Après six années de recherche, le Pr Kourfia Diawara, chimiste et maître de conférence à l’Université de Ziguinchor, vient de mettre au point une machine pour purifier les eaux de forages des contaminants tels que le fluor, le sel, l’arsenic et la coloration de l’eau. La machine en question est dénommée Pall Aria Pure, du nom de l’entreprise américaine qui l’a développée. Osmose inverse ou Nanofiltration a fait l’objet de la thèse du Pr Kourfia Diawara. Elle est branchée sur un générateur photovoltaïque, c’est-à-dire l’énergie solaire. Ses batteries lui permettent un fonctionnement autonome et temporaire lorsque l’ensoleillement est insuffisant ou en cas d’urgence. Chaque unité peut produire jusqu’à quatre mille à cinq mille litres d’eau propre et potable par jour et jusqu’à douze mille litres lorsqu’elle fonctionne sur le réseau électrique ou sur un groupe électrogène. Elle est conçue pour répondre aux besoins en eau potable des petites communautés pour lesquelles la qualité de l’eau de boisson ne répond pas aux recommandations actuelles de l’Organisation mondiale de la santé. Le prix unitaire est estimé à 18 millions de francs. L’unité a une durée de vie de dix ans, nous dit-on.
Auteur de cette invention salutaire pour le Sénégal, voire le monde entier, le Pr Kourfia Diawara considère que ‘la fluorose est un phénomène mondial. Le Sénégal n’est pas le seul pays concerné. Mais, nous ne pouvions pas nous permettre d’importer des solutions. C’est pourquoi nous n’avons pas pensé enlever le fluor seulement en laissant le goût du sel, nous avons pensé à une solution concomitante pour enlever le fluor et l’excès de sel en même temps’, explique le professeur spécialisé en chimie minérale et organique. D’après lui, hormis le ‘cœur’, tout le reste de la machine peut être fabriqué au Sénégal. Pour la diffusion de cette technologie à une plus large échelle, dans un souci d’amélioration de la qualité de l’eau dans les forages des régions du Bassin arachidier, la balle est dans le camp des industriels et des autorités, dit-il.
Au cours de la cérémonie de démonstration, hier, de l’unité de défluorisation et de désalinisation inventée par le Professeur Kourfia Diawara de l’Université de Ziguinchor, par ailleurs membre de l’Ecole doctorale Eau, Qualité et Usages de l’eau (Edeque) de l’Ucad que dirige le Pr Alioune Kane, les uns et les autres sont revenus sur l’importance de cette découverte majeure qui vient à son heure. Pour cause, indique le Pr Cheikh Bécaye Gaye, directeur par intérim de l’Ecole doctorale, Eau, Qualité et Usages de l’eau, ‘la problématique du fluor et de la salinité de l’eau est un problème pour notre pays et tous les efforts pour un approvisionnement correct en qualité ne suffiront pas si l’on n’a pas recours à cette technologie’. ‘La réduction de moitié des personnes n’ayant pas accès à l’eau potable est un des Objectifs du millénaire pour le développement (Omd) d’ici 2015. C’est pourquoi des politiques meilleures doivent être mises en place pour que les cent millions d’hommes qui n’ont pas accès à l’eau dont les ¾ en Afrique puissent y accéder’, rappelle Ndèye Arame Boye, directrice de la Recherche scientifique, non sans féliciter les universitaires qui ont compris les enjeux des recherches sur l’eau en mettant en place cette école doctorale multidisciplinaire dédiée spécialement à l’eau. D’après la représentante du ministre de l’Enseignement supérieur, la ‘valeur ajoutée’ de cette invention est l’utilisation de l’énergie solaire dans un contexte de rareté des énergies fossiles.
Le frère Luc Marie qui a accompagné le Pr Diawara dans son ‘aventure’ depuis 2006, a témoigné des avantages de cette machine. D’après lui, elle est ‘pratique’, ‘fiable’ et ‘économique’ en raison de la filtration à grande échelle, contrairement aux méthodes classiques qui utilisent des produits chimiques. ‘La manipulation par les populations de cette technologie est facile. Et c’est cela le développement, le fait que les populations puissent se débrouiller sans faire appel à un étranger’, note le religieux qui a acquis une machine pour le village de Ndiaffate, région de Kaolack. Cette machine polarise sept villages d’environ deux mille habitants. Deux autres unités seront installées dans des forages de la région de Fatick où se sont déroulées les expériences. Et d’ores et déjà, le représentant du maire de Fatick à la cérémonie de démonstration n’a pas caché sa joie. ‘C’est avec joie que nous accueillons l’installation dans la commune de la première unité qui va permettre la potabilisation de l’eau’, a-t-il dit.
Mamadou SARR
source Walfadjri