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Crise dans l’aéronautique : Le leadership sénégalais fortement remis en cause

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Le secteur de l’aviation civile du Sénégal continue d’accuser des contre-performances sans précédent dans tous ses domaines d’activités, avec des conséquences négatives multiples qui risquent de paralyser son fonctionnement à terme et le conduire dans l’impasse si rien n’est fait. L’autorité de l’aviation civile se fait remarquer par sa non-implication dans le débat aéronautique national. A cela s’ajoute, l’absence de prise de décisions et d’initiatives capables de reprendre en charge le secteur en proie à de graves dysfonctionnements après la survenance d’évènements majeurs. Aujourd’hui, la problématique de l’Aviation civile au Sénégal appelle un bref rappel pour permettre aux Sénégalais de mieux saisir la portée des difficultés qui assaillent ce secteur.



Crise dans l’aéronautique : Le leadership sénégalais fortement remis en cause
En effet, la compagnie multinationale Air Afrique, nationale dans chaque Etat membre, constituait, dans une large mesure, l’échafaudage sur lequel était assise l’architecture de l’industrie aéronautique sénégalaise. La disparition de ce puissant outil d’intégration en 2002 a entraîné celle du Centre industriel de Dakar (Cid) ou centre de maintenance aéronautique de portée continentale, et du Centre de formation professionnelle de Dakar (Cefopad) avec toutes les conséquences économiques, techniques et sociales. Dans cet environnement assez difficile est venue s’ajouter la toute récente liquidation de la compagnie Air Sénégal International portant le pavillon national, avec toutes les conséquences sociales, politiques et économiques sur les échanges commerciaux, le tourisme, l’hôtellerie, la continuité territoriale, l’intégration sous-régionale, la coopération internationale et qui a porté un coup dur au Sénégal en terme d’image.

A ce tableau apocalyptique, s’ajoute la disparition de l’Asecna Activités nationales par l’interruption du contrat particulier au titre de l’article 10 de la convention de Dakar. Cet acte a négativement impacté sur les activités du secteur, avec des conséquences incalculables et non évaluées sur l’expertise technique aéronautique nationale. En effet, il ne faudrait pas se méprendre, le Sénégal n’est pas un Etat ordinaire au sein de l’Asecna. Vouloir l’assimiler ainsi, relève d’une grossière méconnaissance de son titre, de son rôle, de ses prérogatives et missions particulières dans la gestion de la Fir Dakar océanique et Dakar terrestre qui requièrent une conformité aux standards internationaux, d’un outil de production techniquement performant, des producteurs au meilleur niveau technique, et d’une productivité optimale.

Autres facteurs et événements qui ont perturbé le secteur : les échecs répétés des différentes éditions du pèlerinage à La Mecque dans son volet transport aérien avec un impact négatif sur la confiance et l’intégrité des pèlerins : l’expérience de Zam Zam reste encore vivace dans les esprits. Ensuite, les rapports tendus entre l’Etat du Sénégal et l’Asecna ainsi que les assurances des autorités, lors de la 49e assemblée statutaire du comité des ministres de tutelle à Ouagadougou en juillet dernier, n’ont pas encore réussi à dissiper les craintes et la méfiance (…)

Sur un autre plan, il faudrait regretter la situation des aéroports secondaires à l’intérieur du pays - qui ne le sont que de nom - ce qui les exclut de tout programme d’investissement et de développement. A cela, faudrait-il ajouter deux éléments non moins importants : La gestion de l’urbanisation aux alentours des aéroports, avec toutes les conséquences sur l’environnement et la sécurité civile et la fermeture des dessertes aériennes Saint-Louis, Cap Skirring, Ziguinchor, Tambacounda avec les conséquences sur le tourisme et l’aménagement du territoire. Aujourd’hui, la grande question qui taraude l’esprit des professionnels de ce secteur reste le projet de transfert des activités de l’aéroport Léopold Sédar Senghor vers l’aéroport international Blaise Diagne dont la gestion est confiée à un opérateur privé allemand Fraport. Il est clair que si cette opération n’est pas menée avec toute l’expertise technique requise, elle ne manquera pas d’entraîner la mort par absence de ressources des structures aéronautiques nationales (agences et organismes de l’Etat) : Agence nationale de l’aviation civile (Anacs), Agence des aéroports du Sénégal (Ads), Agence nationale de la météorologie (Anams), Haute autorité de l’aéroport Léopold Sédar Senghor (Haals) qui ne survivent que grâce aux ressources collectées, provenant des redevances sur les activités de l’aéroport Léopold Sédar Senghor de Dakar.

L’autre écueil de taille qui risque de plomber les efforts des autorités de ce secteur, reste le traitement de la grande question : les autorités sénégalaises vont-elles reverser l’aéroport international Blaise Diagne dans la gestion des aérodromes communautaires au titre de l’article 2 de la convention Asecna dite de Dakar ou pas ? Si ce n’est pas fait, cela entraînerait une exclusion de fait de l’Asecna par l’absence d’activités communautaires au Sénégal, dont seul l’aéroport Léopold S. Senghor est l’objet. Enfin, la multiplication des structures aéronautiques qui se superposent et se neutralisent, rend leur fonctionnement inefficace. Toutes ces questions devraient être prises en charge de manière prévenante et professionnelle par l’Agence nationale de l’aviation civile qui est plutôt encline à une gestion quotidienne des affaires courantes pendant que le leadership aéronautique sénégalais est en train de s’éloigner chaque jour davantage (...)

Faut-il le rappeler, la création de l’Anacs résulte des recommandations issues des audits du système aéronautique sénégalais. C’est à ce titre qu’en l’an 2000, l’Organisation de l’aviation civile internationale (Oaci) a initié un programme universel ‘d’audit du système de supervision de la sécurité’ de l’ensemble des pays membres. Concernant notre pays, l’audit qui a eu lieu au mois de juillet 2000, a relevé des insuffisances, notamment un cadre législatif et réglementaire non adapté, une absence d’autonomie et d’autorité de la Direction de l’aviation civile, une insuffisance des ressources humaines au plan qualitatif et quantitatif, une faiblesse des moyens financiers de l’organe chargé de la régulation. Ces insuffisances ont été confirmées par les audits de la Federal Aviation Administration (Faa) des Etats-Unis, la même année. Ces deux audits ont recommandé la mise en place d’une autorité de l’aviation civile forte, dotée d’une autonomie de gestion et indépendante des structures qu’elle contrôle. En outre, cette structure devra être dotée de compétences en nombre et qualité suffisante et d’un code de rémunération attractif ‘capable d’attirer et de retenir le personnel’.

C’est ainsi que le gouvernement de l’alternance a entrepris, avec pertinence, une série de réformes de rupture afin de donner suite aux recommandations de l’Oaci et de la Faa. Il s’agit du vote de la loi n° 2002 - 31 du 12-12-2002, portant Code de l’aviation civile et la signature du décret n° 2003 - 384 portant organisation et fonctionnement de l’Anacs. La mise en œuvre de ces réformes à la création de l’Anacs en 2003 s’est heurtée à des réticences, du fait que pour la première fois le Directeur général de l’Autorité de l’aviation civile ainsi nommé n’est pas un agent de l’Asecna, d’une part et d’autre part, il exerce réellement son pouvoir de contrôle et de surveillance de toutes les activités aéronautiques, conformément aux dispositions du Code de l’aviation civile. Cette situation perturbe des habitudes non conformes aux liens qui doivent régir les relations entre le régulateur, représentant de l’autorité de l’Etat et les opérateurs. En nommant un Directeur général de l’Anacs hors du sérail de l’Asecna, les autorités issues de l’alternance ont rompu avec une tradition viciée et dommageable aux intérêts de la Nation.

Sur l’ensemble de ces questions, il y a lieu de signaler que le Sénégal a perdu le rôle avant-gardiste qu’il jouait dans la mise en œuvre des réformes préconisées par les instances internationales de l’aviation civile. Il y a lieu de reprendre les choses en mains pour un repositionnement sur l’orbite de l’excellence. Cette mue ne peut passer que par un choix méticuleux des compétences en charges de ce secteur. Dieu sait qu’il existe dans ce secteur des compétences avérées qui ont fait leurs preuves ailleurs et qui attendent d’être mises à l’œuvre.

Pape Sadio THIAM
Journaliste
thiampapesadio@yahoo.fr
Source Walfadjri

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Mercredi 16 Septembre 2009




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