu’elle puisse s’orienter vers des acteurs à valeur ajoutée plus avancés. C’est la manière de saisir les forces de la mondialisation, de jouer le jeu de la mondialisation car la demande internationale évolue rapidement. Il faut donc y répondre de façon compétitive. La demande est de plus en plus sophistiquée, surtout les marchandises et les services. Il faut l’anticiper, la percevoir, la comprendre et pouvoir y répondre aussi bien que les autres. C’est ça le jeu de la mondialisation. Ce n’est pas évidemment une chose facile, mais enfin il y a cette vision, de notre point de vue, est impérieuse d’encourager l’injection de facteurs savoir dans le processus productif. Ce qui veut dire évidemment s’orienter le plus possible vers des secteurs valorisants.

Wal Fadjri : Souvent, les recommandations ou conclusions des rapports des Nations-Unies ne sont pas cependant appliquées par les partenaires au développement.

Pierre Encontre : Bien sûr, le rapport s’adresse à tout le monde. Il ne s’adresse pas seulement aux Pma eux-mêmes. Il s’adresse aussi à leurs partenaires. D’ailleurs, le rapport fait aujourd’hui, dans les capitales du Nord et celles du Sud comme Dakar, d’une publicité, d’une dissémination. Il est bien évident que les partenaires du développement, qu’ils soient multilatéraux, régionaux ou bilatéraux, sont sensibilisés à cette vision que nous essayons de développer dans le rapport. La plupart du temps, ils partagent le point de vue, sont heureux de retrouver dans ce genre de rapport les éléments qui corroborent leur propre vision. Car, eux aussi ont bien intérêt à ce que les Pma fassent mieux, se rapprochent des seuils de la catégorie. Ceci du fait que c’est une catégorie à laquelle on n’est pas voué à rester éternellement. Il y a pour certains déjà des perspectives de sortie pour au moins 3 sur les 50 Pma actuellement. Ce n’est pas mal, c’est mieux que rien du tout. C’est évidemment quelque chose que les partenaires encouragent. Retrouver cette problématique et l’approche que nous avons de ce problème dans ce genre de rapport est donc une satisfaction pour eux.

Wal Fadjri : Les pays du Nord ne respectent pas pour autant leurs engagements pris lors des rencontres internationales comme les Sommets du G8 (huit pays les plus riches), notamment sur l’Aide publique au développement.

Pierre Encontre : Vous avez raison. Il y a eu un engagement collectif sur l’Aide publique au développement. Nous savons que tous ne l’ont pas respectée. En dépit du fait que tous font des efforts d’une manière ou d’une autre, cela est une chose. Mais je crois qu’il y a là un aspect quantitatif qui est de la responsabilité des partenaires eux-mêmes. N’empêche qu’ils apprécient de retrouver dans une littérature comme le rapport du Cnuced les éléments qui leur permettent parfois de mieux comprendre la problématique, de mieux orienter leurs efforts. C’est d’ailleurs en comprenant mieux les aspects qualitatifs du besoin de l’aide que l’on sera éventuellement mieux à même d’augmenter en terme quantitatif. Je crois qu’il y a une convergence de vue. Leurs engagements sont une affaire politique. Ils concernent leur dialogue avec les pays bénéficiaires. De notre part, nous ne pouvons qu’encourager le respect des engagements. Mais notre effort principal est surtout de montrer, d’essayer de signaler les manières de mieux aider les pays. Plus que de les aider en terme quantitatif, c’est surtout la manière de bien cibler les domaines dans lesquels on peut apporter une assistance. Tel est vraiment le cas avec ce genre de rapport.

Wal Fadjri : L’option politique de la France sur l’émigration choisie ne creuse-t-elle pas l’écart de l’économie du savoir dans les pays en développement ?

Pierre Encontre : Je pense même que cette vision française d’émigration choisie converge avec la vue que nous développons. Il y a évidemment un intérêt majeur pour les gens qui iront étudier dans un pays comme la France à bien comprendre l’applicabilité de ce savoir dans le pays d’origine. Donc avoir le privilège d’aller étudier dans un pays pour pouvoir ensuite rapporter le savoir est une chose qui va tout à fait dans le sens dont parle la Cnuced. Je crois qu’il y a des formules à trouver. C’est le cas d’ailleurs, si j’ai bien compris, de l’approche dite du co-développement. Il y a le désir d’aider les pays à mettre en œuvre le savoir qui aura été reçu par leurs ressortissants. S’il y a une aide au retour, mais pas simplement une aide au retour pour aider le ressortissant à mieux s’installer chez lui, il y a aussi une aide qui peut être en terme qualitatif, d’appui au développement d’une entreprise, d’appui à l’insertion dans une filière, d’appui à la création d’une entreprise, etc. Tout cela va dans le même sens. Cela ne me paraît pas incompatible. Je suis convaincu que le pays dont vous parlez, le pays hôte, appréciera le contenu du rapport de la Cnuced et l’approche de ce que nous appelons le facteur savoir.

Wal Fadjri : Cette option peut aussi favoriser la fuite des cerveaux.

Pierre Encontre : Cela est une réalité. On ne peut pas le nier. Elle est évidemment un des volets du problème du déficit de matière grise dans les pays d’origine. Dans un pays comme le Sénégal, si mes données statistiques sont correctes, il y a à peu près 24 000 Sénégalais ayant reçu une éducation supérieure à l’étranger, hors du pays. Ce qui représente un vivier non négligeable de gens qui pouvaient évidemment contribuer au développement du Sénégal. Alors, il faut essentiellement un parallèle aux efforts pour trouver des formules personnelles, des formules de court terme satisfaisantes pour ces gens qui sont encouragés à rester à l’extérieur. Eventuellement à rester dans le pays où ils ont étudié à revenir. Cela est une chose, mais d’autre part, il faut qu’il y ait une vraie vision, une politique dans le pays d’origine pour favoriser le développement du secteur qui soit encourageant, motivant, rémunérateur pour la personne concernée. Il faut une vision d’avenir des secteurs qui ont vocation à se développer, qui puissent permettre une spécialisation plus gratifiante pour ces pays, et donc pour les gens qui reçoivent les acteurs. Je crois que la voie est longue. C’est certainement un chemin long à parcourir. Nous nous situons vraiment avec ce sujet-là dans ce rapport en particulier. Il n’y a aucun doute, nous savons très bien que pour la majorité des Pma, il s’agit du très long terme. Il s’agit des facteurs du développement avec une vision très long terme pour essentiellement mieux spécialiser une économie. Ce sont donc tous les facteurs qui doivent être préparés. Le facteur ‘savoir’ est l’éducation et tout ce qui suit. Tout ce qui consiste à injecter dans les entreprises l’apprentissage technologique, les transferts technologiques. Ce qui pose parfois des problèmes de propreté intellectuelle dont nous parlons dans le rapport. Il y a également la capacité d’innover qui est essentielle, car c’est là que se situe le ferment de la diversification. En définitive, il y a toute une constellation de facteurs sur lesquels nous essayons de braquer les projecteurs, et qui consiste un peu à émanciper les pays de l’éternelle dépendance par rapport aux produits de base à un niveau de faible transformation. Sous cet aspect, les filières sont essentiellement les chaînes de valeur. Quand on prend par exemple le coton, il passe par le produit brut, le fil, le tissu, les vêtements. Si vous regardez la proportion du marché global, du marché mondial qu’occupent les Pma dans cette filière coton, vous verrez qu’ils sont tous en bas, au niveau du produit brut. Et leur part de marché du produit en haut de la chaîne de valeur c’est-à-dire au niveau des textiles, à l’exception notable d’un des Pma, le Bengladesh, mais avec la diminution qu’il a, cela n’est pas étonnant. A l’exception donc du Bengladesh, les Pma sont quasi non existants. Il y a là une anomalie. C’est à ce niveau que se situe le problème. Il faut les aider à évoluer vers les parties supérieures des chaînes de valeur.

Wal Fadjri : Dans le cas de la propriété intellectuelle, on sait aussi que les accords de l’Omc se posent avec acuité lors des négociations commerciales internationales.

Pierre Encontre : Il faut un équilibre entre les aspirations légitimes des uns et les besoins des autres. Ce que je veux dire, c’est qu’il est normal que les gens qui ont inventé, soient rémunérés pour leurs inventions. Ils s’y attendent, c’est la raison pour laquelle ils travaillent. Donc il est normal qu’il y ait un respect des droits de propriété intellectuelle. Mais il est également souhaitable que ceux qui ont un grand besoin de technologie, dont nous parlions tantôt, puissent y accéder dans des conditions correspondant à leurs moyens. Ce sont pour beaucoup les pays en développement, certains notamment les Pma, à moyens limités. Il faut donc trouver les moyens de leur permettre d’accéder dans des conditions qui ne soient pas exorbitantes. Et les accords, notamment dans le cadre de l’Omc, prévoient cela. Il y a un privilège très intéressant pour les Pma, qui est de pouvoir retarder la mise en œuvre des obligations concernant la rémunération de la propriété intellectuelle. Les Pma, à l’inverse des autres pays qui doivent se plier aux règles mondiales, qui veulent que la rémunération du savoir et de l’invention soit immédiate et proportionnelle à l’utilisation de ce savoir. Pour les Pma, il y a une concession majeure qui leur est accordée, qui est de pouvoir retarder la mise en œuvre de cette obligation. En d’autres termes, profiter déjà de l’accès à cette technologie sans avoir à en payer le prix immédiat total. C’est une concession qui est intéressante, et les Pma demandent à ce que cette concession soit renouvelée et étendue. Il y a toute un lobbying au niveau de l’Omc dans ce sens. C’est assez légitime et cela se comprend. Je crois qu’il y aura, probablement, beaucoup de compréhension dans ce sens. Vous vous rappelez du débat de l’année dernière sur les médicaments par rapport aux grandes maladies. C’est évidemment un des aspects. Mais, dans ce rapport, ce n’est pas trop de cela que nous parlons. Il s’agissait d’un aspect très vital concernant la santé. Maintenant, nous parlons plutôt de machine, de technologie et de droits d’auteur, éventuellement, pour ce qui concerne les services. Il ne reste pas que c’est toujours de la propriété intellectuelle qu’il s’agit. Donc, c’est un sujet complexe qui fait l’objet d’une attention particulière et très soutenue au niveau multilatéral, notamment à l’Omc. Nous-mêmes, nous avons un chapitre sur ce thème dans notre rapport. Nous soutenons cet impératif de traitement concessionnel généreux avec beaucoup de patience par rapport à des pays qui ont des moyens limités pour pouvoir rémunérer, à leur juste valeur, les auteurs des inventions.

Wal Fadjri : Dans le cadre des négociations commerciales, les pays en voie de développement demandaient la fin des subventions sur les produits laitiers. Et au niveau des pays développés, l’on constate la rareté des produits laitiers mais aussi l’augmentation de leurs prix.

Pierre Encontre : Je ne peux pas trop vous répondre sur cette question. Je ne l’ai pas examinée de près. A l’évidence, la problématique des subventions est un sujet brûlant. Il y a une injustice. Ce que demandent les Pma, notamment au niveau du coton, est tout à fait légitime. Ce qu’ils demandent, ce n’est, ni plus ni moins, que l’application des règles édictées par l’Omc. Donc, ils ne demandent rien d’autre qu’une équité dans la mise en œuvre des règles choisies par tous auxquelles tous sont liés. On voit alors, bien clairement, que les subventions constituent une concurrence déloyale à l’égard des cotonniers africains. Nous espérons qu’une solution sera trouvée en faveur des Pma. Il y a là une injustice. C’est évident qu’il y a une anomalie majeure. C’est même une contradiction par rapport aux habitudes, d’autant plus que c’est une exception à la règle que les Pma demandaient. Par exemple, la non-réciprocité dans le libre-échange, des exceptions aux règles habituelles du commerce international. Ici, c’est l’inverse. Les Pma demandent simplement que les règles normales du commerce international soient appliquées. Dès lors qu’il y a des subventions contraires par définition au commerce équitable, il y a anomalie. J’espère qu’elle sera résolue. Je ne peux pas trop répondre sur la question du lait, car je dois admettre que je n’ai pas connaissance de tout. Et celle-là, elle m’échappe un peu.

Propos recueillis par Johnson MBENGUE
Source: Walfadji

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Samedi 11 Août 2007

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