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Chronique - La surfacturation : un art sénégalais

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La surfacturation a été très présente dans les audits publiés récemment par l’Agence de Régulation des marchés publics (ARMP). Des surfacturations qui ont atteint un niveau alarmant. Le prix d’une cuiller est passé par exemple de 500 F CFA au maximum dans la réalité à plus de 30 000 FCFA au minimum sur les factures établies. Un marché de 1000 cuillers dans ce cadre donne un bénéfice de 25 000 000 FCFA pour le patron qui achète.



Chronique - La surfacturation : un art sénégalais
Les sommes gagnées, à travers ces actes, pourraient servir à aider le peuple haïtien ou les sénégalais victimes de calamités naturelles. Elles pourraient servir à payer des bourses d’étudiants ou à construire et équiper des salles de classe.

La surfacturation est l’action de surfacturer. Surfacturer c’est, selon le dictionnaire, augmenter frauduleusement le prix d'un bien ou d'un service. Ce qui est frauduleux c’est qui se fait de mauvaise foi. C’est une action de falsification punie par la loi. Ce qui est puni par la loi est un délit ou un crime. Le mensonge, la corruption, la fourberie, le délit et le crime peuvent être dénotés en partie ou totalement dans toute action de surfacturation.

La surfacturation intervient dans le dialogue entre l’acheteur et le vendeur. Un consentement tacite ou express de dire sur le papier autre chose que ce qui est réellement fait est noté. L’acheteur veut profiter de son achat sans laisser de trace pour régler des actions personnelles. Il fait un deal avec le commerçant moyennant toujours quelque chose pour avoir une facture qui prend en charge ces besoins inavoués ou inavouables. Le commerçant peut recevoir des francs de plus pour payer son acte délictuel. Il peut aussi surfacturer son propre produit pour faire plaisir à son client dans l’espoir de le conserver pour d’autres opérations.

La surfacturation est une pratique courante dans ce pays. Elle intervient à tous les niveaux de notre commerce tant sur le plan formel que sur le plan informel. Elle est visible dans le cercle familial comme dans toutes les sphères de l’administration publique ou privée. La surfacturation se voit aussi dans les organisations de la société civile. Peut-être le trouverait-on même dans les actions de l’ARMP en faisant un jour son audit.

L’enfant en achetant ses fournitures scolaires peut surfacturer ses parents. L’apprenti menuisier, mécanicien peut surfacturer son patron pendant que ce dernier agit de même dans sa relation avec celui pour qui il travaille. La mère de famille gérante de la dépense quotidienne aussi use de facturation souvent pour prendre en charge sa tontine, ce qu’elle doit emmener à la cérémonie (baptême, mariage, etc.). L’organisation de séminaire ou de conférence occasionne souvent des surfacturations. Ce qui permet de faire face aux dépenses incalculables dans le contrat de financement signé avec le bailleur ou le partenaire si l’on ne cherche pas quelques sous à mettre frauduleusement dans ses poches.

La surfacturation peut nous renseigner sur notre conception de l’Etat. Ce dernier est perçu comme une manne céleste. C’est le réservoir, le grenier où il faut s’approvisionner une fois que l’on est nommé a un poste de responsabilité, ministre ou directeur général. C’est peut être ce que l’on a en tête en faisant notre première déclaration quand on est promu à ces sinécures. La première déclaration permet toujours de rendre grâce à Dieu, de remercier ses parents et le Chef de l’Etat qui nomme. C’est comme si l’on se disait heureusement pour moi d’être si près du grenier pour mettre fin aux faims de ma famille et de mes proches pour de bon. Les premiers conseils que l’on reçoit sont une invite à en profiter. Car, le jour de nomination est le même que le jour de dénomination (on t’érige jeudi, on te défenestre jeudi, avant l’alternance c’était mardi). Si le commis de l’Etat se comporte ainsi il est clair qu’il ne peut rien reprocher au simple citoyen qui considère l’espace public comme une sorte de poubelle où il déverse ses saletés ; où il n’hésite à prendre les lampes, les chaises pour meubler, éclairer son espace privé.

L’on peut dire dans un langage cartésien que la surfacturation est l’action la mieux partagée au Sénégal. C’est le seul art que nous partageons tous. Toutefois, il nous faut savoir la doser et éviter de surfacturer avec des écarts exorbitants. C’est peut-être la raison pour laquelle les audits de l’ARMP ont occasionné moins de débats que les paroles candides de Bécaye Diop ou encore le monument de la renaissance africaine. Quand l’on se voit, d’une manière ou d’une autre dans l’action quelle que délictuelle qu’elle soit, quand l’on a été au moins une fois « surfactureur », l’on ne peut voir l’utilité d’en parler. Aucun indice ne montre aujourd’hui que nous avons la capacité de considérer cela comme mauvais et nous en séparer. Ici la loi peut être en conflit avec la pratique sociale. Les sénégalais semblent embarqués dans la surfacturation et la corruption. L’on sait que c’est puni par la loi. Mais l’on ne peut pas ne pas le faire. Il nous faut beaucoup surfacturer ; toujours surfacturer ; encore surfacturer. L’Etat appartient à tous. Ceux qui dénoncent aujourd’hui feront exactement la même chose quand ils seront demain aux commandes. Les chiens aboient, la caravane passe.

En cette période de célébration de notre cinquantenaire, il n’est serait pas vain de réfléchir sur cette pratique qui est, sans doute, récurrente des années soixante à maintenant. La surfacturation nous accompagnera-t-elle jusqu’en 2060 ? Avons-nous la puissance et la volonté de nous en séparer ?

Ousmane Thiendella
Source Sununews.com

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Lundi 15 Février 2010





1.Posté par Comprendre le 15/02/2010 12:00
C'est art wadien plutôt...

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