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Dépigmentation de la peau : « Khess Petch », cette publicité qui choque

Depuis plus d’une semaine, une affiche publicitaire vantant les mérites d’un produit (miracle ?) qui blanchirait la peau en 15 jours est visible sur de grands panneaux un peu partout à Dakar. A travers les réseaux sociaux, une pétition a été lancée pour dénoncer cette publicité. Les initiateurs regrettent l’absence de textes réglementaires régissant la publicité et indiquent que cette campagne pose un problème d’éthique et de santé publique. En attendant une interdiction formelle, la société qui a importé ce produit s’en met plein les poches, ainsi que l’agence de communication et la régie qui a réalisé la publicité. La balle est dans le camp des autorités…



Dépigmentation de la peau : « Khess Petch », cette publicité qui choque
« Khess Petch », c’est le nom de ce produit qui a récemment soulevé et continue de soulever le débat sur la dépigmentation à travers le réseau social. Plaquée sur les panneaux publicitaires implantés sur les grandes artères de la capitale, l’affiche montre l’image d’une femme au sourire large, aux lèvres charnues, au teint clair et éclatant. Selon cette affiche, elle doit ce « beau » teint au produit de blanchiment « Khess Petch », et cela, après seulement 15 jours d’application. Suffisant pour que, dans le réseau social, des gens s’en émeuvent. Certains dénoncent « une publicité mensongère », d’autres « une forme de dévalorisation de la peau noire » ou indexent le « caractère dangereux de ce produit pour la santé ». Mais tous sont d’avis que la promotion de ce produit doit cesser.
Papis Ndiaye, photographe-infographiste, ingénieur en réseau télécoms, est à l’origine de la publication de cette image sur le net. Pour lui, « graphiquement, cette affiche est nulle », mais ce qui l’a le plus scandalisé, c’est le caractère « mensonger » de cette publicité. « C’est un logiciel qui permet de faire ces montages. Le message est choquant. Une affiche comme cela ne devait même pas être placardée dans la rue. C’est une incitation à la dépigmentation. Même un enfant qui ne sait pas lire pourrait interpréter cette affiche rien qu’en regardant les images », gronde-t-il.
Enseignant au Cesti et spécialiste de la publicité, Mamadou Ndiaye abonde dans le même sens. Sans trop s’attarder sur les limites techniques de cette affiche, il s’intéresse plutôt à l’aspect juridique de la question. Sans hésiter, il affirme que « cette publicité viole les dispositions de la Loi 83-20 du 28 janvier 1983 relative à la publicité en ses articles 9, 12, 13 et 14 ». En effet, l’article 9 de cette loi dit, à son alinéa 3, que la publicité doit proscrire « toute déclaration ou présentation visuelle qui offense les bonnes mœurs et la morale en général, ou qui soit susceptible directement, par voie d’omissions ou d’ambiguïté, de mensonge délibéré, d’abuser de la confiance du consommateur ou de son manque d’expérience ».

Produits chimiques toxiques

Sur ce point, Mamadou Ndiaye, sans vouloir être moralisateur, soutient que le fait que l’affiche montre une personne qui, dans la vraie vie, est naturellement de teint clair, recèle déjà un relent de publicité mensongère. Car « la fille qu’on nous présente a un corps parfait, qui n’a aucune tache, aucun bouton. On aurait pu prendre quelqu’un qui a la peau très noire et lui appliquer le produit pendant 15 jours pour voir le résultat », argumente-t-il.
M. Ndiaye déplore aussi qu’il n’y ait pas eu un message d’alerte sur les méfaits de ce produit au bas de l’affiche. C’est dire que « cette affiche publicitaire tombe sous le coup de l’article 12 qui dit que la publicité ne doit pas dépeindre des situations dans lesquelles les mesures normales de publicité ne sont pas respectées et risquer ainsi d’engendrer des négligences ou des imprudences », indique-t-il. Sur le plan culturel, M. Ndiaye estime que cette affiche peut être interprétée comme une tentative d’assimilation. « Ce n’est pas pour interdire aux femmes de faire du khessal, c’est leur vie privée. Mais, il faut respecter l’espace public. Ce sont des produits chimiques hautement toxiques. Il ne faut pas qu’on essaie de dévaloriser les femmes noires en nous montrant comme modèles des femmes à la peau claire. Le schéma de la femme en Afrique, c’est une femme de teint noir. Il ne faut pas qu’on essaie de faire croire aux femmes que si elles ne sont pas claires, elles seront en marge de la société ». Là également, fait remarquer l’enseignant au Cesti, l’affiche est en contradiction avec les dispositions de l’article 14 de la loi sur la publicité qui stipule que : « La publicité, lorsqu’elle fait appel à la femme, ne doit pas, pour quelque motif que ce soit, porter atteinte à sa dignité ou la déconsidérer ». C’est aussi sous l’aspect culturel que Hamadou Tidiane Sy, directeur général de l’Ecole supérieure de journalisme, des métiers de l’Internet et de la communication (Ejicom), a interprété cette affiche. Nous sommes dans un pays où les gens ont la peau noire et voici un produit qui vous dit que vous pouvez devenir blanc en 15 jours et changer de peau. C’est comme si nous avions honte d’avoir la peau noire, de notre héritage culturel », dénonce-t-il. Pour lui, les autorités doivent intervenir pour arrêter la promotion de ce produit. « Chacun a le droit de faire de sa vie ce qu’il veut, mais du moment que cela est porté sur la place publique et a des implications aussi importantes sur la santé et sur notre héritage culturel, c’est tout le monde qui est interpelé », pense-t-il.
Selon le Dr Fatoumata Ly, dermatologue-vénérologue et membre de l’Association internationale d’information sur la dépigmentation (Aiida), la plupart des produits dépigmentants utilisés au Sénégal ont les mêmes constituants : « seuls les emballages changent. Ces produits sont des médicaments détournés de leur usage, en l’occurrence les corticoïdes et l’hydroquinone. En dehors des corticoïdes et de l’hydroquinone, divers autres produits sont également utilisés : il s’agit du carotène, de la vitamine C, des acides de fruits et du mercure », explique-t-elle.

Une pétition sera déposée au ministère de la Santé

Une pétition sera, dans les jours à venir, adressée au ministre de la Santé et de l’Action sociale du Sénégal. Elle a été initiée sur l’internet, notamment grâce au réseau social Facebook, par des sénégalais, hommes et femmes indignés et choqués par cette publicité, à la limite mensongère. Elle cherche à mettre fin à cette campagne qui, de l’avis des initiateurs, invite des millions de femmes à la pratique du blanchiment. La pétition interpelle Mme le ministre en tant que « femme noire, mère et professionnelle de la santé ». Les initiateurs considèrent le blanchiment de la peau comme « un péril pour la santé des femmes africaines » puisque la majorité de ces produits contiennent « des substances toxiques ». Lesquels peuvent conduire à des pathologies graves, comme « l’hypertension, l'insuffisance rénale, le cancer de la peau, le diabète ». Les initiateurs demandent à ce que le ministère lance une « contre-campagne », afin que la publicité soit retirée et que l’importation de ces produits dangereux soit interdite.


SOLEIL Dossier réalisé par El H. Ibrahima THIAM et Ndiol Maka SECK




Jeudi 13 Septembre 2012



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