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CINEMA : L’Ucad rend hommage au génie de Mambéty

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Dans le cadre du cinquantenaire de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, un hommage a été rendu au cinéaste sénégalais Djibril Diop Mambéty. C’était le vendredi 25 mai dernier, au centre de conférence de l’Ucad II. La projection du film “ Hyènes ” (1992) a été suivie d’un débat sur la vie et l’œuvre du réalisateur.



CINEMA : L’Ucad rend hommage au génie de Mambéty
La pauvreté et la misère sont le lot quotidien des habitants de Colobane. Même la mairie n’y échappe pas car son mobilier vient d’être saisi. Dans ce contexte, le griot crieur public annonce le retour de Linguère Ramatou après trente années d’absence. Cette ancienne habitante de Colobane, revenue avec une fortune colossale, se dit “ plus riche que la Banque mondiale”. Pour le maire (Makhouredia Guèye), ce retour providentiel sonne la fin de tous leurs malheurs. Mais Linguère Ramatou ne veut pas faire profiter de sa richesse aux habitants de Colobane sans contrepartie. La vieille dame a la moitié du corps (le bras gauche et la jambe droite) en prothèse de métal, suite à un accident d’avion dont elle est l’unique survivante. Elle vient solder son compte avec Draman Dramé (Mansour Diouf) son ancien amour de jeunesse avec qui elle a eu un enfant et qui avait préféré épouser une autre. Il avait renié son amour pour Linguère Ramatou et refusé de reconnaître l’enfant né de leur relation. Meurtrie par cette trahison, la vieille dame fera des habitants de Colobane l’instrument de sa vengeance. En échange des 100 milliards de francs CFA qu’elle leur promet, elle veut la mort de Draman Dramé. “ Le monde a fait de moi une putain, je ferai du monde un bordel ! ”, déclare-t-elle, amère et rancunière.

Les habitants de Colobane, qui avaient d’abord refusé fermement de se plier à la condition de Linguère Ramatou, vont peu à peu changer d’avis dans une lente et inexorable transformation, à l’instar du Professeur (Issa Samb dit Joe Ouakam). Pour sa part, Draman Dramé, seul contre tous et terrifié, va solliciter la protection des forces de l’ordre et des autorités municipales. En vain. Sa tentative de fuite échoue également. Finalement, il se résigne à sa solitude, armé de sa dignité, en attendant de subir le sort qui lui est réservé. Le film “ Hyènes ” a été écrit et adapté par Djibril Diop Mambéty d’après “ La visite de la vieille dame ”, une pièce de théâtre de l’auteur suisse Friedrich Dürrenmatt. Le cinéaste y interprète même un rôle, celui de Gaana, un ancien juge de Colobane qui travaillera finalement sous les ordres de Linguère Ramatou. Les costumes sont signés Oumou Sy et la musique est de Wasis Diop, frère du cinéaste.

CINEMA DE RUPTURE

Livrant une grille d’analyse, Gora Seck, acteur, cinéaste et doctorant en Théâtre et en Cinéma, a partagé avec le public une lecture de “ Hyènes ”. À travers les différentes figures d’animaux comme l’éléphant qui apparaît au début et à la fin du film, c’est l’Afrique qui est représentée de manière allégorique. Un continent miné par la pauvreté qui troque sa culture et son âme contre des biens de consommation. Les thèmes de la corruption et de la faiblesse des dirigeants sont aussi abordés, tout comme la transformation radicale de la société avec l’introduction du pouvoir de l’argent. La métamorphose progressive des habitants de Colobane est symbolisée par la figure de l’hyène. Le personnage de Linguère Ramatou est une caricature de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, ces institutions financières qui ont contribué à l’appauvrissement de l’Afrique. La figure de la mort n’y est pas seulement un événement dramatique, mais représente la fin d’une conscience, d’une communauté. Une allégorie de l’Afrique soumise aux institutions financières, attendant une aide extérieure, avec la complicité de ses dirigeants. Une certaine esthétique et une éthique sociale sont aussi mises en avant par Djibril Diop Mambéty dans “ Hyènes ”, explique Gora Seck.

Pour le cinéaste Ben Diogaye Bèye, la liberté est fondamentale dans le cinéma de Mambéty. Ses personnages sont libres, sans attaches familiales. Lui qui fut un admirateur de western insistait sur le décor, un élément très important dans sa filmographie, un personnage à part entière. Il utilisait des plans panoramiques pour ensuite se resserrer sur un personnage, explique-t-il. Dans “ Hyènes ”, les couleurs sable sont présentes car chaque plan, chaque décor, a un rôle précis. Rappelant le parcours d’autodidacte du défunt cinéaste, Ben Diogaye Bèye a souligné le caractère marginal de son œuvre. À une époque où les jeunes cinéastes cherchaient à marcher sur les pas de leurs aînés, Mambéty avait développé un cinéma de rupture en faisant “ son ” cinéma marqué par une absence de linéarité dans le déroulement de l’action. Décédé le jeudi 23 juillet 1998 à Paris des suites d’un cancer de la gorge, Mambéty a laissé une trilogie inachevée sur l’histoire de petites gens dont “ Le Franc ” et “ La petite vendeuse de Soleil ”, un moyen-métrage inachevé sorti en 1999. L’œuvre du cinéaste continue à faire l’objet d’études, comme pour témoigner de son immortalité et de son universalité.


KARO DIAGNE
Source: Le Soleil

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Mardi 5 Juin 2007

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