Triste sort que celui d’une femme délaissée ! Ndèye Astou Sow est obligée de passer cinq années de sa vie derrière les barreaux. Elle a été condamnée à cette peine d’emprisonnement pour le crime d’infanticide. Seulement, elle restera en prison un an avant de recouvrer la liberté.
Elancée, tout de blanc vêtue et voilée pour ne pas être regardée comme une personne ayant commis la pire des inconvenances, elle fit l’effort d’arborer un sourire plein de tristesse et d’émotion affectée. Ndèye Astou Sow est belle et a du charme à revendre. L’enquête de personnalité est exhaustive à son égard pour renseigner davantage sur son identité. Le sourire sympa dans les yeux et sur les pommettes, cette ménagère de 25 ans, domiciliée à Rufisque, est fille de Abdou et de Daba Diop, emprisonnée depuis 2009. Elle a une connaissance superficielle du Coran. Son éducation de base a été assurée par sa grande sœur. Elle était dans les liens du mariage jusqu’à son arrestation. L’enfant à qui elle a donné la mort est le fruit de son mariage avec son époux Mbaye Dieng.
Pourquoi alors éprouver le besoin de tuer un bébé issu d’une union légale et légitime ? Parce que Mbaye Dieng (domicilié à Pikine Icotaf) est loin d’être le mari attentionné dont elle rêvait. Cet ‘époux irresponsable’ a mené la vie dure à son épouse qu’elle accusait d’être une femme qui porte la poisse. Ce n’est pas à Ndèye Astou Sow que l’on va raconter ce que sont les violences conjugales. Elle a été contrainte de quitter le domicile conjugal pour se destiner au métier de domestique, lorsque son mari lui a refusé le divorce. Pourtant, l’accusée n’avait qu’un seul rêve: échapper au mariage et à la maternité pour faire carrière dans la vie, loin des rêves de ses parents et des espoirs que la société plaçait en elle. Aujourd’hui, elle est mère d’une fillette de sept ans.
Personne n’a été informé de sa grossesse. Pas même sa famille et ses voisins. L’intéressée dit même ignorer qu’elle était enceinte, jusqu’au jour de sa délivrance. L’enfant sorti de ses entrailles a-t-il manifesté des signes de vie à sa naissance ? La réponse servie est négative.
Le nouveau-né de sexe masculin a été retrouvé dans un état de décomposition très avancé dans la fosse septique de la maison par un certain Latyr Dione. Face à cette découverte macabre, ce dernier alerte les éléments du commissariat de police de Rufisque. Le cadavre présentait des traces de strangulation au cou, comme l’atteste le certificat de genre de mort qui parle de ‘décès causé par strangulation’. Sentant l’étau se resserrer autour d’elle, l’auteur du crime quitte Dakar pour l’intérieur du Sénégal. Mais, sa cavale ne sera que de courte durée puisqu’elle finira par tomber. Elle a été interpellée, quelques mois plus tard, par la Brigade de gendarmerie de Kebemer et conduite à la police de Rufisque.
Sur un ton empreint d’émotion, l’avocate de l’accusée, Me Nafissatou Diouf, plaide l’acquittement et demande aux juges de donner une chance à sa cliente de retrouver sa fillette de sept ans. Pour que cette dernière puisse connaître, véritablement, l’amour maternel.
Au final, sa cliente échappe aux dix ans de travaux forcés requis par l’avocat général. La sentence sera revue de moitié par les juges de la Cour d’assises de Dakar qui en est à sa première session de l’année 2012. Ainsi se termine cette septième affaire inscrite au rôle pour céder la place à des cas de meurtre et d’agression qui seront examinés ce vendredi, au palais de Justice de Dakar.
Pape NDIAYE
Source Walfadjri