Ces deux jours, Touba se met au rythme de la célébration de deux évènements majeurs en l’honneur de deux membres de la grande famille de Cheikh Ahmadou Bamba, Khadimou Rassoul. Mouhamadou Lamine Bara Mbacké, dont la célébration de la cérémonie du 8e jour de son rappel à Dieu a eu lieu, hier, et son père, Mouhamadou Fallilou Mbacké, dont la naissance est célébrée ce soir. Ainsi, un mélange de sentiments envahit Touba. La ville religieuse ne cache pas sa tristesse, une semaine après le rappel à Dieu du sixième Khalife de Bamba. La consternation née de la perte d’un homme de valeur et ouvert au monde, comme Aladji Bara, contraste avec l’espoir que suscite la célébration de la naissance du père du disparu, Serigne Fallou Mbacké. Une naissance intervenue la même nuit que le voyage nocturne effectué par le Prophète Mouhamed (Psl) vers les Cieux à la rencontre de Dieu et dont il revient avec un sublime cadeau du Tout Puissant : les cinq prières obligatoires.
Cette coïncidence notée entre la célébration du rappel à Dieu du fils et de l’anniversaire de la naissance du père n’est pas sans avoir des incidences sur l’ambiance de la ville de Khadimou Rassoul. Des foules monstres ont pris d’assaut Touba. L’accès aux mausolées de Serigne Fallou et de Serigne Bara relève d’un parcours de combattant. Il faut jouer des coudes et avoir une grande patience pour y accéder. Mais, cette corvée est «bénéfique» pour les talibés. «C’est un signe qu’il faut chercher à décrypter», selon Matar Fall, originaire de Louga. Même s’il défend ne pas pouvoir comprendre cette «affaire divine», il jure de s’informer pour avoir le code qui cache les bienfaits de ce signe. Son compagnon, Ahmed, refuse qu’on parle de «hasard, car aucune affaire concernant Serigne Touba et sa famille ne relève d’un hasard». «On les comprend où on ne les comprend pas, mais l’on est sûr qu’elles profitent aux talibés». «Des prières pour Aladji Bara la veille de la célébration du Kahzou Rajab, nuit de la naissance de son père, c’est encore un des mystères de Serigne Fallou», se convainc Bineta Ndiaye. «On pleure aujourd’hui, et le lendemain soir, on est comblés de bienfaits. Quelle chance pour tous ceux qui se sont déplacés à Touba pour l’occasion !», prédit-elle.
Toutefois, d’autres fidèles pensent que le Kahzou Rajab a connu une plus grande ampleur cette année du fait du rappel à Dieu de Aladji Bara. En effet, «il y a eu un départ et deux Khalifes intronisés : celui de Serigne Fallou et celui de Serigne Touba». Cela se passe une fois par génération. Le vivre est un don de Dieu», pense Matar Fall.
NDIAGA NDIAYE (Envoyé spécial à Touba)
Source L'Observateur