(Correspondance) - Les 300 licences de pêche octroyées par l’Etat mauritanien à des pêcheurs sénégalais viennent d’être reconduits. C’est ce qui ressort d’une audience accordée par le président mauritanien, Mohamed Ould Abdel Aziz au ministre sénégalais de l’Economie Maritime, Khouraïchi Thiam.
A cela, annonce un communiqué qui est parvenu à notre rédaction, s’ajoute un allègement du dispositif de contrôle au niveau du poste de Ndiago. ‘Le protocole d’application de la convention de coopération en matière de pêche et d’aquaculture, signé entre la Mauritanie et le Sénégal, en mars 2008, vient de faire l’objet d’une reconduction de deux mois, avec un allégement du dispositif de contrôle au niveau du poste de Ndiago’, lit-on sur le communiqué.
Les récurrents incidents, marqués par des accrochages entre pêcheurs sénégalais et garde-côtes mauritaniens, comme ce fut le cas tout récemment, l’arraisonnement de pirogues, la confiscation de matériels, ont été également au menu des discussions. Ils ont été ‘vivement déplorés’, au cours de cette rencontre. Et à ce propos, informe le communiqué, les dossiers sont en cours de traitement par les services compétents.
Par ailleurs, les ministres mauritanien et sénégalais ont rappelé la nécessité d’éviter de tels incidents. Pour ce faire, ‘les pêcheurs ont été invités à se conformer à la réglementation’, dit la note rendant compte de cette rencontre.
La mise à profit de la période de deux mois a été la volonté exprimée à l’occasion de cette visite. Ce, pour apprécier la situation et permettre aux discussions techniques de se poursuivre. Le vœu de trouver une issue heureuse aux dossiers, notamment, de la saisie de matériels et des arrestations a été formulé, nous dit le communiqué. Qui informe que les deux ministres ont rendu visite aux pêcheurs sénégalais, blessés au cours du récent incident survenus à Ndiago.
Du côté des acteurs de la pêche à Saint-Louis, la décision est saluée à sa juste valeur. Toutefois, la durée de prolongation est jugée très courte. Rencontré au quartier de Guet Ndar, Mamadou Diop, pêcheur, salue la nouvelle. Il la trouve belle, mais pas assez pour résoudre les problèmes récurrents des quartiers des pêcheurs. ‘La période est trop limitée. Sur deux mois, on ne peut pas réaliser grand-chose. Ce qui serait mieux, c’est de négocier des licences à longue durée’, pense-t-il.
Secrétaire général du collectif des pêcheurs artisans du Sénégal, Sada Fall approuve, lui aussi, cette nouvelle prolongeant des 300 licences de pêche. Mais il y a un préalable, pense-t-il. ‘On ne peut pas avoir l’esprit tranquille en pensant qu’il y a 51 de nos compatriotes retenus en Mauritanie’, dit-il. Pour lui, la mise en liberté de leurs compatriotes, arrêtés dernièrement par les garde-côtes mauritaniens, devait être l’étape primordiale des négociations. ‘La libération de ces Sénégalais devait être le premier point à être négocié’, confie Sada Fall. En plus, croit-t-il savoir, les deux mois ne peuvent satisfaire les pêcheurs. Ainsi, de cette décision, le président du collectif des pêcheurs artisanaux du Sénégal pense y détecter un accotoir politique. ‘Je pense qu’il y a une toile de fond politique sur laquelle repose cette nouvelle. C’est douteux. C’est juste pour gagner quelques points en vue de l’échéance électorale’, soutient Sada Fall.
Même son de cloche chez Moustapha Dieng. ‘Nous nous félicitons de cette prolongation. Mais c’est de la politique. Ils se sont dits que les élections approchent et qu’il fallait faire un geste. C’est tout ce qui a motivé cette décision. Mais après le mois de février, que ferons nous ?’, s’interroge-t-il. Avant d’indiquer : ‘Le problème est sérieux. Il doit alors être abordé sérieusement’. A l’en croire, les licences de pêche octroyées aux pêcheurs sont très insuffisantes, vu la demande. ’Ces licences sont loin de suffire. Les 300 équivalent à 150 chaînes tournantes. Chaque chaîne tournante a besoin de deux licences’, fulmine Dieng.
Aïda Coumba DIOP
Source Walfadjri