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Commercialisation de la noix de cajou : Les femmes tiennent le bon bout

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A Thiénéba, la transformation et la vente du cajou sont devenues l’affaire des femmes qui en tirent des substantiels revenus. Grâce à l’appui d’une Ong, les méthodes de travail se sont améliorées afin d’éviter les risques sanitaires. Face à la rareté de la ressource, l’idée d’un projet de repeuplement est aussi attendue de toutes.



‘L’idée de suivre les autres filles pour aller travailler à Dakar ne m’a jamais traversé l’esprit. Je préfère rester à la maison et aider ma mère dans son travail’. Ce travail dont parle avec fierté Seynabou Sow, une jeune fille de 19 ans, c’est la transformation et la commercialisation de la noix de cajou. Une activité autour de laquelle s’investissent presque toutes les femmes de Thiénéba, un village situé à 80 km à l’est de Dakar.
Avant, les femmes de cette communauté rurale avaient presque tout essayé. Le maraîchage, tout comme le petit élevage d’embouche bovine et ovine, butait sur la rareté de l’eau et les vols de bétail fréquents dans la localité. De guerre lasse, elles finissent par se rabattre sur le cajou très prisé par les Sénégalais et les touristes européens. Grillée, la noix est mise dans des sachets de 100 gr et de 500 gr, vendus respectivement à 100 F Cfa et à 500 F Cfa dans les marchés, les hôtels, mais surtout le long des artères des grandes villes. Dans le village on estime au total à six millions de francs Cfa les revenus générés par le cajou l’année dernière.

Résistant à la sécheresse, l’anacardier est l’arbre qui donne la noix de cajou portée par une pomme juteuse et sucrée. Au Sénégal, on ne consommait que cette pomme. C’est seulement au début des années 80 qu’on a commencé à exploiter l’amande grillée appelée ‘Ndamaraas’ en Ouoloff. L’anacardier est cultivé au Sénégal (13 000 t), notamment en Casamance et en Guinée-Bissau, premier producteur de la région avec plus de 100 000 t de noix brutes, selon l’Association africaine des exportateurs de produits agroalimentaires (Aafex).

A Thiénéba, Seynabou, à l’instar de bon nombre de jeunes filles, quitte chaque jour très tôt son domicile avec 3 kg de cajou pour aller les vendre à Thiès et Rufisque. Rentrer tard le soir et retourner le lendemain, c’est là un travail fastidieux qu’aiment bien faire ces filles. ‘Je préfère ce travail à celui de boniche, puisque je gagne tous les soirs au moins 10 000 F Cfa, alors qu’avec le métier de fille de ménage, on est obligé de vivre en dehors de sa famille et de miser sur un salaire mensuel de 25 000 F Cfa’, justifie Seynabou. Cette vision est aujourd’hui la mieux partagée par les filles de Thiénéba qui s’investissent toutes dans la transformation et la vente du cajou. ‘L’intérêt de cette activité c’est qu’en dehors de son impact sur les ménages, elle permet de mettre un terme à l’exode rural des filles’, souligne Aliou Diop, Sous-préfet de l’arrondissement de Thiénéba.

Mais il n’y a pas que les filles. Couturière de formation et mère de quatre enfants, Ndèye Fatou Guèye reconnaît que le commerce du cajou a apporté beaucoup de changement chez les femmes. ‘J’avais une machine à coudre. Après trois ans de vente de cajou, j’ai acheté deux machines pour ouvrir mon atelier de couture’, témoigne Fatou. Avec la vente des cajous, elle révèle avoir fait un chiffre d’affaires d’un demi-million de F cfa l’année dernière. Pour tenir le bon bout du cajou, beaucoup de ces femmes cherchent maintenant à aller s’approvisionner en Casamance, en Gambie ou en Guinée-Bissau, là où les prix sont les moins bas : à 150 F Cfa/kg. ‘On aimerait faire comme les traitants indiens qui vont à Bissau acheter presque toute la récolte…’, répète Fatou qui ne manque pas d’ambition.

Toutefois, autant l’activité est rentable, autant elle nécessite un travail pénible. La noix est d’abord trempée pendant 24 heures avant d’être grillée au feu de bois avec des poêles de fabrication artisanale. Une fois cuite, elle est saupoudrée d’une épaisse couche de cendre qui absorbe une partie de la résine. Ce n’est après, que les femmes peuvent procéder au décorticage et au nettoyage de l’amande. Ce travail comporte des risques d’infection respiratoire. En effet, ces transformatrices sont exposées, à longueur de journée, à la fumée émanant des noix qu’elles grillent. En plus, la résine contenue dans la noix occasionne des ampoules sur leurs mains dues au décorticage manuel.

Avec leur Groupement d’intérêt économique (Gie) dénommé ‘Bootay Fass Diom’, les femmes bénéficient, depuis un an, de l’encadrement de l’Ong Green Sénégal qui a décidé de mettre en place de petits fours et du matériel adéquat : gants, cache-nez, etc. Ce qui les exposerait moins à la pollution. Mme Sokhna Niang, présidente de ce Gie, envisage avec l’Ong Green d’organiser des visites d’échanges en Guinée-Bissau afin d’améliorer les techniques de transformation.

Une campagne de reboisement à Thiénéba est également prévue en 2007/2008 par l’Ong. Selon Guy Valentin Médang, son assistant au programme, il s’agira d’une opération dite ‘Une femme, deux plants d’anacardiers. Les noix devant servir de semence sont déjà ramassées et sélectionnées’. L’Ong cherche ainsi à éviter l’épuisement de la ressource avec le vieillissement des anacardiers.

Vieillissement oui ! Car à Thiénéba, il n’existe que huit bandes d’anacardiers de cinq mètres de long chacune sur une distance d’un kilomètre et demi. Cette plantation des Eaux et Forêts, qui existe depuis 40 ans, est issue d’un ancien programme de reboisement pour protéger les cultures et lutter contre l’érosion éolienne. ‘Ce programme, les paysans ne l’avaient pas du tout approuvé à l’époque, croyant que l’Etat allait récupérer leurs terres’, explique Abdou Khadre Dieng, le chef de brigade des Eaux et Forêts de Thiénaba.

Avec l’intérêt que suscite l’anacardier, l’idée d’un projet de repeuplement est attendue de tous aujourd’hui.

Sidy DIENG (Avec l'appui de la Région wallonne de Belgique)
Source: Walfadji

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Mercredi 6 Juin 2007

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