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Chronique d’un mandat de trop ou les errements d’un pouvoir essoufflé

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Monsieur le Président, En avril 2005, un an après le limogeage de votre Premier ministre Idrissa Seck, je vous adressai en tant que militant du Pds une lettre ouverte intitulée ‘leçons d’une rupture’ ; je vous y invitais à regarder de plus près votre entourage fait de ‘variables qui s’effacent devant votre constance et dont la seule ambition est de donner corps à votre vision’. La question toute simple était de savoir s’ils étaient capables d’apporter de la plus-value à la marche de l’alternance, de vous aider à renforcer la démocratie et à augmenter votre crédit auprès des populations par la prise en charge effective de la demande sociale. Après avoir développé le corps du sujet, je terminais en ces termes : ’Monsieur le Président, Monsieur le Secrétaire général, en février-mars 2000 vous avez été plébiscité par le peuple sénégalais parce que le bilan de ceux d’en face était négatif, notre conviction est qu’en 2006 2007 il sera encore question de bilan et de promesses, surtout en ce qui concerne les Grands Chantiers. Dans cette optique, nous avons encore un à deux ans pour redresser la barre, autrement dit nous sommes sur la dernière ligne droite, vous n’avez que faire des laudateurs et des marchands d’illusions. Ce dont vous avez besoin aujourd’hui, c’est l’apport sans exclusive de tous les cadres du Parti, dans l’unité, la fraternité et la cohésion, vous avez besoin d’expertise’.

Aujourd’hui, Monsieur le Président, nous y sommes. Entre-temps, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts : sous les conseils d’une kyrielle de manipulateurs de courte vue, vous vous êtes défait d’Idrissa Seck et chassé sans ménagement du parti tous les cadres qui ont refusé d’adhérer à cette entreprise d’autodestruction, j’en fais partie. Vous êtes resté seul maître à bord, entouré pour la plupart de médiocres et de thuriféraires. Vous pouvez mesurer aujourd’hui l’étendue du désastre où vous a mené l’exercice solitaire du pouvoir et les mauvaises politiques faites de populisme, de népotisme, de gabegie et de corruption qui l’ont marqué.

Le moins qu’on puisse dire est que vous étiez pourtant bien parti à l’aube de l’alternance avec des clignotants au vert. Nous venions de sortir d’une longue et douloureuse période de redressement économique et d’ajustement structurel couronnée par la reconstitution des agrégats macroéconomiques et la réalisation des grands équilibres, des avoirs de plus de 300 milliards et presque autant dans les caisses du trésor avec un déficit budgétaire insignifiant, une inflation maîtrisée et un taux de croissance économique raisonnable de 5 %.

Sur le plan politique, notre pays s’offrait plus que jamais comme la vitrine de la démocratie en Afrique et dans le monde par le biais d’une alternance réussie et d’une dévolution du pouvoir apaisée dont chaque Sénégalais pouvait être fier. Il ne restait plus qu’à répondre à la demande sociale et offrir des emplois aux jeunes.

Aujourd’hui, Monsieur le Président, qu’avez-vous fait de ce legs ? La réalité crue, au-delà de toute démagogie, est que notre pays est devenu méconnaissable sur tous les plans, du dehors comme du dedans. Sur le plan économique, les chiffres parlent d’eux-mêmes : un déficit budgétaire de plus de 200 milliards, une dette intérieure de près de 200 milliards également, un taux de croissance de moins de 3 % malgré d’extraordinaires recettes fiscales et un budget qui est passé de 500 à 1 500 milliards ! La question que tout le monde se pose est de savoir : qu’a-t-on fait de tout cet argent ? Il s’y ajoute une inflation galopante avec une augmentation constante et insoutenable des prix des denrées de première nécessité dans un environnement de dépréciation du pouvoir d’achat des Sénégalais. Cette situation trouve son origine dans la mise en œuvre de politiques tatillonnes et hasardeuses qui ont conduit à la dégradation du tissu industriel qui n’a pas épargné le fleuron de notre industrie, les Ics qui, comme la Sar et la Senelec, est sous perfusion et croule sous le poids de la dette et des engagements non tenus auprès des partenaires stratégiques.

L’Agriculture non plus n’est pas logée à meilleure enseigne, livrée qu’elle est à des spéculateurs de tous ordres, et des fois à une tutelle farfelue. Sur le plan économique, le carburant et l’électricité plombent tous les efforts Sur le plan social, la transhumance politique et l’achat des consciences ont porté de terribles coups à l’éthique et à la morale. Sur le plan religieux, la manifestation ostentatoire de l’allégeance du chef de l’Etat que vous êtes à sa confrérie a fini d’exacerber le repli identitaire, dont l’illustration la plus patente est le rush médiatisé vers les capitales religieuses observé au lendemain de chaque nomination à un poste important, ce qui participe concrètement de la division des familles religieuses et constitue une menace à la paix sociale.

Sur un autre plan, la Justice connaît ses heures les plus sombres, avec la corruption et les scandales dans la famille judiciaire, le règne de l’impunité et de la licence qui ont fini de décourager tous les justiciables, surtout lorsque des crimes crapuleux sont légalement absous.

Au niveau de l’Exécutif, c’est la mal gouvernance qui est érigée en règle avec une pléthore de ministres, avec des remaniements et des réaménagements à tout bout de champs qui vous donnent le tournis. Même si vous vous comparez à un entraîneur d’une équipe de football, les règles du jeu dans le cas d’espèces limitent le nombre de remplaçants et le rythme des remplacements pour qu’on comprenne quelque chose au jeu, à moins que ce ne soit le ’je’. S’y ajoute une floraison d’institutions inutiles et coûteuses qui ne doivent de toute évidence leur existence qu’à des raisons politiciennes, tout cela sur le dos du contribuable.

Pour revenir au gouvernement, et dans le domaine de la Santé que je connais le mieux, en sept ans nous avons connu sept ministres de la Santé dont deux ont effectué des allers-retours. Malgré tout cela, c’est pourtant l’un des secteurs les plus instables et qui donne le moins de satisfaction dans tous ses segments, que ce soit au niveau du personnel constamment en grève, des usagers en ce qui concerne l’accès et la qualité des soins, mais aussi au niveau des infrastructures et de l’équipement. C’est pour dire qu’en termes de demande sociale en matière de Santé, les autorités de l’alternance sont passées totalement à côté.

Pourtant aussi complexe que cela puisse paraître, des solutions simples auraient pu améliorer sensiblement la situation de ce secteur, ce n’est pas une question d’argent, mais une question d’organisation ; elles sont d’ailleurs à la portée de tous ces cadres sortis des écoles de management en santé et qui arpentent quotidiennement les allées du ministère. C’est d’abord une question d’homme, avant d’être une question de système. De mon point de vue, s’il y a deux secteurs de la vie nationale qui doivent être impérativement dirigés par un homme du sérail, c’est bien la Santé et l’Education, parce que ce sont des domaines complexes, dont le management requiert la connaissance profonde des ressorts psychologiques des hommes sur le terrain et une expérience personnelle de leur vécu quotidien. Evidemment, c’est une condition nécessaire, mais pas suffisante. Dans le cas d’espèce, l’erreur la plus grave commise par les autorités de l’alternance a été le limogeage du Pr Eva Marie Coll Seck pour des raisons, semble-t-il, politiciennes et de simple militantisme. C’est une personne qui avait des qualités de meneurs d’hommes et qui en plus, forte de l’expérience syndicale acquise au Sutsas où je l’ai croisée, aurait pu valablement permettre au gouvernement de faire l’économie d’un bras de fer permanent avec le front social des syndicats de Santé. C’est ensuite une question de système, c'est-à-dire de choix politique.

Pour parvenir à une bonne santé des populations, et que l’on définit traditionnellement non pas comme l’absence de maladie ou d’infirmité, mais plutôt comme un état de bien-être physique, mental, social…, il faut qu’avant les moyens, un Etat s’en donne la volonté politique. Dans le cas du Sénégal marqué sur le plan démographique par une urbanisation rapide, non maîtrisée, sur le plan épidémiologique une évolution positive de la morbidité et de la mortalité, mais avec la fréquence exponentielle des accidents et le poids de plus en plus important du Sida et des Mst, sur le plan socioculturel par un niveau d’instruction de plus en plus élevé et une diversification du mode de vie, tout cela dans un contexte politique fait de démocratisation, de décentralisation, de citoyenneté active et de mondialisation sociale avec les nouvelles technologies de la communication, il s’avère nécessaire de revoir avant tout notre approche des problèmes de santé. Il urge de redéfinir de manière précise notre Politique nationale de santé qui doit intégrer l’ensemble des facteurs, l’ensemble des acteurs et des partenaires qui œuvrent pour la promotion de la santé. (A suivre)

Docteur Abdoulaye NDOYE Gestionnaire de Programmes de Santé Coordonnateur du Front Siggil Sénégal à Saint-Louis
Source: Walfadji

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Jeudi 19 Juillet 2007

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