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Culture et éthno-histoire : Mythes et imaginaire collectif chez les peuples de l’eau

Chez les « peuples d'eau » qui habitent les zones humides côtières des deltas, estuaires, alentours des lacs et le long du littoral sénégalais comme les Seereer niominka du delta du Sine Saloum, les Waalo waalo des berges du Fleuve Sénégal, les Wolofs et Lébous des Niayes et de la presqu’île du Cap-vert, il existe un imaginaire collectif bien structuré articulé à une vision écologiste du monde où toute l'architecture du système de représentations repose sur le concept de « Nit ». C'est-à-dire de l’homme ou plus exactement de la personne humaine en tant que référence permanente du dispositif de pensée et noyau dynamique d'un réseau de participations.



Culture et éthno-histoire : Mythes et imaginaire collectif chez les peuples de l’eau
Exactement, comme dans cette théorie « de la chaîne et de l'échelle » dont aimait à parler le Pr Jacques Brengues et que son collègue, Michel Cartry, a bien systématisée . Selon lui, l'individu dans ces sociétés africaines, comme les nôtres, est « toujours et d'emblée situé en un ou plusieurs points d'une chaîne des ancêtres ainsi qu’en plusieurs lieux du Cosmos ou de son environnement naturel. En même temps qu'il est marqué, dès sa naissance ou avant sa naissance par quelques signes originaires qui orienteront sa destinée ».

Une enquête de Moustapha SENE

Obscurité complice

Avant que la question des inondations n’occupe le devant de l’actualité, dans les chaumières, le cas de l’homme qui a été gratuitement agressé et tué alors qu’il se promenait avec son épouse avait révolté plus d’un. Dakar est devenue une ville où des bandits sans foi ni loi se livrent à de sanglantes chevauchées particulièrement dès la tombée de la nuit. Leur tâche se trouve facilitée par l’obscurité qui enveloppe la majeure partie de la ville. Quand on emprunte l’autoroute la nuit, tout le tronçon allant de la gare routière Pompiers jusqu’à la Patte d’Oie est plongé dans l’obscurité. Il suffit qu’un camion tombe en panne sur la voie pour que la scène d’un accident mortel soit campée. L’explication qui a été donnée par la mairie est que les fils électriques des lampadaires ont été arrachés par des voleurs qui creusent le sol pour récupérer le cuivre. Dans un pays où règnent l’ordre et la sécurité, un tel acte délictuel ne pourrait être perpétré à une telle échelle sans que les forces de sécurité ne s’en aperçoivent. Le ministère de l’Intérieur a déclenché un plan de sécurisation des citoyens, mais comme par le passé, à chaque fois que l’insécurité était devenue menaçante, les récriminations de l’opinion publique avaient poussé l’autorité à entreprendre de telles actions. Quelques malfrats étaient arrêtés, la plus grande partie se terrait en attendant que passe l’orage. Cette fois, nous espérons que les forces de sécurité vont occuper le terrain de manière permanente et ne pas se contenter d’opérations coups de poing qui ne parviennent jamais à mettre Ko l’insécurité. Personne ne doit être dans la rue, à une certaine heure, sans rencontrer les policiers ou les gendarmes. Mais pour que ces actions soient couronnées de succès, il faudrait parallèlement que les mairies de l’agglomération dakaroise et l’Etat fassent un effort dans l’éclairage public. En effet, l’obscurité est la meilleure alliée des hors-la-loi car elle leur permet de frapper et s’y fondre aisément.
Si l’Etat ne parvient pas à jouer son rôle régalien de maintien de l’ordre et permettre à chaque citoyen de vaquer tranquillement à ses occupations sans courir le risque de se faire agresser, ce sont les populations elles-mêmes qui vont assurer leur propre sécurité. Agresseurs et voleurs seront lynchés ou brûlés sans autre forme de procès et on ne voit pas, dans ce cas-là, qui pourrait le leur reprocher valablement. Et je souscris à l’opinion d’un spécialiste du droit pénal selon laquelle la vie d’un agresseur est moins honorable que celle de sa victime. Je vois déjà les défenseurs des droits de l’homme me tomber dessus à bras raccourcis en invoquant la dignité de l’individu et le caractère sacré de la vie. Mais est-ce que celle de l’honnête citoyen qui a été injustement agressé et tué l’est moins ? Est-ce qu’on pense au drame social qui frappe les enfants, l’épouse et les parents de l’homme qui a été tué à Hlm Grand Yoff près du pont ?
La peine de mort (pas celle qu’applique Yaya Jammeh) a été abolie au Sénégal en 2004 pour inscrire notre pays dans la mouvance du courant humaniste qui lutte pour la disparition de cette sanction des codes pénaux à travers le monde. Est-ce une avancée ? Peut-être. Par contre, ce qui est sûr, pour certains crimes particulièrement odieux, on est tenté de voter pour la peine de mort. Les faits divers dans la presse nous fournissent des exemples à foison. Une société qui ne parvient pas à se protéger de ses éléments les plus dangereux risque l’implosion. C’est pourquoi la décision de l’honorable député Fall de l’Apr de déposer sur le bureau de l’Assemblée nationale, une proposition de loi rétablissant la peine de mort mérite une grande attention. Car le simple fait qu’elle existe peut faire réfléchir.

Par IIbrahima MBODJ

Cultures et éthno-histoire : Mythes et imaginaire collectif chez les peuples de l’eau

Le professeur Joseph Kizerbo s’était toujours fait l’écho de cette idée qui regrettait « que les spécialistes des sciences sociales, les artistes, les cinéastes n’exploitent pas, à sa juste valeur, le potentiel d’ébranlement intellectuel et émotionnel dont sont chargés les mythes, les récits d’origine et les cosmogonies qui sont d’une richesse prodigieuse ».
Burtëgën dans le mythe de fondation de l’île de Ngor dans la presqu’ile dakaroise habite la mer. Nduku Peey, l’espace qui servit de théâtre de réalisation du pacte qui allait lier Lambaay, le génie des lieux à l’Ancêtre de la lignée Ndoyeen, était une zone fertile, située sur la bordure océane. Le jumeau œuf devenu « Tamb » du mythe du marigot de Bundu, ira se jeter dans la rivière quand il fut surpris, dans sa ténébreuse retraite, par le regard indiscret de la femme de son frère. Maam Ndumaan retirera l’ancêtre des Seen des profondeurs océanes pour aller l’installer quelque part au bord du fleuve Sénégal. La distribution géographique des lieux présumés abriter la demeure des grands « tuur » témoigne de cet aspect. Lëg Daour habite la mer de Dakar (plus précisément la plage contiguë à l’emplacement actuel de l’Université), Maam Njaare et Ndew Ndiagama trouvent respectivement leur lieu d’attache à la plage de Yoff dans la presqu’île du Cap-Vert et dans les marécages du Sine. Selon des sources parmi les plus autorisées, la pointe de Sangomar qui se trouve à l’embouchure du Fleuve Saloum à l’extrême sud du monde Sereer du Sine Saloum serait le grand lieu de rencontre des esprits.
Les habitants de cette région la conçoivent comme le lieu de rassemblement des Maam, c’est-à-dire l’âme de leurs ancêtres spiritualités. Pour les Lébous, elle est le foyer à partir duquel rayonnent et vers lequel convergent les relations les plus complexes qui lient ce groupe ethnique à leur univers du « rab ». C’est pourquoi, pendant les rituels, ndëpp organisées par les familles qui en ont les moyens, il y a un va-et-vient constants entre les lieux de culte et Sangomar.
Ndiadiane Ndiaye, fondateur du Royaume du Walo dont le lac de Guiers a de tout le temps été l’épicentre, n’est assurément pas la seule figure légendaire qui serait apparu aux siens en sortant de l’eau à Mengueye Booy. D’après Amadou Wade, auteur au 19ème siècle de « la Chronique du Walo sénégalais » publiée et commentée par Vincent Monteil (Bulletin de l’IFAN Tome 26 série B, numéro 3 et 4 ; Année 1964. Pages 440-498), confirmé en cela par plusieurs sources orales, les familles princières de ce « royaume amphibie » seraient toutes issues de l’Est. Plus précisément du Wuul, dans l’actuel Sénégal oriental avec lequel, ils ont presque toujours continué à entretenir d’étroites relations. Et auquel aussi, ces familles régnantes d’origine wolof pouvaient retourner en remontant le cours, aujourd’hui focalisé, de l’ancienne rivière du Ferlo qui reliait le lac de Guiers au Fleuve Sénégal par cet autre axe hydraulique différent de la seule Taouey qui existe aujourd’hui.
Comme le notait, à propos des populations des environs du lac de Guiers, l’anthropologue environnementaliste Cheikh Ibrahima Niang : « Ces mythes réinterprétés, qui participent à la mise à jour du respect de l’homme vis-à-vis de la nature, respect que l’on a retrouvé vivace dans les sociétés traditionnelles et qui se perd dans les nôtres actuellement, sont un outil didactique pour la redécouverte, par les populations de la pleine nécessité d’une intégration de la dimension environnementale dans leur dynamique quotidienne. »


Moustapha SENE

L’eau, valeur-refuge des « tuur » et « rab »
Les « tuur » et « rab », les deux figures symboliques centrales du dispositif rituel de réintégration sociale du malade mental (le Ndëpp) des Wolofs-Lébous du Sénégal ne sont pas simplement différenciées par la façon de les nommer. Ou encore par les seuls critères de différence de notoriété relative à l’ancienneté de leur alliance avec tel ou tel clan de ce groupe ethnique de la frange littorale du Sénégal et de la presqu’île du Cap-Vert à l’extrême sud des Niayes. Le lieu que ces êtres surnaturels sont censés habiter est également un autre critère permettant de les différencier. Dans de nombreux récits (contes de mythes) où il est question de cette catégorie de « personnages », la référence à l’eau apparaît comme l’un des éléments les plus prégnants du décor dans lequel se déploie l’action. Concernant la localisation, on suppose que les « rab » qui ne sont pas parvenus, comme les « Tuur », à une existence symbolique, continuent encore à errer. Alors que les « Tuur » sont domiciliés. Il faudrait, cependant, reconnaître que les assises naturelles de ces êtres spiritualisés, qu’ils soient errants et inorganisés (rab) ou fixés et domiciliés (Tuur), comportent toujours cette triple valence (aquatique, végétale, souterraine) soulignée par l’antropologue Andras Zemplini qui a travaillé, pendant longtemps, aux côtés du Professeur Henry Coulomb et des guérisseurs traditionnels et célèbres praticiens du ndepp lébou de la famille Seck ( M. Daouda Seck et Madame Fatou Seck) au « penc » de l’hôpital psychiatrique de Fann à Dakar, dans les années soixante dix.

Mythes d'origines et récits de fondation : Les Lébou-Wolof du Sénégal, « Waa laaf », les gens de l’autre rive
Les marais et les lacs des deltas et estuaires du Sénégal ne font pas qu’accueillir une faune terrestre aviaire et aquatique, sédentaire ou migratrice dont la survie est fortement liée à la présence de l’eau et des ressources alimentaires qu’elles renferment. Elles contribuent également à atténuer les impacts du changement climatique, comme les forêts de mangroves présentent, en plus d’être un bon potentiel pour réduire l’impact des vagues et des tempêtes, ces zones humides côtières qui abritent des sites sacrés.
L’anthropologue et environnementaliste Cheikh Ibrahima Niang notait que : « Ainsi ce sera par l’eau, le fleuve, que les Wolof seraient arrivés au Walo. A travers beaucoup d’autres aspects de leur vie et de leur mythologie, on retrouve une référence quasi-constante à l’eau, que ce soit celui du lac de Guiers, du fleuve Sénégal ou des marigots du Delta. C’est peut-être pourquoi Robin (1945) a pu dire du Walo que c’était un « royaume amphibie ». Selon Cheikh Anta Diop, le mot « wolof », lui-même, viendrait de « Walaf » qui littéralement veut dire : les gens du bord de l’eau. »
Niang, le chercheur continue : « D’après les mythes recueillis à Gnith, les génies (Tamb en Wolof) de plusieurs familles se trouvent dans les eaux du lac, ce qui explique que des nouveaux-nés y soient plongés puis retirés et portés en l’air dans un geste qui évoquerait l’émergence de l’homme à partir de l’homme aquatique. Tel fondateur de tel clan de pêcheurs est présenté comme génie des eaux qui prit une forme humaine, le protecteur de tel autre clan est un cheval à huit pattes qui réside dans le lac, qui réapparaît ou agite les eaux quand le besoin se fait sentir. Mais ce n’est pas seulement avec l’eau que les hommes tissent des relations symboliques profondément ancrées dans leur univers culturel ; il en est de même avec la faune, la végétation ou l’environnement naturel. La relation apparaît de manière manifeste dans une analyse du totémisme wolof. »
L’origine du lac est d’ailleurs associée à un personnage mythique du nom de Panie Ful, figure centrale du récit de genèse, mythe fondateur, recueilli par M. Ousseynou Ndiaye de l’Institut des sciences de l’environnement auprès du vieux Dieng du village de Nder le 16 mars 1983. En voici une variante : « Dans les temps anciens, un vieux très connu vivait dans cette zone et avait un troupeau de bœufs. Parmi ceux-ci, il y avait un qui était entièrement noir. Le berger à qui le vieux avait confié son troupeau remarquait qu’à chaque fois, il apportait de l’eau aux bœufs, ils buvaient tous sauf le bœuf noir. Ceci poussa le berger à affirmer, devant son patron, qu’il devait y avoir de l’eau dans les environs, mais qu’on n’était pas parvenu à la localiser à cause de l’importance de la végétation. Le vieux dit au berger : « Demain, quand tu libères le troupeau dans la brousse, tu attacheras à la queue du bœuf noir un sac troué dans lequel tu mets de la cendre ». Mission accomplie, le berger fut accompagné par son patron quand il apporta de l’eau aux bœufs. Le vieux et le berger ont remarqué que le bœuf noir ne buvait pas au moment où les autres buvaient. Ces deux ont suivi les traces de la cendre et ont découvert une petite étendue d’eau. Le vieux avait un bâton à la main et il dit : « Je ne peux pas t’épuiser, mais je prie Dieu de t’agrandir à tel point que tout le monde puisse se servir de toi » et il frappa l’eau avec son bâton. Dès lors, cette étendue s’agrandit et devint un lac qu’on connaît aujourd’hui sous le nom de « Geer ».
En décidant de retenir « Les zones humides : l’eau, la vie et la culture » comme le thème pour la Cop 8 sur la Convention sur la biodiversité et pour la célébration, le 02 Février 2002, de la 6e Journée mondiale des zones humides, la Communauté internationale avait, certes, à dessein, de convier les organismes gouvernementaux, les organisations non gouvernementales, les gestionnaires de sites citoyens à explorer les aspects culturels dans leur contexte national et local, et à renforcer la sensibilisation aux valeurs, non seulement naturelles, mais aussi culturelles, des zones humides.
C’est dans cette dynamique que le Réseau national des experts en zones humides (Renzoh) s’est proposé, aussitôt après sa création, de réaliser, à travers sa Commission « fleuve Sénégal », une évaluation des valeurs culturelles des zones humides de la rive gauche du fleuve Sénégal en prenant comme hypothèse de travail la définition de la notion d’éco-culture pour expliquer les liens et la dynamique des rapports existants entre les populations de ces zones étudiées et leur milieu.L’étude de la Commission du fleuve Sénégal du Renzoh, qui a consisté à faire un inventaire des sites sacrés dans les zones humides du Delta et du Fleuve Sénégal et d’en analyser la valeur symbolique, a aussi mis en évidence le fait de manière moins métaphysique ; l’importance des zones humides étudiées pour les populations réside dans leurs fonctions d’archives historiques et culturelles (les nombreux sites archéologiques qui sont autant des vestiges d’une très longue histoire). Ce qui fait dire à ces chercheurs qui ont investi cette question que « les zones humides sont la boite noire des civilisations passées et actuelles ».
Cette culture de gestion sacralisée des cours d’eau et mares, confiée à certaines familles au profit de toute la collectivité, renforce les liens de cousinage et d’évitement entre l’homme et l’animal, l’homme et la plante, l’homme et le minéral (alliance cathartique et totémisme). Elle constitue, au bout du compte, une preuve, par le vécu, que le choix de modèles de développement et l’élaboration de programmes économiques, ceux concernant l’aménagement des aires protégées, comme les réserves situées dans les zones humides, « ne peuvent faire table rase des croyances, des systèmes sociopolitiques, modes d’organisation et intérêt en jeux ; la psychologie sociale, les technologies traditionnelles, le savoir et le savoir-faire locaux sont des paramètres de la planification ».

M. SENE


Chronique d'une déchéance annoncée : Les Niayes ou l’Eden perdu du vieux Baytir

Longtemps restés quasiment inhabités, les Niayes ont connu une évolution rapide de ses systèmes de production. Cette dernière est à l’origine de l'appauvrissement des populations et de la dégradation environnementale que vient rendre cruciale la ruée vers les terres de culture et la spéculation foncière. Une paupérisation liée à une agression sur la terre était plus qu’une perte économique, mais aussi des valeurs culturelles, une déchéance symbolique marquant la mort de tout un groupe social et l’inéluctable clôture d’un cycle de vie à jamais révolue.
De son sommeil cauchemardesque d’où il fut tiré subitement par le bruit vrombissant d’un avion qui amorçait sa descente vers l’aéroport, à l’autre bout de la presqu’île, loin de son quartier inondé de Djeddah-Thiaroye Kaw, Baytir, l’octogénaire lébou, n’aura retenu de ses songes que ces mêmes obsédantes images du même rêve éveillé qui, depuis des mois, hante ses nuits agitées. Partout, en somme, où ils espéraient porter leur parole collective et recueillir un soutien dans ce bras de fer qu’ils ont engagé contre ces propriétaires immobiliers qui les ont délogés des champs de leurs aïeux, dans le Djander, et qui commençait déjà avec la bénédiction des autorités, de morceler et de vendre ces terres…Les scènes, dans ce rêve éveillé de Baytir, étaient invariablement les mêmes que celles qui lui étaient encore revenues dans son sommeil aujourd’hui. Baytir se voyait en songe dans une assemblée où tous les aïeuls du clan, morts depuis des lustres, s’étaient donné rendez-vous dans le site sacré de son île ancestrale de Buur Tegen. Personne, pendant les heures que dura cette rencontre, n’avait parlé avant que tout le monde ne s’éclipsât, un peu comme il était venu. Sans que Baytir ne sache ni comment, ni où ces silhouettes, vêtues de longues toges immaculées, qui composaient l’assemblée, étaient retournées. Seul, sur son chemin de retour, il tomba sur cette autre scène qui revenait aussi comme la suite programmée du premier épisode de ce feuilleton onirique. Le dormeur des Niayes se l’imagine comme une épitaphe gravée sur une immense stèle figurant une pierre tombale, dressée sur les reliques de la luxuriance moribonde et les restes de la marée polluée dans l’enceinte marécageuse du site de la Technopole, et qui, installée non loin de l’emplacement actuel du rond-point de la Patte-d’oie et surplombant l’autoroute à péage flambant neuf, toisait du haut de sa petite centaine de mètres la crête des édifices dakarois alentour, les plus en hauteur. Sur cette pierre étaient gravés ces mots : « Ci-gît Niayes. Né dans l’Eden perdu des oasis des forêts interdunaires du littoral et des sables cristallins des plages, où venaient pondre les tortues géantes sorties des profondeurs océanes, il a longtemps vécu heureux dans la paix millénaire d’une nature vierge mais qui savait tout lui donner... Et vint ce triste jour où, quand y arriva la horde chassée des terres intérieures par la longue sécheresse, sonna le glas… Depuis, c’est la valse des vautours autour des cimetières. De la terre qui faisait vivre, il n’y en avait plus pour tout le monde. Et quand, du fait de la ruée, cette terre devenue abrupte était introuvable, ceux qui en avaient encore l’ont vendue pour vivre. La foule des nouveaux arrivés sur l’Eldorado perdu draina, avec elle, la meute des spectateurs qui désormais dictent la loi ».

Les zones humides, les éco-cultures et ce qui en reste.

Le concept d’éco-culture couvre tous les champs de vision, de réflexion et d’action de conservation et d’utilisation durable des zones humides à travers une symbiose forte. Le milieu étant défini comme : « l’ensemble des modes et moyens de méditation spécifiques d’un groupe humain avec son milieu qui convoquent ses productions symboliques, ses pratiques sociales d’accès, de gestion et d’utilisation durable des ressources de son écosystème, mobilisées dans la production de valeurs structurantes pour assurer la reproduction sociale et qui induisent, dans cette médiation, la responsabilité intra et intergénérationnelle ».
Pour le Dr Abdou Dia, président de la Commission du Fleuve Sénégal qui a longtemps travaillé comme ingénieur aménagiste à la Saed : « Cette symbiose s’exprime tantôt à travers un grand nombre des dimensions précitées dans la définition du concept d’éco-culture, tantôt en intégrant des innovations fortement contrôlées qui ne sauraient détruire son noyau central. Car cette symbiose ne saurait souffrir de transgression destructrice. ». Car, explique-t-il, l’éco-culture se reproduit de manière latente ou manifeste, comme dans le cas « d’une alliance cathartique (une alliance élaborée comme catharsis, l’adoucissement des rapports entre les termes d’un seul ensemble). C'est-à-dire, un contrat de pacification entre ceux qui partagent l’espace naturel et social de leur site, sous la forme d’un pacte qui lie un clan à une ressource de son milieu, quelle que soit sa durée historique, à travers ce que nous appelons la ritualisation des serments de protection réciproque des clans et des autres composantes de leur environnement ».
L’inventaire des zones de valeurs culturelles sur la rive gauche du Sénégal, explique le Dr Dia, a permis d’aboutir à un certain nombre de résultats concernant la typologie des sites recensés dans les différents départements et à leur classement en deux grands ensembles : l’ensemble Moyenne vallée et l’ensemble Delta, comprenant, eux-mêmes, des « sites de type temporaire, éloignés du fleuve et tributaires de la crue par des affluents/défluents (avec, selon les saisons, un apport important ou des pertes d’eau en partie ou en totalité) et des sites naturels de type permanent, proche du fleuve où l’artificialisation du régime hydrologique, en faveur des aménagements hydro-agricoles (par l’irrigation), remanie leurs sources d’alimentation originelle en eau. » L’analyse de cet inventaire des sites inventoriés dans différentes localités, comme dans la ville de Saint-Louis, de Podor, de Matam ou de Bakel, les cours d’eau comme Menguèye, N’galanka, mares de Kanel, de Saré Thioffy ou des zones comme l’Île à Morphil, ayant permis de monter, d’une part, que les populations de la vallée du fleuve Sénégal ont, pour beaucoup d’entre elles, signé des « pactes de coopération » avec l’écosystème du fleuve d’où elles tirent leur subsistance et leur puissance. Et d’illustrer, d’autre part, toute l’importance de ces sites sacrés pour les populations, pour qui ces sites ont fonctions culturelles variées, dont l’évidence est de représenter « un système de référence qui devient une valeur-refuge lorsque les circonstances historiques obligent le groupe à réadapter son projet culturel à la dynamique et aux dysfonctionnements du milieu. C'est-à-dire, à recomposer le sens afin de mieux inscrire son projet aux conditions nouvelles pour la reproduction et la maintenance de son système social. » Ce qui fait du site symbolique du groupe social un lieu et une instance qui participe de la panoplie d’institutions adaptatrices qui amène sa décomposition (anomie), selon Abdou Dia.

Moustapha SENE

Amadou Sow, un jeune pousse prometteur de l’agriculture sénégalaise

Dans le vaste champs de l’agriculture sénégalaise, Amadou Sow ressemble à cet arbuste qu’on voit pousser et s’affirmer de jour en jour. Ce jeune homme de teint clair, taciturne cultivant la discrétion dans ses moindres contacts, n’en est pas moins un grand ambitieux. Il se définit d’ailleurs comme un jeune entrepreneur agricole, même si on ne lui reconnaît guère de grands périmètres agricoles ou encore de troupeaux de bœufs se comptant par centaines. A Gorom où il niche, dans la communauté rurale de Bambilor (département de Rufisque), il détient seulement 2 hectares de terre, avec branchement sur le réseau de la Sde. Mais ces terres restent non exploitées, faute de moyens suffisants. Qu’à cela ne tienne, Amadou Sow n’a que 31 ans et il est déjà bien intégré dans le milieu des producteurs agricoles. Membre de la Fédération des producteurs maraîchers des Niayes (Fpmn), organisation basée à Sangalkam et qui regroupe près de 2200 membres, Amadou Sow a très vite fait de franchir de nouveaux paliers dans les organisations paysannes du Sénégal et de l’Afrique. Présentement, il est le secrétaire général du Collège des jeunes du Conseil national de concertation et de coopération des ruraux (Cncr), membre de Global Youth innovation Network (Gyn Sénégal) et récemment il a été élu président du Réseau de jeunes entrepreneurs agricoles de l’Afrique de l’Ouest (Rejao). Ce dernier galon, acquis récemment, à l’issue d’une formation sous régionale au Bénin, lui a donné de nouvelles ambitions. « L’agriculture est un domaine porteur qui peut contribuer à diminuer la pauvreté, si on sait en faire un bon usage », avance-t-il. La formation qu’il a bénéficiée au Bénin a fait germer en lui un grand projet sur le manioc et le soja.Comme beaucoup de ses compatriotes, Amadou a souffert au Bénin du fait de sa non-connaissance du soja. Pourtant, au fil des jours et des semaines, il s’est rendu compte qu’il était dans l’ignorance. « Les Sénégalais ne connaissent pas le soja, alors que c’est un aliment hyper riche », constate-t-il. Mais Amadou Sow s’est déjà fait une religion avec le soja et le manioc, deux produits qu’il compte associer pour produire l’huile de soja et le lait de soja. Ce projet qu’il a déjà détaillé dans un volumineux document espère des financements. Pourtant, Amadou n’a jamais imaginé tracer son sillon dans le domaine agricole. Dès son jeune âge, cet enfant peulh du village de Thiona dans la région de Thiès fut adopté par les prêtes de Saint-Gabriel de Thiès. Issu d’une famille modeste, le jeune homme est accepté dans cette prestigieuse école catholique. Tous ses frais de scolarité sont assurés par les religieux. Sa scolarité ne souffrit d’aucun anicroche jusqu’à l’année du Bac qu’il n’a pu faire. Selon lui, ceux qui devaient payer pour lui ne pouvaient plus lui assurer sa scolarité. La pilule est dure à avaler, mais Amadou sut qu’il ne pourra guère faire son bac. Pour autant, il sort de Saint Gab’ avec une maîtrise parfaite du latin, du français, de l’anglais et de l’espagnol. La Bible ? Il en connaît des pages entières. « Par curiosité, j’ai appris la Bible », confesse-t-il. Sans le bac en poche, Amadou est obligé de quitter Saint Gab’. Il sut alors qu’il devait prendre son destin en main et il réussit, avec l’aide de parents, à s’envoler au Maroc où il s’inscrivit dans une école hôtelière. Deux ans plus tard, il revient au bercail et intègre un prestigieux restaurant aux Mamelles. Il ne fera jamais carrière dans l’hôtellerie et la restauration. Il s’établit par la suite à Gorom, grâce à l’entremise de Ibrahima Mbengue, le président de la Fédération des producteurs maraîchers des Niayes. « Lui et Sidy Guèye ainsi que Diéry Gaye, je peux les remercier. C’est eux qui m’ont accueilli et soutenu à mon arrivée », témoigne-t-il.

LE SOLEIL Maguette NDONG

Lundi 3 Septembre 2012



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