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[CONTRIBUTION] Cession des terres de Dakar-Yoff : notre président homme d’affaires n’en est pas à son coup d’essai

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« Senegale, boo ko laaje lumu reere biig du la ko wax, te gëmul ludul nguur ak xaalis »1. C’est fort de cette certitude que notre président homme d’affaires fait ce que bon lui semble, accumule scandale sur scandale depuis le 1er avril 2000. Le dernier de ces scandales, en attendant le tout prochain, c’est incontestablement la cession de 30 hectares de la réserve foncière de l’Aéroport international de Dakar-Yoff à un certain Mbackiou Faye, pour financer le monument dit de la Renaissance africaine.



[CONTRIBUTION] Cession des terres de Dakar-Yoff : notre président homme d’affaires n’en est pas à son coup d’essai
Ce dernier, nous prenant comme son acolyte pour des demeurés, a essayé de nous jeter la poudre aux yeux dans une interview accordée à un quotidien de la place, que Sud quotidien a commentée dans son édition du 10 août 2009. Il veut nous faire croire qu’il a accepté l’opération après que d’autres personnes, qui pensaient que la transaction n’était pas intéressante, ont désisté. A qui fera-t-il croire cette histoire ? Quelle personne saine d’esprit va-t-elle désister devant une telle aubaine ? C’est à lui, et à lui seul, et pour cause, que Me Wade a proposé l’inqualifiable transaction.

Ce M. Faye est aujourd’hui au cœur du système libéral. C’est un proche de l’ancien maire de Dakar Papa Diop avec qui il a fait, semble-t-il, de nombreuses affaires sur le foncier. L’homme était pourtant, avant le 19 mars 2000, un dioufiste pur et un dur et un anti-wadiste invétéré. On se souvient surtout que, de sa mairie de Grand-Dakar, il était passé maître dans l’art d’organiser les coups les plus tordus tout au long des processus électoraux.

Il nous revient aussi que c’était un très mauvais gestionnaire qui ne ménageait pas du tout les deniers publics. La presse faisait d’ailleurs souvent état de ses prouesses dans ce domaine, notamment de sa fameuse caisse parallèle. Il faisait circuler des tickets de marché, à l’insu du receveur municipal, pour un montant important. Or, on sait que ce dernier est seul autorisé à émettre des tickets et à garder les recettes et tous les autres fonds et valeurs des collectivités locales en sa qualité de comptable public. C’est ce percepteur municipal donc qui, pour l’opération frauduleuse du maire de Grand-Dakar, avait porté plainte contre ses agents contractuels (les collecteurs) pris en flagrant délit en possession de tickets de marché non autorisés.

A la demande d’explication qui lui est alors adressée, notre maire répondait pitoyablement ceci : « Je voudrais faire porter à votre connaissance qu’effectivement un lot de carnets de tickets de marchés livrés par l’imprimerie en acompte sur une commande annuelle de 100 carnets a été utilisé par les collecteurs du marché de Grand-Dakar (…) » Le maire fraudeur se confondait ensuite en excuses et en explications laborieuses et peu convaincantes. Il n’avait évidemment convaincu personne puisqu’il n’en était pas à son premier coup. Le Premier ministre (alors Mamadou Lamine Loum) saisi de cette affaire, adressa une lettre au Ministre de l’Intérieur (le général Cissé) dans laquelle il écrivit notamment : « Il m’est revenu que le maire de la Commune d’arrondissement de Grand-Dakar a fait émettre et circuler des tickets de marché à l’insu du receveur municipal. Se faisant, il a délibérément transgressé la réglementation financière et s’expose ainsi aux sanctions prévues par la loi ». Et le Premier ministre de poursuivre, sur le même ton ferme : « Pour la bonne marche des collectivités locales, il conviendra de tirer les leçons de cette affaire en appelant les élus locaux au strict respect des dispositions réglementaires et financières. »

Rappelons que le même receveur municipal (M. Boubacar Diokh) qui avait épinglé M. Mbackiou Faye, avait aussi porté plainte contre un certain Abdoulaye Faye, alors maire d’arrondissement de Dieuppeul-Derklé pour faux, usage de faux et détournement de deniers publics. Au lendemain du 19 mars 2000, Abdoulaye Faye se retrouvera à la tête du Conseil régional de Dakar et y continuera consciencieusement ses massacres. Le receveur municipal avait, pour appuyer ses plaintes, produit comme preuves des documents irréfutables, dont de larges extraits ont publiés dans les éditions des 3, 4 et 10 mai 1999 (de Walfadjri), qui rendaient également compte des plates excuses du maire de Grand-Dakar et de la lettre du Premier ministre Loum.

C’est donc ce Mbackiou Faye, ancien cacique et très mauvais gestionnaire socialiste, que Me Wade a choisi comme cheval de bataille, pour dérouler sa nébuleuse opération qui va nous coûter 30 hectares de la réserve foncière de l’Aéroport international de Dakar-Yoff.

Cette opération est l’un des plus gros scandales de la nauséabonde gouvernance libérale. Nous devons la dénoncer avec la plus grande vigueur. Benno Siggil Senegaal en particulier doit en faire un cheval de bataille qu’il enfourchera chaque jour, jusqu’en 2012. Cette fois-ci vraiment, Me Wade ne devrait pas s’en sortir à si bon compte. Avec cette « dation », il est loin d’ailleurs d’en être à son coup d’essai. Pour ne pas donner raison à Me Wade qui est sûr que nous oublions vite, rappelons le fameux « relookage » du Centre international pour le Commerce extérieur du Sénégal (Cices), qui devait abriter la Conférence internationale sur le financement du Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique (NEPAD). Dans cette perspective, il fallait recevoir les représentants d’une quarantaine d’Etats et environ 921 délégués du secteur privé venus des quatre coins du monde (nous étions en 2002). Il fallait redonner un nouveau « look » au Cices pour un montant des travaux estimés à 990 000 000 de francs Cfa. L’honneur revenait, comme c’est souvent le cas, à l’architecte-fétiche de Me Wade, Pierre Goudiaby Atépa, de réaliser ces travaux. Les professionnels n’avaient évidemment pas apprécié et avaient tenu à le manifester. « Pierre Goudiaby Atépa n’est pas le seul constructeur de ce pays », avaient-ils lancé avec amertume. Alors, « pourquoi, pour un marché aussi important est-il le seul à être sollicité ? » L’architecte bâtisseur leur fit une longue réplique reprise largement par Sud quotidien du 7 mai 2002, En voici quelques extraits :

« Où se trouvaient tous ces gens qui râlent après coup, quand le Président de la République (…) avait besoin d’eux, de leur concours et surtout de leur sens patriotique ? (…) Le Chef de l’Etat m’a demandé de lui confectionner un projet de réfection et de le chiffrer. En fonction des besoins qu’il avait exprimés mais qui n’étaient nullement budgétisés dans les comptes du Trésor public, un montant de 850 millions de francs Cfa était nécessaire. Dans un premier temps, en lui donnant mon avis, je lui ai suggéré de vendre une partie des terrains disponibles jouxtant la Foire afin de trouver cet argent (sic). Mais, à quelques jours de la Conférence, les acquéreurs se faisaient désirer et on allait vers un nouveau report. »

C’est énorme. Comment Me Wade et son architecte magicien allaient-ils procéder pour vendre les terrains disponibles jouxtant la Foire ? Nous ne sommes plus étonnés de la « dation » entre Me Wade et l’ex-maire fraudeur ! Nous nous posons cependant avec anxiété cette question-ci : combien d’autres terrains sont-ils passés sous les fourches caudines de la boulimie foncière et financière de l’homme d’affaires qui nous dirige ? Nous comprenons maintenant bien mieux la nomination, à l’époque, du transhumant Assane Diagne comme Ministre de l’Urbanisme et de l’Aménagement du Territoire. On dit de lui qu’il connaît Dakar comme sa poche, dans ses moindres recoins. Nous sommes tentés maintenant de croire Amath Dansokho, quand il fait cette révélation ironique : « A Dakar, les directeurs du domaine et du cadastre ont pour demeure la présidence. Chaque jour, ils lui disent les différentes poches qu’il distribue à sa guise ; il vient de créer, il y a deux semaines, une Agence d’Expropriation dont il est le chef. »2 La rumeur circule avec insistance qu’à force de fréquenter notre président homme d’affaires, les directeurs des Domaines et du Cadastre sont devenus ses amis et font souvent partie des voyages présidentiels. Peut-être, pour faire tranquillement le point des poches vides de Dakar à 10000 mètres d’altitude !

En matière de gestion foncière, Me Wade pratique ce qu’on pourrait appeler la politique de la terre brûlée. Cette politique a englouti pratiquement toutes les réserves (Cices, Stade Léopold Sédar Senghor), une bonne partie du domaine maritime, d’anciens camps militaires, etc. A son départ du pouvoir, si jamais il le quittera un jour, il nous laissera une ville en pierre. Son successeur aura du mal à trouver à Dakar une seule parcelle de terrain pour réaliser des équipements collectifs. Après lui le déluge, telle semble être sa devise ! Sa boulimie foncière et financière se fera surtout sentir s’il arrive à terminer l’Aéroport de Diass et à y transférer Léopold Sédar Senghor. Dieu nous en garde ! Ce sera une véritable catastrophe pour notre pays.

Le scandale des réserves de l’Aéroport de Dakar est donc un de plus. Les forfaits sont consubstantiels à l’immonde gouvernance des Wade : ils n’épargnent aucun secteur de la vie nationale. D’ailleurs, ce que nous en savons aujourd’hui, ne représente que l’infime partie visible de l’iceberg. Des niches de scandales, on en rencontre à tous les coins de rue dans ce Sénégal des Libéraux. Pendant qu’il est question de forfaits et de scandales, je reviens, pour terminer, au fameux « relookage » du Cices. Le Sud quotidien qui rendait compte de cette affaire rocambolesque, révélait que, selon des sources dignes de foi, pour les besoins de l’organisation de la conférence à Dakar, « la Présidence de la République a reçu un soutien de pays amis, notamment de l’Arabie Saoudite (un million de dollars us, soit 720 millions de Fcfa) et du Koweït pour le même montant. Les mêmes sources avancent que l’État aurait déboursé sur fonds propres 300 millions de Fcfa. Ce qui fait une somme globale de 1 740 000 000 de Fcfa. A cela s’ajoutent les 990 000 000 de Fcfa, représentant l’évaluation de Pierre Goudiaby Atépa du coût de réfection du CICES, soit un budget estimé à 2 730 000 000 Fcfa. »

Cette réfection du Cices, qui était passée presque inaperçue, à part les protestations de quelques professionnels, est quand même lourde d’interrogations. Le montant global du projet de l’architecte fétiche était estimé au départ à 990 000 000 de Fcfa. A l’arrivée, on s’est retrouvé avec la coquette somme de 2 730 000 000 Fcfa. Il y avait donc une énorme différence entre les deux montants, soit 1 740 000 000 Fcfa. Je doute fort que toute cette somme ait été engloutie dans le « relookage » du Cices. Jusqu’à preuve du contraire, elle ne l’a pas été. Je suis tenté de me poser la question de savoir où sont passés les deux chèques de l’Arabie Saoudite et du Koweit. Les a-t-on versés au Trésor public ? Ou alors, tous les 2730 000000 ont-ils été engloutis par la réfection de notre architecte ? Les deux chèques de l’Arabie saoudite et du Koweit n’ont-ils pas été encaissés « comme ça » par Me Wade et son magicien d’architecte, ou ont-ils été régularisés par une loi rectificative ?

Dans mon livre censuré « Qui est cet homme qui dirige le Sénégal ? », je me suis posé avec beaucoup d’anxiété ces questions-là. A l’époque, l’affaire de la rocambolesque gestion des fonds spéciaux du Président de la République n’était pas encore à l’ordre du jour. Le soleil s’est par la suite petit à petit levé sur cette gestion des plus nébuleuses. Nous savons, depuis le passage de l’ancien Premier ministre Idrissa Seck devant la Commission d’instruction de la Haute Cour de Justice, le 23 décembre 2005, que dans le cadre de ces fonds, des dizaines de milliards de Fcfa ont été gérés. A la question de savoir d’où venaient ces milliards, il répondit : « des aides budgétaires et des fonds diplomatiques ». En violation flagrante des dispositions de la Loi de finances. Nos questions sur la destination des chèques du Koweit et de l’Arabie Saoudite trouvent peut-être une réponse ici : ils ont dû être versés, comme de nombreux autres probablement, dans les fonds spéciaux du président Wade, dont le montant annuel (régulier) n’excède pas 620 à 640 millions de francs Cfa.

Nous avons donc tellement à savoir demain sur les scandales et sur les hommes bien choisis avec les lesquels les Wade les déroulent. Nous avons surtout besoin d’avoir le cœur net sur les forfaits moins bien connus comme les 6 milliards qui avaient migré de la Sonacos pour une destination inconnue du contribuable, les 5 milliards de Sénégal Pêche dont nous sommes encore loin d’être sûr qu’ils ont été encaissés par le Trésor public, les milliers de tracteurs, de motopompes et de moulins importés d’Inde par le même homme et dont on ne sait pratiquement rien des conditions, les matériels ferroviaires débarqués au port de Dakar pour le compte du « Petit Train bleu », les importantes commandes de véhicules à la Ccbm qui serait aussi fortement impliquée dans les dons de véhicules de luxe par Chine, la SATTAR qui aurait construit le siège du Pds contre 200 parcelles de 200m2 chacune (même démarche qu’avec le monument de la Renaissance africaine) et qui peine à terminer le « Cœur de ville » de Kaolack, l’odyssée des 7, 5 milliards de Taïwan, les louches Entrepôts du Sénégal au Mali (Ensema) qui nous ont coûté 8 à 10 milliards, le très coûteux et presque inutile Projet « Bawnaan », les centaines de milliards investis pour presque rien dans le secteur de l’énergie, avec ce Samuel Sarr venu de nulle part et dont on se demande vraiment ce qu’il fait dans un gouvernement, etc. Nous avons le droit d’être éclairés un jour sur tous ces gouffres à milliards. Nous ne saurons jamais, malheureusement, avec comme successeur du président homme d’affaires un Karim Wade, un Idrissa Seck ou tout autre compatriote marqué tant soit peu à la culotte par l’immonde gouvernance libérale. Il nous appartient donc de tout mettre en œuvre pour barrer la route à ces gens-là, qui ne feraient que prolonger la désastreuse gestion de leur père.

MODY NIANG, e-mail : modyniang@arc.sn
Source Sen24heures.com

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Lundi 24 Août 2009





1.Posté par 100m le 24/08/2009 18:00
MODY NIANG tu est formidable, tu nous as averti en tout cas. merci

2.Posté par fall le 24/08/2009 20:37
je demande à lobservateur d'envoyer une équipe sur la tunelle de soumbedioune il para)it que l'eau de pluie y stagne

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