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DOSSIER - SALY PORTUDAL : Lueurs d’une saison touristique pas comme les autres

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DOSSIER - SALY PORTUDAL : Lueurs d’une saison touristique pas comme les autres
C’est en 1984 que le premier hôtel de Saly Portudal a été inauguré. Près d’un quart de siécle plus tard, la station balnéaire demeure un des hauts lieux du tourisme au Sénégal. Mais aux hôtels, sont venues s’ajouter de nombreuses résidences hôtelières pas appréciées de tous.

Si l’environnement a été nettement amélioré, les lueurs de la saison 2005-2006 ont été quelque peu assombries par les déconvenues du marché suédois.

Les importuns, « plage non grata »

L’homme est en colère. Exaspéré, il crache toute son amertume. « Pour qui vous prenez-vous ? F... moi la paix ! ». « Calme-toi », le supplie sa femme. « Non ! Je ne me calmerai pas », lui rétorque-t-il rageusement. Se levant soudainement, il ajoute : « allons-nous en ! De toutes les façons, c’est la dernière fois que nous mettrons les pieds ici ».

Un jugement sans appel ! Si ce touriste français est sorti à un tel point de ses gonds, ce n’est pas l’ardeur du soleil de début mai qui le turlupine mais bien deux jeunes hommes qui ont été très loin dans leur audace. Passés une première fois à côté du couple étalé au bord de la plage, ils tentent de l’aborder avec divers salamalecs. Celui-ci reste de marbre. Les deux hommes poursuivent leur chemin avant de revenir sur leurs pas pour s’offusquer auprès des touristes de ne pas bénéficier de leur attention. Mal leur en prit. Face à la hargne du mari, les importuns n’auront d’autre choix, tout penauds, que de prendre le large. Cette scène vécue sur le bord de la plage de Saly est en réalité exceptionnelle. Elle témoigne de ce que les allogènes ne doivent pas faire avec les touristes. Heureusement, cette scène est aussi ce qui se fait de moins en moins. A une certaine époque, les environs de la station balnéaire étaient envahis par des gens de toutes sortes avec pour seul souci de soutirer de l’argent des touristes par tous les moyens.

« L’envahissement des réceptifs a été nettement réduit ainsi que le harcèlement des touristes », reconnaît Boubacar Sabaly, le président du Syndicat d’initiative du tourisme de Saly. Un point de vue largement partagé, même du côté de certains touristes habitués à fréquenter la station. Mais pour ceux qui viennent d’arriver pour la première fois, le constat est quelquefois dur.

Accompagné de son épouse, Alain, la cinquantaine, est directeur commercial dans l’édition à Paris. Trouvé sur la plage en compagnie d’un autre couple français, ils y passent leurs derniers moments de détente de la journée, peu avant le coucher du soleil.

« C’est quelquefois agaçant mais quand on aime l’Afrique, on supporte mieux », dit-il à propos des sollicitations de tous ordres. Cela ne l’empêche pas de comparer la destination balnéaire de Saly avec la Tanzanie. « Là-bas, on est aussi abordés parfois sur les lieux de vacances ; mais ici, c’est plus fréquent. En plus, au rythme où les choses se font je risque de me retrouver à poil car on demande tout : les chaussures, les sacs... ». « Ils s’imaginent que tous les Blancs sont riches... », tente de justifier son épouse. Une idée d’autant plus fausse que le client-type de la station est généralement un fonctionnaire moyen de la France.

Heureusement, les intrus qui incommodent les touristes sont de plus en plus tenus à l’écart de la station. La Société d’aménagement de la Petite côte (Sapco) a créé sa propre brigade de surveillance. Installés le long de la plage et disséminés dans la station, ces surveillants aux allures de gentils organisateurs sont vêtus de tee-shirts qui les fond dans leur environnement.

Ils sont 136 à être affectés à cette tâche, explique Babacar Sy, le directeur d’Exploitation de la Sapco, en plus de 80 autres chargés de la propreté. « Aux alentours des hôtels, le phénomène de l’envahissement a sensiblement baissé », se réjouit le patron local de la Sapco. Un constat également partagé par le président du Syndicat d’initiative, M. Sabaly.

Partenariat gagnant

Cette surveillance accrue vient également en renfort à la gendarmerie nationale, qui dispose sur le site de la Sapco d’une brigade dont les effectifs sont nettement plus importants que d’ordinaire, comme le souligne le commandant de la compagnie de gendarmerie de Mbour, le capitaine Adama Guèye.

Côté hôtelier, l’amélioration de l’environnement de la station est unanimement relevé. « Depuis que la Sapco a mis en place ses propres gardiens, l’envahissement a été nettement réduit », relève M. Pathé Dia, le directeur de l’hôtel « Téranga ».

Consentants ou pas, les antiquaires, qui exposent dans les hôtels, sont obligés de respecter certaines règles du jeu pour continuer à pouvoir y exercer. Eric Philibert, le directeur de l’Exploitation du « Lamentin Beach », dit ne pas badiner avec les règles acceptées par la trentaine d’exposants artisanaux qui officient dans son hôtel. « Je vous laisse exposer, mais le premier qui harcèle un client perd tout, leur ai-je fait comprendre », raconte-t-il.

Sur la plage, non loin de l’hôtel “Téranga”, un petit groupe de dames attend les touristes qui longent la plage. Elles sont badgées et savent surtout ce qu’il ne faut pas faire. Depuis huit ans, elles y officient. « Cela marche moins maintenant, mais c’est tout de même mieux que de rester à la maison », dit l’une d’elles sous le couvert de l’anonymat, tout en se désolant de la sévérité du règlement.

Femmes ou hommes, les antiquaires longent la plage, à longueur de journée, à la recherche du touriste échappé des enclaves hôtelières surveillées par des gardiens qu’ils sont loin de porter dans leur cœur.

La mentalité du touriste affectée par la conjoncture

Pour donner une idée de l’âpreté de la concurrence avec les pays maghrébins, Pathé Dia cite l’exemple du Maroc. « Pour une semaine de vacances, le touriste français débourse entre 380 et 400 euros en pension complète. Pour la même durée au Sénégal, il lui faut payer entre 800 et 900 euros sans les taxes qui, une fois incluses, font monter les prix jusqu’à 1.100-1.200 euros pour une demi-pension à l’hôtel ».

Un exemple qui montre toute la difficulté des hôteliers sénégalais, alors que le marché français représente près de 80% de l’émission de touristes sur le Sénégal. La hausse de l’intérêt des Français pour la destination sénégalaise explique le regain de l’activité sur la station balnéaire de Saly.

« Le marché italien s’est effondré, celui de l’Espagne a baissé », estime Boubacar Sabaly qui évalue à 55% la hausse de la fréquentation de la station notée durant cette saison.

« La mentalité du voyage du Français a changé. Avant, il disait qu’est-ce que vous me conseillez en franchissant la porte d’une agence de voyages. Aujourd’hui, il s’y présente en disant j’ai un budget de 600 euros, qu’est-ce que vous me proposez ? Dans de telles conditions, d’office la destination-Sénégal est zappée face à d’autres », analyse Pathé Dia.

Jusque-là quasiment inconnus dans la station, les Suédois figurent en bonne place parmi les nouveaux marchés émetteurs. A Saly, beaucoup se souviennent encore d’eux déambulant dans les rues du village et mangeant dans les restaurants. C’est aussi une particularité de cette clientèle nordique. L’hôtel sert principalement à dormir et tout au plus à y prendre un repas. Tout le reste se fait dehors.

RESIDENCES HÔTELIERES : La complainte des professionnels , Le feu de paille des allumettes suédoises

La saison écoulée a été marquée par une nette reprise de la destination en hausse de près de 55%. Mais aussi par une ardoise d’un demi-milliard laissé par un tour operator suédois tombé en faillite.

Entre deux réponses à des questions, Pathé Dia s’apprête à signer une note de service que vient de lui amener un de ses collaborateurs. A l’affichage, elle fera mal. Un lot non négligeable de travailleurs va cesser toute activité dans cet hôtel de 80 employés. C’est la dure loi des temporaires qui s’applique à chaque fois que la saison touristique prend fin.

« C’est dur mais je n’ai pas le choix », se désole-t-il entre deux volutes de cigarette. Pourtant dans cet hôtel quatre étoiles, comme dans beaucoup d’autres de la station, la saison écoulée a été source de beaucoup de satisfactions. « Il y a eu un redressement de l’activité cette année. Depuis 2003, nous étions confrontés à une situation très difficile avec jusqu’à 40% de baisse dans certains hôtels », indique M. Boubacar Sabaly, le président du Syndicat d’initiative du Tourisme de Saly.

Pour le patron de l’hôtel “Téranga”, cette morosité qui a frappé la station balnéaire remonte même à l’année 2002. « Elle est due essentiellement à une forte concurrence des pays maghrébins dont la destination défie toute concurrence », dit-il.

« Le Sénégal est une destination très fragile. En tant que tel, tous les évènements mondiaux peuvent influencer positivement ou négativement la destination », commente M. Sabaly.

Les évènements du 11 septembre, les contrecoups du terrorisme dans certaines contrées, le renchérissement de l’euro ainsi que les efforts notés au niveau de la promotion sont autant de raisons qui font qu’il y a une reprise de l’activité, ajoute-t-il. Pendant toutes ces années, la moyenne d’occupation des hôtels de la station tournait autour de 60%, contre 80 à 85%, auparavant, estime Pathé Dia.

La reprise constatée depuis peu est, de l’avis de M. Eric Philibert, directeur de l’Exploitation du « Lamentin Beach », à mettre au compte des performances de la promotion touristique réalisées ces derniers temps.

« C’est dû principalement au travail de deux hommes : Assane Soumaré et Malick Mbaye. (respectivement Dg de l’Agence nationale de promotion du tourisme et responsable du Bureau du Tourisme à Paris). Il y a eu un réel effort de promotion qui a permis un rétablissement d’image. On a repositionné la destination Sénégal qui devient un peu une destination refuge par rapport à d’autres affectées par des calamités naturelles ou l’extrémisme religieux », souligne-t-il.

Note salée

« Cette année, on a connu une très belle saison touristique due au marché scandinave, malheureusement on n’a pas encaissé un franc », raconte, le souvenir amer, Pathé Dia. « Beaucoup de gens nous disent encore que nous ne pouvons pas nous plaindre parce que les Suédois sont venus en masse cette année. Et pourtant ! ».

La note a été salée pour les hôteliers avec une ardoise de près d’un demi-milliard laissée sur place. Le tour operator suédois qui convoyait les touristes sur Saly a fait faillite. Pathé Dia a dû se rendre jusqu’en Suède pour se convaincre d’une telle réalité. C’est un homme au bord du désespoir qu’il a retrouvé à Stockholm et contre lequel aucun recours pertinent ne peut être engagé pour retrouver les fonds perdus. Le tort de cet opérateur c’est d’avoir mal estimé ses coûts, d’avion notamment, au moment où le transport aérien a subi de plein fouet la hausse des cours du pétrole.

Pour les hôtels de la station de Saly, la réalité a été dure au moment de faire les comptes. Le « Téranga » a ainsi eu des factures impayées de 130 millions de Fcfa laissées par les Suédois, 88 millions pour le « Savana », 37 millions pour « l’Espadon »... Les impayés ont même pu atteindre jusqu’à 200 millions de Fcfa dans d’autres. Les hôteliers de Saly ont-ils manqué de vigilance jusqu’à se retrouver avec de tels impayés ? « Non ! Seulement, entre le 15 décembre et le 15 janvier, les flux de touristes étaient tellement importants que le tour operator a demandé un délai pour pouvoir s’acquitter de ses factures, ce qui n’avait rien d’anormal par rapport aux pratiques du métier », explique M. Dia. « C’est un des plus gros soucis avec les nouveaux marchés, on ne sait jamais ce qu’ils nous réservent en réalité », se console-t-il.

Un rapport à l’environnement complexe

C’est en plein cœur d’un village traditionnel que la station est implantée. Ce qui n’est pas sans créer quelques difficultés.

L’anecdote est rapportée par un patron d’hôtel qui en rit encore. Une fois, un de ses clients européens, rentré d’une virée dans le village de Saly, est entré furieusement dans son bureau. « Il m’a taxé de n’importe quoi et surtout m’a demandé comment nous pouvions vivre dans un tel cadre luxueux alors qu’a côté, il y a des gens qui ne mangent pas ». Face à ces violentes récriminations, le directeur d’hôtel n’en a pas pour autant perdu son sang-froid mais reconnaît plutôt que l’environnement de pauvreté dans lequel baigne la station balnéaire « choque la clientèle énormément ». De la route principale qui mène de la Nationale à la lointaine Saly-Nord, la station, vue des façades des hôtels, rappelle à certains endroits un petit îlot de prospérité. Avec ses supermarchés, ses salons de coiffure, bars, restaurants, magasins d’art et de prêt-à-porter, supérettes et autres hauts lieux de consommation, tout rappelle un coin exceptionnel.

De l’autre côté de la route, à gauche, en entrant dans la station, c’est une autre réalité moins luxueuse, à moins de deux kilomètres des hôtels quatre ou cinq étoiles, c’est un contraste de maisons en dur et d’autres bien moins loties qui n’ont pas beaucoup évolué au fil du temps avec des cases. « L’erreur qui a été commise, c’est d’avoir implanté la station dans le village », dit le patron d’hôtel victime de la furie du touriste indigné. Du côté de la Sapco, le directeur de l’Exploitation, Babacar Sy, reconnaît que certaines difficultés entre la station et son environnement sont liées « aux deux modes de vie différents ». A une certaine époque, la cohabitation entre les hôteliers et le village était loin d’être une affaire simple. « Il est arrivé que les jeunes du village occupent des devantures d’hôtel pour exiger d’y être recrutés », se souvient, Pathé Dia, le directeur général du « Téranga ». Aujourd’hui, la concertation est plutôt de rigueur. Il n’en demeure pas moins quelques incompréhensions. « Le plus grand problème des hôtels de Saly, ce sont les ressources humaines. Nous sommes obligés de faire avec les populations locales qui ne sont pas suffisamment formées. Seulement 15 à 20 % des employés que nous y recrutons s’expriment en français. On est accusés d’ostracisme alors que la base, c’est la formation ; ce qui fait que nous sommes obligés d’aller recruter à Dakar. » Les frictions ne sont plus qu’un mauvais souvenir, à en croire le porte-parole et président de l’Association des jeunes de Saly, El Hadj Ibou Sakho Thiandoum, même s’il reconnaît que : « le tourisme a généré beaucoup de mal comme beaucoup de bien dans le village ». « Le manque d’éclairage est quand même étonnant dans un village où il y a des milliards qui y ont été investis. Les populations locales ne tirent pas suffisamment profit du tourisme », se désole-t-il, avant d’ajouter : « depuis l’arrivée de M. Ndiouga Sakho (Ndlr : le Pdg de la Sapco) et en concertation avec la gendarmerie, il y a eu beaucoup d’améliorations dans les relations entre les deux parties ». Une amélioration d’autant plus nécessaire, souligne M. Thiandoum, que le tourisme est la seule ressource dont disposent les villageois. « Nous n’avons plus de champs ».

Les expropriations constituent, en effet, un souvenir douloureux encore présent dans l’esprit de nombre d’habitants de Saly, qui ont été privés de leurs terres pour les besoins de l’installation de la station. « En 1978, le vieux qui a reçu le plus d’argent au moment des expropriations, c’est Kout Sène, il n’a pas eu plus de 7.500 Fcfa. A compétences égales, on nous avait promis la priorité à l’embauche quand il a fallu nous convaincre de renoncer à nos terres », rappelle Ibou Sakho Thiandoum. « Il n’y a pas plus de 20% de jeunes originaires de Saly dans les hôtels à part le Filaos et le Palm Beach » assure M. Thiandoum.

« Nous avons un réceptif dénommé Sénégal découvertes touristiques qui nous permet de faire bénéficier à tour de rôle, les villages des effets du tourisme. De même que nous recevons régulièrement des médicaments de la France envoyés par les voyages Fram et que nous remettons aux villageois », explique le directeur général du « Palm Beach ».

Les villageois, qui se plaignent quelquefois d’étouffer dans cet environnement hôtelier, n’en ont pas moins bénéficié d’extensions de leur espace vital. C’est ainsi que la Sapco, en relation aves les autorités, leur en a concédé l’élargissement. « Depuis cinq ans, il y a eu trois extensions du village, comme le prévoient les textes », souligne le directeur de l’Exploitation de la Sapco, Babacar Sy. Ce dernier admet qu’il y a eu des améliorations sensibles dans les rapports entre la Sapco, les hôteliers et le village. « Je suis un Français né au Maroc. Il y a 35 ans, c’était la même situation de contraste sur les sites hôteliers.

Aujourd’hui, beaucoup de villages ont pu se développer là-bas grâce au tourisme », souligne Eric Philibert, le directeur de l’Exploitation du “Lamentin Beach”, un cinq étoiles installé sur la partie nord de la station.

RESIDENCES HÔTELIERES : Concurrence déloyale sous le couvert

Dans la station, les résidences privées ont fait florès au fil des ans. Au point de constituer, aux yeux de nombre d’hôteliers, une menace à leur rentabilité.

C’est un des plus jolis coins de Saly, installé tout à fait au Nord de la station. Les « Résidences du port » sont un mélange, de beauté, d’harmonie et de quiétude. Le vacancier qui y séjourne, installé sur un transat au bord de la plage ou à une table de restaurant, peut y savourer tranquillement ses moments d’évasion. C’est un endroit de para-hôtellerie qui abrite 200 villas individuelles qui bénéficient de toutes les commodités.

Avec le temps, la station balnéaire de Saly a connu une mutation dans son concept, comme le raconte le directeur de l’Exploitation de la Sapco, Babacar Sy. « Ce n’était pas prévu dans le schéma d’aménagement. Comme pendant longtemps, il n’y a plus eu de construction d’hôtels, la dévaluation du franc Cfa a entraîné un rush sur le concept des résidences para-hôtelières ».

Résultat des courses, Saly compte aujourd’hui 23 résidences hôtelières qui abritent chacune, en moyenne, 80 villas contre 12 hôtels de quatre à cinq étoiles et un treizième de deux étoiles. Beaucoup d’Européens ont ainsi acquis des villas dans ces endroits où ils séjournent de temps à autre.

Fonctionnant comme des lieux privés où les propriétaires ont le droit d’admettre qui ils veulent, ces résidences sont accusées de faire de la concurrence déloyale aux hôtels puisque soupçonnées de faire dans le locatif clandestin.

Chez les hôteliers, la récrimination est quasi-générale. « Les résidences n’ont pas un statut clair encore moins une assiette fiscale, alors que ce sont des maisons meublées qui font du locatif. Ce sont des gens qui viennent parfois pour des vacances et louent le reste du temps. Ils puisent donc sur nos réservoirs », se plaint le président du Syndicat d’initiative du Tourisme de Saly, M. Boubacar Sabaly. « L’Etat a pris cette offre sans maîtriser les tenants et les aboutissants. Au départ, il s’agissait de faire du time-share. De là, c’est devenu des résidences alors qu’elles ont toutes été construites en hors taxes, hors douanes. Les promoteurs les ont ensuite vendues à des tiers européens qui font de la location. Tout cela est illégal », fustige Pathé Dia, le directeur de l’hôtel « Téranga » dont le réceptif a la particularité de cohabiter avec 25 villas privées dans la même enceinte.

Une situation qu’elle a héritée du fait qu’à ses débuts, le tout formait une enclave résidentielle de 50 villas privées.

« Cela nous porte préjudice, spécialement au Sénégal. Avec la main-d’œuvre pas chère, un touriste peut s’octroyer les services d’une femme de ménage, d’un gardien, d’une cuisinière au même coût que s’il était à l’hôtel. La para-hôtellerie concurrence surtout notre clientèle habituelle », souligne le directeur général de l’hôtel « Palm Beach ».

Avis plus tolérant du côté du voisin immédiat des “Résidences du Port”, le « Lamentin Beach », le seul parmi les hôteliers que nous avons interrogés à émettre un son de cloche différent sur la question.

« C’est une activité complémentaire qui nous amène un potentiel de clients qui viendront pour des soins de thalasso, au bar ou encore au restaurant...Plus il y aura des gens qui viendront au Sénégal, plus on en bénéficiera », relativise Eric Philibert son directeur de l’Exploitation.

« C’est comme si vous me disiez que les piroguiers concurrencent les bateaux. C’est à nous de mettre nos hôtels au top niveau pour ne pas perdre de clients », préconise-t-il, tout en estimant que l’hôtel, « c’est pas de souci, alors que dans une maison, il y a l’intendance à gérer ». S’il y a des gens qui doivent s’inquiéter, ce sont plutôt les hôtels bas de gamme, estime-t-il.

Indiscutablement, les résidences hôtelières permettent à une clientèle de touristes de pouvoir bénéficier des charmes de la station balnéaire sans avoir à délier bourse dans les hôtels. C’est le cas de Fabrice. Employé parisien, il repart dans la capitale française après un séjour d’une semaine à Saly. Il y était avec sa copine, une journaliste dont les parents possèdent un pied-à-terre aux résidences « Le Paradis ». Lui et sa copine, à peine âgés de 25 ans, n’auraient peut-être pas été en vacances sur ces lieux s’ils n’avaient pas bénéficié d’une telle facilité d’hébergement. Face à la modestie de leur budget de vacances, le Maghreb aurait peut-être emporté leurs préférences sur le Sénégal pour des raisons purement économiques.

Le directeur de l’Exploitation de la Sapco reconnaît, pour sa part, les déviances notées dans la vie des résidences. « Elles n’avaient pas pour vocation au départ à faire de l’hébergement mais au fil des ans, on a vu que les propriétaires louaient à d’autres personnes », souligne Babacar Sy.

Au-delà du constat, M. Sy annonce des mesures prochaines qui vont remédier à cette situation, synonyme de fraude fiscale. « La direction de la Réglementation et du Contrôle (du ministère du Tourisme) a décidé que, désormais, seuls les propriétaires de villas et leurs femmes et enfants ne seront pas considérés comme des touristes. Toute autre personne qui séjournera sur les lieux de leur fait devra s’acquitter du versement des taxe ».

Ces mesures, qui vont entrer en vigueur prochainemen,t vont également entraîner la tenue d’un registre de séjour et d’une fiche de police dans les résidences hôtelières, destinés à l’identification des visiteurs. Les affaires de mœurs, notamment de pédophilie et de prostitution, qui défraient la chronique épisodiquement dans la station ont, comme le rappelle le commandant de la Compagnie de Gendarmerie de Mbour, le capitaine Adama Guèye, souvent lieu dans les résidences privées. « Or, il nous est difficile d’y accéder à titre préventif en raison du caractère privé des lieux », souligne-t-il.

Une manne qui fait rêver

Le tourisme enrichit le village et ses environs. Pour beaucoup de jeunes, il est une occasion de changer de vie. Quand cela ne s’arrête pas seulement au rêve.

Indéniablement, la station balnéaire déteint sur son environnement, même si Ibou Sakho Thiandoum résume la situation par une formule fort tranchée : « autant dans la station, il y a tout, autant dans le village il n’y a rien ».

La Communauté rurale de Malicounda, dont fait partie le village de Saly, est la plus riche de tout le pays avec un budget de 1,6 milliard de Fcfa dont la majeure partie est fournie par les contributions fiscales de la station. Mais il y a un aspect plus difficile à évaluer et qui n’en est pas moins une réalité. Beaucoup de garçons du village ont trouvé femme parmi la population de touristes, ont bâti de superbes maisons grâce à leurs envois de fonds avec lesquels ils entretiennent des familles entières. D’où cette scène sur le bord de plage.

Habillé d’un superbe caftan deux-pièces en « ganila bleu », Modou célèbre son union avec Paola, en robe de mariée. Cette Italienne est aux anges. Sourire à tous les coins de lèvre, elle est accompagnée de deux de ses compatriotes dont l’une joue le rôle de photographe de ces moments qu’elle tient à immortaliser.

A voir les regards que la scène attire, le couple fait des envieux. Il se raconte à Saly que les nombreux jeunes qui font du sport sur le bord de plage, torse nu et muscles bandés, sont le plus souvent à la quête d’Européennes à ravir. Ce que confirme Abou, l’un d’eux rencontré sur la bande de plage sise entre l’hôtel Royal et le « Téranga ».

« A une certaine époque, ça marchait beaucoup. Aujourd’hui, il y a de moins en moins de chances de quitter le Sénégal dans les bras d’une Française après l’avoir séduite au bord de la plage. C’est comme si la méthode était passée de mode », confie-t-il. « En fait, ce sont plus les filles que les garçons qui se font marier par les toubabs », dit-il comme désolé.

Fortunes d’un jour

« Notre unique objectif, c’est de voyager », clame Max, un antiquaire, dreadlocks et physique de lutteur junior. « On cherche de l’argent en vendant nos objets aux touristes, mais à l’occasion, si on peut en séduire aussi, on le fait. J’en connais qui ont réussi à partir en Europe ainsi ».

La méthode de la séduction est d’autant plus pratiquée que les jeunes de Saly, contrairement à beaucoup d’autres de la Petite Côte, ne semblent pas croire à l’émigration clandestine via la mer. « Barça ou Barsakh, ce n’est pas ici à Saly ! Je ne connais aucun jeune d’ici qui est parti en Europe par la mer », dit, formel, Aziz, la trentaine.

A défaut de s’unir à une Européenne, certains jeunes parviennent à développer de florissantes affaires grâces aux relations nouées avec d’ex-touristes qui les soutiennent matériellement. « J’en connais qui ont reçu jusqu’à 20 millions de francs Cfa », déclare Omar, un joueur de djembé.

Les antiquaires, qui sont en réalité des vendeurs d’objets d’art divers, ont vu, au fil des ans, leur business se révéler moins intéressant avec la concurrence des hôtels qui ont leurs propres galeries mais aussi à cause des nouveaux comportements des touristes.

« Quand le toubab n’hésite plus à payer 200 Fcfa pour prendre le taxi et aller jusqu’à Mbour, ça ne peut plus marcher pour nous les antiquaires », se désole Moustapha, dans le métier depuis 14 ans. « Avant l’euro, c’était très intéressant. Depuis, on a l’impression que les touristes sont devenus plus radins », fulmine Max.

« Une fois, j’avais vendu un objet d’art à 40.000 Fcfa à un Français. Il a sorti une énorme liasse de billets en me demandant de prendre ce qui correspondait à la somme.

Quand j’ai fini d’en puiser, je me suis retrouvé avec 190.000 Fcfa. Comme s’ils ne savaient pas compter, certains sortaient, à chaque fois qu’ils devaient régler un achat, un bon paquet d’argent », se rappelle-t-il avec nostalgie.

« De telles fortunes dans la journée sont devenues presque impossibles. Parfois, nous restons toute une journée sans un toubab à accrocher. En plus, les touristes sont briefés négativement sur nous avant de sortir de leur hôtel », dit-il.

Risques collatéraux sur les mœurs

Quid de l’influence de l’activité hôtelière sur les mœurs qui font souvent les choux gras de la presse ? Saly est un endroit cosmopolite où l’on retrouve aussi plusieurs nationalités qui s’y côtoient pour diverses raisons. En pleine journée, il n’est pas rare de voir déambuler des jeunes filles habillées soigneusement, qui à la quête d’un emploi, qui d’autre chose. « Pas une seule n’est du coin même s’il y a beaucoup de tentations. Là où il y a du fric, il y a toujours des tentations », assure le président de l’Association des jeunes, Ibou Sakho Thiandoum. Le patron du « Palm Beach », M. Froger, reconnaît.

Toutefois, certaines sources interrogées mettent en cause l’influence négative du tourisme sur le village, notamment en ce qui concerne la tendance des écoliers à ne pas poursuivre longtemps leurs études. « Il n’y a qu’un bachelier à Saly. Il s’appelle Ismaïla Sow », raconte un de nos interlocuteurs.

« Pour certains, le calcul est simple. Un enfant se met sur le chemin des touristes et prétend leur demander de l’argent pour acheter des cahiers. S’il parvient à récolter dix fois un euro durant la journée, cela lui fera facilement 200.000 Fcfa à la fin du mois. Tout un salaire. Vous vous imaginez ! », ajoute cet hôtelier.

du domaine privé

80 villas contre 12 hôtels de quatre à cinq étoiles et un treizième de deux étoiles. Beaucoup d’Européens ont ainsi acquis des villas dans ces endroits où ils séjournent de temps à autre.

Fonctionnant comme des lieux privés où les propriétaires ont le droit d’admettre qui ils veulent, ces résidences sont accusées de faire de la concurrence déloyale aux hôtels puisque soupçonnées de faire dans le locatif clandestin.

Chez les hôteliers, la récrimination est quasi-générale. « Les résidences n’ont pas un statut clair encore moins une assiette fiscale, alors que ce sont des maisons meublées qui font du locatif. Ce sont des gens qui viennent parfois pour des vacances et louent le reste du temps. Ils puisent donc sur nos réservoirs », se plaint le président du Syndicat d’initiative du Tourisme de Saly, M. Boubacar Sabaly. « L’Etat a pris cette offre sans maîtriser les tenants et les aboutissants. Au départ, il s’agissait de faire du time-share. De là, c’est devenu des résidences alors qu’elles ont toutes été construites en hors taxes, hors douanes. Les promoteurs les ont ensuite vendues à des tiers européens qui font de la location. Tout cela est illégal », fustige Pathé Dia, le directeur de l’hôtel « Téranga » dont le réceptif a la particularité de cohabiter avec 25 villas privées dans la même enceinte.

Une situation qu’elle a héritée du fait qu’à ses débuts, le tout formait une enclave résidentielle de 50 villas privées.

« Cela nous porte préjudice, spécialement au Sénégal. Avec la main-d’œuvre pas chère, un touriste peut s’octroyer les services d’une femme de ménage, d’un gardien, d’une cuisinière au même coût que s’il était à l’hôtel. La para-hôtellerie concurrence surtout notre clientèle habituelle », souligne le directeur général de l’hôtel « Palm Beach ».

Avis plus tolérant du côté du voisin immédiat des “Résidences du Port”, le « Lamentin Beach », le seul parmi les hôteliers que nous avons interrogés à émettre un son de cloche différent sur la question.

« C’est une activité complémentaire qui nous amène un potentiel de clients qui viendront pour des soins de thalasso, au bar ou encore au restaurant...Plus il y aura des gens qui viendront au Sénégal, plus on en bénéficiera », relativise Eric Philibert son directeur de l’Exploitation.

« C’est comme si vous me disiez que les piroguiers concurrencent les bateaux. C’est à nous de mettre nos hôtels au top niveau pour ne pas perdre de clients », préconise-t-il, tout en estimant que l’hôtel, « c’est pas de souci, alors que dans une maison, il y a l’intendance à gérer ». S’il y a des gens qui doivent s’inquiéter, ce sont plutôt les hôtels bas de gamme, estime-t-il.

Indiscutablement, les résidences hôtelières permettent à une clientèle de touristes de pouvoir bénéficier des charmes de la station balnéaire sans avoir à délier bourse dans les hôtels. C’est le cas de Fabrice. Employé parisien, il repart dans la capitale française après un séjour d’une semaine à Saly. Il y était avec sa copine, une journaliste dont les parents possèdent un pied-à-terre aux résidences « Le Paradis ». Lui et sa copine, à peine âgés de 25 ans, n’auraient peut-être pas été en vacances sur ces lieux s’ils n’avaient pas bénéficié d’une telle facilité d’hébergement. Face à la modestie de leur budget de vacances, le Maghreb aurait peut-être emporté leurs préférences sur le Sénégal pour des raisons purement économiques.

Le directeur de l’Exploitation de la Sapco reconnaît, pour sa part, les déviances notées dans la vie des résidences. « Elles n’avaient pas pour vocation au départ à faire de l’hébergement mais au fil des ans, on a vu que les propriétaires louaient à d’autres personnes », souligne Babacar Sy.

Au-delà du constat, M. Sy annonce des mesures prochaines qui vont remédier à cette situation, synonyme de fraude fiscale. « La direction de la Réglementation et du Contrôle (du ministère du Tourisme) a décidé que, désormais, seuls les propriétaires de villas et leurs femmes et enfants ne seront pas considérés comme des touristes. Toute autre personne qui séjournera sur les lieux de leur fait devra s’acquitter du versement des taxe ».

Ces mesures, qui vont entrer en vigueur prochainemen,t vont également entraîner la tenue d’un registre de séjour et d’une fiche de police dans les résidences hôtelières, destinés à l’identification des visiteurs. Les affaires de mœurs, notamment de pédophilie et de prostitution, qui défraient la chronique épisodiquement dans la station ont, comme le rappelle le commandant de la Compagnie de Gendarmerie de Mbour, le capitaine Adama Guèye, souvent lieu dans les résidences privées. « Or, il nous est difficile d’y accéder à titre préventif en raison du caractère privé des lieux », souligne-t-il.

Quand les immigrés toubabs font le bonheur de la Poste

Mbour n’est pas vraiment un département comme les autres. Pour s’en convaincre, il suffit de jeter un coup d’œil sur les comptes de son bureau de Poste.

Niché dans le populeux quartier du bord de mer, Téfess, le bâtiment en bleu et blanc est un endroit où transitent d’énormes sommes d’argent dont beaucoup ne soupçonnent pas l’importance. « Après Dakar-Plateau, nous sommes les premiers. Ce sont des milliards que nous brassons ici », relève Jérôme Déthié Fall, le receveur du bureau de Poste de Mbour, qui souligne aussi qu’en moyenne les paiments atteignent 12 millions par jour.

Les chiffres sont là pour le confirmer. En 2006, les recettes budgétaires y ont avoisiné 266,8 millions de Fcfa contre 267,5 millions l’année précédente. Dans le langage des postiers, les recettes budgétaires sont l’équivalent des bénéfices.

A titre de comparaison, la capitale régionale Thiès, dont la délégation régionale coiffe le bureau de Mbour, a réalisé 104 millions en 2006.

Si La Poste engrange des recettes aussi consistantes dans le département, c’est principalement en raison de l’activité touristique. Ils sont quelque 1.300 Européens à être installés durablement dans la zone de Saly, selon le directeur d’Exploitation de la Sapco. Ces émigrés d’un autre genre sont principalement des Français et des Belges dans une moindre mesure.

L’installation massive des Européens, qui perçoivent leurs salaires via La Poste, explique cette activité quelque peu exceptionnelle. Ce sont ce que l’on appelle là-bas, les « Brédistes », du nom d’une banque de l’Hexagone qui transfère leurs salaires. Les salaires ainsi virés atteignent jusqu’à deux ou trois millions de francs Cfa. La consistance de leurs montants et les quelques cas d’agression notés dans le passé, ont justifié quelques mesures spéciales en faveur de ces retraités d’un genre particulier. « Ils ne sont plus payés le 25 mais à une autre période du mois à un guichet spécialement aménagé pour eux à l’étage ». Chaque mois, ils sont ainsi une cinquantaine d’émigrés toubabs à passer aux guichets. Il y a aussi les « Enim ». Ceux-là sont des retraités africains rentrés au pays après avoir servi en France. Ils perçoivent, via La Poste, des pensions consistantes qui feraient pâlir d’envie bien des salariés locaux encore activité. Outre ces deux catégories de clients de La Poste, la population d’employés de maisons (cuisiniers, gardiens, jardiniers, etc.) laissés sur place par les propriétaires des résidences privées sur la Petite Côte fait partie de la clientèle qui perçoit régulièrement des montants importants. « Mbour a la particularité d’être un bureau émetteur et payeur à la fois », signale Jérôme Déthié Fall.

Il y a un phénomène de redistribution qui s’y opère avec les envois effectués par les nombreux employés locaux vers d’autres régions du Sénégal.

Le nombre important de touristes fait aussi de la vente de timbres-postes une activité particulièrement rentable. Là encore, seul Dakar-Plateau fait mieux que Mbour dans ce domaine.

175,7 millions de Fcfa ont été engrangés par le bureau grâce à la vente de ces bouts de papier dont certains collectionneurs raffolent. Autant de raisons pour le bureau d’envisager son expansion.

Après l’ouverture, avec succès, d’un bureau à Ngaparou, deux autres vont prochainement démarrer à Grand-Mbour et Saly.

A Mbour, l’immigration toubab n’est pas pour déplaire à tout le monde. Surtout pas aux postiers.

Une station face à l’urgence de la requalification

Une remise à niveau des installations de la station de Saly Portudal est jugée nécessaire pour en préserver l’attractivité, près q’un quart de siécle après sa création

Il est le premier de la place de Saly à être inauguré. C’était en 1984 sous le règne du président Abdou Diouf. Le Palm Beach, en plus d’être le seul hôtel à tour, est donc aussi le plus vieux de la station balnéaire. Après avoir été exploité par un certain M. Pinelli jusqu’en 1989, il a été vendu aux voyages Fram qui ont doublé sa capacité depuis 1990. Pour 289 employés, le “Palm Beach” abrite 260 chambres. Tous les réceptifs qui ont été construits après ont plutôt misé sur le style paillote.

Du « Savana Koumba » au « Téranga », en passant par les derniers nés des 12 hôtels que sont le « Royal » ou encore le « Lamentin Beach », la paille fait le charme de Saly. En près d’un quart de siècle d’existence, ce sont des investissements d’un montant total de 100 milliards de Fcfa qui ont été érigés sur la station qui a cependant pris quelques coups de rides, qui rendent inéluctable un programme de requalification des investissements. Chargée de l’administration de la station, la Sapco gère les infrastructures de la station en concertation avec les hôteliers qui versent des cotisations dont s’acquittent aussi tous les gérants de structures implantées dans l’enceinte de la station.

« Au bout de 30 ans, une station balnéaire doit faire l’objet d’un programme de requalification. Beaucoup d’infrastructures commencent à vieillir ici. Depuis deux ans, la Sapco a entrepris un programme de requalification qui vise l’éclairage, l’assainissement, etc... ».

Dans ce cadre, la bretelle qui mène de la station à la route nationale, cahoteuse comme un dos de chameau, va bénéficier d’un programme d’investissements de 400 millions de Fcfa. Cette mise à niveau des infrastructures, bien que nécessaire, n’est cependant pas le seul coup de pouce dont a besoin la station pour garder son attractivité.

« Le nouvel aéroport de Diass à 25 minutes de la station, c’est une bonne chose pour nous », se réjouit Nicolas Froger, le directeur général du « Palm Beach ».

Citée parmi les talons d’Achille du tourisme sénégalais, la fiscalité est indexée par beaucoup d’interlocuteurs qui en soulignent le niveau élevé. La Tva de 18% introduite il y a quelques années, sans que les tarifs des nuitées n’aient été haussés en conséquence, est pointée du doigt par le président du Syndicat d’initiative du Tourisme de Saly, M. Sabaly, qui déplore aussi une promotion qui n’est pas « à la hauteur » et souligne la nécessité de mieux maîtriser l’aménagement de la station balnéaire. « Comment se fait-il que nous soyons au même niveau de prix que Bali, un des endroits les plus luxueux en matière de tourisme (Ndlr : mais à au moins 10 heures de vol de Paris). Qu’est-ce qui fait notre cherté », s’interroge, de son côté, le patron de l’hôtel « Téranga », qui réclame une vraie politique touristique de la part de l’Etat.

Pour Nicolas Froger, directeur général du « Palm Beach », « le Sénégal est seulement à 5 heures d’avion de Paris et 4h30 mn de la province. Ici, on n’entend pas parler d’agression ou de racket sur les touristes. Même si on peut mieux faire, la station balnéaire de Saly a de gros atouts dont il faut savoir tirer profit », professe-t-il.

Dans ce registre, le directeur de l’Exploitation du « Lamentin Beach » préconise la création d’un agenda avec « des évènements culturels et musicaux. On peut aussi thématiser autour d’un artiste et enfin il faut convaincre le touriste européen que ce que l’on appelle la basse saison n’est, en réalité, pas un obstacle à un bon séjour ».

ineptie

Nicolas Froger n’est pas loin de penser la même chose à propos de la nécessité de développer l’offre culturelle de la station. « La clientèle anglo-saxonne recherche des destinations aseptisées ; les Français et les Italiens comme les latins en général, veulent découvrir le folklore local des lieux qu’ils visitent ».

Pour qui sait que les pays latins fournissent jusqu’à plus de 90% de la clientèle de la station, doit savoir dans quelle direction agir alors.

La configuration de la saison touristique sensée se dérouler hors période hivernale n’est pas pour faciliter les choses aux hôteliers, qu’ils soient de la Côte ou d’autres parties du pays. Pendant une période allant d’avril à novembre, l’activité est à son plus faible niveau, obligeant même certains hôtels à fermer boutique pendant un mois.

Quand d’autres sont obligés de faire leurs choux gras avec les séminaires comme au Palm Beach où les séminaires résidentiels peuvent représenter jusqu’à 50% de la clientèle en septembre, un mois particulièrement creux pour les hôteliers. « C’est une ineptie », s’insurge Nicolas Froger du Palm Beach. « Avec seulement deux à trois demi-journées de pluie par semaine, l’hivernage n’est pas aussi humide que ça. Donc, il faudrait modérer cette opinion. On devrait simplement dire que la pluie est plus fréquente en cette saison. Pourquoi cela n’effraie-t-il pas les visiteurs dans les Dom-Tom », s’interroge M. Froger qui a, à son actif, 12 années d’hôtellerie en Polynésie française, un territoire d’Outre-mer réputé pour son climat arrosé. « La basse saison est due à une mauvaise information du marché émetteur », relève le directeur de l’Exploitation du « Lamentin Beach » qui est d’avis, un tant flatteur, que « le balnéaire a toutes ses chances de prospérer. C’est le pays du monde qui a le plus bel avenir touristique parce qu’ayant une population très accueillante. » Eric Philibert ne doute pas de la réalisabilité de l’objectif de 1,5 million de touristes d’ici à 2010. « A condition et que, précise-t-il, de miser sur le haut de gamme et non par sur le tourisme sac-à-dos », prévient-il.

« Et que les infrastructures suivent comme cela s’est fait au Maroc », ajoute Nicolas Froger. Toutefois, à l’écouter, le produit balnéaire sénégalais doit faire face à un obstacle qui pose une équation quasi-insoluble aux hôteliers. « Le seul bémol aux chances du balnéaire ici, c’est que le Sénégal est baigné par des courants assez froids. Même avec une température ambiante de 35 degrés, l’eau est parfois à 25 degrés ».

Un handicap qui tient de dame Nature et avec lequel il faut simplement faire.


Dossier réalisé par Malick M. DIAW

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Jeudi 8 Novembre 2007


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