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DROIT DE RÉPONSE: Affaire ICS : les banques coupables ou victimes ?

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Après avoir pris connaissance de l’article paru dans votre livraison de vendredi 28 mars sous la plume de Mr Madior FALL, il m’est difficile de ne pas y réagir en procédant à quelques rappels et en apportant quelques précisions.



L’auteur de cet article y évoque un « litige » de 233 milliards de Frs CFA opposant les ICS à ses créanciers. Je pense qu’il serait plus convenable d’évoquer l’impossibilité pour les ICS d’honorer le remboursement normal de ses dettes. Il n’y a donc pas litige dans la mesure où les ICS reconnaissent être débiteurs de leurs engagements vis-à-vis de leurs fournisseurs, des banques, des bailleurs de fonds et de l’Etat sans en contester les montants. Les enjeux portent plutôt sur les conditions de remboursement par les ICS des encours en cause.

Si cette société en est arrivée à une situation objective de cessation de paiements, créant sans doute l’un des plus gros scandales économique et financier que notre pays ait connu, et assurément le plus gros jamais créé par une entreprise privée, il y a d’abord des causes et des responsabilités qu’il faut rechercher et situer. La logique et la pratique internationale en matière de gestion des entreprises situent ces responsabilités au niveau du management et de la gouvernance de celles se retrouvant dans de telles situations.

Malheureusement, à ce jour, l’urgence a commandé de privilégier la recherche de solutions à cette grave catastrophe financière et économique. Mais il ne faut surtout pas oublier la nécessité d’en rechercher les responsables, attitude qui, seule, peut empêcher la reproduction demain et ailleurs de faits aussi dramatiques pour les travailleurs de nos entreprises, les équilibres de nos systèmes financiers et de l’économie de notre pays. Une telle recherche de vérité doit également impliquer les journalistes.

Ce que j’ai relevé en lisant votre article c’est que les responsables de cette situation deviennent des anges quand les victimes seraient presque proposées à la vindicte populaire. Les sauveurs seraient ainsi des actionnaires, administrateurs et/ou managers qui ont, depuis le début, été associés à la gestion et aux résultats calamiteux de l’entreprise.

Ils pourraient également être ceux qui n’ont pas assez encadré ni assez surveillé la réalisation des investissements du doublement de la capacité des ICS qu’ils ont pourtant financés. Or il est établi que les graves déséquilibres de l’entreprise sont venus avec ce projet et les « solutions » pour le financer.

Les empêcheurs de tourner en rond seraient par contre les banques « locales » qui ont régulièrement financé et permis l’exploitation des ICS sur la foi d’états financiers dont il s’est révélé par la suite qu’ils ne reflétaient pas la situation exacte de la société.

Retenons par conséquent que les banques ne sauraient être coupables de « gracieuse disponibilité » à l’égard des ICS en leur ayant accordé « sans être trop regardantes près de 50 milliards de FCfa, au moment où des signaux clignotaient quand même ». Les comptes des ICS ont été examinés et étudiés par les banques dans leur détail, mais ils n’étaient pas conformes, trompant également la BCEAO qui leur a accordé son prestigieux accord de classement.

Elles sont par contre victimes d’un management global qui a produit des comptes pour le moins inexacts après avoir pris de mauvaises décisions stratégiques. Et il faut presque espérer que ce ne fut que par seule incompétence.

Puis est venu le temps de recherche de solutions dans le cadre d’un règlement préventif. Les banques « locales » constatant les dégâts, n’ont jamais refusé l’effort d’étalement de leurs créances dans le temps, non plus la réduction de leurs rémunérations. Elles ont par contre réclamé un traitement égal et non injuste par un alignement sur les conditions acceptées aux bailleurs de fonds internationaux. Elles étaient pourtant porteuses de créances courtes, ce qui n’était pas le cas des bailleurs de fonds. Elles ont également proposé un amortissement sur le moyen terme lorsqu’un niveau de garantie identique à celui des bailleurs de fonds leur a été refusé.

Alors que les négociations se poursuivaient entre d’une part les banques, et d’autre part la Direction Générale des ICS et l’expert, le Tribunal a arrêté une décision de « concordat » sans qu’ils ne fussent parvenus à un accord. A la suite de cette décision nous relèverons que le sort réservé à la dette bancaire est le plus défavorable d’entre tous, sanctionnant sans doute « les coupables ».

Il faudra bien que l’auteur de l’article accepte que les banques « autochtones » n’ont pas de leçons à recevoir des « étrangers ». Le vrai patriotisme consiste à ne pas être responsable d’une « affaire ICS ». Le vrai patriotisme, consiste à se savoir gardiens de l’épargne nationale et à tout faire pour la protéger. C’est la conscience de ce rôle qui a guidé notre recherche obstinée d’une solution acceptable pour le remboursement de nos créances sur les ICS, au risque de paraître « pic-sou », sans la moindre gêne, mais en éprouvant plutôt le sentiment du devoir accompli.

Retenons enfin que les banques « autochtones », petites et victimes, font figure de petits poucets face aux bailleurs de fonds internationaux et à la Citibank. C’est pourquoi certaines d’entre elles ont eu le sentiment de jouer leur survie et, toutes, plusieurs années d’activité pour rien. C’est sans doute la raison pour laquelle l’auteur de l’article les qualifie de « frileuses »…

Abdoul MBAYE, banquier, Dakar le 31 mars 2008

Source: Sud Quotidien

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Mardi 1 Avril 2008

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